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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par La Riposte

Le PCF et l’élection présidentielle. Comment sortir de la nasse réformiste ?

Napoléon Bonaparte a remarqué qu’il y a des situations politiques dont on ne peut sortir que par une faute, c’est-à-dire dont toutes les issues possibles sont mauvaises. On ne saurait mieux décrire la position actuelle du PCF. Le parti est comme pris dans une nasse, dont aucune « stratégie électorale » ne lui permettra de s’extraire. Clairement, les maux dont il souffre –  contraction des effectifs et de sa base sociale, formation de cliques rivales à son sommet, délabrement des structures internes, difficultés financières – ne seront ni résolus ni même atténués par telle ou telle option de candidature. Si la crise a été déclenchée par l’approche de l’élection présidentielle, ses causes fondamentales sont plus anciennes et résident dans le caractère réformiste de son programme et de sa direction. Le réformisme rend le parti impuissant face aux défis de notre époque. Tant que ce problème n’est pas résolu, aucune stratégie électorale ne permettra d’amorcer le redressement du PCF et le réarmement politique des travailleurs face aux capitalistes.

Pour défendre leurs profits et leur pouvoir, les capitalistes et leurs représentants politiques – parmi lesquels les « socialistes » actuellement au gouvernement – poursuivent leur offensive contre les conditions de vie et les droits de la majorité de la population. Entre cinq et six millions de personnes sont déjà sans emploi. Dans tous les secteurs de l’économie, l’emploi devient plus précaire. Les conditions de travail se dégradent. Le MEDEF voit la loi El Khomri seulement comme une première étape de la destruction totale des droits des salariés. Pour les travailleurs et plus largement pour les classes moyennes, l’avenir s’assombrit. De longues années de régression sociale ont eu un impact sur la conscience populaire, qui sent la société glisser sur une mauvaise pente, où le « système » opère au profit exclusif d’une caste toute-puissante. Dans ces conditions, et depuis de nombreuses années, le Parti Communiste aurait pu et dû renforcer considérablement sa position. Mais pour cela, son action et son programme auraient dû être fondés sur une opposition implacable à l’ordre capitaliste et sur la nécessité d’en finir avec un système qui signifie fatalement l’inégalité, l’exploitation et la destruction des conquêtes sociales. De simples replâtrages n’y changeront rien. Seule l’expropriation de la classe capitaliste permettra la reconstruction de la société sur de nouvelles bases. Cette exigence requiert un programme communiste et révolutionnaire.

Les idées des dirigeants actuels du PCF restent confuses et souvent incompréhensibles, comme en témoigne le texte Le temps du commun présenté au dernier Congrès National, qui est d’une pauvreté politique et intellectuelle affligeante. Leur programme général ne va pas au-delà de quelques réformes fiscales et constitutionnelles superficielles, assorties de vagues allusions à de prétendues « valeurs humaines ». Pour eux, il est hors de question de toucher aux fondements du pouvoir de la classe capitaliste. Ainsi, la nationalisation et toute autre mesure portant atteinte à la propriété capitaliste ont été exclues du programme. L’objectif du PCF n’est pas le socialisme, mais une société capitaliste réformée et plus « humaine ». Pour reprendre l’expression employée du temps de Robert Hue, ils veulent une « économie de marché à dominante sociale. » Grâce à d’astucieuses réformes, le capitalisme peut changer de « logique » et assurer le bonheur de tous !

Les conséquences pratiques de cette orientation ont été catastrophiques. Rappelons qu’à la veille de l’installation du gouvernement Jospin (1997-2002), la direction du PCF avait déclaré que la privatisation des entreprises publiques n’était plus « taboue » à ses yeux. Et ce n’était pas des paroles en l’air. Appuyés sans réserve par la direction nationale du parti à l’époque (et ce sont largement les mêmes qui dirigent le parti aujourd’hui – Robert Hue n’était pas tout seul), les ministres communistes ont activement soutenu une politique de privatisations massives. Le problème est toujours d’actualité. Encore aujourd’hui, dans les régions et les communes il arrive que les dirigeants du PCF approuvent et organisent des privatisations, pudiquement renommées en « délégations de services publics » pour l’occasion. De telles concessions au capitalisme ont progressivement rongé la base militante et électorale du PCF.

Certes, le programme du PCF comprend de nombreuses revendications positives et les militants du parti sont fortement impliqués dans les luttes pour défendre les travailleurs et les acquis sociaux. Sans cela, le PCF aurait disparu depuis longtemps. Mais, de toute évidence, ces points positifs ne suffisent pas à capter l’intérêt et l’adhésion des travailleurs à une échelle massive. Ce sont des éléments de lutte contre le système qui ne remettent pas pour autant en cause le système lui-même. C’est une chose de dénoncer les conséquences sociales du capitalisme. Encore faut-il convaincre les travailleurs qu’il y existe une alternative.

