Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

Archives

 

Publié par Dorothée FIZAZI

Entretien avec David NOËL

Question : Depuis 2014, tu es conseiller municipal d'opposition. Tu es candidat sur la liste l'Humain d'abord aux élections régionales. Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Réponse : Je suis natif d’Hénin-Beaumont, comme mes parents et mes grands-parents. Mon grand-père était mineur. J’ai toujours vécu à Hénin-Beaumont, j’y ai fait ma scolarité. Aujourd’hui, j’ai 35 ans et je suis professeur d’histoire-géographie. Je travaille, à temps plein, au collège de Leforest. Je suis syndiqué et membre d’une association de défense des droits de l’homme ainsi que d’une association caritative. Je suis responsable de la section communiste d’Hénin-Beaumont depuis 2006 et conseiller municipal d’opposition depuis mars 2014.   

Q : Qu’est-ce qui t’a amené à t’engager en politique ? Etais-tu à la recherche d’une place ?

R : Non, pas du tout. J’ai toujours été révolté par l’injustice et j’ai toujours eu envie de faire changer les choses. Dans les années 90, j’avais une douzaine d’années quand mon père, qui travaillait aux services techniques d’Hénin-Beaumont, a fondé un syndicat de territoriaux. En quelques mois, son syndicat est arrivé à 120 adhérents. C’était le plus gros syndicat chez les territoriaux d’Hénin. J’admirais le dévouement de mon père, son énergie au service des autres, ses capacités de travail. C’est ça qui m’a donné envie de m’engager à mon tour.

Q : Pourquoi le Parti communiste ?

R : Quand j’étais étudiant à la fac d’histoire de l’université de Lille III, j’étais dans un syndicat étudiant. Il y avait des militants socialistes, communistes, des militants de la LCR dans le même syndicat que moi. Quand il y a eu le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, ça a été un choc et ça m’a donné envie de m’engager. J’ai d’abord adhéré à une association de défense des droits de l’homme par conviction antiraciste.
Et puis, en 2003, il y a eu les grandes manifestations contre la réforme des retraites. Je les ai toutes faites avec les camarades de mon syndicat étudiant. Je trouvais que le syndicalisme, ça ne suffisait pas. C’est la politique qui permet de faire changer les choses.
Je n’aurais jamais pu adhérer au Parti socialiste. Déjà, on voyait qu’il renonçait à défendre la retraite à 60 ans et les 37 ans et demi de cotisation. C’est dommage pour les militants sincères qui y sont, mais le PS, c’est devenu le parti du renoncement. Je trouvais que les petits partis comme la LCR et LO étaient inefficaces et ne voulaient jamais s’unir avec personne. Rejoindre le Parti communiste, c’était une évidence.

Q : En 2008, tu as figuré sur la liste de Gérard Dalongeville. Le FN te le reproche encore. Etais-tu un « dalongevillien » ?

R : Les attaques du FN me font sourire… En 2007, il y avait eu des élections législatives. Marine Le Pen avait obtenu 45 % des voix au second tour. On était cinq ans après le 21 avril 2002 qui avait été un choc pour moi et m’avait amené à m’engager en politique. Si Steeve Briois et Marine Le Pen faisaient 45 % aux municipales de 2008, Hénin-Beaumont basculait au FN, c’était clair.
Comme responsable du Parti communiste, j’ai accepté une alliance avec les autres partis de gauche sur la liste de Gérard Dalongeville. Je me méfiais énormément de lui et j’avais bien raison… Pour moi, le FN, c’était pire que tout. Il fallait d’abord battre le FN et son programme raciste aux élections, et ensuite mettre le nez dans la gestion de Dalongeville. Au bout de quelques mois, Dalongeville m’a fichu dehors pour « critiques incessantes » et « opposition systématique ». En mars 2009, j’ai voté contre son budget. Il m’a alors retiré mes fonctions d’adjoint au maire. Deux mois plus tard, avec d’autres élus, nous avons démissionné collectivement pour qu’il y ait de nouvelles élections. La vérité, c’est que je me suis opposé à Dalongeville. Le FN a la mémoire courte…
J’ai combattu le FN, puis j’ai combattu la gestion de Dalongeville. Aujourd’hui, je suis membre d’une association de lutte contre la corruption. A Hénin-Beaumont, les gens me connaissent. Les mensonges de Steeve Briois qui tente de me faire passer pour un « ami de Dalongeville » font sourire les gens. Personne n’y croit.

Q : As-tu « trahi le Front de Gauche » comme on peut le lire sur certains blogs ?

