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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Le Parti Communiste entre dans une phase de préparation de son congrès. Dans chaque section, les adhérents débattront dès la rentrée sur la base commune de discussion présentée par la direction et les différents textes alternatifs présentés par les oppositions. La Conférence Fédérale se déroulera les 29 et 30 novembre, à Divion. Le 34ème Congrès se déroulera du 11 au 14 décembre à La Défense.
Après les textes d'André Gérin et de La Riposte, nous publions sur notre blog un projet de texte alternatif de la Gauche Communiste. Les adhérents à jour de cotisation qui le souhaitent peuvent le signer.


La crise générale du capitalisme au moment de sa mondialisation engendre de plus en plus de barbaries. Des situations à caractère révolutionnaires éclatent de par le monde, mais ce ne peut être qu'à partir d'un pays très développé que le changement de société débutera, puis pourra s'étendre par delà les frontières. Nous vivons une situation exceptionnelle qui nécessite de garder et développer un parti communiste en France, afin de donner toutes ses chances au communisme.

C'est la raison pour laquelle nous te soumettons le texte « Un vrai parti communiste, plus nécessaire que jamais ! », qui nous permettra d'être présents ensemble dans l'affrontement d'orientation qui aura lieu lors du 34e congrès du PCF, en décembre prochain. Les premiers débats montrent que certains optent pour la disparition du PCF, d'autres maintiennent le nom mais en le vidant de sa substance, en faisant à une coquille vide. A l'opposé, nous voulons un PCF qui se développe sur les bases d'un marxisme vivant, ce qui est le contraire à un retour en arrière que certains nous prêtent.

Nous répondons dans ce texte aux trois questions posées au congrès : la mondialisation, le parti communiste et le rassemblement en faisant des propositions adaptées à notre époque.

Nous souhaitons que l'ensemble de la gauche du parti se rassemble sur la base d'un texte clair d'orientation communiste. Nous ferons tout pour y arriver. Si l'unité ne pouvait se réaliser, ce qui serait évidemment dommage, nous porterons le texte que nous te soumettons aujourd'hui jusqu'au congrès, car si la gauche était absente au congrès en décembre, ce serait une catastrophe.

Cela nécessite l'appui d'un maximum de communistes. Aussi, nous te proposons d'apporter ton soutien à cette démarche, en remplissant le formulaire ci-dessous et en nous le renvoyant le plus rapidement possible. Il ne s'agit pas d'être d'accord sur l'ensemble du texte mais de partager la démarche que nous initions. Nous nous engageons à ne prendre aucune décision concernant le texte et son éventuelle réécriture sans avoir consulté les signataires. Nous te tiendrons bien sûr informé des évolutions de la situation.

Nous nous adressons à tous les communistes de France. Toutes les signatures seront publiées, mais pour pouvoir présenter un texte alternatif, seules celles des adhérents du PCF seront prises en compte par la direction du PCF. Nous ambitionnons de rassembler plusieurs centaines de signatures, dont une grande majorité de membres du PCF dans de nombreuses fédérations, conformément aux statuts du PCF.

Si cette démarche est initiée par la Gauche communiste du PCF, nous souhaitons qu'elle devienne le bien commun du plus grand nombre de communistes. Il ne s'agit pas de défendre une chapelle, mais de donner aux communistes un moyen d'expression lors du congrès.

Nous espérons pouvoir compter sur ton soutien. Reçois, cher(e) camarade, nos salutations communistes

Caroline ANDREANI, Patricia LATOUR, Jean Jacques KARMAN, membres du Conseil National


La mondialisation, une réalité en évolution


Nous sommes à un degré de crise du capitalisme au niveau mondial qui ne peut pas trouver de solution par des réformes. Cette crise est de plus en plus insupportable pour les peuples comme en témoignent les émeutes de la faim un peu partout dans le monde, émeutes qui ne sont pas liées à une crise de production, mais à la spéculation qui a gonfler artificiellement les prix des manières premières, et notamment des produits alimentaires. Le capitalisme cherche actuellement à surmonter cette crise, quitte à s’enfoncer plus encore.

Après la chute de l’Union soviétique et des pays d’Europe de l’Est, les Etats-Unis ont cherché à s’imposer comme la seule et unique force au monde.