La lutte des classes se déroule sur plusieurs plans, y compris idéologique. Un programme révolutionnaire dans un contexte qui ne l’est pas encore a avant tout une fonction pédagogique. Quel est, au fond, l’argument « idéologique » des capitalistes ? Ils disent que l’économie capitaliste ne fonctionne que si l’activité productive et commerciale leur rapporte un maximum de profit. D’où la nécessité de la suppression du salaire minimum, de la limitation du temps de travail, du Code du Travail et des droits syndicaux qui augmenterait le taux de profit et les inciterait à investir davantage. Pour preuve, ils pointent la fuite des capitaux vers les pays où ces « problèmes » n’existent pas. Telle est la « logique » du système capitaliste. Tel est son programme. Leur argument est puissant parce qu’il correspond à la réalité. Le capitalisme fonctionne selon la loi du profit. Les travailleurs l’ont bien compris. Ils le vivent au quotidien et savent maintenant à quoi s’en tenir.

Les dirigeants du PCF ont beau proclamer qu’ils refusent cette logique. Elle ne disparaît pas pour autant. Le problème, justement, est que leur programme actuel en fait totalement abstraction. Ils imaginent une société où on peut augmenter massivement les taxes sur le profit, augmenter les salaires et limiter le pouvoir de décision des capitalistes dans les entreprises, et prétendent en même temps que cette amputation massive des profits capitalistes nous mènera vers une relance de la production et l’élimination du chômage ! C’est un programme illusoire et fallacieux. La majorité des travailleurs qui l’entendent le trouvent sympathique mais totalement irréaliste. Ils savent d’expérience que c’est un programme qui provoquerait une réaction implacable des capitalistes. Ces derniers ont beaucoup de pouvoir. Ils se défendront en supprimant des emplois et en fermant des entreprises. Le chômage augmentera. Une telle attaque contre leurs profits mènerait non pas à la croissance et au plein emploi, mais à un véritable effondrement économique. Et que propose le programme du PCF pour empêcher ce sabotage capitaliste ? Absolument rien.

En plus de cette carence programmatique majeure, il y a l’expérience du PCF à l’épreuve du pouvoir. Le PCF n’est pas un nouveau parti. Les travailleurs – et particulièrement la couche politiquement consciente et active de ceux-ci – l’observent et le pratiquent depuis des décennies. Ils peuvent bien reconnaître que, sur le terrain, les militants communistes sont en première ligne des combats contre les injustices. Mais ils ont souvent été écœurés par le comportement de leurs dirigeants. Ils les ont entendus dénoncer des privatisations. Mais ils les ont vus, au gouvernement, dans les régions et les municipalités, privatiser eux-mêmes. Ils les ont entendus accabler le Parti Socialiste et par la suite concocter des alliances avec lui. Ils les ont entendus pointer les carences démocratiques de la Vème  République pour finalement la rendre moins démocratique encore en votant l’Etat d’urgence. Ils les ont entendus réclamer la paix, et ensuite soutenir des guerres.

Cette expérience concrète pèse plus lourd que mille plateformes électorales. Elle a laissé une empreinte indélébile qui ne s’effacera certainement pas par des discours soporifiques sur le « rassemblement » ou les « valeurs humaines ». Le fait est que la masse des travailleurs – et beaucoup d’anciens adhérents et de militants CGT – ont été convaincus que le PCF n’incarne plus une alternative sérieuse au capitalisme. Pour beaucoup, il a perdu sa raison d’être. Pratiquement chaque élection successive se solde par une contraction de sa base électorale. Quand aux effectifs du parti, le tableau suivant est assez éloquent. Il montre qu’en cinq ans (2011-2016), le PCF a perdu près de la moitié de ses effectifs.

1996          274 000

1999          180 000

2006          130 000

2011          100 000

2012            69 000

2013            64 000

2016            53 000

Le bilan du réformisme est donc désastreux sur tous les plans. Cette situation n’est pas irréversible. Mais pour cela il faut impérativement réarmer le PCF d’un programme qui vise à frapper le pouvoir capitaliste à sa racine, à savoir la propriété privée des banques et des grandes entreprises. La transformation nécessaire du PCF implique aussi une démocratisation profonde de sa vie interne, notamment en ce qui concerne la définition de sa politique et l’élection des instances dirigeantes.

