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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

A Hayange, le FN ferraille avec le Secours populaire

À Hayange, dans le Grand Est, Fabien Engelmann rêverait de remplacer l’association caritative créée par les communistes par une coquille vide proche de l’extrême droite.

Le FN s'attaque au Secours populaire. Vendredi matin à Hayange (Moselle), un huissier de justice s'est présenté devant la porte de l'association pour récupérer les clefs du local mis à disposition par la municipalité depuis une dizaine d'années. Ni le mur de caméras de télévision qui attendaient la délivrance de l'arrêté d'expulsion ni le cri de colère de Julien Lauprêtre, président du Secours populaire, ancien résistant, dénonçant une décision "fasciste", n'ont entamé la détermination du maire FN, Fabien Engelmann. "Le Secours populaire d'Hayange est noyauté par l'extrême gauche, ses dirigeants critiquent sans vergogne la mairie. Ils font de la politique et diffusent une politique pro-migrants", poursuit-il.

"Les Français dans la misère… ça existe!" Le slogan de l'association Fraternité française, pressentie par l'élu pour remplacer le Secours populaire, donne le ton. Présidée depuis vingt-cinq ans par Mireille d'Ornano, député européenne FN, Fraternité française, dont la marraine n'est autre que Jany Le Pen, l'épouse du fondateur du parti, est pourtant en pleine déconfiture. Elle est en cale sèche à Toulon, où elle avait connu une certaine notoriété à la fin des années 1990 sous le règne de Jean-Marie Le Chevallier. À Pont-à-Mousson, en Meurthe et Moselle, la responsable a rendu son tablier en 2015 en quittant le Front national pour rejoindre Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan.

"Je n'avais aucun moyen, raconte au JDD l'ancienne responsable de Meurthe-et-Moselle. Tous les ans, Mireille d'Ornano m'envoyait 200 euros pour organiser un arbre de Noël. J'achetais des cadeaux d'une valeur de 10 euros chacun pour une vingtaine d'enfants. On faisait des photos qui finissaient sur le site de Fraternité française. C'était une vitrine pour la presse, mais derrière, il n'y avait rien. Pas plus de sous que de bénévoles…"

Le numéro de téléphone de l'ancienne déléguée est toujours sur le site Web de Fraternité française, mais n'avait plus sonné depuis des mois. Seule l'antenne de Grenoble, siège de l'association, serait encore en activité. La présidente Mireille d'Ornano, injoignable samedi, semble peu disposée à s'installer à Hayange. "Je ne suis pas en concurrence avec le Secours populaire. Ils ont plus d'argent que moi…", a-t-elle répondu au Monde vendredi.

Fabien Engelmann multiplie les "coups"

"Nous n'avons pas encore fait notre choix, précisait samedi Fabien Engelmann. Mais s'il faut remplacer le Secours populaire, nous trouverons bien. Par ailleurs, le Secours catholique ou les Restos du cœur, avec lesquels nous n'avons aucun problème, continuent leur travail à Hayange…"

Fraternité française ou pas, la nouvelle bombe médiatique du maire d'Hayange a produit son effet. Depuis qu'il a été élu en 2014 sous les couleurs du FN, cet ancien ouvrier municipal aux espaces verts de la commune de Nilvange, en Moselle, n'a pas son pareil pour attirer les médias. Le Petit Journal de Canal + avait suivi avec attention et relayé largement les premiers pas en politique de cet ancien responsable CGT, qui avait commencé sa carrière à l'extrême gauche.

«Il a pour modèle Robert Ménard, le maire de Béziers»

De fait, il a multiplié les "coups", repeignant en bleu, blanc, rouge les wagonnets de sa ville, vestiges de son passé minier, et une sculpture en bleu. Il a aussi installé une crèche géante sans roi mage noir sur le parvis de la mairie, et institué une fête du cochon… "Il a pour modèle Robert Ménard, le maire de Béziers", raconte un de ses opposants, Marc Olénine, de l'association Hayange plus belle ma ville et bénévole au Secours populaire. Proche de Florian Philippot, le vice-président du Front national, Fabien Engelmann a reçu le soutien implicite du parti, qui a publié sur son site Internet le communiqué justifiant l'éviction du Secours populaire.

"Un programme clair de préférence nationale"

À quelques centaines de kilomètres plus au nord, dans le Pas-de-Calais, Steeve Briois, un autre maire Front national, ferraille également avec le Secours populaire d'Hénin-Beaumont. "Nous avons un vestiaire, un atelier de lutte contre l'illettrisme, des activités auprès des enfants…, raconte Dorothée Fizazi, responsable de l'association. Mais nous devons quitter les locaux municipaux en raison de la construction d'une gare routière. La mairie ne veut pas nous reloger, au motif que nous ferions de la politique. Ce sont des tracasseries incessantes, on m'a refusé l'accès au parc pour une chasse aux œufs, je n'ai pas droit au marché de Noël…"

Dans le Var, à l'autre bout de la France, le conseiller régional et patron départemental du FN, Frédéric Boccaletti, se félicite de la décision de Fabien Engelmann. "Nos maires dans le Sud ont également eu maille à partir avec des associations pro-migrants et nos électeurs s'en félicitent, affirme-t-il en préparant une manifestation contre l'installation d'un foyer de demandeurs d'asile à Pierrefeu-du-Var. Nous avons été élus sur un programme clair de préférence nationale." À quelques mois de l'élection présidentielle, tous les coups de projecteur sont bons à prendre.

Marie-Christine Tabet - Le Journal du Dimanche

Source : le JDD
Dimanche 2 octobre 2016

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