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Médias

Lundi 3 mai 2010 1 03 /05 /Mai /2010 06:30

logo-Plan-B.png La même semaine que Siné Hebdo, le Plan B s'arrête. Merde. J'étais déjà triste de ne plus avoir mon Siné Hebdo tous les mercredis dans ma boîte aux lettres et voilà qu'un autre journal culte s'arrête. Sale semaine...

Depuis que j'ai découvert PLPL en 2003, je n'ai manqué aucun numéro de PLPL et de son successeur le Plan B.

Le Plan B s'arrête alors qu'une nouvelle "réforme" des retraites se prépare. Le Plan B s'arrête, mais l'aventure continue. Dans un mois, dans un an, au détour d'une manifestation, le Plan B reviendra, c'est sûr !

Il y a sept ans, je rencontrais PLPL dans les manifs. A l'époque, ils distribuaient ça. Rien n'a changé. Une nouvelle contre-réforme se prépare et les mêmes éditorialistes ridicules vont nous cracher à la figure. Pourtant, tout a changé. PLPL et le Plan B sont passés par là et ont dégonflé les baudruches prétentieuses et les intellectuels médéfisés et ça fait un bien fou.

Le Plan B s'arrête, mais la lutte continue, alors merci pour tout ! Vive le Plan B, vive l'Internationale Sardonique, vive la Sardonie libre !

Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Dimanche 7 mars 2010 7 07 /03 /Mars /2010 06:30
logo-Plan-B.png Gardes, faites entrer l’accusé !

Le président : Jacques Marseille, vous êtes l’historien économiste préféré de Sarkozy, des médias et du Medef. Vous avez réclamé le malheur du peuple ; le peuple réclame aujourd’hui votre châtiment.

L’accusé : Oui, je me suis rendu à l’université d’été du Medef en 2002. À l’époque, ma carrière médiatique ne décollait pas (PLPL et Acrimed ne parlaient jamais de moi !). J’en avais assez de n’être connu que par mes manuels de propagande scolaire pour lycéens de terminale. En frayant avec mes hôtes du Medef, j’ai retrouvé mes vieux camarades de parti Alexandre Adler et Jean-Louis Gombaud. On avait milité ensemble au PCF. Les deux écrivent maintenant pour Dassault dans Le Figaro. [Marseille rit et agite les bras.]

Le président : Venez-en au fait !

L’accusé : Justement, j’y viens monsieur le Président. Aux agapes du Medef, il y avait aussi Élie Cohen, Jérôme Jaffré, Pascal Lamy, Michel Maffesoli et Maurice Lévy. Autant dire un poker d’as d’abonnés aux émissions de la télé ou aux pages « Débat » du Monde et de Libération.

Ils m’ont enseigné les techniques permettant d’être médiatisé. Élie, qui avait sommé Jospin de privatiser France Télécom, m’a expliqué - entre deux robustes cassoulets - que la télé raffole des rebelles fustigeant le « modèle français » et louant les « réformes » exigées par le Medef. À l’université d’été, j’ai également rencontré Guillaume Sarkozy, président de l’Union des industries textiles. Il m’a mis en rapport avec son frère Nico [ndlr : Nicolas Sarkozy]. Depuis, je conseille ce dernier tout en gardant un œil sur l’autre Nicolas - Baverez - lequel se pousse du col pour être l’unique économiste thatchérien squattant la télé.

Le président : Est-ce pour souligner l’archaïsme des analyses de votre rival que vous avez déclaré sur France Inter : « Si Nicolas Baverez avait existé en 1356, il aurait pu écrire "La France qui tombe" » ?

L’accusé : La France dégringole en effet depuis la fin du règne de Charles V, lequel, comme je l’ai expliqué, en condamnant l’oisiveté des Frères mendiants, a dit : il faut travailler. Cela a représenté un basculement très important vers la modernité.

Le procureur : Chaque fois que l’accusé vante le travail, c’est pour enrichir le capital. Il juge extravagant le traitement des fonctionnaires, mais la plupart d’entre eux ne sont pas, comme lui, simultanément éditorialistes associés au Point, bonimenteurs permanents du petit écran et auteurs couverts d’euros. Car son traitement de professeur à temps plein, payé par le contribuable, ne lui suffit pas. Résultat : ses étudiants ne doivent pas le voir souvent, sauf s’ils le regardent à la télé utiliser à son profit leurs travaux de recherche.

La défense : D’autres font pareil. Bernard Maris, que mon client apprécie de plus en plus au demeurant, est aussi professeur d’université, salarié permanent d’un hebdomadaire dont j’ai oublié le nom - vous savez, celui qui publie des dessins à la Faizant pour cadre socialiste et dont les notaires adorent les éditoriaux -, chroniqueur sur France Inter et débatteur sur I-Télévision...

Le procureur : [d’une voix très dépitée] Mouais, admettons... Reste que l’accusé, qui abhorre les cumuls et les avantages acquis, s’en goinfre. Il peste contre les « régimes spéciaux » des retraites, mais oublie que ses amis Sarkozy et Fillon vont cumuler une demi-douzaine de pensions bien dodues (maire, ministre, etc.). Dans moins de quatre ans, par exemple, le patron de l’UMP pourra toucher - à 55 ans ! - sa retraite de député. Plus de 4 800 euros brut. Un conducteur de train en activité ne gagne que 2 600 euros par mois, travaille un week-end sur deux, une fête sur trois, dort une nuit sur trois en dehors de chez lui et, une année sur deux, ne peut prendre ses congés ni en juillet ni en août avec ses amis abonnés du Plan B. Les voilà, ces privilégiés que dénonce l’universitaire Marseille dont l’emploi est garanti à vie afin qu’il puisse gronder chez Yves Calvi contre l’emploi garanti à vie.

L’accusé : En avril dernier, dans Le Point, j’ai analysé le ton nauséabond que vous employez contre l’élite que nous représentons [Il lit.] : « Il est malsain de flatter à l’excès les rancœurs d’un peuple. Des enragés de 1793 aux babouvistes de 1796, des contempteurs des 200 familles dans les années 30 à ceux du CAC 40 aujourd’hui, aucun n’a jamais fait avancer les choses. La haine des Français contre le "mur d’argent" mine les bases fragiles de notre démocratie. » Je vous remercie. [Marseille salue, comme au théâtre, puis il sort de sa poche une fiole d’eau de Cologne et s’en asperge.]