L’impérialisme américain a alors déclenché une série de guerres : première guerre d’Irak, agression de l’OTAN contre la Yougoslavie pour aboutir à son démantèlement, guerre d’Afghanistan justifiée par les attentats du 11 Septembre au nom de la « lutte contre le terrorisme », deuxième guerre d’Irak. Expression de leur toute puissance militaire et politique, ces guerres avaient également pour objectif de relancer l’activité économique des principales firmes militaires américaines. Elles ont permis au lobby militaro-industriel de réaliser des profits importants.

Cependant, ces guerres à répétition n’ont pas permis de maintenir le leadership économique des Etats-Unis. En effet, si les Etats-Unis restent la première puissance militaire mondiale – malgré leur enlisement en Irak et en Afghanistan – l’économie américaine est en grande difficulté. Les Etats-Unis sont le pays le plus endetté au monde. C’est le système financier international qui finance le déficit américain, pour empêcher un effondrement général. L’industrie américaine est en crise depuis une vingtaine d’années : le pays se désindustrialise grâce à la politique de délocalisation systématique menée par les grandes entreprises américaines dans tous les domaines d’activité (automobile, textile, agroalimentaire, informatique, etc.), plongeant dans la misère d’une fraction importante de la classe ouvrière américaine. Le système financier est gravement ébranlé par des crises boursières à répétition (crise asiatique des années 90, crise de la bulle internet, …) La dernière crise en date, celle des "subprimes", contribue à fragiliser plus encore le système bancaire américain. Au delà, c’est le système bancaire mondial qui est touché, comme en témoignent les résultats rendus publics par plusieurs grandes banques d’affaires internationales, notamment en Europe.

Deuxième élément de réflexion, l’émergence de la Chine sur la scène économique internationale. Contrairement aux pays de l’Est, dont le dépeçage a permis au système capitaliste de bénéficier d’une goulée d’oxygène dans les années 90, l’émergence de la Chine comme acteur économique ne se fait pas au profit de l’impérialisme occidental. Au contraire, la Chine s’impose de plus en plus comme un concurrent sur la scène internationale. Non seulement « l’ouverture » de la Chine est grandement contrôlée par le gouvernement chinois qui ne laisse pas les firmes internationales s’installer comme elles le veulent, mais la Chine s’impose comme un partenaire des pays émergents partout dans le monde – Asie, Afrique notamment –, partenaire qui concurrence les puissances impérialistes traditionnelles que sont l’Europe, les Etats-Unis et le Japon. La Chine développe une politique d’échanges visant à lui assurer un approvisionnement sûr en matières premières et en énergie, contre une aide au développement. On a beaucoup glosé sur la Chine comme atelier du monde, mais il faut appréhender le développement de la Chine dans toutes ses dimensions. Aujourd’hui, ce pays d’un milliard trois cent mille individus est en passe de devenir la première puissance économique mondiale. Cela ne se fait pas sans contradictions : d’une part, on assiste à la restauration du capitalisme en Chine, avec l’émergence d’une bourgeoisie nationale qui exploite le peuple de manière effrénée. D’autre part, la Chine joue indéniablement un rôle de frein au développement de l’impérialisme américain.

L’Europe occidentale a construit ces dernière décennies l’Union européenne. Conçue dans un premier temps comme un rempart à l’Union soviétique, elle est devenue dans un deuxième temps outil de domination capitaliste contre les peuples. Par ailleurs, elle poursuit son rôle de rempart face à l’est : la Russie de Poutine, redevenue un acteur économique et diplomatique après la période Eltsine, étant le nouvel ennemi à abattre. Sans comparer le redressement de la Russie à l’émergence de la Chine, il faut bien mesurer que la Russie, même amoindrie d’une fraction de son territoire, même appauvrie après le pillage de ses ressources, redevient un acteur de premier plan en Europe. La dernière tentative en date de l’administration Bush d’installer des bases anti-missiles contre la Russie ne laisse pas de doute là-dessus. L’Union européenne, compte tenu de son implication dans le système financier international, n’échappera pas à une crise de grande ampleur en cas d’effondrement du système.

Concernant l’Amérique Latine, la situation est extrêmement intéressante. Après avoir été l’arrière-cour des Etats-Unis, les pays d’Amérique Latine ont basculé dans leur majorité à gauche. La résistance de Cuba, depuis bientôt 40 ans, dans un environnement régional et mondial hostile, a maintenu un espoir dans cette région du monde. S’il existe aujourd’hui des expériences progressistes comme le Venezuela, c’est grâce à l’expérience cubaine. Les deux situations les plus intéressantes, celle de Chavez au Venezuela, celle de Evo Morales en Bolivie, créent un véritable espoir dans le monde. Elles montrent, si besoin en est, que la seule manière d’obtenir des avancées sociales, politiques et économiques véritables, reste l’instauration d’un rapport de forces contre les bourgeoisies nationales. L’intelligence des nouveaux dirigeants sud-américains est d’avoir compris qu’il fallait étendre la résistance économique et politique au delà du cadre national : la création de l’ALBA est une étape importante dans la construction de cette résistance.

