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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Le NPA au bord de l'implosion

Le Nouveau Parti Anticapitaliste serait au bord de l'implosion et ce n'est pas une bonne nouvelle pour le mouvement ouvrier. Un peu plus de dix ans après sa création, le NPA, qui a connu plusieurs scissions, est devenu un parti groupusculaire, qui n'a pas pu présenter de liste aux élections européennes, alors qu'il y a vingt ans, aux européennes de 1999, LO et la LCR dépassaient les 5 % et obtenaient cinq sièges de députés européens, qui ont siégé durant la mandature 1999-2004 aux côtés des six députés communistes dans le groupe GUE-NGL.

Ma première rencontre avec LO et la LCR date de cette époque, quand, jeune étudiant en classe préparatoire aux grandes écoles au lycée Châtelet, à Douai, j'avais assisté à un meeting de campagne d'Arlette Laguiller. A l'époque, à 18 ans, je me cherchais politiquement. Après avoir été abonné à Charlie Hebdo, je lisais Marianne et le Monde Diplomatique. Je ne savais pas pour qui voter aux élections européennes. C'était la première fois que j'allais voter. J'avais un temps flirté avec la CNT, mais je n'étais décidément pas anarchiste. J'hésitais entre la liste écologiste menée par Daniel Cohn-Bendit et celle d'Arlette Laguiller. La liste "Bouge l'Europe" menée par Robert Hue ne m'attirait pas vraiment...

Au meeting douaisien de la liste LO-LCR, j'aurais aimé voir Alain Krivine, mais le leader de la LCR n'était pas là. A la sortie du meeting, j'ai acheté un numéro de Rouge. J'avais donné mon numéro à une militante de LO qui m'a recontacté et que j'ai revu, mais au bout d'une ou deux discussions, face aux exigences de formation théorico-politique qu'il fallait pour rejoindre LO, j'ai renoncé. LO, ce n'était vraiment pas pour moi... Aux européennes de 1999, j'ai finalement voté écologiste.

Par la suite, toujours à Douai, toujours lecteur du Monde Diplo, j'ai participé aux réunions fondatrices du groupe local Attac Douai. J'y voyais un peu plus clair ; je n'étais pas un marxiste-révolutionnaire anticapitaliste, j'étais un militant de la gauche antilibérale et altermondialiste. J'étais de gauche. J'étais critique du gouvernement de gauche plurielle de Lionel Jospin et de son orientation pro-finances incarnée par Strauss-Kahn et Fabius, mais j'étais de gauche. Je trouvais que les communistes au gouvernement ne jouaient pas vraiment leur rôle d'aiguillon de gauche de la majorité pour la remettre sur les bons rails et qu'ils le faisaient même moins que Jean-Pierre Chevènement. En 2000, avec une amie et son père, je suis allé à Paris, à la Maison de la Chimie où une journée d'études avait lieu avec Jean-Pierre Chevènement, Ignacio Ramonet du Monde Diplo et Bernard Cassen, d'Attac. 

Après les années prépa, je suis arrivé à la fac, j'ai adhéré à Attac en septembre 2001 et j'ai très vite rencontré des syndicalistes étudiants à la fac de Lille III. L'UNEF dite "Solidarité Etudiante" et l'UNEF-ID venaient de fusionner, pour reformer une seule UNEF, mais à Lille, l'ancienne section de l'UNEF Lille, l'AGEL-UNEF, tenue par des étudiants communistes orthodoxes proches de la Coordination communiste avait refusé la fusion et maintenu une section dissidente qui a très vite périclité. Leur bastion, c'était la "cafète" de Lille I et leurs tracts anti-impérialistes citaient tout un tas de dictateurs comme des héros de la lutte contre l'impérialisme américain. Cette section dissidente ne m'intéressait pas du tout... En décembre 2001, j'ai figuré sur la liste de l'UNEF (l'officielle, donc) pour les élections au conseil d'UFR d'histoire et j'ai été élu. J'ai pris ma carte à l'UNEF dans la foulée et intégré le bureau de l'UNEF Lille. 