Le procureur : Vous n’êtes pas à Broadway... L’homme qui paie vos chroniques du Point, François Pinault, est la quatrième fortune de France. Le mur d’argent, il le construit ! Quand il a marié son fils, étaient présents à la noce Jean-Marie Messier, Bernard Arnault, Claude Bébéar, Jean-Louis Beffa, Vincent Bolloré et Albert Frère. « Il y a tout le CAC 40 », s’émerveilla même un invité. Pas étonnant que Pinault ait goûté votre propos.

L’accusé : Vous confirmez tout ce que j’ai écrit [Il prend à nouveau la pose et se cite.] : « Nous avons toujours détesté l’argent, l’entreprise, la richesse ; nous avons une forte tradition catholique et une forte tradition marxiste, et les deux diabolisent l’économie de marché. La pauvreté, c’est essentiellement subjectif. C’est la psychologie individuelle qui en est largement responsable. » La termite populiste semble gagner les tribunaux, trop laxistes pour les délinquants, assistés, fonctionnaires ; trop sévères envers les entrepreneurs qui travaillent dur et paient trop d’impôts.

Le procureur : François Pinault n’a pas réglé d’impôt sur la fortune en 1997. [Il sourit, content de son effet.] Quant au prévenu, il vient d’être condamné par les prud’hommes pour n’avoir pas payé les charges sociales d’une de ses employées. Et comment a-t-il réagi ? Je le cite [Il se rengorge et déclame, tel Marseille lisant du Marseille.] : « Cette femme était employée en free-lance. Elle venait quand elle voulait, elle avait la clé des bureaux, elle n’avait aucune contrainte. » Aucune en effet, si ce n’est celle de travailler pour un patron très entreprenant, surtout avec ses employées, hé, hé.

L’accusé : Vous me faites un odieux procès de Moscou ! Votre cour aimerait m’enfermer dans un camp. Mais les penseurs les plus divers saluent mes analyses. L’UDF Jean-Louis Bourlanges a adoré mon livre sur le colonialisme, le socialiste Jacques Julliard recommande mes chroniques du Point ; le chevènemento-sarkozyste Max Gallo ne cesse de rendre hommage à mes travaux. Et le monarchiste Stéphane Bern s’est pâmé : « J’adore ce qu’il écrit. Je trouve ça passionnant. »

Le procureur : Va-t-il nous débiter tout son press-book ? Car, parmi ses zélateurs, il y a aussi [il récite] le mensuel L’Histoire (qui appartient aussi à Pinault) Christine Ockrent, Yves Calvi, l’émission de France Inter « Rue des entrepreneurs »...

L’accusé [qui l’interrompt]  : Et n’oubliez pas Libération, qui m’a consacré deux pages d’« entretien ». Certains de mes amis ont cru que les questions, à vrai dire très sucrées, de ce quotidien de gauche dont je déplorerai la disparition prochaine, avaient été dictées par mon attachée de presse [Il rit.]. Toutefois, l’affrontement ne m’effraie pas. J’ai ainsi croisé le sabre avec Alain Duhamel sur le thème : « Faut-il que le sang coule pour que la France se réforme ? »

Le président : Et votre réponse ?

L’accusé : Oui. C’est pour cela que je soutiens Sarkozy. J’ai eu l’occasion de l’écrire : « La France est fondamentalement bonapartiste dans ses gènes. Elle a besoin d’un homme fort, autoritaire, populaire, qui prenne des décisions. »

Le président : Eh bien, la nôtre est prise. Dix ans sans aller « chez Calvi ». Et une peine d’intérêt général : vendre à la criée Le Plan B. En place de grève, évidemment.

Paru dans Le Plan B n°4 (oct-nov 2006)
Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Dimanche 14 février 2010 7 14 /02 /Fév /2010 10:30
arret-sur-images.png Hélène Desplanques, réalisatrice du film Liquidation totale sur le conflit des ex-Samsonite était vendredi l'invitée d'Arrêt Sur Images, l'émission de Daniel Schneidermann visible sur le site http://www.arretsurimages.net/ (sur abonnement) et sur le canal 94 de la freebox (sur abonnement également).
L'émission sera rediffusée ce soir à 23h30 sur la chaîne http://www.arretsurimages.tv/. Sur le plateau d'Arrêt Sur Images, Fiodor Rilov, l'avocat des ex-Samsonite et Anne-Claire Guillain, journaliste à l'agence d'Hénin-Beaumont de La Voix du Nord, apportent leur éclairage.

Le film Liquidation totale est rediffusé aujourd'hui à 18h sur Public Sénat.


"On peut montrer la précarité sans être larmoyant"

Comment, d'une même lutte sociale, peut-on donner deux images radicalement différentes ? La lutte des salariés de l'ex-usine de Samsonite à Hénin-Beaumont, (Pas-de-Calais), en est un cas d'école. Comme l'a noté Télérama, deux enquêtes audiovisuelles ont récemment rendu compte de cette lutte : l'une sur TF1, l'autre sur Public Sénat. Pourtant, entre les deux, le téléspectateur n'avait pas l'impression d'être devant le même conflit... ou les mêmes salariés.

Pour disséquer ces deux enquêtes, et comprendre leurs différences, nous recevons Hélène Desplanques, réalisatrice de "Liquidation totale", un documentaire consacré à la bataille judiciaire des ex-salariés de Samsonite diffusé cette semaine sur Public Sénat, l'avocat des salariés Fiodor Rilov, ainsi qu'Anne-Claire Guilain, journaliste de la Voix du Nord, qui a suivi le conflit.

L'émission est préparée par Sophie Gindensperger, animée par Daniel Schneidermann, et déco-réalisée par François Rose. La vidéo dure 68 minutes. [...]

