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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Le Parti Communiste entre dans une phase de préparation de son congrès. Dans chaque section, les adhérents débattront dès la rentrée sur la base commune de discussion présentée par la direction et les différents textes alternatifs présentés par les oppositions. La Conférence Fédérale se déroulera les 29 et 30 novembre, à Divion. Le 34ème Congrès se déroulera du 11 au 14 décembre à La Défense.
Après les textes d'André Gérin, de La Riposte et de la Gauche Communiste, nous publions sur notre blog la contribution de Roger Martelli.


 I. Que s’agit-il de décider en décembre ?


L’idéal aurait été de faire un choix simple et durable, valable pour une longue période. Voilà des années que des options s’expriment à l’intérieur du PCF. De n’avoir su choisir clairement entre elles a pénalisé l’action communiste et contribué à l’engluement de la gauche d’alternative. Ne pas en rester à cette situation d’incertitude et de paralysie est une nécessité. Il est toutefois impossible de passer par-dessus quelques constats hélas bien simples.

- D’une part, si les options existent, on a refusé et l’on refuse encore de les formaliser et de les laisser s’exprimer directement, au nom de la stigmatisation des tendances.
- D’autre part, la situation politique s’est dégradée considérablement à gauche, après l’échec de la candidature antilibérale et les résultats de l’élection présidentielle.
- J’ajoute que, depuis bien longtemps, nous avons suivi des orientations stratégiques différentes, sans les avoir pensées et sans les avoir maîtrisées collectivement. Sans compter que, plus d’une fois, nous avons changé en jurant nos grands dieux que nous poursuivions les décisions prises au congrès précédent… Que s’agit-il donc d’évaluer : la stratégie elle-même ? les conditions de son élaboration ? celles de sa mise en œuvre ? Difficile de procéder en peu de temps à une évaluation de long terme qui n’a jamais été même commencée sérieusement.

Faute de débat honnête et approfondi, et faute d’expérimentation cohérente, les conditions d’un choix communiste pleinement maîtrisé ne sont pas réunies aujourd’hui. De fait, aucune « option » sur l’avenir du PCF n’est en état de recueillir une majorité significative. Choisir à la hâte, après avoir si longtemps différé le débat d’orientation stratégique, risque donc de conduire, quelle que soit l’option retenue, à un éclatement définitif du communisme politique.

La seule manière d’éviter cette impasse est de penser un calendrier en deux temps.

1. Jusqu’en décembre, les membres du PCF seraient invités à trancher entre deux grandes méthodes de travail. Soit ils estiment que la crise du communisme politique est une crise conjoncturelle et que la structuration actuelle de la gauche est globalement opérationnelle et, à partir de là, ils décident qu’il suffit de continuer l’expérience entamée en décembre 1920, en améliorant plus ou moins profondément l’outil que constitue le PCF. Soit ils considèrent que la crise actuelle est de nature structurelle et qu’elle affecte tout à la fois la forme prise par le communisme au XXe siècle et la gauche dans son ensemble et, à partir de là, ils décident d’engager le communisme politique dans une transformation radicale, qui implique une rupture avec l’existant du PCF. Soit ils décident de conserver le cadre existant et de le modifier sans toucher à ses mécanismes fondamentaux ; soit ils décident de reconsidérer la totalité de l’édifice, de faire le tri entre ce qui n’a plus de raison d’être et ce qui peut rester, et de réinsérer les acquis dans une forme nouvelle. Adaptation ou révolution à l’intérieur du parti pris communiste : tels devraient être les termes du choix de décembre. Il ne s’agit donc pas de trancher entre des « options », mais de choisir une grande orientation générale de travail.

2. Si la première méthode est retenue, il suffit de procéder aux ajustements à l’intérieur du cadre existant, autour d’une nouvelle direction. Si le second choix l’emporte, s’ouvre un processus qui, à partir de la volonté de rupture, se donne pour objectif de dégager, dans le laps de temps le plus court possible, les implications de l’engagement transformateur. On sait par exemple que, à ce jour, trois hypothèses sont d’ores et déjà formulées : un nouveau parti communiste, poursuivant sur d’autres bases le tête-à-tête du socialisme et du communisme ; une confédération à gauche, disputant au PS l’hégémonie et associant des partis séparés, dont un communiste ; une nouvelle force politique, à la « Die Linke », incluant en son sein une composante communiste. Ces hypothèses pourront évoluer au fur et à mesure du débat ; d’autres pourront encore apparaître par la suite. Pour décider en dernière instance, il faudra laisser suffisamment de temps pour les formuler et, si possible, pour expérimenter les implications politiques de tel ou tel choix, notamment à l’occasion des échéances électorales. J’ajoute que, si l’option transformatrice l’emporte, la mission de la direction est avant tout de gérer l’étape transitoire ouverte par le Congrès : dans ce cas, l’ouverture maximale et le respect de la pluralité des sensibilités et des options sont une condition sine qua non de sa composition et de son cahier des charges.

II. Des éléments de réponse

Je fais partie de ceux qui s’expriment sans ambigüité en faveur de l’option transformatrice : ce n’est pas d’une adaptation à l’intérieur du cadre existant que le communisme politique a besoin, mais d’une véritable révolution interne, qui le fasse passer d’une ère à une autre, d’une forme à une autre. Je considère que ce choix est celui qui permet d’intégrer à la construction collective le plus grand nombre de forces, dans le PCF actuel et au-delà de ses rangs. Je précise, pour que les choses soient claires, que, à mes yeux, à l’issue du processus transformateur le communisme devrait continuer à vivre, mais pas sous la forme de l’actuel « PCF ».