L’Afrique, enfin, est le terrain privilégié de l’impérialisme. A l’exception de l’Afrique du Sud, et des pays du Maghreb, l’Afrique s’enfonce dans la déstructuration de ses Etats, le pillage de ses matières premières au profit de multinationales, l’arrêt de tout développement économique. Les différentes puissances impérialistes s’y affrontent, au détriment des peuples qui vivent sous domination. Dans le meilleur des cas, cette domination se traduit par un étranglement économique. Mais dans beaucoup de pays, elle se conclut par des affrontements militaires, sous couvert de « conflits ethniques », pour capter les richesses et par le démantèlement des Etats (comme au Soudan, en Somalie, au Congo démocratique, etc.)

Nous sommes dans une conjoncture au niveau international qui n’est pas sans rappeler la veille du premier conflit mondial :

- crise économique généralisée, aggravée par l’augmentation du coût des matières premières et de l’énergie

- crise financière encore maîtrisée mais qui pourrait échapper à tout contrôle si les Etats-Unis ne parviennent pas à endiguer la crise des « subprimes » qui a déjà causé la faillite de plusieurs banques américaines

- crise de subsistance au niveau mondial

- crise de surproduction des biens de consommation high-tech qui ne trouveront plus preneur compte tenu de la crise économique qui touche de plein fouet les peuples des pays riches.

La perspective d’un crash financier de grande ampleur du type de 1929 n’est pas écarter, au contraire. Comment le système capitaliste pourra-t-il s’en sortir autrement qu’en provoquant, comme en 1914, un chaos mondial ?

Dans ces circonstances, il est d’autant plus urgent de reconstruire des outils politiques internationaux solides. Une 5e Internationale, comme le propose la Gauche communiste depuis sa création, n’a rien d’illusoire. Au contraire, les partis communistes et les partis progressistes à travers le monde auraient tout intérêt à reconstruire très vite un outil de résistance au capitalisme. Car c’est bien dans les périodes de crises graves qu’il faut être en capacité de proposer des solutions révolutionnaires.

La situation nationale et le contexte du 34e congrès

En mai 2007, les Français ont élu à la tête de l’Etat Nicolas Sarkozy, président du principal parti de droite en France. Dans la lignée de son prédécesseur Jacques Chirac, en accord avec les politiques dictées par l’Union Européenne, et pour satisfaire les desiderata du grand patronat incarné par le Médef, le régime s’attaque à tous les acquis sociaux : droit du travail, durée du temps de travail, sécurité sociale, retraites par répartition, fonction publique, … tout en s’en prenant aux dernières grandes entreprises publiques : SNCF (avec la libéralisation du fret), GDF (avec la fusion avec Suez), etc. Dans le même temps, il donne des gages à l’élite du pays avec une mesure très symbolique, le fameux « bouclier fiscal ».

Si le gouvernement a reculé sur certaines mesures trop impopulaires (par exemple la suppression de la carte famille nombreuse), il entend mener à bien ce pourquoi il a été élu : aligner la France sur le « moins disant » social prôné par l’Union européenne. La colère populaire est réelle, mais faute d’organisation politique proposant des perspectives crédibles, faute d’un mouvement syndical en capacité à organiser le mécontentement, les salariés ne trouvent pour le moment pas de débouchés constructifs à cette colère.

Or, la situation ne peut pas aller en s’améliorant. Les coups de boutoir d’un Sarkozy et d’un Fillon ont pour objectif de détruire, sans retour en arrière possible, tout ce qui peut constituer un frein au capitalisme. Même si le gouvernement adoptait une attitude moins provocatrice, la ligne politique générale ne changerait pas.

Il y a donc un boulevard pour les partis politiques opposés au capitalisme. D’autant que le Parti socialiste ne peut pas constituer une alternative crédible puisqu’il partage les vues politiques de l’UMP sur les questions majeures.

Le Parti, quels enjeux ?