Une faillite et deux regards : en septembre 2005, le groupe Samsonite, propriétaire d'une usine à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), décide de la céder. Le repreneur est une holding dont le projet est de reconvertir l’usine pour fabriquer des panneaux solaires. Mais dix-huit mois plus tard, les caisses sont vides, l’usine est en liquidation judiciaire et les salariés sont licenciés a minima. Pas un seul panneau solaire n’a été produit. C'est le combat judiciaire des salariés lésés qu'ont suivi les deux enquêtes qui nous intéressent. Si le documentaire d'Hélène Desplanques (Liquidation totale, diffusé cette semaine sur Public Sénat) impute clairement la responsabilité de la banqueroute à Samsonite, TF1 (Enquêtes et révélations du 6 octobre 2009) se focalise sur les patrons voyous qui ont repris l'entreprise. Le nom de la marque de bagages n'y est même pas prononcé.

Fiodor Rilov, l'avocat des salariés, apparaît dans les deux enquêtes. Desplanques en fait le véritable héros de son documentaire : elle suit le développement de la stratégie de Rilov contre Samsonite. Mais quand il est interviewé sur TF1, l'avocat ne prononce pas le nom du fabricant de bagages... le résultat d'un montage d'orfèvre, si l'on en croit l'explication de l'avocat.

L'image des salariés n'est pas la même non plus dans les deux reportages. "Liquidation totale" montre des salariées militantes, qui organisent la lutte. "Enquêtes et révélations" s'intéresse à un ancien cadre et le filme longuement en larmes dans son usine vide. comment faire pleurer un ancien salarié ? Nos invités racontent le tournage. Plus largement, comment gérer l'émotion quand on traite d'une lutte sociale ?

D'autres émissions de la télévision française se sont intéressées, de près ou de loin, à cette affaire Samsonite. En 2007, l'émission Enquête exclusive sur M6 filmait la perquisition de la brigade financière dans les locaux de l'usine. Des images qui donnent le point de vue policier sur l'affaire. Et de plus loin, cette fois : cet été, Capital consacrait un reportage à la "guerre des valises" entre le géant Samsonite et le français Delsey, sans un instant s'intéresser à la dimension sociale du sujet.

Comment expliquer que personne n'ait vu venir les failles du projet du repreneur, qui proposait de produire des panneaux photovoltaïques avec les mêmes machines que celles qui produisent des valises ? L'envie d'y croire et le climat social difficile n'ont pas incité les pouvoirs publics et les salariés à regarder de trop près le projet de reprise... Lorsqu'à quelques kilomètres de là, le même projet de reprise sur une autre usine de bagages, Delsey, commence à tourner court, les salariés ne veulent même pas y croire.

Pour voir (ou revoir) le documentaire d'Hélène Desplanques sur Public Sénat, il est rediffusé samedi 13 février à 22h et dimanche 14 à 18h.

Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 10:30
ZemmourEric Zemmour a tenu ce matin sur RTL des propos sexistes inadmissibles. La prochaine étape pour lui sera-t-elle de s’enchaîner aux portes des centres IVG ou jeter des sacs de peinture rouge sur les médecins qui pratiquent l’avortement ?

Ce journaliste, homme de droite s’il en est, s’est en effet permis des propos sur RTL qui relèvent d’une atteinte grave au droit des femmes dont on se demande jusqu’où il peut aller. Que son machisme le pousse à se prononcer contre l’avortement, qu’il considère comme un affront à sa virilité que les femmes puissent choisir d’être mère ou pas, passe encore… quoique !

Mais puisqu’il se permet de déverser à une heure de grande écoute, de militer pour remettre en cause un droit acquis de haute lutte par les femmes et qu’il est à la limite de l’insulte envers elles et les féministes, je me permets quant à moi de lui demander réparation.

Je le mets au défi de débattre avec moi publiquement de cette question à la même heure sur la même antenne.

Marie-George Buffet,
secrétaire nationale du PCF
Paris, le 3 février 2010.
Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : Parti Communiste Français
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Jeudi 7 janvier 2010 4 07 /01 /Jan /2010 06:30
Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 08:30
Le journal Fakir vient de paraître avec un long dossier intitulé "Mais que font les syndicats ?" Dedans, des reportages de l’usine Goodyear au procès des Continental, jusqu’à une carte postale apportée à Bernard Thibault. Cet article trace le portrait du méconnu, et néanmoins influent, n°2 de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou.

Par François RUFFIN
illustrations : Mathieu Colloghan

« Bonne nouvelle » se réjouit Valeurs actuelles, « le premier hebdomadaire libéral de droite » : « Le secrétaire confédéral de la CGT, Jean-Christophe Le Duigou vient de rejoindre son corps d’origine, l’administration des impôts, avec une promotion : il sera conservateur des hypothèques. (…) Tout cela montre quand même une formidable capacité de récupération de notre système. »

Rares sont les syndicalistes, luttant dans leur entreprise, à obtenir ainsi une « promotion ». D’autant plus après trente années d’absence comme permanent. A moins que l’Etat ne délivre ici une récompense.

« Confrontations » feutrées

Peu d’hommes, en effet, auront autant œuvré pour l’abandon, à la CGT, du syndicalisme de lutte. Pour l’acceptation, en 2003, de la réforme des retraites – puis des régimes spéciaux en 2007. Pour le « Oui », évidemment, au Traité Constitutionnel Européen. Pour la transformation de l’ « adversaire patronal » en « partenaire social » - et pas seulement à la table des négociations.

Il a ainsi co-fondé, en 1991, le « lobby d’intérêt général » « Confrontations Europe ». Où il côtoie Jean Gandois (ex-n°1 du CNPF, ancêtre du MEDEF), Jean Peyrelevade (ancien PDG du Crédit Lyonnais), Michel Pébereau (PDG de BNP-Paribas), Franck Riboud (PDG de Danone), Francis Mer (ex-PDG d’Usinor, ministre de l’Economie de Raffarin). Nul doute que ce « mouvement civique », financé par l’Union Européenne, contribue à une violente « confrontation » des points de vue…

La preuve : siégeant au Fonds de Réforme des Retraites, Le Duigou a approuvé, sans tiquer, que cet argent public soit placé sur les marchés financiers : « Le choix, dès 2002, a été d’investir dans des entreprises cotées pour soutenir l’économie », explique-t-il. Spéculer en bourse devient « soutenir l’économie » : Christine Lagarde ou Laurence Parisot ne diraient pas mieux. Grâce à ce choix judicieux, le FRR vient de perdre 7 milliards d’euros. Notre avenir est assuré…

Direction intellectuelle

Sa pensée sociale-libérale n’est pas isolée. Elle irrigue tout l’appareil.