Si nous dressons un tableau sans complaisance de la situation du parti, c’est dans l’espoir de fixer l’attention de ses militants sur le problème que pose le caractère réformiste de son programme et de sa direction. Le conflit sur la candidature présidentielle tend à occulter ce problème. Avant d’être une organisation, un parti politique est avant tout le réceptacle d’un programme. C’est ce qui justifie – ou pas – son existence. Empêtrés dans leur vision réformiste, ayant abandonné toute perspective révolutionnaire, les dirigeants du PCF ne voient jamais plus loin que la prochaine échéance électorale. Il faut dire que cette myopie est quelque peu contagieuse, et ne touche pas que les dirigeants. Les camarades qui font abstraction de la nécessité de rompre avec le réformisme, mais qui insistent sur telle ou telle option de candidature, tapant du poing sur la table comme si quelque grand principe y était en jeu, ne font que s’exposer ainsi à de nouvelles déceptions.

Dès le départ, La Riposte s’est clairement prononcée pour une candidature PCF sur la base d’un programme communiste. La direction du PCF était radicalement opposée à cette option, qu’il s’agisse de la tendance pro-Mélenchon ou de celle qui prônait une candidature dite « de rassemblement ». Les deux tendances défendent le même programme réformiste modéré. La présentation d’un candidat issu du parti était à leurs yeux à exclure. La seule différence entre les deux tendances au sein de la direction porte sur le choix du candidat non communiste. L’une veut Mélenchon et l’autre n’en veut pas, mais n’y a pas trouvé d’alternative…

Nous avons dit que notre préférence était pour une candidature PCF ou, à défaut, pour celle de Jean-Luc Mélenchon. C’est-à-dire que, de notre point de vue, le parti ne devrait en aucun cas cautionner un candidat que Pierre Laurent et son entourage considèrent comme « rassembleur » à l’instar des socialistes Benoît Hamon ou Arnaud Montebourg. De son propre aveu, Hamon a soutenu la politique de François Hollande sur tous les points essentiels. Il ne met pas en cause la politique d’austérité du gouvernement. Il a seulement suggéré que le « dosage » pourrait en être moins fort. Quant à Montebourg, ses idées politiques et son programme n’ont rien de progressiste. C’est un politicien capitaliste qui ne s’en cache pas. Soutenir la candidature de ce démagogue porterait un coup dévastateur au PCF.

À la veille de la Conférence Nationale, Pierre Laurent, n’ayant trouvé aucun candidat dit « de rassemblement » pour concurrencer Jean-Luc Mélenchon, s’est finalement exprimé en faveur d’un appel à soutenir la candidature de celui-ci. Mais la conférence – largement composée de ceux qui se qualifient de « cadres » quoique cela puisse signifier – a majoritairement rejeté cette option, votant pour celle d’une candidature issue du PCF. Cependant, pour bon nombre de ces « cadres », le plus important était d’écarter l’option Mélenchon afin de préserver la possibilité d’accords électoraux avec le PS. La formulation qu’ils ont votée laisse ouverte la possibilité de retirer une éventuelle candidature communiste si un candidat « de rassemblement », comme par exemple Montebourg, se présente. Mais ce retrait devrait normalement faire l’objet, comme pour le choix entre une candidature communiste et celle de Jean-Luc Mélenchon, d’un vote des militants. Or, Montebourg n’est pas très apprécié des militants communistes. Il se peut, donc, par la force des circonstances et bien malgré elle, que la direction du PCF se trouve acculée à présenter un candidat du PCF à l’élection présidentielle.

Le choix actuel – et sur lequel les communistes vont voter dans les jours qui viennent – est entre l’option d’un candidat du PCF et celle de Mélenchon. Concernant la première de ces options, il aurait été beaucoup mieux de déclarer une candidature PCF il y a douze mois. Enormément de temps a été perdu par l’attitude de Pierre Laurent et consorts s’efforçant d’éviter ce choix. La quête d’un candidat « de toute la gauche » s’est soldée par un véritable fiasco. Cependant, même à ce stade très tardif, et malgré la campagne engagée depuis longtemps autour de Jean-Luc Mélenchon, une candidature communiste serait largement justifiée si elle se basait sur un programme réellement communiste. Le premier devoir du PCF est de convaincre les travailleurs du besoin impératif de prendre des mesures décisives contre la classe capitaliste. Une campagne communiste reliant toutes les revendications immédiates du mouvement ouvrier à la nécessité d’exproprier les capitalistes et prendre le contrôle – par la nationalisation et la gestion démocratique – de l’ensemble des banques et du secteur financier, ainsi que de tous les grands groupes qui dominent l’économie nationale, aurait un impact important sur la conscience des travailleurs, et tout particulièrement sur celle de la couche la plus militante et politiquement consciente de notre classe.

