Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

Archives

 

Publié par David NOËL

La finance déréglementée détruit les sociétés. Silencieusement, au quotidien, quand les actionnaires pressurent les entreprises, c’est-à-dire les salariés, pour en extraire davantage de rentabilité, au Nord comme au Sud. A grand spectacle et avec fracas dans les crises aiguës où se révèlent brutalement les invraisemblables excès de la cupidité spéculative et leur contrecoup sur l’activité et l’emploi. Chômage, précarisation, accroissement des inégalités : les salariés et les plus pauvres sont voués à faire les frais soit de la spéculation, soit des nuisances du krach qui s’ensuit.

Depuis deux décennies, le cours de la finance mondiale n’est qu’une longue suite de crises : 1987, krach boursier ; 1990, crise immobilière aux Etats-Unis, en Europe et au Japon ; 1994, krach obligataire américain ; 1997 et 1998, crise financière internationale ; 2000-2002, krach internet ; 2007-2008 enfin, crise immobilière et peut-être crise financière globale.

Pourquoi une telle répétition ? Parce que toutes les entraves à la circulation des capitaux et à l’« innovation » financière ont été abolies. Quant aux banques centrales qui ont laissé enfler la bulle, elles n’ont plus d’autre choix que de se précipiter au secours des banques et des fonds spéculatifs en mal de liquidités.

Nous n’attendrons pas la prochaine crise sans rien faire et ne supporterons pas plus longtemps les extravagantes inégalités que la finance de marché fait prospérer. Parce que l’instabilité est intrinsèque à la déréglementation financière, comment les dérisoires appels à la « transparence » et à la « moralisation » pourraient-ils y changer quoi que ce soit - et empêcher que les mêmes causes, de nouveau, produisent les mêmes effets ? Y mettre un terme suppose d’intervenir au cœur du « jeu », c’est-à-dire d’en transformer radicalement les structures. Or, au sein de l’Union européenne, toute transformation se heurte à l’invraisemblable protection que les traités ont cru bon d’accorder au capital financier.

C’est pourquoi nous, citoyens européens, demandons :
- l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne, qui, interdisant toute restriction à ses mouvements, offre au capital financier les conditions de son emprise écrasante sur la société. Et nous demandons également
- la restriction de la « liberté d’établissement » (art. 48) qui laisse l’opportunité au capital de se rendre là où les conditions lui sont le plus favorables, et permettrait ici aux institutions financières de trouver asile à la City de Londres ou ailleurs.

Si par « liberté » il faut entendre celle des puissances dominantes, aujourd’hui incarnées dans la finance, d’asservir le reste de la société, disons immédiatement que nous n’en voulons pas. Nous préférons celle des peuples à vivre hors de la servitude de la rentabilité financière.

Signer la pétition
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
R
 
CRISE FINANCIERE : CE QUI NE VA PAS A
 
Un appel international d'économistes contre la liberté de mouvement des capitaux a été publié le 27 mars 2008 par différents supports dont le site Gauche Alternative 20071.
 
 
Ce texte demande




>




 
La liberté de mouvements des capitaux est inconstestablement un des instruments privilégiés de la dictature du capital financier. Il est regrettable que l'appel oublie de rappeler que cette liberté a découlé en premier lieu de l'Acte Unique Européen, le chef d'oeuvre de Jacques Delors voulu et réalisé par les socialistes européens, au premier rang desquels les socialistes français. En fait, contrôler démocratiquement les mouvements de capitaux Europe obligerait à remettre en cause tous les traités européens, et notamment ceux de Maastricht,soutenu par le PS, et de Lisbonne, négocié par le gouvernement PS-PCF-Verts de Lionel Jospin. L'oubli des responsabilités de certains partis de gauche empèche de faire la clarté sur ce que devrait être un véritable mouvement politique anti-capitaliste (le capitalisme ne faisant pas seulement de dégâts dans sa version libérale).
 
Plus grave encore, l'appel se contente de demander l'abrogation de deux articles du seul traité de Lisbonne. La situation était-elle donc plus satisfaisante avant l'adoption de cet accord international? En réalité, la domination de la société par le capital financier est bien plus large que la seule liberté de circulation des capitaux. Au demeurant, même dans l'hypothès où un gouvernement voudrait utiliser une possibilité juridique de restreindre cette liberté, les spéculateurs, banques et sociétés transnationales n'auraient aucun mal à contourner les mesures de restriction2.
 
La revendication formulée dans l'appel revient en fait à demander le rétablissement d'une sorte de contrôle des changes, qui a échoué dans le passé, et dont on se demande quel sens il pourrait avoir au sein d'une zone monétairement unifiée comme la zone euro. Les signataires songent-ils à remettre en cause l'Euro et à demander le rétablissement du Franc, dont le coût économique pourrait être énorme? Oublient-ils que la création de l'Euro, comme tous les instruments forgés par le capitalisme, a un aspect contradictoire, et que le versant positif pour la France en est la disparition de la contrainte extérieure, puisque le risque d'une dévaluation de la monnaie nationale a disparu3?
 
La remise en cause de la dictature du capital financier doit être globale et permettre un financement des entreprises par d'autres mécanismes que ceux des marchés spéculatifs. C'est la propriété privée des banques qui permet aux capitalistes de contrôler l'économie dans son ensemble. Il faut avoir le courage politique d'en tirer la conclusion qui s'impose: la seule solution réaliste à la crise fiancière réside dans la nationalisation4, ou mieux, compte tenu de la dimension internationale des questions financières, dans l'Européanisation (propriété publique europénne) de l'ensemble du système bancaire. Il pourrait ainsi être transformé en un service public européen de financement de l'économie, au service de monde du travail.
 
L'appel des économistes illustrent malheureusement le manque d'audace politique de ceux qui se sont montrés, depuis un quart de siècle, trop sensibles à la dérive droitière et libérale de la société, et qui n'osent plus proposer les seules solutions réalistes, celles qui retireraient le pouvoir économique à la grande bourgeoisie. La condition essentielle à la création d'un mouvement anti-capitaliste qui ne cèdera pas aux sirènes d'un réformisme inefficace, réside dans le choix d'une lutte résolue pour exproprier la classe dominante en France et en Europe.
 
 

1

 

Un appel international d’économistes contre la liberté de mouvement des capitaux en Europe. Pétition simultanément publiée par : L’Humanité, Le Monde diplomatique, Politis, l’émission Là-bas si j’y suis, Flamman (Suède), Trybuna Robotnicza (Pologne), Publico (Espagne), Il Manifesto (Italie), Tageszeitung (Allemagne).


 


2Il leur serait par exemple facile de ne pas rapatrier une partie des recettes d'exportation et de les placer directement dans des paradis fiscaux. Les échecs répétés des politiques de contrôles des changes et des mouvements de capitaux ont servis d'arguments aux partisans de la libre circulation et de l'Euro. L'appel donne malheureusement l'impression de vouloir répéter les erreurs du passé.


3Voir, par exemple, l'interview de Jean-Paul Fitoussi dans le dernier numéro d'Alternatives Economiques.


4Les capitalistes et les libéraux britanniques ont donné le bon exemple en nationalisant la banque Northern Rock : eux au moins ne s'embarassent pas de considérations idéologiques et savent faire tomber les quand leurs intérêts fondamentaux sont en jeu. N.B.  : j'ai passé quinze ans de ma jeunesse à militer PCF
Répondre