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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Par bien des aspects, le débat politique actuel rappelle furieusement les années trente, et pas seulement par la gravité de la crise économique que nous vivons ou par la montée en puissance, dans toute l’Europe de partis nationalistes – on dit aujourd’hui nationaux-populistes – comparables aux partis fascistes de l’entre-deux-guerres.

Pour  les communistes eux-mêmes, les discussions que nous avons rappellent les débats stratégiques des années trente, entre tactique « classe contre classe » et « front populaire ».

Entre 1928 et 1934, la ligne politique fixée par l’Internationale communiste et appliquée par le Parti communiste est la ligne « classe contre classe ». Qualifiée de « social-fascisme », la social-démocratie est vue par l’Internationale comme une aile gauche du capitalisme qui trompe les classes populaires, nourrit des illusions réformistes pour mieux préserver le système capitaliste et servir les intérêts de l’impérialisme. Les communistes doivent se démarquer du « social-fascisme » sous peine de perdre toute crédibilité auprès des travailleurs. Aucun accord électoral n’est possible avec le social-fascisme et le maintien des candidats communistes au second tour est systématique, même s’il permet la victoire d’un candidat réactionnaire face à un candidat socialiste.

Après l’arrivée au pouvoir des nazis en janvier 1933 et l’écrasement du KPD, sous l’influence de Dimitrov, accusé par les nazis de l’incendie du Reichstag et qui se défend brillamment lors de son procès, mais aussi suite aux événements parisiens du 6 février 1934, analysés par la gauche comme une tentative de coup de force fasciste, l’Internationale communiste abandonne la stratégie « classe contre classe » et adopte la stratégie de « front populaire ». On passe du « front unique ouvrier » à la base au « front populaire » entre le Parti communiste, la social-démocratie et les éléments avancés de la bourgeoisie (le parti radical) pour défendre la République dans la lignée de l’engagement dreyfusiste de Jean Jaurès. Cette stratégie a permis de rassembler et de mobiliser le « peuple de gauche », a débouché sur de vastes conquêtes sociales et a démultiplié l’audience du Parti communiste, qui a su apparaître comme le parti le plus rassembleur, le plus dynamique et le plus combatif du front populaire.  

Ces débats anciens sont toujours actuels, face au Front national, à l’intérieur du PCF comme à l’intérieur du Front de Gauche, cartel électoral antilibéral créé à l’initiative du PCF.
Devons-nous dénoncer et combattre le social-libéralisme pro-capitaliste et impérialiste, en refusant tout arrangement avec ce « social-fascisme »  contemporain, au risque de favoriser dans certaines élections la victoire du Front national fasciste, mais en pariant sur l’avenir et en misant que notre clarté politique et notre radicalité amèneront inéluctablement les classes populaires à se tourner vers nous ? C’est la position défendue avec vigueur par des camarades qui appellent le PCF à retrouver son identité révolutionnaire et c’est la position d’une partie des organisations du Front de Gauche, à commencer par le PG de Jean-Luc Mélenchon qui estiment qu’il faut accepter de perdre des positions électorales pour en gagner par la suite.
Devons-nous, au contraire, être les premiers défenseurs des valeurs républicaines et pratiquer des alliances de « front populaire » avec la social-démocratie, sans jamais renoncer à nos valeurs propres de communistes ?   

Attaché à l’autonomie et à l’identité de mon parti, je n’ai jamais fait preuve d’aucune complaisance vis-à-vis du social-libéralisme, mais marqué par mon engagement de ligueur à la LDH, j’ai toujours défendu, depuis dix ans que je suis en responsabilité d’une section locale du PCF, une stratégie de « front populaire » quand j’ai estimé que les circonstances l’exigeaient.
Les calculs sur l’avenir m’ont toujours semblé douteux… C’est aujourd’hui et maintenant qu’il faut défendre les habitants, pas dans un avenir lointain. Aussi, je n’ai jamais compris ceux qui expliquaient qu’il faut savoir perdre des positions électorales pour en gagner.

Ce positionnement contre la tactique « classe contre classe » et pour le « front populaire » m’a valu de nombreuses critiques d’adversaires politiques locaux comme de militants du Front de Gauche. On m’a reproché pêle-mêle de cautionner le clientélisme et la corruption, de cautionner le social-libéralisme, d’être le « fossoyeur du Front de Gauche »… Je n’ai jamais cautionné le clientélisme et la corruption et je les ai combattus, en élu communiste intègre et déterminé. Je combats le social-libéralisme tous les jours et aucune alliance électorale de front populaire ne m’empêchera de défendre les valeurs communistes.
Nous n’avons pas pu empêcher le Front national de l’emporter dans notre secteur en 2014 et en 2015, face à une liste d’union de la gauche aux municipales comme d’ailleurs face à une candidature communiste autonome aux élections départementales.     

Dans les circonstances actuelles, le Parti communiste et le Front de Gauche iraient à leur perte s’ils adoptaient une ligne classe contre classe. Sans jamais renoncer à nos valeurs, nous devons faire la preuve de notre capacité à rassembler et à proposer un projet alternatif au repli sur soi et à la démagogie des fascistes. De nombreux électeurs de gauche se tourneront vers nous si nous savons leur parler et les convaincre, sans sectarisme.

Conseiller municipal d’opposition, c’est la position que je continuerai de défendre, avec le soutien de la section communiste d’Hénin-Beaumont.

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Gautier WEINMANN 11/08/2015 08:32

Attention à ne pas calquer trop sur l'histoire d'il y a un siècle. À l'époque du Front populaire la SFIO était marxiste et révolutionnaire. Que dire du PS actuel ? C'est un parti politique ouvertement à droite. Et pas que sur le domaine économique. En fait, je soutiens que nous sommes en opposition avec lui car different de lui sur tous les domaines et les sujets.
39 min · J’aime

Thierry Boitte 01/08/2015 20:57

Visiblement, ça n'est pas à débattre, sauf que la compromission n'a jamais permis la clarté cette position peut convenir dans certaines circonstances mais difficile comme ligne stratégique.

David NOËL 02/08/2015 12:35

Nous sommes d'accord. Je n'appelle pas à faire systématiquement l'union dès le premier tour avec la social-démocratie. Je suis pour des candidatures communistes autonomes à chaque fois que c'est possible. J'ai d'ailleurs été candidat communiste aux élections cantonales de 2008 et candidat suppléant aux dernières départementales. Je suis pour l'autonomie du Parti communiste qui doit défendre son propre programme. Mais quand les circonstances l'exigent, quand il y a un réel danger de victoire de l'extrême droite fasciste, nous devons être unitaires, sans renier nos convictions.

Jean-Paul d'Halluin 30/07/2015 10:44

Bravo ! Votre combat sera long et difficile mais vous vous devez pour le mieux être de la population de le poursuivre face à une telle imposture politique...

Jean-Jacques Poignant 30/07/2015 10:39

Complètement d'accord. Je partage.