« Pourquoi Bernard Thibault n’est pas venu à Goodyear ? »

Je questionne Christophe Saguez, cette fois. Le secrétaire de l’Union Départementale de la Somme.

« On l’a sollicité, mais son emploi du temps ne le permettait pas. Et l’objectif, pour la CGT, c’est d’être dans la proposition, plus que dans la contestation – qui est bien souvent une fausse radicalité. »

Il me tend un quatre pages, «  Défendre et développer l’emploi et l’industrie. »

Ancien salarié de Procter, Christophe est un gars sympa.
Qui ne veut se fâcher ni avec la base ni avec le boss.
Qui n’affirme rien de trop tranché.
Qui prête sa voix à l’appareil.
Je le titille sur ma marotte :
« Qu’est-ce que tu penses du protectionnisme ?

- Les hommes ont toujours tenté de développer le commerce avec d’autres pays, ce qu’il faut c’est un développement harmonieux… Les choses se jouent dans le cadre de la Confédération Européenne des Syndicats, c’est au niveau européen qu’on peut gagner des droits…

- Mais c’est du vent, la CES ! je le brusque.

- Pas du tout : malgré des limites, on trouve là des points d’appuis importants. »

La vulgate, encore.
Tant mieux : preuve que l’organisation fonctionne.
Qu’elle tient un discours, de ses dirigeants à ses permanents.

Mais d’où lui viennent ces idées ? Je lui demande :
« On a plein de littérature syndicale, notre revue d’abord. » Il me montre « Analyses et documents économiques, n°111-112 ». « Tu peux l’emporter. »
Merci.

Je le feuillette.

En page 2, « Analyses et documents économiques est placé sous la direction de Jean-Christophe Le Duigou. »

En page 9, le dossier « Face à la crise, quelle politique de relance ? » offre un papier du même Jean-Christophe Le Duigou : « Cinq priorités pour une politique industrielle » : 1, « Donner la priorité au développement des emplois et des qualifications » ; 2, « Accroître l’effort de recherche et d’innovation » ; 3, « Une politique de l’énergie cohérente » ; 4, « Assurer le financement de la croissance des entreprises » ; 5, « Recréer les conditions d’une démocratie économique en France et en Europe. »

Je survole, maintenant, le quatre pages « Défendre et développer l’emploi et l’industrie », avec ses « Cinq priorités pour une politique industrielle et de développement de l’emploi ». Les mêmes que dans la revue (« reconnaissance des qualifications », « recherche et innovation », etc.), sauf que la 4 et la 5 sont inversées. Aucune proposition « démagogique », par exemple sur des « taxes douanières contre le libre-échange », ou sur « la confiscation des profits », etc.

C’est un levier discret, mais essentiel : la fraction la plus centriste détient, à la CGT, l’outil intellectuel. Qui maintient le débat économique dans les limites convenues. Dont les propositions mesurées sont reprises dans des tracts, sur des affiches. Bref, qui orientent la réflexion des militants.

Représentatif

L’ironie, bien sûr, c’est que Le Duigou a, sur les retraites, accompagné les reculs successifs. Tandis que la sienne, fin 2009, s’annonce dorée : « Sa promotion lui permettra de partir dans de bonnes conditions, relate Le Monde, la pension des fonctionnaires étant calculée sur les six derniers mois de salaire » - qui s’effectuent, pour lui, dans « un des postes les mieux payés de Bercy ».

C’est un indice, à coup sûr, d’une évolution de la CGT : centrale ouvrière désormais guidée par un haut fonctionnaire – qui ne saborde pas sa carrière. La confédération est désormais truffée d’« experts » : depuis 1965, le nombre de permanents au sommet était multiplié par cinq – tandis que les adhérents étaient divisés par trois. Et cette CGT respectable se tourne vers les cadres supérieurs – plus volontiers qu’elle ne cause de « prolétaires »…


François Ruffin


Le journal Fakir est un journal papier, en vente chez tous les bons kiosquiers ou sur abonnement. Il ne peut réaliser des enquêtes, des reportages, que parce qu’il est acheté.


http://www.fakirpresse.info/

Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Mercredi 21 octobre 2009 3 21 /10 /Oct /2009 06:30
Depuis vingt ans, Le Monde diplomatique annonce la formation du cyclone économique qui, aujourd’hui, dévaste les salles de rédaction et dépeuple les kiosques. L’analyse des causes ne prémunissant pas contre les effets, notre journal éprouve lui aussi les conséquences des intempéries. Moins que d’autre titres, et d’une manière différente : ni sa survie ni son indépendance ne sont en cause, mais les moyens manquent à son développement. Pour éclairer l’avenir, prendre toute sa part à la bataille d’idées, transmettre enfin à de nouveaux lecteurs notre manière de voir et de déchiffrer le monde, nous faisons appel à vous.

Après le textile, la sidérurgie, l’automobile… la presse. Les ouvriers des pays du Nord ont payé au prix fort la délocalisation de la production vers le Sud ; avec la migration de leurs lecteurs vers Internet, c’est au tour des journalistes de voir disparaître leurs emplois. On pourrait conclure qu’un modèle économique chasse l’autre, soupirer que la roue tourne, que c’est la vie. Mais, aussitôt, il est question de démocratie. L’automobile, nous dit-on, loin de constituer un bien public irremplaçable, n’est qu’une marchandise. On peut la fabriquer ailleurs, autrement, lui substituer un mode de transport différent. Rien de très grave au fond. Tandis que la presse...

Cette dernière dispose d’un atout de poids dans le débat public. Quand elle juge son existence menacée, elle sonne le tocsin plus facilement qu’un ouvrier dont l’usine s’apprêterait à fermer. Et pour rallier chacun à son étendard, elle n’a qu’à prononcer la formule rituelle : « Un journal qui disparaît, c’est un peu de démocratie qui meurt. » L’énoncé est pourtant absurde, burlesque même. Se rendre à un kiosque suffit pour constater que des dizaines de titres pourraient cesser d’exister sans que la démocratie en pâtisse. Les forces de l’ordre idéologique perdraient même dans l’affaire quelques-uns de leurs commissariats. Cela ne rend pas illégitimes les inquiétudes des journalistes concernés. Mais des milliards de gens sur terre n’ont nul besoin pour défendre leur emploi de lui inventer d’autre vertu que celle de leur procurer un salaire.

