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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Présidentielle 2022 : pourquoi la candidature du communiste Fabien Roussel agace les mélenchonistes

Allié traditionnel de La France insoumise, le Parti communiste a décidé de présenter un candidat à l'élection présidentielle de 2022. Une décision qui n'est pas sans provoquer la colère des mélenchonistes.

C'est une candidature qui détonne à gauche, aussi bien pour les thèmes qu'elle choisit d'aborder que par la rupture qu'elle incarne avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. Dernier déclaré dans la course à la présidentielle – et pour l'instant seulement crédité de 2% des intentions de vote, le premier secrétaire du Parti communiste Fabien Roussel mène campagne tambour battant, en prenant le contrepied systématique des positions mélenchonistes : sur le nucléaire, dont il défend la nécessité pour lutter contre le réchauffement climatique lorsque Jean-Luc Mélenchon promet d'en sortir totalement avant 2030 ; sur la sécurité, dont il entend faire l'un des thèmes central de sa campagne, proposant que l'assassinat de "tout détenteur d'une autorité" soit puni d'une peine de 30 ans de prison, quand le leader des insoumis plaide pour une police "aussi désarmée que possible" et conseille aux gardiens de la paix qui trouveraient leur métier "trop dur" d'"en faire un autre" ; sur les réunions "non-mixtes" qu'il condamne quand son alter-ego soutient l'UNEF.

Une attitude qui agace au sein de La France insoumise. Non seulement la candidature de Fabien Roussel complique les calculs de Jean-Luc Mélenchon en fracturant un peu plus la gauche, mais elle rend plus hypothétique encore sa qualification au second tour de l'élection présidentielle. "C'est une décision difficilement compréhensible", glisse perplexe le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel. "Elle va affaiblir une candidature de rupture, la nôtre, qui porte quasiment le même programme qu'elle, au nom de différences mineures." Et de s'inquiéter : "Imaginez qu'à la fin, ça se joue à 1% près." Pour l'état-major de La France insoumise, les points de désaccords soulevés par le Parti communiste ne sont que de simples "éléments de différenciation", "pour exister", "car il sera très difficile de venir nous chercher sur le fond, c'est-à-dire la question sociale, la critique du capitalisme, et la refonte des institutions démocratiques." Et les mélenchonistes de rappeler que la dernière candidature individuelle des communistes, celle de Marie-George Buffet en 2007, s'était conclue par un piteux 1,9 % des voix à la présidentielle.

Retour aux fondamentaux du PCF

En réalité, les désaccords se sont accumulés entre les deux alliés depuis 2017. A l'Assemblée, où ils font groupes à part, mais surtout au sein de la gauche, où les motifs de querelles sont nombreux. "La nouvelle orientation politique de Jean-Luc Mélenchon s'est progressivement éloignée des catégories populaires, qui constituent le cœur de l'électorat historique du PCF, pour se tourner vers la petite bourgeoisie intellectuelle", relève le politologue Stéphane Rozès, enseignant à Sciences Po et HEC. D'où la volonté du Parti communiste de marquer sa différence à l'approche de la présidentielle. "Fabien Roussel tente d'opérer un retour aux fondamentaux du Parti communiste pour contrer la montée en puissance de la gauche 'woke' d'inspiration anglo-saxonne et enrayer la fuite des classes populaires vers le Rassemblement national." Pour le chercheur, il s'agit moins "d'un positionnement tactique" que "d'une question de survie" pour le Parti communiste français, au moment où "s'affrontent deux visions de la gauche : celle qui voit la société comme une somme de minorités, et la tradition marxiste, de nature universaliste, qui ne considère pas la classe ouvrière comme une minorité dont la vocation serait d'être victime."

Surtout, le candidat de la place du Colonel Fabien a décidé de rompre avec le prisme sociétal qui domine une partie de la gauche pour revenir à des considérations plus concrètes et mieux à même de répondre aux aspirations populaires. "La gauche n'est pas faible parce qu'elle est divisée. Elle est faible parce qu'elle est complétement à côté de la plaque par rapport aux problèmes des gens, pointe l'élu parisien Ian Brossat, pressenti pour diriger la campagne de Fabien Roussel. Pendant qu'on parle des réunions non-mixtes, les classes populaires, elles, n'arrivent pas à boucler leurs fins de mois." Une petite révolution motivée par l'effondrement de la gauche au sein des classes populaires. Dans le dernier sondage IFOP pour Sud Radio et le JDD, les candidats de la gauche réunissent moins d'un cinquième des intentions de vote des catégories populaires (12 % pour Jean-Luc Mélenchon, 4 % pour Yannick Jadot et 3 % pour Anne Hidalgo) contre 43 % pour Marine Le Pen et 19 % pour Emmanuel Macron.

Rémi Clément

Source : Challenges
Mardi 18 mai 2021

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