1. On entend dire, parfois, qu’il ne sert à rien d’évoquer la « matrice » fondatrice du PCF, que le parti actuel n’a plus rien à voir avec le stalinisme, avec l’URSS, voire avec la révolution d’Octobre. Pour une part, cette affirmation est vraie : les représentations, les méthodes et les cultures politiques ont changé. Mais il serait dangereux d’oublier aujourd’hui plusieurs choses :

- Le communisme politique, depuis 1848, a connu plusieurs formes différentes, à partir du même parti pris d’un anticapitalisme critique et révolutionnaire. Le PCF s’est enraciné dans une longue histoire française de la gauche et de la révolution, sa force a été de prolonger la tradition plébéienne et révolutionnaire que la Révolution française a portée au premier plan. Mais si le PCF n’est pas en ce sens une greffe artificielle, c’est le choix assumé du bolchevisme de forme russe puis soviétique qui l’a fait naître en 1920. Pendant plusieurs décennies, sous des formes différentes, la référence explicite à une certaine conception de la transformation sociale et de la révolution a nourri les idées politiques des communistes français et fondé leur conception même du parti. Dans l’acceptation extrême du stalinisme ou dans la distance avec lui, dans la défense inconditionnelle du modèle soviétique comme dans sa critique plus ou moins fondamentale, c’est l’acceptation politique et culturelle du « léninisme » qui fonde l’existence du PCF. Depuis la fin des années 1970, l’héritage « marxiste-léniniste » est théoriquement rejeté ; mais il n’a été remplacé par aucun système cohérent. Or, tant qu’un modèle ne se substitue pas à un autre, tant qu’une culture politique n’a pas pris consciemment la place d’une autre, les formes anciennes continuent de dominer, que cela soit voulu ou non. Il n’est pas nécessaire que les adhérents aient été baignés dans le « léninisme » pour que perdurent les mécanismes culturels qui l’ont accompagné. La conception de la supériorité intrinsèque du « Parti », l’intériorisation d’un fonctionnement vertical hiérarchique, la culture du noyau d’avant-garde peuvent vivre sans même « d’écoles » pour les cultiver et les transmettre.

- La nécessité de la rupture est d’autant plus nécessaire que l’histoire du communisme du XXe siècle n’a pas été seulement celle de la continuité des modèles anciens. Elle a été aussi celle des échecs de leur transformation interne. Des années vingt à la chute de l’URSS, et notamment après 1956, les tentatives n’ont pas manqué pour essayer de faire évoluer le modèle bolchevique initial : les premières intuitions (Trotsky, Boukharine, Gramsci…), l’antistalinisme khrouchtchévien, le printemps de Prague, l’eurocommunisme, la perestroïka de Gorbatchev sont autant d’impulsions courageuses qui se sont enlisées. Le communisme français a hélas longtemps récusé toute évolution, comme ce fut le cas en 1956, au moment du XXe Congrès du PC soviétique. Mais il a, par la suite, fait lui aussi le pari du mouvement : ce fut le cas autour de 1976, sous l’impulsion de Georges Marchais, puis avec la « mutation » de Robert Hue. Le problème est que ces tentatives à l’intérieur même du modèle originel ne sont pas allées jusqu’au bout de leur désir réformateur. Soit par précipitation de « sommet », soit par prudence extrême nourrie par la peur de brusquer « l’appareil », elles ont échoué et donné ainsi corps, peu à peu, à l’idée qu’il n’y avait plus qu’un choix binaire : continuer la forme historique du communisme inaugurée après 1917 (le choix de « l’orthodoxie »), ou abandonner le communisme lui-même pour rallier l’expérience social-démocrate (le choix du PC italien à l’orée des années 1990).

- À partir de là, le choix fondamental me paraît clair. Le parti pris du communisme politique est pertinent, dès lors qu’il ne sépare plus les deux termes de sa prolongation et de sa refondation. Mais ce parti pris suppose, comme ce fut le cas au début du XXe siècle, que les communistes décident explicitement d’entrer dans une nouvelle étape de leur histoire. À chaque période de l’histoire sociale correspond une conception de la transformation ; à chaque époque, une conception de la rupture sociale et de la révolution ; à chaque moment de la culture révolutionnaire, une conception de l’action politique et de l’organisation. En redoutant d’assumer les implications de la rupture, on crée, même sans le vouloir, les conditions de la continuation. Or, aujourd’hui comme entre 1917 et 1920, rester dans les cadres du système c’est accepter le dépérissement de l’idée. Rien n’est pire que de figer le communisme politique dans une de ses formes historiques ; rien n’est moins réaliste que de « continuer », fût-ce en rénovant la façade.

2. Cet effort de reconstruction est inséparable d’une réflexion sur le mouvement populaire tout entier et sur la gauche politique dans son ensemble.

- Pour ce qui concerne le mouvement populaire, la réflexion pourrait s’orienter dans deux directions. Dans l’immédiat, il convient de prendre la mesure d’une difficulté majeure : la lutte salariale continue (retraites, services publics, suppressions d’emplois) et la mobilisation contre tous les dénis de droit (expulsions, discriminations, mépris des « sans »…) ne faiblit pas. Mais l’une et l’autre peinent à déboucher sur des succès tangibles. Faute de perspective politique, le risque est donc grand d’une impasse : soit la radicalisation désespérée, soit la tentation du « un petit rien vaut mieux qu’un grand tu l’auras ». De façon plus large, le mouvement dit « social » est à la croisée des chemins. La tradition du « mouvement ouvrier » se poursuit mais a du mal à trouver de nouvelles formes ; les formes nouvelles de la critique sociale (dites souvent « sociétales ») sont vivaces mais sont tiraillées entre la radicalité démonstrative et la tentation des poches de « contre-pouvoir ». En bref, si les deux grandes branches de la critique de l’ordre dominant ne parviennent pas à converger structurellement, elles risquent de s’affaiblir et de laisser la main aux forces de l’adaptation au système. Mais pour que ces rencontres puissent s’opérer réellement, une médiation politique est nécessaire. À plusieurs reprises, à la fin du XIXe siècle, dans les années trente quarante du XXe siècle, dans les années soixante et soixante-dix, des formes de synthèse politique originales (socialisme jaurésien, front populaire, programme commun) ont permis de tisser des liens entre luttes sociales et action politique. Ce faisant, le mouvement populaire a pu accéder à de grandes représentations partagées de l’avenir social, qui ont permis aux catégories populaires de devenir des acteurs incontournables de la vie politique. C’est par l’entremise de ces grandes représentations que la « classe ouvrière » est devenue « mouvement ouvrier » et a été capable de peser sur l’évolution de la société tout entière. Nous sommes aujourd’hui dans une phase de complexité telle que la diversité de l’espace populaire peut fonctionner à la séparation et à l’éclatement, si ne se reconstituent pas de larges visions progressistes partagées de la société et de son devenir. Faute d’une expansion de ces visions, c’est l’adaptation aux normes dominantes, c’est la leçon libérale qui sera la seule capable d’accéder au statut d’évidence, de réalisme et de bon sens. Par là, la question sociale et l’avenir du mouvement populaire rencontrent la question des rassemblements proprement politiques.