Les dernières élections municipales et cantonales ont confirmé, que, malgré son affaiblissement, le Parti communiste existe et reste inscrit dans la vie politique nationale. Mais à quoi sert-il ? Dans quelle mesure peut-il influer sur la situation ? La véritable question posée aux communistes à l’occasion de leur congrès est : comment faire pour que le parti communiste retrouve pleinement son utilité et son efficacité ? Cela suppose plusieurs conditions :

1 – Il faut que le parti communiste se réimplante dans le monde du travail, qu’il redevienne le parti qui exprime les intérêts de la classe ouvrière, des salariés dans leur diversité, du peuple dans son ensemble ; par opposition à la petite minorité liée aux capital financier.

Pour cela le parti communiste doit non seulement soutenir les luttes, mais il doit se réorganiser dans les entreprises, dans les quartiers populaires, recréer des organisations du type cellules et promouvoir des militants représentatifs du monde du travail.

2 – Le parti communiste ne peut pas se contenter d’être une sorte de syndicat bis. Il doit jouer un rôle politique afin de contribuer à rouvrir une perspective. Aujourd’hui, la situation politique française est bloquée du fait de l’hégémonie d’un Parti socialiste incapable de changer les choses, suite à son ralliement à la mondialisation capitaliste et même à l’impérialisme, et d’un parti communiste qui ne joue plus son rôle. Sans renoncer au dialogue et, quand cela s’avère possible à des actions communes avec les socialistes, les communistes doivent travailler, sans pour autant perdre leur autonomie, à un rassemblement de la vraie gauche, (avec la gauche du PS, certains écologistes, des syndicalistes, des mouvements sociaux, l’extrême gauche…) pour former une Convergence anti-capitaliste capable d’affirmer une vraie alternative à gauche.

3 – Nous avons besoin d’un parti qui renoue simultanément avec la défense de l’indépendance nationale, condition indispensable de la souveraineté populaire, et avec l’internationalisme et l’anti-impérialisme.
A l’approche des prochaines échéances européennes, nous devons clairement nous prononcer pour la sortie de la France de l’Union européenne, pour une Europe des peuples souverains, pour l’indépendance nationale et la coopération internationale.
Face à un impérialisme en crise, qui enfonce le monde dans le chaos et la guerre, nous devons œuvrer à ce que ce se reforme une espérance des peuples. Dans cet esprit, les communistes prendraient une initiative de portée historique si, à l’occasion de leur congrès, il se prononçaient pour la création de la Vème Internationale, progressiste et révolutionnaire, dont l’idée commence à s’affirmer de divers côtés, et qui paraît indispensable pour dépasser les limites actuelles de l’alter-mondialisme.

Pour jouer ce rôle, le parti communiste doit renouer avec un grand effort d’information et de formation de ses adhérents. Formation théorique, en renouant avec le marxisme, dans la diversité et la vitalité qui est aujourd’hui la sienne, et formation historique, faute de quoi, les communistes eux-mêmes se soumettent trop souvent à l’idéologie dominante qui aboutit à la criminalisation de toute l’histoire révolutionnaire et donc à sa condamnation.

Il doit aussi faire évoluer son fonctionnement interne. Reconnaître à tous les niveaux (dans sa vie quotidienne, ses instances de direction, sa presse) le pluralisme communiste, l’existence de fait de points de vue et de tendances différentes, et qui peuvent se transformer. Le corollaire obligé de ce pluralisme étant la recherche permanente de l’unité, dans la discussion, l’action et la fraternité.

Nous avons besoin d’une transformation du parti communiste, d’une reconstruction marxiste. Il nous faut à la fois reprendre et poursuivre l’héritage du PCF, mais aussi faire du neuf pour rompre avec les défauts hérités de son histoire.

C’est pourquoi la Gauche communiste se prononce pour que le PCF se transforme en un Parti des Communistes de France.

Un Parti des communistes de France, c’est un parti qui cherche à unir les travailleurs français et immigrés, avec ou sans papiers.

Un Parti des communistes de France, c’est un parti qui cherche à rassembler les communistes dans leur diversité, ceux du PCF et ceux qui sont en dehors du PCF, soit parce qu’ils l’ont quitté soit parce qu’ils n’y ont jamais été mais qui sont communistes de cœur et de pensée.

Un Parti des communistes de France, c’est un parti qui ne renonce pas à œuvrer au rassemblement du mouvement communiste, par-delà les divisions héritées de l’histoire, en France et dans le monde.