Depuis quelques années, l’industrie de presse décline. Le journalisme, lui, souffre depuis beaucoup plus longtemps. Les contenus rédactionnels étaient-ils en effet mirobolants il y a vingt ans quand la plupart des périodiques constituaient des sacs à publicité et des machines à cash ? Et quand, aux Etats-Unis, les mastodontes New York Times Co., Washington Post Co., Gannett, Knight Ridder, Dow Jones, Times Mirror amassaient des profits vingt fois supérieurs à ceux de l’ère du Watergate, apogée du « contre-pouvoir »(1) ? Doté de tels moyens, adossé à des marges annuelles atteignant 30 %, voire 35 %, leur journalisme se déployait-il alors avec audace, créativité, indépendance ?

Et, en France, l’information critique trônait-elle vraiment au premier plan quand, milliards en main, les groupes Lagardère et Bouygues se disputaient le contrôle de TF1 ? Ou quand, rivalisant de vulgarité, les chaînes privées se multipliaient comme les pains du Nouveau Testament, offrant des salaires de maharajas à une poignée de journalistes qui avaient déjà démontré l’efficacité de leur dressage ? En ce moment, nombre de directeurs de presse font front commun devant l’orage et implorent le secours financier de celle qu’en d’autres circonstances ils nomment avec dédain la « mamma étatique ». Le Monde diplomatique, qui leur souhaite bonne chance, n’oublie pas la part qu’ils ont prise dans leur infortune présente. Mais, pour continuer à défendre une conception du journalisme différente de la leur, c’est d’abord à ses lecteurs qu’il fait appel.

Si les tourments des médias indiffèrent une large fraction de l’opinion, c’est pour partie qu’elle a compris une chose : la mise en avant de la « liberté d’expression » sert souvent de paravent aux intérêts des propriétaires de moyens de communication. « Cela fait plusieurs décennies, estime le cofondateur du site dissident CounterPunch.com Alexander Cockburn, que les journaux dominants ont plutôt fait obstruction ou saboté les efforts destinés à améliorer notre situation sociale et politique (2) . » Les enquêtes et reportages diligentés par la presse, de plus en plus rares, permettent surtout de préserver la fiction d’un journalisme d’investigation pendant que prolifèrent dans d’autres pages faits divers, portraits, rubriques de consommation, de météorologie, de sport, copinages littéraires. Sans oublier le simple copier-coller de dépêches d’agences par des salariés en voie de déqualification rapide.

« Imaginez, lance l’universitaire américain Robert McChesney, que le gouvernement prenne un décret exigeant une réduction brutale de la place accordée aux affaires internationales dans la presse, qu’il impose la fermeture des bureaux de correspondants locaux, ou la réduction sévère de leurs effectifs et de leurs budgets. Imaginez que le chef de l’Etat donne l’ordre aux médias de concentrer leur attention sur les célébrités et les broutilles plutôt que d’enquêter sur les scandales associés au pouvoir exécutif. Dans une telle hypothèse, les professeurs de journalisme auraient déclenché des grèves de la faim, des universités entières auraient fermé à cause des protestations. Pourtant, quand ce sont des intérêts privés en position de quasi-monopole qui décident à peu près la même chose, on n’enregistre pas de réaction notable (3) . »

McChesney prolonge son exercice d’écologie mentale en posant la question suivante : puisque la démocratie est sans cesse invoquée, quand avons-nous au juste collectivement décidé — à quelle occasion ? lors de quel scrutin majeur ? — qu’une poignée de très grandes entreprises, financées par de la vente de publicité et prioritairement soucieuses de dégager un profit maximum, seraient les principaux artisans de notre information ?

Internet n’a pas décimé le journalisme, il agonisait déjà

En 1934, le dirigeant radical français Edouard Daladier fustigeait les « deux cents familles » qui « placent au pouvoir leurs délégués » et qui « interviennent sur l’opinion publique, car elles contrôlent la presse ». Trois quarts de siècle plus tard, moins d’une vingtaine de dynasties exercent une influence comparable, mais à l’échelle de la planète. Le pouvoir de ces nouvelles féodalités héréditaires — Murdoch, Bolloré, Bertelsmann, Lagardère, Slim, Bouygues, Berlusconi, Cisneros, Arnault (4)… — excède souvent celui des gouvernements. Si Le Monde diplomatique avait dépendu de l’une d’entre elles, eût-il mis en cause le contrôle de l’édition par Lagardère ? Le destin qu’Arnault inflige à ses ouvrières ? Les plantations de Bolloré en Afrique ?

Revenant sur les conditions de son départ de Libération, le quotidien qu’il avait fondé, après qu’Edouard de Rothschild eut fait irruption dans le capital du journal, Serge July précise : « Edouard de Rothschild (…) acceptait de s’engager financièrement, pour autant que je m’engage à quitter non seulement mes fonctions, mais le journal. Je n’avais pas le choix, j’ai accepté tout de suite (5). » Il est assez piquant que son successeur, imposé par l’actionnaire, prétende aujourd’hui s’afficher en tribun de la liberté de la presse.

Tout le mal actuel, entend-on souvent, viendrait de ce pelé, de ce galeux d’Internet. Mais la Toile n’a pas décimé le journalisme ; il chancelait depuis longtemps sous le poids des restructurations, du marketing rédactionnel, du mépris des catégories populaires, de l’emprise des milliardaires et des publicitaires. Ce n’est pas Internet qui servit de caisse de résonance aux bobards des armées « alliées » pendant la guerre du Golfe (1991) ou à ceux de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) pendant le conflit du Kosovo (1999). Impossible également d’imputer à Internet l’incapacité des grands médias à annoncer l’effondrement des caisses d’épargne aux Etats-Unis (1989), puis à imaginer la déroute des pays émergents huit ans plus tard, enfin à prévenir cette bulle immobilière dont le monde continue de payer le prix. Les terribles accusations de pédophilie de l’affaire d’Outreau ou d’antisémitisme du RER D ne provenaient pas non plus de la Toile. Alors, s’il faut vraiment « sauver la presse », l’argent public gagnerait à être réservé à ceux qui accomplissent une mission d’information fiable et indépendante, pas aux colporteurs de ragots. Le service de l’actionnaire et le commerce de « cerveaux disponibles » trouveront leurs ressources ailleurs (6).