Pour des centaines de milliers de personnes, l’objectif est de se sortir de l’insupportable ; pour un plus grand nombre encore, elle est de stabiliser et d’améliorer leurs conditions d’existence et de donner davantage de sens à leur vie. Plus que jamais, la question est de savoir si l’on peut parvenir à ses objectifs à l’intérieur du système existant, en s’accommodant de ses normes pour tenter de les infléchir vers plus de justice. Ou bien, pour aller vers plus de justice et d’égalité, faut-il s’attacher à contester sur le fond les normes existantes (et pas seulement leurs effets) et d’engager un processus de rupture-dépassement.

Pour donner du tonus au mouvement, on sait que la clé est dans la capacité à penser un projet de rupture crédible et d’assurer son expansion symbolique. Pour qu’un tel projet émerge et aspire à être majoritaire, il ne peut être celui d’une seule force qui convaincrait toutes les autres de la justesse de son point de vue. Pou s’imposer et devenir majoritaire, un projet doit être une œuvre collective, du début jusqu’à la fin. Et pour qu’il soit œuvre collective, il est nécessaire qu’existe une dynamique qui permette de l’idée (il faut travailler en commun) à sa réalisation pratique. Or l’état actuel de la gauche et son déséquilibre profond contredisent absolument une telle dynamique. Subvertir cet état, et notamment l’hégémonie de l’esprit d’adaptation au capitalisme, est un impératif pour qui veut redonner à l’esprit de rupture une place dominante dans l’espace social et politique.

- Pour ce qui concerne l’espace proprement politique, le problème majeur est donc celui de la double tenaille dans laquelle la vie politique française est en train de s’installer. D’un côté une tendance au bipartisme qui s’approfondit, que les récentes élections locales ont entériné, que les glissements institutionnels vont élargir encore. D’un autre côté, un espace à gauche qui est occupé, de façon obsédante, par deux options visibles et deux seulement : celle d’un parti socialiste installé dans une simple logique d’alternance et qui va se recentrer, d’une façon ou d’une autre, au travers de contradictions plus ou moins vives ; celle d’une extrême gauche qui, identifiant radicalité et refus, s’écarte de toute logique de rassemblement à gauche au nom de la « clarté ». Il a été dit récemment, au sein du noyau dirigeant du PCF, que la problématique de la double tenaille était une impasse, dans ce qu’elle obligerait les communistes à se déterminer par rapport aux autres. Curieuse critique ! Comme si l’action politique ne supposait pas de se déterminer, non pas par rapport à telle ou telle autre force, mais par rapport à la réalité du champ politique dans ses grandes lignes. Or la double tenaille évoquée ici n’est pas une lubie de l’esprit : elle est inscrite dans l’épaisseur des représentations, dans la trame des analyses politiques et dans la matérialité des résultats électoraux, en tout cas depuis 2007. Son ancrage dans la vie politique n’est pas une fatalité ; mais pour l’instant, elle est une réalité. Se demander comment éviter que la tenaille ne se referme durablement, comment faire en sorte qu’un effet de conjoncture (l’échec des convergences « antilibérales ») ne devienne pas une réalité structurelle : voilà une question cruciale pour le devenir du communisme politique. Car, entre le solo minoritaire dans la contestation et l’engluement majoritaire dans l’adaptation, il n’y a pas de place pour ce qui a été l’originalité politique principale du communisme français : le mariage de la radicalité critique et de l’implication créatrice dans la société et les institutions.

Et pour se sortir de la tenaille, la question première est : le PCF a-t-il les moyens, seuls ou en rassemblant autour de lui, de rompre le cercle vicieux de la dynamique politique actuelle ? À l’évidence, la réponse est non. Le PCF seul est voué à l’existence marginale, par l’épuisement de ses formules anciennes. L’ajout de forces et sensibilités annexes (la vieille méthode des « compagnons de route ») n’élargit qu’à la marge l’impact de la proposition communiste. La réponse en termes de « fronts » variables selon les champs d’action ne répond pas à l’exigence de construction dans la durée, lisible et pérenne : les alliances à la carte ne font pas une stratégie perceptible dans l’opinion.

- De ce point de vue, il ne suffit plus de dire aujourd’hui que l’essentiel est que le PCF prenne l’initiative d’une grande formule de rassemblement politique, comme il le fit naguère avec le Front populaire ou le programme commun. En ces temps-là, le PCF représentait l’essentiel du courant de contestation/dépassement du capitalisme dominant. Il était à la fois une force socialement enraciné, une expression politique de l’esprit d’espérance sociale et un fragment conséquent du courant plébéien révolutionnaire français. Il est aujourd’hui une force non négligeable, mais qui n’apparaît plus comme une force propulsive. Tout ce qui, peu ou prou, serait perçu comme un appel à rejoindre le PCF ou à se regrouper autour de lui, serait inutile ou même contre-productif. Le PCF peut appeler à tous les fronts populaires possibles, exprimer toutes les ambitions imaginables : il ne sera pas entendu s’il ne dit pas d’emblée et si ses actes ne le montrent pas prêt à s’engager dans tout ce qui contribue à faire converger les sensibilités d’alternative, jusqu’à ce qu’elle « fassent force politique ». Il ne peut pas, en tout cas, récuser les initiatives du type de celles lancées par Politis, au prétexte qu’elles iraient vers le rassemblement d’une « petite gauche » et, en même temps, clamer urbi et orbi qu’il faut réunir le comité de liaison de la gauche avec le PS. Ou alors, cela signifie qu’il entérine de fait le discours de la LCR qui explique qu’il n’y a que deux gauches, dont l’une accepte les pouvoirs et l’autre en refuse tout exercice.

