
Le mardi 8 juillet, sur les ondes de
RTL,
Claude
Askolovitch, journaliste du
Nouvel Observateur dénonçait «
un article antisémite dans un journal qui ne l’est pas ». Claude Askolovitch faisait allusion à une chronique de
Siné dans
Charlie Hebdo dont nous reproduisons le texte ici :
«
Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le
Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée,
juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »
Effrayé par la perspective d’un procès pour antisémitisme,
Philippe Val, directeur de publication, a enjoint à Siné de signer une lettre d’excuses dans
Charlie Hebdo, ce que le
caricaturiste a refusé de faire.
«
Val voulait des excuses auprès de Jean Sarkozy et de la famille Darty. Je lui ai demandé s'il ne se foutait pas de ma gueule. Je préfère me couper les roubignolles », a déclaré Siné,
qui collabore à
Charlie Hebdo depuis la relance du titre en 1992 après avoir participé à l'ancienne formule aux côtés de
Cavanna et du
Professeur Choron.
Résultat, la direction de Charlie a suspendu sa collaboration avec Siné, comme elle l'annonce dans l'édition du 16 juillet.
Où est l’antisémitisme dans le texte de Siné ? Il y dénonce seulement, avec le ton fleuri qui est sa marque de fabrique, l’opportunisme du fils du président de la République.
En réalité, il semble bien que Siné paie ses critiques contre Philippe Val à la suite d'un éditorial dans lequel le directeur de publication de Charlie attaquait
Denis Robert. Dans le
numéro du 25 juin, Philippe Val avait en effet signé un édito qui a déclenché la crise actuelle. Sous le titre "
L'avocat de Clearstream se nourrit aux OGM", Val y publiait une fiction
humoristique tournant en dérision les enquêtes de Denis Robert sur la chambre de compensation luxembourgeoise. Le journaliste, qui venait de renoncer à se défendre publiquement dans cette affaire
(ce que ne mentionnait pas Val), y était dépeint comme paranoïaque. Avec des arguments - Robert "a perdu ses procès" ; les erreurs de son enquête en font une enquête erronée - très proches de
ceux de Clearstream, dont l'avocat, Me
Richard Malka, est aussi celui de
Charlie Hebdo.
L'édito se concluait sur une attaque contre la journaliste de
Télérama Weronika Zarachowicz, coupable d'avoir écrit un article où elle rendait hommage au travail de Robert, sans
préciser qu'elle avait cosigné avec lui un entretien avec
Noam Chomsky, que Val fustigeait aussi, en passant. Il associait l'article de Zarachowicz, qui se terminait par un rappel des deux
clientèles de Me Malka, aux
Protocoles des Sages de Sion, un faux document antisémite du XIXe siècle utilisé depuis par l'extrême droite.
L'éditorial de Val a suscité une fronde en interne, avec menace de démission de plusieurs journalistes, finalement non suivie d'effet. Siné était en pointe de la contestation et Philippe Val le
lui a fait payer.

Lecteur de
Charlie Hebdo depuis plus de 10 ans, je ne
reconnais plus le journal satirique radical, écolo et altermondialiste qui m'a fait découvrir ATTAC et que je lisais chaque mercredi avec bonheur. Bien sûr, il y a encore
Cavanna, son
humour et sa sensibilité, il y a encore les dessins de
Charb, mais
Charlie Hebdo me fait de moins en moins rire.
Philippe Val a soutenu la guerre au Kosovo, s'est séparé d'
Olivier Cyran, parti fonder
CQFD, s'est brouillé avec
Serge Halimi, a soutenu le Oui au Traité Constitutionnel
Européen aux côtés de
Daniel Cohn-Bendit... Val a recruté
Fiammetta Venner et
Caroline Fourest, poussant
Philippe Corcuff à la démission. Le patron de
Charlie
Hebdo est parti en guerre contre l'islamo-gauchisme et ses complices, l'altermondialisme et la critique des médias taxée de complotisme et suspectée d'antisémitisme.
Pleins de fatuité, les éditoriaux de Philippe Val dans lesquels il cite à tout propos Spinoza et Montaigne ne font plus rire personne. Le directeur de publication de
Charlie Hebdo a pris
en otage le journal satirique et y déverse chaque mercredi des odes affligeantes à la "social-démocratie" et au réformisme.
Le procès infamant qui est fait à Siné est indigne d'un journal chargé d'histoire comme
Charlie Hebdo. Pilier du journal, le caricaturiste anarchiste n'avait peur de rien ni de
personne.
Siné, pendant la période coloniale, a été un vrai militant prenant de très gros risques : trafiquant de faux papiers, porteur de valises, organisateurs de rencontres, auteurs de textes et de
traits pointus comme des couteaux. La moitié des dessins qui traduisent la vérité de Mai 68 sont signés Siné. Et c’est ce militant historique de l’antiracisme que Philippe Val ose accuser
d’antisémitisme !
En quelques jours, une pétition de soutien à Siné a recueilli 2000 signatures. D'autres
pétitions ont été lancées et remportent le même succès.
Guy Bedos et
Gisèle Halimi ont envoyé des messages de soutien à Siné. Pour les lecteurs de Charlie, le renvoi de Siné ne passe pas.
En attendant,
Le Plan B,
CQFD et d'autres ont repris l'héritage de l'humour sardonique que
Charlie Hebdo, sous la conduite de Val, abandonne chaque semaine un peu
plus.
Alexandre Adler, qui a pris la défense de Philippe Val sur
France Inter ne peut-il pas glisser un mot à
Etienne Mougeotte pour recruter Philippe Val au
Figaro ? Sa
haine de l'altermondialisme et de l'extrême gauche seraient sans aucun doute appréciées... et les lecteurs de Charlie débarrassés ! Rendez-nous Siné ! Libérez
Charlie Hebdo !
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