Dans les reproches adressés à Internet, on décèle souvent autre chose qu’une inquiétude légitime devant les modes d’acquisition du savoir et de transmission de l’information : l’effroi que le magistère de quelques barons du commentaire touche à son terme. Disposant d’un privilège féodal, ceux-ci s’étaient taillé des domaines, ménagé des sinécures ; ils pouvaient « faire » ou « défaire » ministères et réputations. Un concert d’éloges unanimes accueillait avec la même fièvre chacun de leurs ouvrages bâclés et de leurs tribunes ronflantes (7). Quelques journaux irrévérencieux faisaient çà et là figure de citadelles assiégées. Mais un jour, des sans-culottes ont débarqué avec leurs claviers...

Reconnaissons-le, le contexte d’ensemble d’une information chamboulée par une recomposition brutale (lire « Recomposition brutale, racolages à tous les rayons ») ne nous a pas épargnés, nous non plus. Après un essor ininterrompu entre 1996 et 2003, la diffusion en kiosques du Monde diplomatique a enregistré un très fort recul jusqu’à l’année dernière ; le nombre des abonnés, lui, a continué de progresser. En termes d’exemplaires vendus, le tassement est néanmoins réel et nous ramène à nos chiffres de 1995, juste avant la filialisation du journal (voir graphique ci-dessous). Assurément, la perception générale s’améliore sensiblement si l’on ajoute à ce total les soixante-treize éditions internationales du mensuel (la première, en Italie, date de 1994), les quelque deux millions d’exemplaires qu’elles diffusent et les centaines de milliers de lecteurs en ligne de notre site.



Mais audience et revenus sont choses bien différentes. Les ventes et les abonnements représentent de très loin nos deux principaux piliers financiers (8). Les internautes contribuent à l’influence du journal, pas à son existence. Et ceux d’entre eux qui ne participent jamais à nos recettes opèrent à la manière des passagers clandestins dont l’intégralité du déplacement est payée par les voyageurs ayant acheté un billet (voir dans « Recomposition brutale, racolages à tous les rayons » la répartition de nos recettes).

Pour survivre, nombre de journaux ont choisi d’aligner davantage leur contenu sur les goûts supposés de leurs lecteurs. La destination est connue d’avance : « Ils préfèrent les articles courts et les nouvelles qui les concernent directement. Sur Internet, ils recherchent plutôt ce qui va leur faciliter la vie. Les longs textes relatifs à la politique étrangère sont d’autant moins prisés que les internautes se contentent de survoler les titres. A Zero Hora, un quotidien brésilien qui appartient au groupe RBS, le département de la diffusion interroge cent vingt lecteurs sur ce qu’ils ont pensé du journal du jour. Le directeur Marcelino Reich reçoit un rapport à 13 heures : “En général, ils réclament davantage de suppléments sur la cuisine et l’immobilier, et moins d’articles sur le Hezbollah et les tremblements de terre.” (9) » Avouons que Le Monde diplomatique n’est probablement pas le titre qu’ils recherchent...

La désaffection qui a atteint notre journal n’est pas étrangère au découragement de ceux qui observent que, faute d’écho suffisant et de relais politiques, la mise à nu des dispositifs principaux de l’ordre social et international a eu peu d’effet sur la pérennité du système. La lassitude du « à quoi ça sert ? » a donc peu à peu remplacé l’ancien « que proposez-vous ? » qui, dans notre cas, ne se justifiait plus guère tant au fil des ans les pistes et les propositions se sont succédé dans ces pages (abolition de la dette du tiers-monde, réforme des institutions internationales, taxe Tobin, nationalisation des banques, protectionnisme européen, « guillotine fiscale » sur certains revenus du capital, développement de l’économie solidaire et de la sphère non marchande, etc.).

Un mensuel bien peu recommandable...

A l’évidence, le déclin de l’altermondialisme nous a atteints plus durement que d’autres. L’hégémonie intellectuelle du libéralisme fut remise en cause, mais très vite l’argile s’est durcie. Car si la critique ne suffit pas, la proposition non plus : l’ordre social n’est pas un texte qu’il suffirait de « déconstruire » pour qu’il se recompose tout seul ; nombre d’idées ébrèchent le monde réel sans que les murs s’écroulent. Pourtant, on attend parfois de nous que les événements se plient à nos espérances communes. Et dans le cas contraire, on nous juge un peu déprimants...

En tout cas, quand il s’agit de l’avenir de ce journal, nous fondons notre optimisme sur une certitude, celle de pouvoir compter sur votre concours. Nous ne relèverons donc pas nos tarifs pour le moment. Nous les maintiendrons plus bas dans les pays pauvres. Nous poursuivrons l’accompagnement de nouvelles éditions internationales en leur offrant de nous verser des droits limités au démarrage. Nous demeurerons à la pointe des technologies multimédias, notamment pour atteindre les jeunes générations et assurer ainsi la transmission des valeurs intellectuelles et politiques de notre journal (lire « Transmettre »). Nous continuerons à commander davantage de grands reportages et d’enquêtes de journalistes, de chercheurs, de militants aussi, sur les conflits en cours, les crises, les alternatives, les expérimentations.

