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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Claude Bartolone est un dirigeant socialiste de talent. Député de Seine-Saint-Denis et principal lieutenant de Laurent Fabius, Claude Bartolone a fait partie des rares dirigeants socialistes à faire campagne pour le non au TCE. Son dernier livre, sous forme d'entretien avec Gérard Leclerc est un réquisitoire implacable contre Ségolène Royal, qui a perdu "une élection imperdable" pour avoir fait une campagne très à droite, sur le terrain de l'ordre et des valeurs là où l'opinion publique attendait du PS des propositions sociales.

Claude Bartolone a raison d'être sévère avec Ségolène Royal. Les anecdotes qu'il raconte sur l'amateurisme de la campagne de la candidate socialiste sont édifiantes : entretiens refusés avec la presse, déplacements annulés à la dernière minute... Claude Bartolone prend également position contre toute idée d'alliance avec le Modem et condamne la tentation sociale-démocrate d'un Dominique Strauss-Kahn. Pour Bartolone, le PS doit rester un parti socialiste et ne peut pas accepter la mondialisation comme elle va.

Claude Bartolone est inutilement sévère envers le Parti communiste sur lequel il a tiré un trait. Le PCF est bien vivant, il compte encore des dizaines de milliers de militants et les idées antilibérales et altermondialistes fédèrent, en 2007, environ 10 % de l'électorat.

Claude Bartolone, c'est plus intéressant, récuse toute idée de "droitisation" de la société française. Il rejoint là le constat que fait Etienne Schweisguth, directeur de recherche au CEVIPOF, dans la dernière livraison de la Revue française de science politique. Etiennne Schweisguth distingue le libéralisme économique (qui s'oppose à l'antilibéralisme) et le libéralisme sociétal (qui s'oppose à l'autoritarisme). En matière de moeurs, le libéralisme a progressé : le pourcentage de français favorables à la peine de mort, hostiles à l'avortement, à l'immigration ou à l'égalité des droits entre personnes de même sexe, est en chute depuis 20 ans, y-compris à droite. Il est aujourd'hui de l'ordre de 30 % de l'électorat. 70 % des électeurs sont libéraux en matière de moeurs. En fait, seul l'électorat du Front national reste majoritairement autoritaire sur ces questions.
En matière économique et sociale, Etienne Schweisguth fait le constat inverse : 70 % des Français sont favorables au service minimum et considèrent que les chômeurs et les bénéficiaires du RMI devraient faire des efforts et ne plus se complaire dans "l'assistanat". A l'exception des ces trois points, la plupart des questions posées aux sondés sur le SMIC, le contrat de travail, le rôle de l'Etat ou la mondialisation témoignent de la permanence des idées antilibérales. Seuls 25 % des sondés, par exemple, jugent positivement la mondialisation.

Antilibéralisme en matière économique et sociale et libéralisme en matière sociétale, le constat de droitisation de la société française ne résiste pas à l'examen. L'élection présidentielle était bien "imperdable".

La lecture du livre de Claude Bartolone peut rendre amer : pendant cinq ans, les travailleurs vont subir les coups de la droite, des coups qui auraient pu être évités si le PS avait opté pour un programme de gauche. L'union de la gauche antilibérale autour du PCF était possible ; avec l'appui du mouvement social, elle aurait permis de peser sur le PS pour qu'il applique une politique antilibérale.

