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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Présidentielle 2022 : Fabien Roussel tente le dégel communiste

En berne dans les sondages, le candidat à la présidentielle se démultiplie pour exister, à huit mois de l’élection. Une offensive décomplexée entre doxa traditionnelle et prises de position à contre-courant.

Son entourage n’en fait pas mystère : la priorité de Fabien Roussel pour les prochaines semaines consistera à faire décoller sa notoriété. Les affiches à son nom, presque criardes en rouge et jaune, n’ont pas suffi  pour que le candidat communiste décolle dans les sondages, où il est scotché à 2 % des intentions de vote. Le secrétaire national du PC s’est donc imposé un agenda chargé, à huit mois de la présidentielle.

Rentré de ses vacances dans un camping corse avec le teint hâlé et l’œil pétillant, il tente ainsi d’installer sa marque de fabrique dès ce 24 août, à l’occasion de la promotion du livre qu’il publie le 2 septembre. "Ma France" : sous ce titre un poil nostalgique, comme la référence à la chanson éponyme du compagnon de route Jean Ferrat, il décrit son identité communiste décomplexée, assumant un retour aux sources, de Thorez à Marchais.

Pro-nucléaire et partisan de la 5G

Cette facture classique n’en conduit pas moins à des prises de position clivantes dans la gauche du moment. "Je suis partisan du vaccin obligatoire, au nom de l’intérêt général, pointe Roussel. Tout comme je suis favorable au nucléaire et à la 5G, à condition toutefois qu’il s’agisse de mettre la science au service du progrès et du bien commun, et non d’enrichir des boîtes privées déjà blindées de tunes." Mêmes affirmations à rebrousse-poil sur la sécurité, lorsque Roussel réclame "plus de moyens pour les services de police et les services de la Justice".

Sans oublier quelques pierres dans le jardin de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise, lorsqu’il défend la laïcité intégrale et la lutte "contre cet islamisme radical dont il faut protéger les enseignants, les femmes et les services publics." Un ancien hiérarque communiste, en rupture de ban, bisque : "Ces orientations sont plutôt courageuses, estime cet ancien élu. Roussel ne court pas derrière la bannière écolo-socialiste."

Les grandes fortunes dans le collimateur

Dans la foulée, jeudi 26 août, Roussel clôturera à Malo-les-Bains (Nord) le périple de la caravane qui a sillonné le littoral pour tenter de faire connaître sa candidature. Armé du classement des fortunes publié par Challenges en juillet, et qu’il a passé au peigne fin comme chaque année, Roussel lancera un coup de gueule contre le "système qui permet aux plus riches de voir leur fortune grimper de 570 à 1.000 milliards d’euros entre 2016 et 2021".

Et le secrétaire national enchaînera le lendemain avec l’université d’été du PCF, à Aix-en-Provence, pour convaincre, une fois encore, de l’utilité de sa candidature face à Jean-Luc Mélenchon. "On ne pouvait pas continuer de s’effacer : c’est comme si les Mulliez décidaient qu’Auchan cédait sa place à Leclerc !", soutient Alain Bocquet, maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) et détenteur, pendant quatre décennies, du siège occupé aujourd’hui à l’Assemblée nationale par Fabien Roussel. La séquence menée au pas de course connaîtra son point d’orgue avec un discours sur lequel planchent déjà ses équipes pour la Fête de L’Huma, le 11 septembre.

Non à l’assistanat

"Toutes ces déclarations politiques sont intéressantes. Reste à en faire un programme qui tienne debout", pointe un ancien responsable communiste. Ledit programme est promis pour la fin de l’année. Il comprendra sans surprise la réintroduction de l’ISF, l’augmentation du smic ainsi que la mise en place d’un revenu étudiant. Pour autant, pas question de tomber dans "l’assistanat". "Le travail, le travail, le travail : c’est mon programme, martèle Roussel. Cela passe par la défense des travailleurs – ouvriers, ingénieurs et jusqu’aux patrons de TPE et de PME. Le RSA pourra disparaître lorsque chacun aura une formation, un travail, un salaire. Car ce que réclament les jeunes, c’est la liberté de travailler. Une chose d’ailleurs bien différente de la sécurité de l’emploi – cela, je l’affirme, quitte à faire hurler quelques camarades."

Malgré ses piques, Roussel rêve "d’une campagne heureuse" sur le thème du "retour des jours heureux". Il serait moins question de fracturer la gauche, que de se compter avant un deuxième tour victorieux, avec un PCF qui parviendrait à peser à l’Assemblée et au sein du gouvernement, comme en 1981.

Mais sur ce chemin, les embuscades seront nombreuses. Roussel assure ainsi qu’il s’est fait piéger, en juillet, par l’agence officielle chinoise Xinhua. Cette dernière a publié une dépêche dans laquelle il vantait les mérites du système économique de l’empire du Milieu en général et de Xi Jinping en particulier. "Ce compte rendu omettait de signaler que j’ai aussi expliqué, à l’occasion de mon voyage en Chine, que la France n’était pas à vendre, assure-t-il. Que si j’accédais à la présidence de la République, nos aéroports resteraient français et que je mettrais fin aux délocalisations vers les pays à bas coûts." Gardez-moi de mes camarades…

Grégoire Pinson

Source : Challenges
Mardi 24 août 2021

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