Ce jour-là,
Jean-Luc Mélenchon a chaussé ses lunettes et s'est accoudé à son pupitre. C'était à Villeurbanne, le 7 février, dans un de ces meetings où le candidat du Front de gauche fait, depuis le début de
sa campagne, salle comble. "On m'a dit que mon problème avec vous, c'est que je suis trop intellectuel..., a-t-il commencé. J'ai répondu que je ne l'étais pas assez. Car le peuple
est bien plus cultivé que ne le croient les puissants, et lorsqu'il ne l'est pas il aime quand même les belles choses..." Puis il a brandi quelques feuillets et annoncé : "Je vais faire
quelque chose qu'on ne fait jamais dans un meeting : vous lire un passage du plus grand roman populiste, celui de Victor Hugo, Les Misérables." Et voilà que, devant ce public enchanté, les
mots du grand écrivain ont fait renaître les émeutiers de 1793, "ces hommes hérissés qui, dans les jours génésiaques du chaos révolutionnaire, déguenillés, hurlants, farouches, le casse-tête
levé, la pique haute, se ruaient sur le vieux Paris bouleversé..."
Le lendemain, à Montpellier, Jean-Luc Mélenchon convoqua à nouveau Hugo. Cette fois le poète, mais toujours sur la Révolution :
"France ! à l'heure où tu te prosternes, Le pied d'un tyran sur ton front, La voix sortira des cavernes Les enchaînés tressailleront"...
Jean-Luc Mélenchon aime mêler l'écrivain à sa propre prose. Il le reconnaît d'ailleurs : "Cet homme qui a commencé sa vie en monarchiste et l'a finie en ardent républicain nous a laissé des
milliers de vers à utiliser dans nos discours..." Déjà, en 2005, lors du référendum sur la Constitution européenne, il évoquait les militants du "oui" comme ces bourgeois nantis et
conservateurs que Victor Hugo qualifie dans Les Misérables de "belles personnes" face aux "révolutionnaires effrayants mais farouches". Pour cette présidentielle, il en
a fait sa marque de fabrique, affichant sa volonté de mener autant un combat politique qu'une campagne d'éducation populaire.
Exception faite de François Bayrou - ancien professeur de lettres comme Mélenchon -, qui cite souvent Edmond Rostand, Aragon ou Jean de La Fontaine, la littérature a rarement droit de cité dans
les réunions publiques et meetings politiques. Mais c'est l'orgueil du candidat du Front de gauche que d'être cultivé. Et l'une des raisons de son succès : lorsqu'on interroge ses supporteurs, au
sortir des meetings, dans les enquêtes d'opinion, c'est l'un des qualificatifs qui lui sont le plus souvent attribués. "C'est un choix, afin de souligner la dignité de la représentation
ouvrière, souligne François Delapierre, son directeur de campagne. Et c'est vrai que les gens en sont frappés." Lui-même s'enorgueillit de maintenir un art oratoire pourtant de
moins en moins pratiqué : "Il faut que la belle parole de gauche soit portée bellement", sourit-il.
Jean-Luc Mélenchon est un érudit de l'histoire de France, notamment de la Révolution française, dont il a lu presque tous les récits, de Michelet à Albert Soboul ou François Furet, et un ardent
défenseur de la figure de Robespierre, proscrit dans tous les partis sauf au Parti communiste.
Usant d'une construction littéraire, faite de métaphores et de scènes croquées à grands traits rouges, il convoque presque toujours dans ses discours les héros de 1789 et truffe ses meetings de
révolutionnaires surgissant derrière la barricade, d'ouvriers se tenant droit sous la mitraille qui laissent son public saisi. "La difficulté d'user de références culturelles, note son
directeur de campagne, c'est qu'elles peuvent être humiliantes pour ceux qui ne les possèdent pas. Mais l'Histoire présente l'avantage d'être un fonds commun à tous. Et le choix de faire une
campagne avec un fort contenu culturel a permis de répondre à ceux qui nous accusaient de populisme."
Bien joué. L'accusation s'est faite moins dure, en effet. Et cet ancien amoureux de François Mitterrand, d'abord regardé comme un trublion de la gauche, a gagné avec les mots les vraies lettres
de noblesse du tribun.
Raphaelle Bacqué
Légende photo : Jean-Luc Mélenchon à Villeurbanne, le 7 février. | AFP/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Source : Le Monde.fr
Dimanche 25 mars 2012
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Aujourd'hui, à un mois du premier tour de l'élection présidentielle, la dynamique qui porte le Front de gauche et son candidat constitue véritablement l'événement politique des dernières
semaines. Avec l'espoir, partagé par un nombre grandissant de citoyennes et de citoyens, d'un beau printemps pour le Front de gauche et son programme "l'Humain d'abord", c'est en fait le chemin
qui se dégage, enfin, pour à la fois battre la droite avec l'objectif d'une véritable politique de changement à gauche.
Il reste
encore des places pour le meeting de Jean-Luc Mélenchon, mardi 27 mars, au Grand Palais de Lille. La plupart des sections communistes du Pas-de-Calais ont commandé des bus : il y aura trois bus
au départ d'Avion, deux bus pour Billy-Montigny et Sallaumines, un bus pour Evin-Malmaison et Leforest, des bus à Drocourt, Rouvroy, Carvin, Lens, Grenay, Calais et partout, les mêmes remontées :
l'affluence va être forte, très forte. Les bus sont déjà remplis et il faut souvent commander de nouveaux bus.
REPORTAGE - C’était son grand rendez-vous. Remplir la Bastille et en appeler à une VI ème République. Opération réussie ce dimanche pour Jean-Luc Mélenchon.
Depuis
l'irruption du Front de gauche et de son candidat Jean-Luc Mélenchon dans les sondages et dans la rue, la fébrilité semble gagner le camp de François Hollande qui explique que Jean-Luc Mélenchon
n'est pas son adversaire. Mieux, selon Pierre Moscovici, « il n'est pas un problème ». C'est heureux ! Sauf qu'au Front de gauche, nous n'avons jamais douté du fait que notre seule
ennemie est la droite et son extrême. Nous savons où nous habitons : à gauche.
Au moment où nous entrons dans le dernier mois de campagne, le Front de gauche est la force qui monte. C'est le
résultat d'une campagne qui, depuis des mois, pose les vraies questions, met en débat des solutions claires et porte pour un nombre, chaque jour plus grand, d'électrices et d'électeurs, de
jeunes, de salariés, les espoirs de victoire du peuple de gauche. Le dépôt ce matin au Conseil Constitutionnel de près de 1 100 parrainages pour Jean Luc Mélenchon est une nouvelle étape
remarquable de cet élan. Je me félicite que plus de 850 élus communistes et républicains aient répondu à cet appel. Leur engagement aux côtés d'élus venus de tous les forces du Front de gauche et
au-delà de toutes les familles de la gauche, est un facteur essentiel d'élargissement de la campagne engagée. Par son soutien et son encouragement à une gauche de combat, cette expression
démocratique de la part d'élu(e)s de la République participe pleinement de la dynamique de rassemblement, de conquête et de révolution citoyenne avec le Front de gauche. Ces signatures ne sont
pas une simple formalité administrative. Elles sont la reconnaissance d'une légitimité politique qui au-delà du candidat vise à soumettre au suffrage universel un projet pour la France.
Dimanche après-midi à
Villepinte, Nicolas Sarkozy a ignoré les grandes urgences sociales du pays : logement, salaires, emploi et école n'ont pas une seule fois été évoqués.
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