C’est le parti dont nous avons besoin. En lançant un appel dans ce sens lors de notre Congrès nous donnerions un signal clair de notre volonté de rester pleinement communistes, et en même temps de nous rénover pour répondre aux exigences de la période dans laquelle nous vivons.

Les alliances

La nature du capitalisme n’est pas réformable. Il produit lui-même le recul de la civilisation, un monde dominé par les multinationales qui pillent le vivant et les matières premières, exploitent sans frein les peuples, organisent sciemment les guerres au profit d’une minuscule élite qui accumule le capital.

Il n’existe qu’une alternative pour combattre ses effets désastreux : l’enclenchement d’un processus révolutionnaire ouvrant la voie au communisme, avançant résolument vers une transformation radicale de la société. Pour cela il n’y a pas d’autre solution que le renversement du capital dominant par le peuple, pas d’autre solution que la révolution.

Si nous avons besoin en France d’un vrai parti communiste, révolutionnaire et ouvert, capable de construire la perspective à gauche, on ne peut espérer pour autant que le rassemblement se fasse autour de lui uniquement. Aussi la question des alliances reste posée.

Aujourd’hui, la direction du PCF a tendance à repousser cette question, mais dans les faits, elle n’envisage d’alliance possible qu’avec le Parti socialiste. Même si elle avance timidement une critique de ce que fut l’union de la gauche, on le voit bien dans les derniers scrutins électoraux, les positions prises par rapport au PS, ne vont pas très loin. On ménage, comme on dit, « la chèvre et le chou » sans aller franchement au bout. Cela a d’ailleurs amené la direction à ne pas condamner les alliances avec le Modem puisqu’il apparaît comme une force d’appoint des socialistes. Depuis les municipales, les dirigeants tentent de faire entendre que « la gauche » a gagné ces élections. La gauche ? Mais quelle gauche ? Et pour quoi faire ?

Le PCF a aujourd’hui perdu ses repères. En cédant au discours dominant, notamment sur l’expérience du socialisme au cours du XXe siècle, en sonnant les mêmes sirènes humanitaristes que les autres, il a contribué à discréditer toute idée révolutionnaire. Il contribue lui-même à sa propre disparition. Le peuple n’a pourtant rien à gagner à la disparition du PCF, ni d’un journal vraiment communiste. Aussi ne s’agit-il pas pour nous de « tirer sur l’ambulance », mais d’être une force de propositions au sein du PCF pour que ce parti dont l’histoire est intimement liée à celle de la nation française redevienne une force révolutionnaire.

Le PCF doit retrouver ses repères marxistes, non pas pour en faire des dogmes, mais en l’ancrant dans le monde d’aujourd’hui. Il doit clairement s’affirmer comme le parti du monde du travail, de la classe ouvrière dans sa diversité. Il doit reprendre la discussion et la réflexion sur le socialisme. Au moment où l’idée de socialisme réapparaît en Amérique latine et où, dans plusieurs pays de ce continent, des forces rassemblées résistent à l’impérialisme Us, il serait dommageable que les communistes français soient dans l’incapacité de relever le défi de la construction d’une autre société chez eux.

Face à la droite, il faut être prêt à lutter, sans sectarisme aucun (et les municipales dans un certain nombre d’endroits montrent que les possibilités existent même si cela reste encore embryonnaire), non seulement avec les autres forces de gauche, avec les socialistes aussi, mais au-delà avec tous les démocrates et tous les républicains attachés au progrès, à la justice, aux libertés.

Même confusément, de plus en plus de personnes mesurent les effets néfastes du capitalisme. Mais il n’existe aucune alternative réelle à laquelle ils puissent se raccrocher, aucune force politique qui les rassemble vraiment. La réforme du capitalisme n’est pas une solution. Modérer les appétits de quelques multinationales n’a jamais remis en cause l’exploitation de l’homme par l’homme.

La stratégie des communistes doit être claire : travailler à un rassemblement populaire pour de vrais changements démocratiques qui s’en prennent effectivement au grand capital et à la tutelle de l’Europe du capital, sans volonté d’hégémonie et sans renoncer à être de vrais communistes.

On ne peut sans doute pas, dans l’immédiat, rassembler une majorité sur la perspective du socialisme (perspective sur laquelle doit continuer à se battre le PCF), mais on peut rassembler sur un programme radical de démocratisation économique, politique et sociale, mettant au centre la question de la souveraineté populaire. L’idée fédératrice pourrait être celle d’une République sociale et démocratique.