- Dans ce contexte, les communistes ne devraient surtout pas, dans les conditions actuelles, donner l’impression qu’ils n’ont pas d’autre objectif que d’exister par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Le communisme politique n’a pas d’autre but que de permettre au peuple de maîtriser ses propres choix, d’en réussir la mise en œuvre et d’en exercer le contrôle. Il n’a pas d’autre ambition que de contribuer à des dynamiques majoritaires, dont la finalité n’est pas la reproduction de l’ordre existant, mais sa contestation concrète et la promotion continue d’autres manières de « faire société » que celles de l’exploitation et des dominations. En cela, le communisme est à la fois une ambition sociale et une méthode de subversion radicale, mais il n’est pas un projet séparé. Il y a une finalité communiste de l’action collective, des propositions communistes, une méthode communiste de la rupture sociale nécessaire. Mais le projet du dépassement du capitalisme ne peut pas être pensé comme la simple extension de la proposition des communistes en dehors de leurs rangs.

C’est au mouvement critique lui-même d’élaborer son projet, à partir d’une critique du capitalisme « réel » et au nom d’une conception alternative de la dynamique des sociétés contemporaines. Il existe d’ores et déjà des éléments pour un tel projet. Le PCF lui-même a toujours multiplié les propositions, de ses organisations ou de ses élus. D’autres forces y contribuent. Le mouvement social, syndical ou associatif, a ses propres analyses et ses prospectives. Dans les dernières années, les tentatives de convergence n’ont pas manqué de produire des éléments de programme, souvent étoffés (Charte antilibérale, Propositions pour une autre Europe, les 125 propositions élaborées à l’automne 2006 par les collectifs antilibéraux, avec le concours actif des militants et responsables communistes). Sans doute ces éléments, souvent présentés sous forme de catalogues, manquent-ils encore d’une hiérarchisation des exigences et des pistes transformatrices. Sans doute, ne dispose-t-on pas encore d’une vision articulée, reliant entre elles les propositions pour leur donner du sens. Sans doute est-on davantage devant des ébauches programmatiques que devant un véritable projet, incluant à la fois des objectifs et une méthode, des propositions et une batterie de moyens pour les réaliser.

Mais s’il y a du travail à accomplir et de la novation authentique à réussir, tout cela ne peut se faire qu’à partir d’une volonté et d’efforts partagés. Que les communistes valorisent leur patrimoine en le mettant au service du mouvement est une chose ; que leur démarche fonctionne comme un préalable ou un axe organisant de fait le travail commun en est une autre. Vouloir travailler par ses forces propres à l’œuvre commune est un impératif et la source potentielle d’une reconnaissance publique ; je suis même convaincu que le communisme reprendra des couleurs en montrant ses capacités à nourrir l’avancée collective. En revanche, penser ou laisser penser que la proposition communiste doit être par nature l’ossature d’un projet transformateur contribue à jouer contre son camp.

3. Pour cette raison, la recomposition à gauche et la relance d’un communisme politique sont deux faces inséparables d’une même question.

- Politiquement, la question la plus pertinente est celle de la reconstitution d’un pôle critique de gauche, à vocation majoritaire. Voilà des années que le PCF reste dans un espace cruellement indéterminé. Nous ne voulons pas d’une « petite gauche », a-t-on entendu dire des milliers de fois. En vertu de quoi nous sommes restés englués dans une grande gauche… de plus en plus écrasée par une social-démocratie elle-même de plus en plus affadie. Pensant que le PCF par lui-même, dans un rapport mythique avec « le peuple », « les catégories populaires » ou « les gens », était à lui seul capable de redresser le rapport des forces défavorables aux courants les plus à gauche, nous n’avons cessé de brocarder les « groupuscules » et les « personnalités-qui-ne représentent-qu’elles-mêmes-alors-que-nous représentons-des-milliers-d’adhérents »… Le résultat est hélas devant nous : un des ces « groupuscules » (la LCR) est passé devant nous dans les représentations courantes et les personnalités que nous avons copieusement méprisées nous font défaut. Il est grand temps de revenir à des considérations plus concrètes. L’objectif fondamental est de parvenir à des majorités d’alternative et non pas seulement d’alternance. Cela suppose d’affirmer la nécessité d’englober le PS dans les alliances à venir (l’objectif n’est pas de rassembler la « gauche de la gauche ») ; mais pour que le rapport des forces ne soit pas en faveur du « moins disant » et donc d’une gauche affadie, il faut que les forces les plus à gauche, les plus soucieuses de rupture et non d’adaptation, soient assez efficaces pour donner le ton à la gauche tout entière. Travailler à donner force propulsive à une gauche de gauche n’est pas en soi un objectif (l’objectif est le rassemblement de toute la gauche), mais une médiation nécessaire (sauf à penser que le PCF est en état à lui seul d’opérer cette médiation).

Ou bien des forces existent pour mener ce combat avec les communistes, ou bien les communistes doivent renoncer pour longtemps à peser sur le cours des choses à gauche. Or il existe des forces qui, à gauche, continuent de considérer que la gauche n’a pas de raison d’être si elle ne met pas l’égalité dans la liberté au cœur de ses combats, si elle ne conteste pas sur le fond la prétention de l’appropriation privée et de la concurrence à être les meilleurs opérateurs de mise en cohérence des sociétés. Ces forces sont multiples, allant de la gauche du Parti socialiste à l’extrême gauche, en passant par les communistes, les écologistes, les républicains. Elles sont diverses par leur pratique : certaines sont engagées dans l’action politique et sont d’ores et déjà constituées en partis ou quasi-partis ; d’autres s’investissent dans le champ syndical ou associatif ; certaines se réclament plus ou moins directement des traditions de la République ou du mouvement ouvrier, d’autres se nouent autour d’autres représentations, d’autres conceptions de la mise en commun et de l’action collective. Toutes rejettent le libéralisme extrême des néolibéraux et ne se reconnaissent pas dans la version affadie du socialisme qui s’est identifiée aux gestions sociaux-démocrates des trois dernières décennies, et notamment à leur variante « sociale-libérale » que le néotravaillisme anglais a popularisée.