Mais la poursuite de notre développement dépend pour une large part de votre mobilisation financière à nos côtés. Achat plus régulier du journal en kiosques, abonnement, offre d’abonnement à des lecteurs potentiels, adhésion à l’association des Amis du Monde diplomatique : vos moyens d’intervention sont nombreux. Et, depuis peu, un dispositif nouveau a vu le jour. Il permet de déduire du montant de votre impôt 66 % des dons faits à notre journal. Ainsi, après avoir aidé les banques, l’argent public pourrait enfin servir à enquêter sur leurs turpitudes…

Comparées à celles d’autres titres, nos pertes peuvent paraître modestes (330 000 euros en 2007, 215 000 euros l’année dernière). Mais aucun banquier désœuvré et brûlant de jouer au mécène ne se proposera de les combler. Un journal comme le nôtre, dont l’ensemble des personnels est actionnaire, dont les lecteurs, qui détiennent eux aussi une part du capital, offrent des abonnements de solidarité aux bibliothèques et aux prisons dépourvues de ressources, dont enfin le directeur est élu, lui paraîtrait vraisemblablement assez peu recommandable.

La question qui nous est collectivement posée est simple : qui d’autre que nous va continuer à financer un journalisme d’intérêt général ouvert sur le monde, consacrer deux pages aux mineurs de Zambie, à la marine chinoise, à la société lettone ? Ce mensuel n’est pas exempt de défauts, mais il encourage les auteurs qui voyagent, enquêtent, sortent de chez eux, écoutent, observent. Les journalistes qui le conçoivent ne sont jamais conviés aux dîners du Siècle, ils ne font pas de « ménages » pour les lobbies pharmaceutiques ou les sociétés d’emballage, ils n’ont pas leur rond de serviette dans les grands médias. Ceux-ci, d’ailleurs, qui relaient chaque « nouvelle formule » d’un autre journal et qui transforment leurs « revues de presse » en auberge réservée à cinq ou six titres, toujours les mêmes, occultent avec application Le Monde diplomatique en dépit de son impact mondial sans équivalent. Au fond, c’est la rançon de notre singularité.

Mais nous comptons tant de complices ailleurs : l’association des Amis du Monde diplomatique, dont l’existence conforte l’indépendance de la rédaction et qui, chaque mois, organise des dizaines de débats autour des thèmes que nous développons ; les kiosquiers qui veillent à ce que notre journal reste bien exposé, et parfois le recommandent ; les enseignants qui le font connaître à leurs élèves ; la presse alternative qui tire profit de nos informations et dont certains animateurs musardent dans nos colonnes ; beaucoup de curieux, des journalistes francs-tireurs, quelques mauvais caractères…

Et vous tous, sans qui rien n’est possible.

Serge Halimi.



(1) La révélation par le Washington Post, à partir de 1972, des conditions du cambriolage de l’immeuble du Parti démocrate (le Watergate) dans la capitale fédérale provoqua, en août 1974, la démission du président républicain Richard Nixon. Entre 1975 et 1989, The New York Times Co. vit ses profits annuels s’envoler de 13 millions de dollars à 266 millions de dollars. The Washington Post Co. passa, lui, de 12 millions de dollars à 197 millions de dollars pendant la même période. Cf. Howard Kurtz, « Stop the Presses », The Washington Post National Weekly Edition, 3 mai 1993.

(2) Alexander Cockburn, The Nation, New York, 1er juin 2009.

(3) Cité par Columbia Journalism Review, New York, janvier-février 2008.

(4) En mai 2008, M. Bernard Arnault, deuxième fortune de France, président-directeur général de LVMH et propriétaire du quotidien économique Les Echos, a nommé son fils Antoine membre du « comité d’indépendance éditoriale » du groupe Les Echos. Auparavant, M. Antoine Arnault occupait le poste de directeur de la communication de Louis Vuitton...

(5) Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel, Faut-il croire les journalistes ?, Mordicus, Paris, 2009, p. 67.

(6) Dès octobre 1984, Claude Julien (directeur du Monde diplomatique de 1973 à 1991) proposait que les aides de l’Etat à la presse, qui représentent en France 10 % du chiffre d’affaires du secteur, soient réservées à des société à but non lucratif. Lesquelles « ne pourraient avoir pour objectif de gagner de l’argent et de distribuer des dividendes ». Leurs profits seraient « reversés à une œuvre d’utilité publique. Les journaux qui opteraient pour un tel statut n’auraient donc guère de chance d’exciter la convoitise des affairistes ».

(7) Cf. le dossier « L’imposture Bernard-Henri Lévy ».

(8) En 2008, les éditions internationales ont versé 350 000 euros de redevances au Monde diplomatique, soit environ 3 % de son chiffre d’affaires.

(9) « More media, less news », The Economist, Londres, 26 août 2006.
Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Vendredi 16 octobre 2009 5 16 /10 /Oct /2009 06:30
Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 06:30
Le nouveau numéro de Fakir, le journal alternatif amiénois d'enquêtes sociales animé par François Ruffin vient de sortir. Fakir est allé aux portes des entreprises en lutte de Picardie, a rencontré les "Conti" et est allé au siège de la CGT à Montreuil.

Alors que les journées de mobilisation du printemps ont rassemblé des millions de personnes, pourquoi ça bloque ? La faute aux permanents syndicaux ? Au fatalisme des salariés réduits à des combats défensifs pour obtenir des indemnités de départ décentes ?

Pour ce troisième numéro national de Fakir (le numéro 42 depuis la création du journal à Amiens),  Fakir pose des questions qui fâchent et essaie, modestement, d'apporter un éclairage à tous les militants qui luttent.



Sommaire du numéro 42

Octobre 2009

Mais que font les syndicats ? Ou plutôt : qu'est-ce que peuvent bien fiche leurs directions ? Vous vous posez la question ? Ça tombe bien : Fakir a essayé d'y répondre dans son numéro 42.

« Quand Bernard Thibault vient, vous lui racontez quoi ?

- Mais il n'est jamais venu ! On ne l'a jamais vu, ici. Même pas un coup de téléphone. A part à la télé, sinon je ne connais pas le son de sa voix...
»

C'est Mickaël Wamen, le délégué CGT de Goodyear, qui se confie comme ça devant l'usine. Pour sa longue enquête - dossier d'une vingtaine de pages - , Fakir a également rencontré les délégués de Continental, de Caterpillar, et en est revenu avec ce tableau :

Entre le 1er janvier et le 1er septembre 2009, nombre de visites de Thibault, Mailly et Compagnie :

- avec les travailleurs chez Goodyear : zéro.
- avec les travailleurs chez Continental : zéro.
- avec les travailleurs chez Caterpillar : zéro.