J'y ai retrouvé des camarades de plusieurs obédiences trotskystes. Les plus actifs étaient ceux des JCR, la branche jeune de la LCR. J'ai aussi rejoint l'équipe de militants d'Attac Lille III qui avaient décidé de lancer un journal altermondialiste, le Bretzel, dont j'ai rejoint le comité de rédaction.

Aux présidentielles de 2002, toujours pas attiré par Robert Hue, j'ai hésité entre voter Besancenot et Chevènement. J'ai finalement voté pour Chevènement, notamment parce que j'avais bien apprécié le discours de Rémy Auchedé, l'ancien secrétaire fédéral du PCF du Pas-de-Calais, lorsque j'étais allé au meeting de Chevènement à Lille. En 2003, au moment des grèves contre la réforme des retraites de Fillon, et fatigué des luttes de tendances internes entre socialistes draysistes, emmanuellistes, rocardiens et trotskistes des JCR, j'ai quitté l'UNEF pour participer à la création de SUD Etudiant Lille avec quelques copains du Bretzel. Des militants des JCR étaient aussi à SUD.

En 2003-2004, j'hésitais à m'engager politiquement soit au PCF, soit à la LCR. Le pôle républicain de Chevènement m'avait dégoûté quand j'avais compris que son but n'était pas de créer un parti socialiste de gauche, mais de créer un mouvement souverainiste avec la droite pasquaïenne et villiériste. Au PC, les choses avaient changé : ce n'était plus Robert Hue, mais Marie-George Buffet, qui montrait une vraie volonté de travailler à l'unité de la gauche antilibérale. A l'inverse, la LCR restait dans son tête-à-tête, que je trouvais délétère, avec LO. En 2004, j'ai voté Alain Bocquet aux élections régionales. Fin 2004, je rencontrais Marie-Serge Opigez à la "Fédé" à Lens et j'adhérais au PCF.

De cette période, de mes hésitations de jeunesse, de mes rencontres, j'ai toujours gardé une profonde estime pour la LCR et ses militants. En 2002, j'avais déjà consacré ma maîtrise d'histoire au mouvement ouvrier douaisien dans l'Entre-deux-guerres et j'avais commencé à saisir ce qu'avait été le stalinisme pour le mouvement ouvrier. Je n'ai jamais été stalinien, jamais été attiré par les organisations nostalgiques de l'Union soviétique ou du stalinisme type Coordination communiste ou PRCF. Militant des droits de l'homme, je combats toutes les dictatures, fussent-elles soi-disant anti-impérialistes.  

Comme cadre communiste du Pas-de-Calais, j'ai signé, à deux reprises, pour des congrès, les textes d'orientation présentés par La Riposte, l'aile trotskiste du PCF, qui constituait la section française de la TMI (Tendance marxiste internationale), l'internationale fondée par Ted Grant qui considère que les trotskistes doivent militer dans les grands partis ouvriers. Aujourd'hui, La Riposte n'est plus à la TMI, les communistes de La Riposte ayant été mis en minorité par les partisans de la France insoumise, qui constituent désormais la section française de la TMI sous le nom de Révolution. Pour ma part, je ne me considère pas comme trotskiste, parce que ces étiquettes du passé n'ont plus trop de sens, pour moi ; je suis communiste, point barre, mais je considère que la volonté des trotskistes du PCF de regarder notre histoire en face est justifiée. Quand Gauche unitaire, le courant de Christian Picquet à la LCR, a rejoint le Front de Gauche en 2009 et a fini par rejoindre le PCF, j'ai ressenti une forme d'émotion. Le communiqué commun PCF-GU marquait quelque part la fin d'une longue séparation avec les héritiers politiques de ceux qui avaient été exclus abusivement dès le milieu des années 1920...