L’expérience a montré que la dispersion de ces forces a été la principale source de l’attraction par défaut d’une social-démocratie recentrée. En 2005, la victoire du Non au projet de Traité constitutionnel européen avait laissé entendre que leur rassemblement contre la « concurrence libre et non faussée » pouvait modifier les équilibres fondamentaux de la gauche. En 2006-2007, l’impossibilité de les regrouper à l’élection présidentielle a provoqué au contraire la déception, puis la démobilisation de la totalité de l’espace critique. Si cette dispersion se prolonge demain, il n’y aura plus à gauche, comme cela a déjà été le cas au printemps de 2007, que le choix entre deux attitudes déséquilibrées : le désir de combattre une droite sarkozyenne dure nourrira, majoritairement à gauche, les réflexes de vote utile en faveur du PS, quoi que l’on pense de son recentrage ; la volonté minoritaire de sanctionner le PS nourrira un vote modeste d’extrême gauche, qui ne contredira pas sur le fond l’hégémonie social-démocrate sur la gauche française et européenne.

Le plus stratégique, dans la prochaine période, est de donner force politique commune à ces forces aujourd’hui dispersée. Malgré les déboires de 2006-2007, il ne manque pas de voix pour affirmer que la convergence d’une gauche soucieuse de rupture constructive est la seule option réaliste dans le paysage européen. Les exemples de l’Allemagne (Die Linke), de la Grèce ou du Portugal encouragent à explorer cette piste. Le récent appel lancé par l’hebdomadaire Politis va exactement dans cette direction. Il serait suicidaire pour les communistes qu’ils ne s’engagent pas sans réticence dans un tel mouvement. L’évolution du PS d’un côté, les succès réels mais limités de la LCR de l’autre ne s’expliquent que par défaut, parce qu’il n’existe pas d’alternative transformatrice à vocation majoritaire. Faute de cette alternative rassembleuse, il peut en effet sembler naturel de choisir entre le réalisme politique sans transformation sociale et l’affirmation critique sans la capacité majoritaire à imposer les transformations nécessaires.

Ni le recentrage socialiste, ni l’extrême gauche, entend-on dire parfois dans la direction du PCF. L’expérience a montré que le « ni ni » proclamé se traduit toujours, dans la pratique par un « tantôt tantôt » ou un « un peu un peu ». À ne vouloir ni de l’un ni de l’autre, on finit par osciller entre la mise sous coupe réglée des socialistes, pour avoir des voix et des élus, et la concurrence avec la LCR pour occuper la place centrale à la gauche de la gauche. Dans tous les cas, le communisme s’épuise à courir après l’un ou l’autre de ses concurrents. On a dit récemment que le constat de la « tenaille » mettait le PCF à la remorque de telle ou telle force. C’est le contraire qui est vrai : en niant la réalité de cette dynamique politique pernicieuse, on laisse se déployer ses effets ; en fait, on laisse la main à la social-démocratie. De ce fait, alors même que l’on affirme le contraire, on se met sous sa dépendance, soit pour attendre d’elle des miettes électorales, soit pour contester à la LCR (ou au « NPA ») le monopole de la critique du social-libéralisme.

Il n’y a donc pas d’autre voie réaliste, aujourd’hui, que de se placer dans la perspective d’une recomposition de la gauche, à commencer par son pôle le plus critique. N’oublions pas ce que nous dit l’image du « pôle ». La gauche n’est pas divisée en « deux gauches », elle est « polarisée », comme l’aimant attire la limaille de fer. D’un côté le pôle de l’adaptation, de l’autre le pôle de la rupture et du dépassement ; à tout moment, il s’agit de savoir quel est le pôle le plus attractif pendant longtemps, ce fut celui de la rupture ; depuis trente ans, c’est celui de l’adaptation. Comment redonner au pôle de la rupture-dépassement son pouvoir d’attraction, que la social-démocratie lui a ravi il y a plus de 25 ans ? Telle est la question des questions. Pendant plusieurs décennies, le PCF fut en état par lui-même d’impulser ce pôle ; ce n’est plus le cas ; aux communistes d’en tirer les conséquences, en conjuguant leurs forces avec d’autres.

- Dans une telle recomposition à gauche, y a-t-il place pour un communisme politique ? Avec mes amis « communistes unitaires », je réponds oui à cette question. Il ne peut y avoir de mouvement transformateur majoritaire sans force capable de formuler une exigence critique radicale, c’est-à-dire allant à la racine des choses. Sans doute cette force ne saurait-elle exiger une place à part ; sans doute ne peut-elle se tenir pour une élite ou un guide. Mais en liant la critique de la marchandise, celle de l’exploitation et celle de l’aliénation, le communisme politique a été un ferment décisif de toute critique sociale depuis plus d’un siècle et demi. L’exigence proprement communiste, alors que le capitalisme s’est mondialisé et que l’espace de la marchandise s’est universalisé, a conservé et même conforté sa pertinence fondamentale.

Nous savons depuis longtemps que, depuis 1848, le communisme n’est pas une simple « idée », mais une force organisée, un « parti communiste » comme disait Marx. Je persiste à penser qu’il faut maintenir un collectif des communistes, qui s’assume en tant que tel. Mais je ne considère pas que son maintien passe nécessairement par la perpétuation de la forme qu’il a prise au XXe siècle et qui s’est cristallisée dans l’appellation de « parti communiste mondial », de « mouvement communiste international » et, en France, de « Parti communiste français ».

Cette forme, d’une part n’a pas toujours existé : il y a depuis bien longtemps des communistes, des révolutionnaires critiques, sans qu’il y ait toujours eu un « parti communiste français ». Il faut donc se poser franchement la question de savoir si le maintien de la forme ancienne est un atout ou un frein à la relance du communisme politique.