L'élection était "imperdable". La gauche sociale-libérale l'a perdue. Tout l'enjeu des 5 prochaines années va être maintenant de construire les forces politiques capables de mobiliser l'électorat populaire pour remporter les victoires de demain. C'est un défi que le PCF devra relever.
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E
A toutes fins utiles, je vous conseille la lecture de l'article "Les nations sous le feu des nationalismes" publié dans le N° 1 du journal "Le Sarkophage". (plus d'infos:  www.lesarkophage.com)
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X
Bonsoir David,Peux-tu me renvoyer ta nouvelle adresse mail pour les photos? La dernière se semble plus d'actualité. MerciXav
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E
Pourquoi mon dernier commentaire n'est pas publié?
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D
Il vient de l'être, j'étais parti à Lens distribuer des tracts aux côtés de Jean-Michel Humez, candidat du PCF pour l'élection cantonale partielle du 9 septembre.
E
Je connais des travailleurs "fiers d'être français" certains sont même "fiers d'être communiste"...mais des travailleurs "fiers d'être européens" je n'en connais pas. La nation reste l'espace priviligié et pour longtemps des luttes contre le capitalisme. C'est bien pour çà que le dit capitalisme veut détruire cette même nation et ses départements au profit d'une "grande europe" avec ses régions.... Votre discours me confirme que le PCF est tombé dans le piège de l'europe intégrée.Cela n'a strictement rien à voir avec l'internationalisme, auquel j'adhère bien évidemment.Par ailleurs, le parti de la gauche européenne est totalement inclus dans le système de l'UE.   
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E
"réorienter l'europe"? Excusez-moi mais c'est absurde . L'UE est un montage de l'impérialisme, une machine de guerre,à l'origine, contre "le communisme". Aujourd'hui, pourquoi l'UE?, pourquoi l'euro? Pour être indépendant des USA ?  Mais les GIs sont toujours en Italie, en Allemagne..et les USA installent des missiles en europe de l'est et le PCF ne s'est même pas associé à un appel des PC européens contre ces nouvelles bases! etc....amors, soyons un peu conséquents! Pour l'UE, pourquoi l'euro? Eh bien tout simplement pour rendre impossible la rupture avec le capitalisme! Un pays que n'a plus la maîtrise de sa monnaie , il fait comment pour changer la donne économique... le sujet est vaste et je veux  faire "court" dans le cadre de ce commentaire. En résumé, le PCF n'est pas prêt de reprendre du poil de la bête si continue de tenir le même discours sur l'UE ce que je crains à lire vos propos. Et quand je pense que vous appartenez à une fédération réputée plus "révolutionnaire" que la direction nationale!
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D
Je ne raisonne pas tout à fait comme vous. Vous écrivez que "l'UE est un montage de l'impérialisme, une machine de guerre, à l'origine, contre le communisme". C'est exact, mais ce n'est pas suffisant.Le fait est que l'Europe est avant tout un espace : d'abord un espace géographique, mais aussi un espace culturel commun (les Lumières, l'art baroque, la Renaissance, l'art gothique)... Un espace culturel, ça secrète toujours du sentiment d'appartenance.La CEE puis l'UE ont été des espaces économiques pour les entreprises européennes. Pour les piloter, on a créé des institutions politiques et l'Europe est devenue un espace politique. Un espace politique, ça secrète aussi du sentiment d'appartenance (regardez la région, par exemple, qui a supplanté le département comme espace politique) : on a fait des marches européennes contre le chômage, des forums sociaux européens, les partis politiques représentés au parlement de Strasbourg se sont inscrits dans des partis politiques européens. L'UE n'est plus seulement un espace économique consacré à l'impérialisme. Les citoyens de toute l'Europe s'en sont emparée. Aujourd'hui, on peut se sentir européen, ce qui rend, à mon sens le mot d'ordre "sortir de l'UE" complètement irréaliste et ce qui veut dire aussi que les luttes politiques à l'échelle européenne peuvent déboucher sur une autre Europe. J'en viens à l'appel des PC européens que vous signalez. Je regrette que le PCF ne l'ait pas signé. Le PGE est l'émanation de la GUE ; c'est un outil qui n'est pas satisfaisant. Le PCF doit avoir la volonté politique, avec les autres partis communistes et antilibéraux de refonder une nouvelle Internationale.L'appel en question était un appel pacifiste que le PCF aurait parfaitement pu signer. Fraternellement,
E
Rien ne sert de sauter comme des cabris en répétant : "reconstruire la gauche" !, "reconstruire la gauche" ! Il faut d'abord savoir sur quelles bases ont reconstruit. Par exemple, je voudrais bien que quelqu'un m'explique comment on fait pour satisfaire les besoins populaires en termes de salaires, emploi, service public sans remettre en cause l'adhésion de notre pays à l'UE et à l'Euro? Et que personne ne vienne me bassiner avec 'l'europe sociale",  cette tarte à la crème des gauchistes (mais auxquels le PCF colle d'ailleurs) qui confondent, dans leur incompétence, supranational et international.   
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D
Sur quelles bases on reconstruit ? Je crois qu'il faut partir de la permanence du capitalisme et, c'est lié, de l'exploitation. Permanence du capitalisme et permanence des classes sociales. Oui, il faut revenir à Marx.Le PCF doit redevenir un grand parti révolutionnaire capable de proposer une alternative socialiste au capitalisme. Nos revendications d'urgence doivent s'appuyer sur une visée communiste et révolutionnaire. En même temps, nous devons nous ouvrir aux écologistes, aux altermondialistes, le PCF devrait être la maison commune de toute la gauche radicale. Je suis plus réservé sur sortir de l'UE et de l'euro. L'Europe est un espace politique en gestation. Nous devons en être, mais évidemment, il faudrait réorienter profondément l'idéologie libre-échangiste qui sous-tend la construction européenne.