Dans ces conditions, le score que réaliserait le parti, dans un premier temps, importerait relativement peu à notre avis. Cette campagne serait déjà un nouveau départ pour le PCF dans une lutte pour gagner les travailleurs à un programme d’action révolutionnaire et mettre fin au capitalisme. Cette considération se place bien au dessus de tout calcul électoral.

Tout ceci démontre l’importance cruciale du programme du parti dans la bataille électorale. Car si, à l’inverse, le PCF présentait une candidature sur une base réformiste qui ressemblerait dans tous ses traits essentiels à la politique de Jean-Luc Mélenchon, cette démarche ne serait pas comprise par beaucoup de militants syndicaux et politiques – y compris de nombreux sympathisants du PCF – et encore moins dans l’électorat de gauche dans son ensemble. Elle risquerait d’être considérée comme un acte de division dont le but principal serait d’amputer des voix à la campagne engagée depuis longtemps par Mélenchon. Les dirigeants du PCF auront beau prétendre qu’il existe des « divergences majeures » avec le candidat qu’ils ont soutenu en 2012, l’électorat, lui n’en verra pas. Et à juste titre, car les deux programmes ne diffèrent en réalité que sur quelques points secondaires. En revanche, l’électorat de gauche comprendra bien que la possibilité d’accords électoraux avec le Parti Socialiste est un facteur dans les calculs des dirigeants du PCF. Pour toutes ces raisons, le lancement d’une candidature présidentielle sur la base d’un programme réformiste, des idées confuses du Temps du Commun et d’une attitude ambigüe envers le PS se traduira par un nouvel affaiblissement de la base militante et sociale du PCF.

Ceci dit, beaucoup de militants communistes, tout en étant conscients du temps perdu et du caractère réformiste de son programme, sont favorables à une candidature communiste parce qu’elle permettrait au PCF « d’exister » dans la campagne électorale et d’avancer « sous son propre drapeau ». Ils en ont assez de la volonté des dirigeants de mettre le PCF en arrière-plan, derrière des candidats sur lesquels ils n’exercent aucun contrôle et qui se retournent contre le PCF par la suite. L’attitude de ces camarades traduit leur désir de renforcer le PCF. Nous partageons cet objectif. Le PCF ne devrait pas se contenter d’être la cinquième roue du carrosse d’autres forces politiques. Mais il est évident que le problème fondamental auquel le parti est confronté est celui de son programme. C’est cela qui détermine le caractère et le pouvoir d’attraction de son « drapeau » et la signification de son « existence ». Toute réflexion sur la stratégie électorale qui fait abstraction de cette question n’aboutira à rien d’intéressant.

Si, en fin de compte, le PCF présente un candidat sur la base de son programme « humaniste » actuel, cela aura tout de même le mérite de mettre ce programme à l’épreuve des urnes. Nous verrons bien à quel point il est « rassembleur ». Pour les dirigeants du parti, les idées de la lutte des classes et de révolution ne servent à rien parce qu’elles ne sont pas en phase avec la mentalité de l’électorat. Pour plaire aux électeurs, disent-ils, il vaut mieux se limiter à des idées communément admises. Qui diraient non aux « valeurs humaines » ? Disons-leur que nous voulons « du rêve et de l’utopie ». Se réclamer des « valeurs de la République » pourrait aussi nous apporter des voix, n’est-ce pas ? Peu importe qu’elles ne soient qu’une fiction hypocrite. Il faut ratisser large. Le paradoxe, c’est que plus les dirigeants du parti vantent les qualités « rassembleuses » de cet opportunisme électoraliste, et moins il « rassemble », non seulement en voix, mais aussi au sein du parti lui-même. D’élection en élection, le PCF perd des centaines de milliers de voix et plusieurs milliers d’adhérents. À quoi bon un Parti Communiste qui a renoncé au communisme et dont les « stratégies » sont façonnées pour obtenir des places dans les institutions et les ressources financières qui viennent avec ?

Parmi les dirigeants du parti qui ont opté pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon, il y a un certain nombre que l’on pourrait qualifier de « liquidateurs ». Le discours de Mélenchon sur le caractère obsolète des partis et le besoin de les remplacer par de vagues « mouvements » dans lesquels les participants n’exercent aucun contrôle sur les « chefs » coïncide parfaitement avec leurs propres idées qu’ils ont d’ailleurs élaborés bien avant Mélenchon. Ils étaient pour la dissolution du PCF, d’abord dans les « collectifs anti-libéraux » et puis dans le Front de Gauche. Les idées et le programme que défendent Marie-Georges Buffet et Patrice Cohen-Seat sont les mêmes que ceux que défendent les dirigeants qui s’opposent à Mélenchon.