Pendant de nombreuses années, beaucoup d’entre nous ont plaidé pour une « refondation » du communisme en général et du PCF en particulier. Nous pensions alors que la structure existante conservait suffisamment de forces et de créativité pour enrayer de l’intérieur la tendance au déclin. Nous ne le pensons plus aujourd’hui. Tout d’abord parce que l’impossibilité chronique à se réformer finit par provoquer la nécrose des structures quelles qu’elles soient. Il n’y avait sans doute pas de fatalité à ce que l’expérience soviétique se termine par sa décomposition et sa disparition en bloc ; mais l’échec de toutes les tentatives réformatrices a fini par installer l’idée que le système lui-même était irréformable. En URSS, les « réformateurs » ont été politiquement battus, et d’abord par les directions communistes elles-mêmes ; ne sont donc restés face-à-face que ceux qui voulaient conserver le communisme dans sa forme initiale et ceux qui voulaient s’en débarrasser, quelle qu’en soit la forme : d’un côté les putschistes d’août 1991, de l’autre côté Boris Eltsine.

Par ailleurs, nous ne croyons plus, en communistes, à la pertinence de la structure parce que l’expérience, là encore, a montré qu’il n’était pas possible, à l’intérieur d’elle, de surmonter des traits de culture politique qui sont à l’origine des partis communistes du XXe siècle. Au cœur de l’idée bolchevique, se trouvait la conviction que la conscience révolutionnaire ne pouvait venir que de l’extérieur de la pratique sociale, que le peuple devait être guidé pour être capable de s’emparer du pouvoir d’État avant de « briser » l’État. Ainsi s’est installée l’image d’un parti constituant, peu ou prou, une élite sans laquelle le prolétariat privé de conscience ne pouvait espérer exercer sa « dictature » et contredire des siècles d’exploitation et d’aliénation des catégories populaires. Nous n’en sommes sans doute plus aux temps héroïques, mais la culture de la supériorité du parti a-t-elle disparu ? Ne continuons-nous pas, trop souvent, à considérer qu’une formule politique, par exemple une offre de rassemblement politique, ne vaut que si nous en sommes les auteurs ? Ne sommes-nous pas a priori méfiants à l’égard de ce qui vient de l’extérieur des rangs du PCF ? L’appel à des candidatures antilibérales en 2006, l’appel de Politis en 2008 : autant de « manœuvres » visant à constituer des « cartels » dont le seul objectif est de priver les communistes de leur « souveraineté ». Curieuse attitude qui finit par superposer, jusqu’à les confondre, la conception élitiste de la supériorité du « Parti » et la peur de se faire dévorer par « l’Autre ».

Cette culture de l’élite rassemblant les plus lucides, les plus résolus, n’a pas disparu avec le XXIe siècle. Elle se retrouve dans le projet d’un regroupement des seuls « anticapitalistes » lancé par les amis de Besancenot ; elle se retrouve dans la tentation du grand repli des communistes sur eux-mêmes, en attendant – en vain – que le balancier revienne du bon côté.

- Je considère, de ce fait, que la position communiste la plus conséquente est celle qui consiste à choisir délibérément de rompre avec une forme historique du communisme, pour continuer le parti pris communiste dans les conditions de notre temps. Sans doute ce choix fondamental de rupture ne suffit-il pas à construire du nouveau. Il y a notamment plusieurs façons d’envisager les modes d’existence de ce collectif de communistes.

Certains militants, plaidant pour un Communisme du XXIe siècle, veulent se placer dans le prolongement de l’effort de mutation des années 1995-2001. Ils considèrent qu’une nouvelle formation communiste serait à même de relancer la dynamique du communisme et, à partir de là, d’infléchir fondamentalement le rapport des forces entre PS et PC dont ils continuent de penser qu’il est l’axe d’organisation de toute la gauche. L’avantage de cette option est qu’elle s’inscrit dans la continuation explicite d’un effort réformateur ; son inconvénient est qu’elle poursuit cet effort dans des conditions générales qui rendent impossibles son déploiement et son succès. Les conditions générales n’existent plus, à l’échelle européenne et mondiale, pour constituer une force pertinente pour une relance communiste concertée. La tradition française elle-même ne suffit plus à fonder cette possibilité qui, au demeurant, contourne l’exigence d’une refondation qui n’est pas simplement celle du communisme proprement dit. C’est toute la culture de la révolution et toute la culture qui méritent d’être revisitées en profondeur pour, elles aussi, sortir du balancement mortel entre conservation et renonciation. D’autres militants communistes (de façon moins claire et moins soutenue) semblent prêts à envisager des formes plus souples de confédération. Il ne s’agirait plus alors d’alliances à la carte mais d’un regroupement durable entre des forces partenaires désireuses de travailler ensemble dans la durée. La confédération autorise le maintien des formes existantes ou de toute autre structure associée : ainsi pourrait se maintenir un Parti communiste français séparé, aux côtés d’autres formations, à égalité de droits et de responsabilités. Cette solution a l’incontestable avantage d’éviter à chaque composante le choix douloureux de la perte d’une structure familière. Elle fait courir toutefois le risque d’une image incertaine auprès de l’opinion, qui pourrait craindre que les rapports des forces internes à la confédération ne finisse par l’emporter sur les intérêts communs. Une confédération pourrait alors apparaître comme moins crédible qu’un PS dont les conflits internes n’empêchent pas, au final, qu’il fonctionne dans les représentations comme une force politique unique, constituant un seul interlocuteur. Je penche donc, pour l’instant, en faveur d’une autre hypothèse : celle de la constitution d’une force politique, capable de contester l’hégémonie du PS sur la gauche française, et contenant en son sein une composante communiste, s’affirmant en tant que telle, sans pour autant être un parti politique séparé. Cette force politique aspirerait donc à exercer les missions qui sont aujourd’hui attribuées aux partis politiques. Mais elle le ferait d’une manière originale, en respectant la diversité de ses sensibilités constitutives et, plus encore, en tenant compte de la diversité irréductible des rapports à la politique. Une force politique donc, exerçant les fonctions d’un parti, mais s’efforçant de contrecarrer la reproduction en son sein des mécanismes classiques de délégation et de sélection installant le pouvoir d’une élite de quasi professionnels. Pour l’instant, ai-je dit, cette hypothèse est la mienne parce qu’elle me semble la plus efficace pour la gauche et pour l’avenir du communisme politique. Si elle n’est pas possible, je suis évidemment prêt à envisager d’autres formes. L’essentiel, à mes yeux, est que l’on renonce à tout immobilisme de fait, au nom de l’idée trompeuse qu’il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre ou qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Pendant quelques décennies, nous avons hésité à transformer le parti communiste, parce que l’on assimilait la transformation et la liquidation. Le résultat est hélas devant nous : on a liquidé… La liquidation, c’est celle qui est aujourd’hui en cours ; c’est celle qui fait du communisme une force marginale, qui n’en finit pas de s’étioler. Je ne veux pas de cette liquidation.