Comme responsable politique héninois, j'ai rencontré l'équipe de la LCR fin 2007 pour préparer les municipales de 2008. Une liste PCF-LCR aurait été possible, à l'époque. J'ai préféré travailler avec les Verts, les Jeunesses socialistes et le MRC à tenter de construire une gauche plurielle sans Dalongeville. Notre tentative a échoué dès lors que Marie-Noëlle Lienemann, qui devait être notre cheffe de file, a renoncé à se présenter à la tête d'une liste de gauche plurielle rassemblée pour rejoindre l'équipe de Dalongeville, peser de l'intérieur et le "surveiller". Treize ans plus tard, je regrette bien évidemment d'avoir opté pour une stratégie de gauche plurielle que je jugeais préférable à une stratégie de témoignage, mais qui aurait eu le mérite de planter notre drapeau dans la clarté politique.

En 2009, la LCR, devenue NPA a présenté sa propre liste aux municipales et cette fois, nous ne nous sommes pas rencontrés. J'étais de toute façon toujours engagé et j'avais engagé le PCF héninois aux côtés du MJS de Pierre Ferrari dans une stratégie de "vraie gauche" plurielle. 

Pour les municipales de 2014, les responsables du PG héninois et moi avions rencontré le NPA, qui ne représentait déjà plus grand chose. Après Gauche unitaire, c'est Convergences et alternatives, un autre courant unitaire du NPA qui avait fait scission en 2011, puis la Gauche anticapitaliste qui a fait scission en 2012 pour rejoindre le Front de Gauche. Ces trois scissions du NPA, représentant toutes trois le courant unitaire favorable à l'alliance NPA-Front de Gauche ont fini par fusionner avec la FASE de Clémentine Autain pour fonder le mouvement Ensemble, dont de nombreux militants ont depuis rejoint la France insoumise.

En fait, dès 2009, le NPA a souffert de la concurrence du PG et du Front de Gauche. Ses effectifs ont fondu. Je lisais Rouge de temps en temps du temps de la LCR (et Marie-Serge Opigez m'avait confié qu'elle le lisait aussi, et qu'elle s'en inspirait parfois pour écrire ses éditos dans Liberté 62...), mais je n'ai quasiment jamais lu Tout est à nous et l'Anticapitaliste, les deux hebdos qui ont succédé à Rouge, qu'on ne trouve d'ailleurs plus en kiosque nulle part.

En 2013, donc, pour préparer les municipales de 2014, le NPA avait immédiatement posé que toute fusion de liste au second tour avec la liste soutenue par le PS serait inacceptable et que le refus de toute alliance avec le PS constituait un préalable à la poursuite de nos discussions. Le PG avait une attitude moins intransigeante que le NPA et les représentants du PG avaient argumenté qu'une future liste Front de Gauche-NPA ne fusionnerait pas nécessairement au second tour avec la liste PS-EELV d'Eugène Binaisse, que le danger FN avait bon dos, qu'une fusion n'était pas automatique, que tout dépendait des conditions programmatiques acceptées par les autres entre les deux tours. Les propos rassurants du PG n'ont pas convaincu le NPA, mais moi, ils m'ont plutôt effrayé. Le FN était favori pour les municipales de 2014. La liste que nous étions en train de construire pouvait espérer faire entre 5 et 10 % des voix dans le meilleur des cas. Mettre des conditions à une fusion de liste à gauche face au FN, c'était, pour moi, une attitude sectaire et irresponsable qui a achevé de me convaincre qu'il ne fallait pas fermer la porte à une liste d'union de la gauche dès le premier tour.

Ces dernières années, le NPA a disparu du paysage politique héninois. Le parti anticapitaliste est en crise interne profonde au point que sa direction pèse aujourd'hui moins que l'addition de ses différentes tendances oppositionnelles, dont certaines sont issues de LO. Le NPA pourrait même imploser à en croire l'article paru dans Le Monde il y a quelques jours. Il ne faut pas s'en réjouir. Je pense cependant que la place de tous les communistes, y-compris ceux issus du mouvement trotskiste, devrait être aujourd'hui au PCF qui a changé, qui est un parti ouvert et accueillant et qui reste un parti marxiste qui s'inscrit dans la tradition du mouvement ouvrier, contrairement à la France insoumise, qui est un mouvement populiste plébiscitaire construit autour de la figure charismatique de Jean-Luc Mélenchon. 

Venez camarades, le parti vous ouvrirait grand les bras !

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