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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

La recomposition syndicale est en marche : une conséquence de l'avancée des discussions sur "la représentativité, le développement du dialogue social et le financement du syndicalisme". Après plusieurs mois de discussion, une "position commune" a été adoptée le 9 avril. Le texte, qui n'est pas un accord, est soutenu par la CGT, la CFDT, le Medef, la CGPME.

Contesté, ce texte prévoit notamment qu'un syndicat, pour être reconnu représentatif des salariés, doit rassembler au moins 10% des voix aux élections professionnelles dans les entreprises à brève échéance, et provisoirement 8% au plan national et dans les branches.

Les petites confédérations et les nouveaux acteurs syndicaux apparus ces 15 dernières années sont furieux à l'exemple de la CFTC qui parle d'un texte "syndicaticide".

Rappel des faits : le mouvement syndical français est à son apogée en 1945, organisé autour de deux grandes confédérations, la CGT, où se mèlent communistes et socialistes et la CFTC chrétienne, en voie de sécularisation. En septembre 1945, la CGT comptait 5 454 000 adhérents !
Les grèves de 1947 aboutissent à la scission et à la création de FO par les socialistes. En 1950, les pouvoirs publics reconnaissent 4 confédérations syndicales représentatives : la CGT, proche du PCF, la CGT-Force Ouvrière, proche de la SFIO, la CFTC, proche de l'Eglise catholique et la CGC qui regroupe les cadres.
La liste est modifiée par arrêté du 31 mars 1966 après la déconfessionalisation de la CFTC devenue CFDT et le maintien d'une CFTC attachée à son identité chrétienne. Ces cinq confédérations bénéficient d'une présomption irréfragable de représentativité. En clair, sans avoir à prouver leur représentativité, elles sont présumées légitimes et peuvent signer des accords à tous les niveaux.

Avec la crise économique et la montée du chômage, on assiste à partir des années 70 à un reflux et à éclatement du syndicalisme qui se traduit par l'émergence de nouveaux acteurs.
La Fédération de l'Education Nationale, devenue autonome en 1947-48, donne ainsi naissance dans les années 90 à l'UNSA d'une part et à la FSU d'autre part. Dans les faits, c'est la FSU, qui apparaît comme l'héritière de la FEN tandis que l'UNSA a élargi son périmètre hors de l'Education Nationale au point d'apparaître comme une "CFDT bis".
L'Union syndicale Solidaires, de son côté, regroupe les syndicats SUD et s'est renforcée à partir du conflit de décembre 1995. Avec 90 000 adhérents, elle est devenue, comme l'UNSA, un acteur incontournable du paysage syndical.

Divisé en 8 grandes organisations, le mouvement syndical français est trop éclaté, tout le monde en convient. Sur ce point, le constat des dirigeants de la CGT et de la CFDT rejoint celui de l'UMP et des libéraux. A une différence près et elle est de taille : pour les libéraux, la recomposition syndicale doit éliminer les organisations jugées "archaïques" (FO, FSU, Solidaires) et conforter des syndicats réformistes prêts à "négocier" au lieu de faire grève. On reconnaît là les vieux clichés éculés des conservateurs servis à la truelle à chaque conflit social par les éditorialistes du Point ou du Fig' Mag'...

Le texte adopté le 9 avril risque en tout état de cause d'avoir d'importantes conséquences et de bouleverser le paysage syndical français. En fixant un seuil national de 8 % pour qu'un syndicat soit représentatif, le texte adopté par la CGT et la CFDT écarte FO et la CFTC (au grand dam d'une partie de l'UIMM qui avait su "fluidifier" le dialogue social avec les syndicats minoritaires) et ruine les espoirs de l'UNSA et de Solidaires d'obtenir la représentativité.

En clair, le texte instaure une prime aux grands syndicats. L'UNSA et la CFE-CGC en ont déjà pris acte et travaillent, on vient de l'apprendre cette semaine, à une fusion de leurs deux organisations. La CFE-CGC compte 177 000 adhérents et n'est représentative que dans le collège des cadres, l'UNSA compte 360 000 adhérents et n'est représentative que dans la fonction publique d'Etat. En fusionnant, les deux organisations pourraient donner naissance à une nouvelle confédération qui devancerait Force Ouvrière.

La question de la recomposition syndicale risque aussi de se poser à la FSU et à l'Union syndicale Solidaires. Les deux organisations peuvent-elles fusionner ? Certains, à la FSU rêvent d'une réunification avec la CGT, mais cette perspective est écartée par les dirigeants de la CGT qui ont axé leur stratégie de développement sur la conquête de position dans les déserts syndicaux du privé que sont le commerce et les services.

Les grandes manoeuvres n'en sont qu'à leur commencement. Les militants du mouvement social ne doivent pas se laisser impressionner par les cris d'orfraie de Jacques Marseille, de Claude Imbert ou des contempteurs habituels du syndicalisme, mais au contraire s'investir dans leurs syndicats pour renforcer le syndicalisme de lutte.

Etat des lieux du mouvement syndical français
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U
Je suis toujours surpris de voir à quel point les Partis Politiques dits "ouvriers" sont avides de se méler des organisations syndicales...S'il vous plait, gérez vos magouilles politiciennes et laissez aux travailleurs eux-même le soin de s'organiser !
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D

Cher travailleur syndiqué, je suis moi-même un travailleur syndiqué et je ne sépare pas combat politique et combat syndical.
Je me bats dans mon syndicat pour défendre les droits des travailleurs et conquérir de nouveaux droits, je me bats dans mon parti pour défendre les droits des travailleurs et conquérir de nouveaux
droits.

Je ne vois pas ce qu'il y a de surprenant pour un syndiqué à exprimer ses préférences soit pour un syndicalisme plus offensif, ou a contrario, pour un syndicalisme modéré (vous aurez compris que ce
n'est pas exactement ce que j'appelle de mes voeux)...


C
Cet accord va dans le mauvais sens. Certes, il faut faire bouger le syndicalisme, et faire bouger les règles.Mais il faut favoriser la démocratie syndicale : reconnaître les "petits" syndicats, démocratiser les gros. Ce qu'il faudrait surtout c'est un syndicalisme de militants, des syndicats vraiment dirigés par les adhérents. A partir de là, une fusion CGT-FSU-FO-Solidaires en un grand syndicat des travailleurs serait possible.
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