- Telles sont des hypothèses possibles découlant d’un choix de rupture avec l’existant. Mais, une fois encore, ce n’est pas entre ces hypothèses que le congrès de décembre devrait trancher. Son choix devra à nos yeux se faire autour de quelques questions simples, dans leur formulation tout au moins. Comment permettre au mouvement populaire transformateur d’être acteur à part entière, de la conception jusqu’au contrôle, des choix qui permettraient, dans un processus cohérent de luttes et de constructions, de contredire les choix du capital et d’imposer d’autres modes de développement ? Comment créer, sur cette base, les conditions d’une gauche dynamique, majoritairement tendue vers les valeurs de justice et d’égalité de fait, refusant les diktats des marchés, promouvant le bien commun contre les appétits particuliers, l’autonomie des personnes solidaires contre l’égoïsme de la concurrence, la démocratie d’implication contre la « bonne gouvernance » ?

Quelle est la nature de la crise qui affecte le communisme depuis de longues décennies ? Comment concilier la relance d’un communisme politique actif et la recomposition de la gauche, au profit des logiques de rupture-dépassement du capitalisme et non au profit de l’esprit d’adaptation ?

Tout cela convergerait donc vers une alternative et une seule, sur laquelle les communistes devraient décider en toute clarté d’ici décembre. Pour qu’il y ait du communisme dans l’espace politique, suffit-il de continuer pour l’essentiel l’expérience amorcée en 1920 ? Ou bien, pour préserver l’esprit du communisme politique, faut-il se résoudre à une transformation radicale, ce qui suppose une rupture, non pas avec le communisme, mais avec la forme dominante qui a été la sienne au XXe siècle ?

Roger Martelli
Historien et membre du Comité Exécutif National du PCF.

Le 9 juillet 2008
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E
Mais nous sommes d'accord Makhno, l'avenir est à réinventer en quelque sorte.Il faut tirer les enseignements des échecs certes mais aussi des victoires du 20ème siècle.Nota bene: quand je parle de "l'Histoire" c'est une manière de dire, je veux parler de circonstances historiques particulières favorables au peuple. Salut et fraternité EL DIABLO.
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M
Mon cher DiabloSi j'étais persuadé que tu crois profondément ce que tu dis je ne me donnerais pas la peine de te répondre, mais quelque chose me dit qu'il n'en est rien, alors."l'Histoire passer les plats au peuple"M'enfin Diablo ! Le "pensée magique" maintenant ? Qui c'est l'Histoire ? D'où qu'il habite et quoi qu'y fait dans la vie ?Et puis, qui te parle de "pas de Parti" ? Pas moi en tout cas, le spontanéisme, c'est pas mon truc.La seule forme connue d'organisation de la classe ouvrière, à ce jour, c'est le Parti, au moins là dessus, on est d'accord.Pour autant, je persiste à croire que cette "forme d'organisation" (nécessaire), ne doit jamais pouvoir prendre le pas sur le fond. Sinon on passe vite de la "dictature du prolétriat", à la "dictature du Parti", pour finir avec la "dictature d'une clique", voire d'un seul (fut-il le meilleur d'entre nous) et alors, "la Révolution tralalère !" comme le chantait Léo.Quand tout vient "d'en haut", rapidement, les masses se désintéressent (au minimum) et l'enthousiasme révolutionnaire retombe.Partout, toujours, on a connu ça. Jamais on n'en a tenu compte et on continue bravement à nous expliquer que : "le culte de la personnalité", "les conditions objectives défavorables", la "nature humaine" (pourquoi pas ?) et bla bla bla.Tant que tout viendra d'en haut, il en sera ainsi. Si c'est pour toujours recommencer partout la même erreur, remplacer le patron par un "commissaire politique" et le contremaître par un délégué du syndicat désigné, je vois pas trop ce que ça va changer pour celui qui bosse sur la chaîne, non ?Cordialement
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E
Ah que je voudrais voir "l'Histoire" "passer les plats" au peuple!! Mais çà n'arrive qu'une ou deux fois par siècle depuis la Révolution et encore. Aujourd'hui sans parti révolutionnaire  d'avant-garde le peuple saurait-il se saisir de l'occasion pour renverser le "vieux monde" ? euhhhhh......!?
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M
Comme l'écrit Diablo, en effet, quelle "tartine" !Admirez mon courage : "j'ai tout lu". Juste quelques remarques (je sais bien que tout le monde s'en fiche, pas grave, je les ferai quand même).On ne peut nier la pertinence du texte sur certains "effets" de la "déconfiture" (pour rester poli), on peut juste regretter (de mon point de vue), que les solutions proposées ne semblent pas du tout à la mesure du problème (assez bien posé). C'est souvent le cas quand on ne s'intéresse qu'aux "effets".En gros et pour faire court (trop?), "du passé (du parti) faisons table rase" et diluons nous dans un ensemble aux contours imprécis réputé "de gauche", si je me trompe...Sauf, qu'on ne fait jamais "du passé table rase", sauf que les ensembles aux contours imprécis réputés "de gauche" finissent toujours par tomber du côté où la "pluralité" les fait  pencher naturellement.Alors, comme disait l'autre "Que Faire ?".Je ne me prends pas pour un historien, encore moins pour un théoricien, quand même. Il me semble qu'il ne faut pas "être sorti de "l'école centrale" pour comprendre que pas plus dans la "continuation" fidèle d'une certaine façon de fonctionner (qui elle, a visiblement survécu à toutes les modes), que dans l'abandon programmé (planifié ?), de tout l'héritage du Parti, les communistes (et ceux qui les soutiennent), ne trouveront le "salut".Mais alors, pourquoi des gens aussi visiblement intelligents et instruits que Martelli (et quelques autres), finissent toujours par faire accoucher leur montagne de démonstrations savantes, d'une improbable souris décevante ?Avec des "SI", on mettrait Paname en bouteille (à ce qu'il paraît), mais "SI" on avait commencé par le début, peut-être bien qu'on n'en serait pas là, aujourd'hui, à se poser l'éternelle question qui constituait aussi la dernière réplique mise dans la bouche du procureur soviétique par Costa Gavras dans son film "L'aveu"."Qu'est ce qui nous est arrivé Monsieur ?" LA réponse à LA question, c'est ça que j'attends depuis toujours, mais jusqu'à aujourd'hui,  on ne m'a pas fourni le moindre début de réponse satisfaisant à la question que personne (ou presque), ne se pose jamais.Ni Martelli, ni Diablo, ni David et encore moins moi même ne ferons l'Histoire, ce sont les masses qui font l'Histoire.Un de ces quatre matins (ou un soir), quand la coupe sera bien pleine, un événement imprévu (la goutte de trop), fera déborder la fameuse coupe. Bien malin celui qui pourrait en prévoir la date, bien sot celui qui ne voit pas que c'est ainsi que se passeront les "choses".Alors, j'en prends le pari, vous les verrez tous (ou presque),  "courir devant". Plus "radical" qu'eux, tu meurs, plus léniniste aussi (probablement), jusqu'aux plus roses des réformistes vous brandiront sous le nez les écrits (souvent revisités), des plus grands "révolutionnaires passés" comme autant de livres de recettes de cuisine apprises par coeur pour la circonstance.Tous, tendus vers le même but : "qui prendra le pouvoir ?"Les mêmes causes produisant les mêmes effets, comme le disait si bien Maximilien dans son dernier discours "le peuple aura changé de chaînes, pas de destin".Robespierre, l'étendard de tous les étatistes, vous ne rêvez pas, c'est bien lui qui a prononcé ces paroles à la veille de mourir comme chacun sait.Il a posé la réponse, si on se posait maintenant la question qui va avec ?Cordialement
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E
Il se trouve que je suis un adepte du site "Bellacio" dont je connais personnellement les animateurs. Je crois qu'ils avaient jusqu'à là quelques illusions quant à l'avenir possiblement réorienté du PCF. Cet épisode désolant de censure doit leur ôter leurs dernières espérances. Les bureaucrates qui tiennent le PCF partent de loin en commençant, en ce milieu d'été (période propice aux mauvais coups comme chacun sait...) à poser des verrous en vue du prochain congrès...Et vous n'avez encore rien vu...les manoeuvres vont redoubler...pour imposer à "la base" le point de vue  des apparatchiks...Salut et Fraternité EL DIABLO
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E
Vous publiez ce que vous voulez c'est vous qui dirigez ce blog, nous sommes bien d'accord. Maintenant, que je sache les "refondateurs"ont soutenu, aux présidentielles, une candidature différente de celle de votre parti (et donc de leur parti si je comprends bien).Statutairement, cela vaut exclusion du parti il me semble. Dans ces conditions, les considérez au même titre que d'autres courants, c'est pour le moins...audacieux! A moins que le PCF soit devenu une pétaudière ! EL DIABLO
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D


