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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Le PCF et l'ARAC ont commémoré le 82ème anniversaire de l'assassinat de Joseph Fontaine
Le PCF et l'ARAC ont commémoré le 82ème anniversaire de l'assassinat de Joseph Fontaine

Le PCF d'Hénin-Beaumont et l'ARAC du Pas-de-Calais ont commémoré hier soir le 82ème anniversaire de l'assassinat de Joseph Fontaine, en présence de Danielle Rouzé, son arrière-petite-fille, qui a déposé une gerbe de fleurs aux côtés de Benjamin Dekeyser, jeune militant de la section.

Eugène Binaisse, conseiller municipal et conseiller communautaire, représentait le groupe Agissons Unis pour Hénin-Beaumont.

Vous trouverez ci-dessous mon discours d'hommage prononcé à l'occasion de ce rassemblement.  

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Chers amis, chers camarades,

Nous sommes réunis ce soir pour rendre hommage à notre camarade Joseph Fontaine, pour le 82ème anniversaire de sa mort.

Cette cérémonie d’hommage me tient toujours particulièrement à cœur si bien que, comme beaucoup d’entre vous le savent déjà, j’ai consacré mon mémoire de master 2 à l’affaire Joseph Fontaine et à la « réaction antifasciste » des années 1934-1936.

Joseph Fontaine est mort à quelques mètres d’ici, il y a 82 ans, au cours d’une contre-manifestation organisée par le comité antifasciste d’Hénin-Liétard contre la venue de Léon Daudet à Hénin dans une réunion publique organisée par l’Action Française, le grand parti d’extrême droite royaliste de l’époque.

L’Action Française, par la plume de son fondateur Charles Maurras, dénonçait les « quatre Etats confédérés » de « l’Anti France », les Juifs, les francs-maçons, les protestants et les étrangers qui menaceraient l’identité de la France, comme si la République ne pouvait pas intégrer ses enfants, comme si l’origine, la couleur de peau, la religion, empêchaient quiconque de devenir un citoyen français.
Aujourd’hui, l’extrême droite dit la même chose qu’en 1934, sauf qu’elle a remplacé les protestants par les musulmans…

Cette vision d’une France menacée par « l’anti-France », ce n’était pas celle de Joseph Fontaine et de ses camarades.

Joseph Fontaine savait bien ce qu’était le fascisme. Deux mois après l’émeute parisienne du 6 février 1934, avec plusieurs milliers d’autres manifestants, il était là, place Carnot pour dire non au fascisme.

Joseph Fontaine était un militant communiste et un syndicaliste de la CGTU. C’était un militant de combat, qui avait fait partie du comité d’adhésion à la IIIe  Internationale et adhéré au Parti communiste dès sa création, qui diffusait l’Humanité et l’Enchaîné. Dans les puits de mine, la CGTU syndiquait les travailleurs étrangers, notamment les Polonais, et luttait contre les expulsions.

Joseph Fontaine était là, à quelques mètres de nous, ce 11 avril 1934, aux côtés de notre camarade Nestor Calonne, ce grand dirigeant communiste qui partira plus tard combattre dans les Brigades Internationales, s’engagera dans la résistance avant d’être élu maire d’Hénin et sénateur à la Libération.

Au moment d’entrer dans la salle du Palais des Fleurs, une bagarre a éclaté entre la délégation de militants socialistes et communistes venus apporter la contradiction et le service d’ordre de l’Action Française, les tristement célèbres Camelots du Roi, spécialistes en bagarres, en menaces et en agressions contre les vendeurs de journaux de gauche.

Les Camelots du Roi n’étaient pas armés qu’avec des matraques, ils avaient également des revolvers et ont tiré sur nos camarades. Joseph Fontaine est tombé, tué d’une balle en plein cœur, première « victime du fascisme » à Hénin-Liétard comme nous le rappelle la plaque commémorative devant laquelle nous nous trouvons.

Le passé doit servir à éclairer le présent et l’avenir. On ne refera pas 1936 en 2016.
Le PS de Manuel Valls n’est pas la SFIO de Léon Blum. Le FN de Marine Le Pen n’est pas l’Action Française de Léon Daudet.
Mais dans le contexte d’aujourd’hui, l’extrême droite nationaliste est un danger redoutable pour nos sociétés. En France avec le FN, en Allemagne avec le parti AFD, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, en Norvège et même de l’autre côté de l’Atlantique, quand on entend parler Donald Trump, partout, des partis violemment xénophobes divisent nos sociétés et alimentent les haines.

Entre socialistes et communistes, nous ne sommes pas d’accord sur tout, nous sommes même souvent en désaccord. La CGT, FO et la CFDT n’ont pas les mêmes analyses.
Mais ces divisions, c’est notre devoir de militants ouvriers et de progressistes de les surmonter pour agir ensemble, dans l’unité, contre le parti de la haine et de la xénophobie.
Nous sommes capables de nous organiser et d’aller, quartier par quartier, rue par rue, au porte-à-porte avec des tracts expliquant ce qu’est l’extrême droite, mettant au grand jour sa duplicité et ses mensonges, comme sa dangerosité pour les travailleurs. C’est dans la grève, c’est dans l’action militante, que se créent les rapprochements qui auraient été jugés inimaginables quelques mois plus tôt.

Il y a 82 ans, Hénin-Liétard était l’épicentre de la réaction antifasciste qui a fait reculer les ligues, leur a repris la rue et a finalement mené au Front populaire. En 1936, deux ans après les événements dramatiques de l’année 1934, ici, dans notre circonscription, c’est le secrétaire général de la CGTU des mineurs, Cyprien Quinet, qui était élu député, le premier député communiste du Pas-de-Calais.

Nous sommes les héritiers de cette histoire. Nous devons en être dignes. Nous ne voulons pas que l’année prochaine, cette circonscription se donne une députée d’extrême droite.
Camarades, d’ici, devant cette plaque, nous devons lancer le signal de la réaction antifasciste. Dans le respect des identités de chacun, nous devons nous coordonner pour battre l’extrême droite.
Ici, on est chez nous, sur une terre ouvrière, une terre d’accueil, une terre de tolérance.

Devant la plaque qui commémore la première victime du fascisme, c’est le message d’espoir que je voulais vous délivrer ce soir, en guise d’hommage à notre camarade Joseph Fontaine.

Merci de votre attention. 

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