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Interviews et reportages sur Méricourt

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Publié par David NOËL

Les communistes favorables au grand élargissement de la gauche

Roussel défend une ligne « populaire et républicaine » pour conquérir un nouvel électorat, avec le pari que l’avenir de la gauche ne jouera pas chez Mélenchon. De quoi geler les discussions pour les législatives.

Les communistes s’en fichent. Ils refusent d’entendre la petite musique, fredonnée par les insoumis, au sujet du «vote efficace.» La gauche ne gagnera pas en avril, ils en sont persuadés. Alors autant faire la fête dans leur coin. «Le vote utile, ce n’est pas d’être au second tour, mais de gagner», nous signale un proche de Fabien Roussel. Mélenchon a beau faire 13 % dans les derniers sondages, il est donné perdant en cas de duel avec Macron. La gauche toute mouillée pèse à peine 25 %. Le communiste nous interpelle : « Excusez-moi, mais Mélenchon, si c’était un rassembleur, ça se saurait ! » François Hollande pense à peu près pareil. « A un moment, il faut avoir un président utile, pas simplement un vote utile », étrillait-il mercredi sur France Inter.

Au micro voisin, sur RMC, Eric Coquerel se faisait charmeur. « Le PCF a essayé, pendant des années, de construire avec nous une alternative majoritaire, de rupture », rappelait le député LFI, qui lorgne les 3,5 à 4,5 % de son ex-partenaire. Et de leur faire des appels du pied : « On peut le faire ensemble. » Mais quand c’est non, c’est non. « Il ne s’adresse pas à Fabien mais à ses électeurs », balaie du revers de la main notre interlocuteur. Pas dupe, il sait que LFI croit de moins en moins au ralliement. Mais on ne sait jamais. Surtout depuis la fête de mardi soir, lorsque Mélenchon est devenu le troisième homme du scrutin dans les sondages. Ce serait trop bête de se réveiller avec la gueule de bois. En 2017 déjà, il leur avait manqué 600 000 voix pour accéder au second tour.

« Ma gauche à moi »

De toute façon, le cadre rouge déjà cité le jure, Roussel ne pique aucune voix à son voisin. Au contraire, il élargit le champ (asséché) de la gauche. « Avec la gauche populaire et républicaine de Fabien, on veut élargir le socle », veut-il croire. Le candidat des « Jours heureux » l’a illustré hier soir pendant son meeting au Cirque d’hiver débordant de monde. « Et peu importe si certains à gauche n’aiment pas que je parle de la France ! Ma gauche à moi, elle aime les ouvriers, les usines, le drapeau rouge et le drapeau tricolore, elle chante l’Internationale et la Marseillaise, c’est coco et cocorico ! » s’est exclamé le premier communiste à partir en solo depuis 2007.

Sa recette ? De la joie et du pain d’un côté, contre des écolos qui voudraient selon lui que « les classes populaires se privent du peu qu’elles ont ». Un combo sécurité-laïcité de l’autre. Cette fois, il s’en prend aux insoumis. « On ne les entend plus sur ces sujets parce que ça clive une part de leur électorat. » Comprendre : Roussel tape sur toute la gauche, mais ce serait pour le bien de la gauche. Il faut commencer le chantier. Imaginer des lendemains de fête. Pour lui, ça ressemble à ça : « L’avenir de la gauche, c’est Roussel vs Rousseau. » Le match d’après a déjà commencé. Les jours heureux ne sont pas prévus pour demain.

Traumas de guerre

Surtout que la rivalité entre Mélenchon et Roussel ne s’arrête pas à la présidentielle. Insoumis et communistes ont un autre sujet d’échanges chaleureux (non) : les législatives. Les deux formations iront-elles jusqu’à se mener une guerre fratricide dans chaque circo ? Peut-être pas quand même. Exemple : un dirigeant rouge nous confirme que le PCF n’investira pas de candidats face à ses propres députés sortants passés chez Mélenchon pour la présidentielle.

C’est le cas de Sébastien Jumel (Seine-Maritime) et Karine Lebon (la Réunion), tous deux élus sous étiquette coco mais qui feront campagne derrière la bannière de « l’Union populaire » en 2022. Membre active de la campagne de l’insoumis et de son « parlement de l’Union populaire », Lebon sera investie en bonne et due forme, nous indique Paul Vannier, chargé des élections dans le camp mélenchoniste. Quant à Jumel, engagé derrière le candidat mais moins formellement dans la campagne, il sera officiellement «soutenu» par LFI.

Le cas de la Seine-Saint-Denis sera particulièrement scruté : les adversaires d’aujourd’hui s’y partagent 7 des 13 circos que compte le département (5 pour LFI, 2 pour le PCF) et, au vu des combats communs qui rassemblent leurs élus, leur affrontement y serait aussi visible et fratricide que légèrement absurde. Ce que regrettaient d’ailleurs par avance certains d’entre eux dans le Parisien en janvier.

Mais à l’heure actuelle, les discussions stratégiques entre les deux partis sont «suspendues», indique Vannier, qui explique : « Le climat que les principaux responsables du PCF construisent en ce moment, nous ne le comprenons pas eu égard à l’enjeu qui est de qualifier un candidat de gauche au second tour de la présidentielle. Il faut des perspectives politiques partagées. Certaines attaques et caricatures ne rendent pas possible une discussion en transparence et en clarté. » Tant qu’elles ne les rendent pas définitivement impossibles.

Nina Jackowski et Etienne Baldit

Source : Chez Pol - Libération,
Vendredi 11 mars 2022

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