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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

C'est le Wall Street Journal, le très conservateur quotidien économique américain qui l'a révélé le 1er août dernier : le groupe Wal-Mart, géant de la grande distribution, avec 3 500 supermarchés aux Etats-Unis (6 100 dans le monde), 1,2 millions d'employés et 2,3 % du PNB des Etats-Unis a organisé plusieurs réunions internes à caractère obligatoire dans plusieurs Etats pour mettre en garde son personnel contre une victoire de Barack Obama aux élections présidentielles de novembre.

Wal-Mart s'est rendu tristement célèbre pour sa politique de très bas salaires et l'absence totale de représentation syndicale dans les magasins du groupe. Longtemps, le géant de la grande distribution a été le plus fidèle soutien du Parti Républicain, multipliant les dons aux candidats républicains. Depuis 2004, anticipant une victoire démocrate aux élections au Congrès et aux présidentielles de 2008, Wal-Mart finance également les démocrates sans que sa politique anti-syndicale ait évolué.

Depuis vingt ans, le syndicalisme américain a considérablement reculé. En 1955, l'AFL-CIO comptait 15,7 millions d'adhérents, mais le taux de syndicalisation s'est effondré, passant de 35 % en 1955 à 19,5 % en 1984 et 12,5 % en 2005. Dans le secteur des services, le taux de syndicalisation n'est que de 8 %.
La faiblesse du syndicalisme américain s'explique par une législation anti-syndicale issue de la guerre froide et du Maccarthysme. Votée en 1947, la loi Taft-Hartley interdit les débrayages spontanés et les grèves de solidarité, impose un préavis de grève de 60 jours, interdit le droit de grève des fonctionnaires fédéraux, des fonctionnaires d'Etats et des fonctionnaires des collectivités locales.

Jusqu'en 1965, les dirigeants syndicaux étaient obligés de prêter serment de non-communisme avant que cette disposition soit déclarée inconstitutionnelle.

Dans les entreprises, la création et le maintien d'une section syndicale est soumis à un processus électoral d'accréditation long et complexe supervisé par le gouvernement. Depuis le milieu des années 80, beaucoup de grandes entreprises se sont dotées de conseillers juridiques et ont délocalisé leurs unités de production dans les Etats du Sud des Etats-Unis où la législation ne donne pas la garantie des droits syndicaux. Pour les seules années 80, les Etats du Nord et du Midwest où les syndicats sont présents ont perdu 1,5 millions d'emplois au profit des Etats du Sud où les droits syndicaux n'existent pas.

Là où des syndicats sont implantés, plusieurs grandes entreprises ont engagé des élections révocatoires, par exemple à la suite d'une grève. Après avoir fait tomber le syndicat dans le piège de la grève, l'entreprise engage des travailleurs remplaçants à la place des grévistes et fait voter le personnel non gréviste pour révoquer l'accréditation du syndicat ce qui lui permet d'interdire le syndicat, de licencier les grévistes et les délégués du personnel. Chaque année, 10 000 militants syndicaux sont licenciés aux Etats-Unis pour leur activité syndicale.

Le Parti Démocrate s'est longtemps satisfait de cette situation. Anti-communistes, proches des milieux d'affaires, les démocrates ne se distinguent guère des Républicains, mais semblent avoir évolué sur la question syndicale. Barack Obama soutient ainsi un projet de loi baptisé Employee Free Choice Act qui facilitera l'implantation syndicale en entreprise.

Sans surprise, John Mac Cain, le candidat républicain, est contre ce projet et soutient les positions anti-syndicales du patronat.

Wal-Mart a choisi son camp. Hostile à toute législation favorable aux syndicats, le géant américain de la grande distribution fait ouvertement campagne pour le candidat Républicain en convoquant ses cadres et ses directeurs de magasins pour les alerter du risque que des sections syndicales voient le jour dans leurs magasins.

En France, nous n'en sommes pas encore là. Le harcèlement anti-syndical est plus insidieux. On n'imagine pas Carrefour ou Auchan convoquer leurs cadres pour les inciter à voter Nicolas Sarkozy. On ne l'imagine pas encore...

L'affaire Wal-Mart est révélatrice d'une époque. Comment douter, après ça, de la réalité de l'exploitation qui se joue au quotidien sous le capitalisme ? On nous accuse parfois d'être archaïques quand nous parlons de lutte des classes, mais la lutte des classes, les patrons la mènent sans pitié contre les militants du mouvement ouvrier.

Au moment où Barack Obama, de retour d'Europe, adopte des positions de plus en plus centristes, l'affaire Wal-Mart convaincra-t-elle le leader démocrate d'incarner le vrai changement en s'attaquant au pouvoir des capitalistes ? Il est permis de rêver...
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