Là, pour le coup, je suis d'accord avec vous, je trouve scandaleux qu'il n'y ait pas eu de sanction contre les élus du Parti qui ont fait campagne pour José Bové.
C'est d'autant plus scandaleux que la direction vient de frapper le collectif Bellacio en raison de leur ligne éditoriale anti-liquidation. Le lien vers le site Bellaciao a été supprimé du site
du Parti à la suite d'un article de Bellaciao appelant à participer à la souscription pour L'Humanité et à redonner au journal une vraie orientation communiste. Quelle audace ! On en
frémit...
Deux poids, deux mesures ?



E
Je pourrais comprendre votre démarche si les "refondateurs" tels qu'ils se définissent étaient ouverts au pluralisme. Or ce n'est pas le cas. Ces gens-là veulent clairement la disparition définitive de tout parti communiste digne de ce nom. A ce niveau, je pense qu'ils sont devenus des adversaires politiques et qu'ils doivent être traités certes dignement mais pas au même niveau que celles et ceux qui, peu ou prou, se positionnent pour le maintien d'un parti communiste.C'est juste mon avis EL DIABLO     
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D


C'est vrai que le parti est très divisé et que c'est le grand écart entre les options politiques défendues par les refondateurs et celles d'autres courants dont je me sens plus proche, qui
veulent maintenir et renforcer le PCF.
Simplement, il faut relativiser, les refondateurs ne sont pas des adversaires politiques. Nous sommes dans le même parti, nous n'avons pas la même vision de l'avenir du PCF et dans le cadre du
34ème congrès, cette question est primordiale, mais sur le reste, sur la lutte à mener contre Sarkozy, sur la défense des services publics, sur l'Europe, nous sommes d'accord à 95 %.

Nous ne sommes encore qu'au mois de juillet, tout le monde publie des textes et des contibutions qui sont versés au débat. Dans ce cadre, je publie des textes avec lesquels je suis globalement
d'accord, d'autres avec lesquels je ne suis pas d'accord, mais qui méritent intérêt, ne serait-ce que pour pouvoir les démonter.
A la rentrée, nous y verrons plus clair, plusieurs projets de textes alternatifs devraient franchir la barre des 200 signatures, nous pourrons débattre en comité de section.



E
Quelle "tartine" sur votre blog pour un liquidateur en chef !Décevant. EL DIABLO
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D


Je ne partage pas, loin de là, les options stratégiques de Roger Martelli, mais j'ai ouvert une rubrique 34ème congrès et il faut jouer le jeu en publiant des analyses de toutes les
tendances.
Par honnêteté intellectuelle, je ne peux pas me contenter de relayer sur le blog de la section les analyses d'un seul courant...