Les collectifs anti-libéraux ont tenté un rassemblement auquel les communistes ont largement participé et où ils ont tout aussi largement contribué à leur échec. Certes, la charte adoptée n’était pas toujours très claire, sans doute la forme prise par des assemblées où on discutait beaucoup et menait peu d’actions concrètes ne permettait pas toujours la clarification, enfin le débat en vase presque clos a favorisé la coupure avec la masse du peuple. Ces éléments ont contribué à cet échec. Mais l’attitude hégémonique du Pcf et, paradoxalement, sa quasi absence comme force de propositions, l’absence de la Ligue communiste révolutionnaire comme d’autres forces de la gauche n’ont pas permis de mettre en avant une force alternative de gauche crédible. C’est en fin de course, le Ps, seul, qui a raflé la mise. Non pas que sa stratégie semble plus claire, mais il apparaissait comme le seul à s’opposer à Sarkozy. Et à défaut de grives…

Rechercher une union au sommet, pour avoir des élus à tout prix, relève de l’autodestruction pure et simple. Le PS n’est pas la seule organisation à gauche. Tous les gens de gauche ne sont pas encartés quelque part. L’union doit se reconstruire en bas avec tous ceux qui ne supportent plus les effets dévastateurs du capitalisme. Avec des socialistes aussi, mais pas uniquement. Combien d’électeurs communistes sont aujourd’hui dans la nature ? Jusqu’à quand allons-nous les laisser tomber, les envoyer voter pour un Parti socialiste qui n’a de socialiste que le nom, même si certains de ses militants y croient encore ?

Les uns et les autres (notamment, la LCR ou le Parti des travailleurs) proposent tous un rassemblement autour d’eux-mêmes. Cela risque bien de ne pas déboucher sur grand-chose. Des camarades proposent de faire la même chose avec le PCF. On peut toujours s’illusionner sur le grand PCF. Nous ne sommes ni en 1936, ni en 1968, ni même dans les années 70.

Le PCF doit prendre toute sa place dans tout ce qui se construit allant dans le sens d’une véritable convergence anti-capitaliste, sans faire la fine bouche, mais en participant avec ses propres convictions, ses propres initiatives, en redevenant une véritable force de propositions anticapitaliste. Le Parti ne peut pas se concevoir sans un lien dialectique avec le mouvement unitaire.
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E
Kamann est bien gentil mais je crois bien qu'à Aubervilliers il est allé au "casse-croûte" pour sauver son poste de conseiller général. C'est son droit mais il faut le savoir. Pour moi les objectifs fondamentaux d'un parti communiste c'est : 1/ La propriété collective des grands moyens de production et d'échange 2/ le pouvoir au peuple travailleur. Le PCF est aujourd'hui loin , très loin de ces objectifs. En "mutant" il est devenu une sorte d'aile gauche du PS. Après tout c'est aussi le droit le plus strict de ces principaux dirigeants de changer d'avis et de cap. Ce qui est plus contestable c'est leur attitude : jouer sur l'ambiguité avec le poids du mot : "communiste". Qu'ils aillent au PS au sein de la tendance Mélenchon et qu'ils laissent ceux qui restent communiste reconstruire le parti du monde du travail. Comme cela les choses seraient claires. Salut et fraternité EL DIABLO
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M
"un vrai parti communiste", Ah ! Bon !En bonne logique, ça signifie que celui de maintenant ...J'me disais aussi.Trève de plaisanterie. "Rechercher une union au sommet, pour avoir des élus à tout prix, relève de l’autodestruction pure et simple. "  On est bien d'accord. Dommage qu'il ait fallu attendre si longtemps pour que certains s'en rendent compte, mais comme on dit : "il n'est jamais trop tard pour bien faire".Peut-être bien qu'un jour, les mêmes "certains" (et d'autres) finiront pas comprendre que la nécessaire lutte visant à détruire le système capitaliste doit aussi s'accompagner de la non moins nécessaire promotion d'une démocratie sociale visant à renverser (dans le même temps), le modèle étatique de l'ancien monde pour le remplacer par un autre fondé sur le "contrôle ouvrier".Peut-être bien.Un jour.Cordialement
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E
Je suis peut-être un peu hors sujet (quoi que) mais je ne vois pas d’appel au soutien des grévistes de Good Year d’Amiens sur le net et çà ne contrarie...EL DIABLO
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D

François Ruffin leur consacre un article sur le site de Fakir. Je vous mets le lien :

http://www.fakirpresse.info/frontoffice/main.php?rub=article.php&id=303