R : D’abord, il faut préciser que le Front de Gauche, ce n’est pas seulement Jean-Luc Mélenchon et le Parti de Gauche. Le Front de Gauche, c’est une alliance fondée par le Parti communiste et le Parti de Gauche en 2008.
En 2014, les militants du PCF et du Parti de Gauche m’avaient choisi pour mener une liste du Front de Gauche, mais les autres candidats de gauche n’étaient pas nos ennemis. Au PCF, nous étions convaincus que le FN, c’était pire que tout.
Si j’avais accepté de mener une liste du Front de Gauche, c’était pour avancer les idées qui nous tenaient à cœur et créer une dynamique qui aurait débouché sur une alliance de toute la gauche entre les deux tours. J’ai toujours été pour l’unité de la gauche au second tour des élections.
Sauf qu’en distribuant des tracts, en faisant du porte-à-porte, on s’est aperçus que beaucoup d’électeurs de gauche ne comprenaient pas notre démarche. Les gens ne croient plus aux alliances d’entre deux tours. Ils nous disaient : « Si vous ne réussissez pas à vous mettre d’accord avant le premier tour, comment allez-vous réussir à vous mettre d’accord après ? On n’y croit pas, on n’ira pas voter. »
C’est pour cela qu’on s’est rencontrés avec Eugène Binaisse et son équipe, pour voir s’il était possible de se mettre d’accord autour d’un programme. Et on est vite parvenus à se mettre d’accord.
Les adhérents du Parti communiste se sont réunis et ont voté pour que nous fassions une alliance de toute la gauche dès le premier tour. Il était absolument nécessaire de s’unir, il y avait un vrai risque de victoire de l’extrême droite, mais le Parti de Gauche n’a rien voulu entendre. Ils ne voulaient pas s’unir, ils ont préféré claquer la porte du Front de Gauche…

Q : Le Parti de Gauche t’a accusé de cautionner le Parti Socialiste…

R : C’est totalement ridicule… Sur la liste « Agissons Unis pour Hénin-Beaumont », il y avait le même nombre de militants socialistes que de militants écologistes et de militants communistes. L’ossature de la liste était constituée des élus sortants de l’Alliance Républicaine, l’association créée par l’ancien maire Daniel Duquenne après son exclusion du Parti socialiste pour s’être opposé à Gérard Dalongeville…
Et puis, une élection municipale, c’est une élection locale, pas nationale ; il est possible de se mettre d’accord sur un programme commun pour notre ville. Au conseil municipal, avec les autres élus de l’opposition, nous sommes d’accord dans 99 % des cas, mais il arrive qu’on vote différemment sur un sujet. Ce n’est pas un drame…
Je ne suis pas socialiste. Je suis communiste, droit dans mes baskets, et comme tous les communistes, je suis en total désaccord avec la politique menée par Hollande et Valls. Je le dis régulièrement aux militants du Parti socialiste. J’espère qu’ils parviendront à faire évoluer leur parti qui est dirigé aujourd’hui par des gens qui ne défendent pas les travailleurs. Mais ça ne nous empêche pas, avec les camarades socialistes et écologistes de l’opposition républicaine de travailler ensemble pour Hénin-Beaumont.

Q : On a pu lire qu’en présentant une liste unie au premier tour des élections municipales de l’an dernier, tu aurais « trahi » les agents municipaux…

R : Un certain nombre d’agents municipaux étaient effectivement critiques par rapport à leurs conditions de travail et aux relations qu’ils avaient avec les chefs de service ; Hénin-Beaumont compte de nombreux agents municipaux et dans toutes les entreprises, dans tous les services publics, il est inévitable qu’il y ait parfois des conflits entre les travailleurs et l’encadrement. J’avais proposé d’organiser, si nous avions gagné l’élection, une table ronde avec tous les syndicats, qu’ils soient représentés ou pas au Comité Technique Paritaire de la ville pour faire le point sur leurs revendications et voir ce qui pouvait être amélioré…
Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’il y a une chape de plomb sur le personnel communal. Des agents ont été convoqués pour leur dire qu’on les avait vus parler avec des élus de l’opposition. Tout le monde a peur…

Q : Le PCF se retrouve dans un groupe d’opposition avec le PS, EELV et Hénin-Beaumont l’Avenir. N’y-a-t-il pas des rivalités de personnes ?  

R : Absolument aucune ! Notre groupe d’opposition, « Agissons Unis pour Hénin-Beaumont », est très soudé. Nous analysons les dossiers du conseil municipal ensemble, nous préparons nos différentes interventions, nos questions, nos motions ensemble. C’est un travail collectif dans lequel chacun apporte sa pierre à l’édifice.  On n’est pas en train de préparer les élections de 2020, on travaille ensemble, pour notre ville, et il y a beaucoup de choses à dire sur ce que le FN est en train de faire de notre ville. C’est très inquiétant… On aura besoin du soutien de tout le monde.

Propos recueillis par Dorothée FIZAZI

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article