- avec Nicolas Sarkozy à l'Elysée : huit. Soit, dans le détail :

Le 13 janvier, pour « la prévention des restructurations ».
Le 19 janvier, pour les « vœux aux partenaires sociaux ».
Le 18 février, pour un « sommet social ».
Le 30 mars, pour préparer le G 20.
Le 10 avril, pour entendre les résultats du G 20.
Le 8 juin, pour préparer le discours de Nicolas Sarkozy au Bureau International du Travail.
Le 1er juillet, pour un nouveau « sommet social ».
Le 1er septembre, on ne sait pas pourquoi.

Révélateur, non ?

On trouve aussi. Et on en a fait le thème du dernier numéro de Fakir, actuellement en vente. Avec, au menu :

Un gros dossier, donc, sur les syndicats.
On est parti deux millions en janvier, et on s'est retrouvés dix fois moins en arrivant en juin. Les fermetures d'entreprises tombent par paquets, mais les batailles sont menées boîte par boîte. Les financiers se sont saoulés de profits, et maintenant les salariés trinquent. La crise économique ne suffit pas : Nicolas Sarkozy ajoute le travail du dimanche, l'âge de la retraite, le SMIC gelé et autres fantaisies. Et tout ça sans riposte nationale. Sans que les leaders ne tonnent. Sans fâcherie avec Chérèque, Thibault et compagnie. D'où notre question : mais que font les syndicats ? Fakir se balade des usines picardes au siège de la CGT à Montreuil, du procès des Conti aux Bourses du Travail, jusqu'à la Confédération Européenne des Syndicats.

Canular : du Viagra pour mon pédophile !
Leur serment n'en parle pas : les pharmaciens peuvent-ils servir du Viagra à un pédophile ? On a testé la déontologie des apothicaires... et leur bon sens.

Grippe A et OMS : la fièvre des marchés

C'est de l'Organisation mondiale de la santé qu'est partie la pandémie médiatique sur la grippe porcine. Fakir a cherché à savoir qui étaient les «experts indépendants» de cette institution.

Le cahier région : nos plans débrouille contre la crise
Bons plans ou astuces : les médias ne parlent plus que de ça depuis que la crise est venue. On ne pouvait pas rater ça...

Mission Cotis : la camisole chimique
Quand les économistes racontent n'importe quoi sur le «partage de la valeur ajoutée», Fakir corrige le tir.

[Pour lire tout ça, rendez-vous dans votre Maison de la presse la plus proche. Ou abonnez-vous.]
Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 09:30
Le nouveau numéro du Plan B, le journal sardonique de critique des médias et d'enquête sociale est en kiosque. 16 pages délicieuses à lire de toute urgence pour la modique somme de 2 €.

Au sommaire du nouveau numéro du Plan B :

Un triomphe peut en cacher un autre (p. 3)

Du dialogue entre Le Plan B et ses lecteurs, il sort des étincelles et un constat : malgré la crise, les patrons plastronnent, les médias mentent et la gauche capitule. Que faire ? Notre journal propose de se pencher sur la question : que ferons-nous lorsque nous aurons pris le pouvoir ? Et lance cette adresse complaisante à ses lecteurs : « Au boulot, bande de feignasses ! »

A bas la dictature, vive les putschistes ! (p. 4)
Soit deux mises en cause de la souveraineté populaire : l’une en Iran par la fraude, l’autre au Honduras par un coup d’Etat. Comment réagissent deux publications tirées au sort : le New York Times et Libération

France Télécom : le silence assassin (p. 5)
Après avoir célébré la privatisation de France Télécom, la productivité et le management à la cravache, les journalistes s’émeuvent du sort des salariés de l’ex-entreprise publique.

Ma 6-Té va s’autoG-rer (p. 6)
La délinquance en banlieue prend des formes de plus en plus sournoises. A Montauban, une dizaine de jeunes d’une cité HLM a envahi un local municipal pour créer un lieu de vie autogéré. Le Plan B s’en est ému auprès de la mairie…

Médias et Front national : les petits lapins plagient le grand méchant loup (p. 8-9)
Comme les barons de l’information, le parti d’extrême droite a toujours réclamé moins d’impôts, moins d’Etat, moins de droits pour les salariés, plus de liberté pour les patrons et pour la police. Ce qui n’empêche pas les premiers d’honnir le second avec affectation.

« Qu’ils brûlent des machines ! Qu’ils attaquent le siège social ! » (p. 10-11)
En 1983, la fermeture de l’usine SKF d’Ivry avait provoqué deux ans de blocage et des jets de bouteilles d’acide sur les CRS. Vingt-cinq ans plus tard, la fermeture d’une autre usine du même groupe à Fontenay-le-Comte, en Vendée, a donné lieu à huit jours de grève et à un gros coup de blues. Mais la presse est formelle : « les SKF se radicalisent »…

Le jardin des délices (p. 12-13)
Assoiffé de recettes publicitaires, Le Monde implore Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, de ne pas l’oublier pour les étrennes. Une nouvelle preuve d’indépendance du quotidien de référence.

Philippe le Bel, le Jean-Claude Trichet du Moyen Âge (p. 14)
Au XIIIe siècle, le roi de France trouve un subterfuge nouveau pour renflouer les caisses de l’Etat : manipuler la valeur de l’argent. Les loyers parisiens flambent. Mais, au Moyen Âge, les locataires savaient se défendre…

Grand débat chez les gardiens de la paix (p. 15)

« Est-ce que la violence paie ? » : craignant les secousses sociales, Yves Calvi convie sur France 2 un aéropage pluraliste composé du patron du Figaro-magazine, de Frédéric Lefebvre, de Benoît Hamon et du journaliste le plus bête de France (il s’agit de Laurent Joffrin, ndlr). Ah oui, c’est de la violence des salariés dont il est question…

Le procès de Daniel Cohen (p. 16)
Mais pourquoi diable l’accusé, économiste au service du capital, se présente-t-il à la barre entiché d’un énorme chat nommé « Demorand » ? Pour amadouer le président du Tribunal ? Qu’il prenne garde : le danger est parfois plus proche qu’on ne le croit…
Par David NOËL - Publié dans : Médias - Communauté : les anti-capitalistes
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