Par contre, il serait inadmissible de qualifier tous les camarades qui optent pour un soutien à Mélenchon de « liquidateurs ». Plusieurs facteurs importants les incitent à renoncer à une candidature issue du PCF, parmi lesquels le fait que les dirigeants du parti nous ont fait perdre beaucoup de temps et qu’une candidature du parti à ce stade passerait auprès des travailleurs pour une démarche sectaire, divisant et affaiblissant les forces qui se situent à gauche du PS. Il y aussi le fait que la campagne autour de Mélenchon a déjà mobilisé une masse considérable de militants et que de nombreux travailleurs voient sa candidature comme la seule chance pour que la gauche soit présente au deuxième tour.

Rappelons que la stratégie électorale du parti n’est que cela : une stratégie. Il ne s’agit pas de principes. L’argument selon lequel le fait de soutenir Mélenchon ferait « disparaître » le parti n’est pas nécessairement fondé. Cela dépend des circonstances. Ici également, le l’axe crucial de l’affaire est celui du programme. Pour illustrer ce point, supposons pour le moment que le PCF, se considérant trop affaibli pour porter une candidature présidentielle, décide de soutenir Mélenchon. Si ce soutien était un soutien critique sur la base d’un programme authentiquement communiste, expliquant clairement aux travailleurs les limites du réformisme de Mélenchon – qui ne propose aucune mesure décisive contre la propriété capitaliste – le PCF pourrait progresser et attirer sous sa bannière les éléments les plus conscients et révolutionnaires du mouvement. Un soutien critique à un candidat réformiste de la part d’un parti révolutionnaire peut être très profitable à ce dernier. Il n’est pas vrai, donc, que le simple fait de soutenir Mélenchon signifie nécessairement l’effacement du PCF.

Par contre, ce qui est proposé par Buffet, Cohen Seat, et plus récemment par Pierre Laurent, n’a rien à voir avec cette démarche révolutionnaire. Ce qu’ils proposent, en substance, c’est de participer à la campagne de Mélenchon sur la base d’un programme réformiste qui, en conséquence ne se distingue qu’à peine celui du candidat en question. Dans ces conditions, ils transformeraient le parti en un simple appui logistique – collant les affiches, diffusant les tracts, organisant des réunions – au profit du candidat, au risque très précisément d’être politiquement invisible et de perdre du terrain plutôt que d’en gagner.

Ainsi, nous voyons bien que tant que le problème fondamental du programme – c’est-à-dire de la nature politique et des objectifs du parti – n’est pas résolu, aucune de ces options ne permettra au PCF de sortir de la nasse fabriquée par sa direction toutes tendances confondues. C’est la politique réformiste du parti qui est responsable de la situation lamentable dans laquelle celui-ci se trouve. Sur cette base, le PCF sera affaibli dans les deux cas. Selon leur appréciation du « moindre mal », les militants du parti opteront pour une candidature communiste ou pour Mélenchon. Il y a des arguments cohérents des deux côtés, et nous ne donnons pas de consigne de vote. Pour nous, la question du programme est primordiale. Aussi nous invitons tous les communistes qui partagent nos idées à participer à notre combat pour le réarmement politique du PCF.

La Riposte s’est toujours battue, avec les très faibles moyens dont elle dispose, pour mettre les questions du programme et de la démocratie interne au cœur des discussions dans le parti. Le texte alternatif que nous avons présenté dans le cadre de la préparation du dernier congrès national, Pour un programme communiste, s’inscrivait dans cette démarche. Nous n’avons pas été suffisamment entendus. L’attention des militants étaient fixée sur le problème électoral, au détriment des considérations de principe et de programme. Cependant, aucun problème auquel le PCF se trouve confronté n’est sans solution. Son destin est entre les mains de ses militants. Les problèmes que nous traitons dans cet article ne peuvent pas être résolus rapidement. Mais le temps presse. Au-delà des questions de candidature, il est urgent de réorienter le PCF dans le sens des objectifs révolutionnaires qu’il n’aurait jamais dû abandonner. L’issue de la lutte idéologique interne que cela implique déterminera le sort du PCF et, au-delà de son seul destin propre, celui de la classe ouvrière et de la lutte pour en finir avec le système capitaliste.

Greg Oxley, PCF Paris 10.

Source : La Riposte
Dimanche 20 novembre 2016

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