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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Profits.jpgIl y a dans le discours sarkozyen un tabou. Un tabou bien caché certes sous un flot d’envolées sociales sur le thème du « travail dur qui ne paie pas » mais bien réel.

Pour l’autoproclamé « président du pouvoir d’achat » et son gouvernement, il y aurait diverses manières de traiter le problème du pouvoir d’achat. Pour qu’ils puissent « gagner plus », il faudrait permettre aux salariés de « travailler plus » d’où la détaxation des heures sup : mais, comme l’ont vite perçu les syndicats, cette mesure, si elle améliorera quelque peu la feuille de paie d’une partie des travailleurs, laissera intacte celle du plus grand nombre (les heures sup relevant de la discrétion du patron).

Cette mesure risque de se payer fort cher dans divers domaines : dégradation des conditions de travail, du financement de la sécu, etc.

Deuxième axe privilégié par la médecine sarkozyenne du pouvoir d’achat : les baisses d’impôts.
Et là aussi le premier paquet de mesures mis sur la table, une fois passé au scanner de la justice sociale, se révèle passablemlent empoisonné : plus qu’au travail, c’est aux patrimoines et d’abord aux plus gros qu’il apporte des bonus.

Le tabou ? Le voilà : la hausse du salaire pour le même temps, la même quantité de travail. Une authentique revalorisation de la rémunération du travail.

Cela, le quasi-syndicaliste Sarkozy ne le revendique pas. Il n’en parle pas car, pour lui, la chose est impossible. Sous peine, vous dira-t-il, de mettre en péril l’emploi et la compétitivité. Le candidat dit de « la rupture » s’inscrit en réalité dans la continuité des discours et des politiques qui, depuis trente ans, ont comprimé les salaires. L’ « équilibre » des premières mesures annoncées » ou projetées est éclairant : rien donc pour les smicards mais au 1er juillet un super coup de pouce de 9 milliards d’euros pour les patrons, sous la forme de la diminution de 2,1% des cotisations patronales.

Et puis bientôt la suppression totale des cotisations patronales maladie, assortie de la création de la TVA « sociale ». Trente ans de cette médecine débouchent sur ce résultat ignoré dans la rhétorique du chef de l’Etat : le partage de la richesse s’est dégradé au détriment des salaires qui ont perdu 10 points de la valeur ajoutée créée en faveur des profits.

Et la tendance ne se dément pas : 100 milliards d’euros de profit en 2006 pour les groupes du CAC 40 qui, dans le même temps, ont écrasé les salaires de leur personnel. Plus ennuyeux encore pour les tenants de l’othodoxie libérale : à rebours du théorème de Schmidt (les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’après demain), ces profits sont de plus en plus accaparés par les actionnaires et de moins en moins réinvestis comme le constate le dernier rapport du CERC présidé par J. Delors.

A condition de vouloir tirer les leçons de cet échec, un rééquilibrage en faveur des salaires est possible. La hausse du SMIC est un premier levier entre les mains du pouvoir politique qui pourrait ensuite user de ses prérogatives pour qu’elle se répercute sur l’ensemble des salaires. Dans cette optique, en lieu et place de la redoutable TVA « sociale », le gouvernement pourrait engager une autre réforme des cotisations de la Sécu, consistant à les moduler de manière à inciter les entreprises à investir dans les salaires et l’emploi.

D’autres mesures, visant à dissuader le recours au travail précaire (partiel,etc), synonyme de bas salaires, sont à sa portée. Enfin l’ouverture du chantier de la réforme des relations, fort inégales, donneurs d’ordre – sous-traitants, pourrait donner aux petites entreprises la perspective de relever les conditions sociales de leurs salariés.
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E
Cher camarade David, je perçois dans votre discours actuel certaines similitudes avec la thèse que je défends depuis longtemps, y compris sur votre blog...continuez vous êtes sur la bonne voie...
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M
Et oui, David,3Oans dont 15 de pouvoir socialiste!
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D
Oui, je ne dis pas le contraire. Je suis même convaincu que le Parti Socialiste en tant que tel n'est même plus social-démocrate. Aux marges du PS, le MJS, l'UNEF ou PRS sont dans une démarche sociale-démocrate, keynésienne et parfois anti-libérale sur laquelle nous pouvons avoir de nombreux points d'accords, mais la direction du PS est une oligarchie opportuniste qui ne fait qu'accompagner la mondialisation et le recul des droits sociaux. La démarche anti-parti de Ségolène Royal, ses appels au bon sens populaire contre une gauche supposée dogmatique et angélique m'ont laissé de marbre, ou plutôt, m'ont vraiment effrayé. Comme héritière de Lafargue et de Jaurès, on a fait mieux ! Dans socialisme, il y a la notion de socialisation des moyens de production, il y a l'idée de dépassement du capitalisme, il y a une visée proprement révolutionnaire. Le Parti Socialiste n'est malheureusement plus socialiste. Pour être juste, le PCF est en train de devenir lui aussi social-démocrate. Les huistes et les refondateurs ne parlent que de changer le nom du parti et invoquent le modèle allemand. Le congrès de 2008 risque d'être le dernier du PCF, on s'oriente vers la constitution d'un Parti de Gauche ou quelque chose d'approchant. J'en veux beaucoup aux directions opportunistes des organisations du mouvement ouvrier...
M
En effet, Sarkozy fait une politique de droite en ayant un discours de droite. Mais en face on n'entend pas de discours de gauche, c'est-à-dire de défense de la classe sociale qui produit les richesses : les travailleurs. La répartition des profits se réglera, comme d'habitude, dans la lutte...
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