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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

La section d'Hénin-Beaumont du PCF se félicite de la libération d'Ibou Touré, marcheur sans-papier lillois arrêté la semaine dernière et menacé d'expulsion.

Sur décision de la cour européenne des Droits de l’Homme et par une ordonnance de référé du TGI de Lille, l’Etat est condamné à payer 800 euros de frais de procédure !

Ibou a porté plainte auprès du procureur pour coups et injures racistes ("sale nègre"...) après la tentative avortée d'expulsion du mercredi 22 octobre.

Contacté par téléphone par ses camarades du CSP 59, il témoignait mercredi soir : « Ils m'ont frappé, tabassé, le pilote a crié « arrêtez, vous allez le tuer », ils m'ont sorti de l'avion, ils m'ont tabassé encore, j'ai demandé un médecin, ils me l'ont refusé à Lesquin ; ils ne m'ont pas présenté à un juge à la sortie de l'avion ».

Le placement en rétention prenait fin ce vendredi à 11h35. Or, comme l'a constaté la justice dans sa décision libérant Ibou, « l’autorité préfectorale envisage l’éloignement de Ibou Touré vers Conakry au cours de l’après midi de ce jour ».

C’est donc à une course de vitesse que s’est livrée vendredi la préfecture pour court-circuiter les voies de recours légales et légitimes et priver Ibou Touré de ses droits.

Vendredi vers 11h, c’est-à-dire 30 minutes avant la fin du délai légal de rétention, Ibou a en effet été embarqué pour l’aéroport pour mettre à exécution la seconde tentative d’expulsion du préfet Canepa, une expulsion synonyme de danger de mort pour Ibou Touré.

Guinéen, Ibou Touré a en effet la police de son pays aux trousses, comme opposant au régime militaire du général Lansana Conté. A 11h30, la Cour européenne des droits de l'homme, saisie par la députée Verte Hélène Flautre, a prévenu l'élue qu'elle ordonnait « la suspension de toute mesure d'éloignement jusqu'au 7 novembre » pour Ibou Touré, le temps d'apprécier « les risques réels encourus ».
A 11h30, le CSP 59 communiquait la décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme suspendant l’expulsion. A midi, Hélène Flautre - qui essaie en vain de joindre la préfecture - a lancé un appel au Préfet en direct sur France 3 Lille.

Interrogé au centre de rétention de Lesquin par Libé Lille, Ibou Touré raconte : « Je suis un partisan d'Alpha Condé, qui s'était présenté à l'élection présidentielle contre le président Conté. Les militaires venaient souvent dans mon commerce pour me racketter. En 1998, un dimanche, le jour de l'élection présidentielle, l'un d'entre eux m'a frappé. J'ai vomi du sang, et il m'a laissé pour mort dans mon magasin ».

Il raconte avoir été secouru, puis s'être caché dans son village, à 45 kilomètres de la capitale. Quelques années plus tard, il revient à Conakry. C'est là que les ennuis recommencent. « Je suis allée à la mosquée le jour de l'Aïd, le 26 novembre 2003. Lansana Conté devait venir. Nous étions nombreux. tout d'un coup, il y a eu des coups de fusil, des rafales de mitraillette. Les gens couraient partout. Et j'ai vu le militaire qui m'avait frappé. Il me dit : « Je croyais que tu étais mort ? ». J'ai été arrêté, et conduit sans jugement à la prison ».

Il raconte qu'il réussi à s'évader, en promettant 10 000 francs guinéens à un gardien. Il marche dans la brousse les 45 kilomètres qui le séparent de son village. « Au village, j'ai entendu à la radio que j'étais recherché, pour participation à une tentative de coup d'Etat. »

Il repart vers le Sénégal. « Sur le chemin, je me nourrissais de mangues ». Au Sénégal, il trouve le moyen d'embarquer en clandestin dans les soutes d'un bateau en partance pour Marseille. Depuis, il a déposé une demande d'asile en France, refusée, puis un recours, refusé aussi.

Parallèlement à la saisie de la Cour Européenne des Droits de l'Homme, les amis d'Ibou Touré avaient saisi le TGI de Lille.
A 13h30 on mettait en délibéré l’ordonnance de référé qui constatait la privation abusive de liberté et ordonnait « la mise en liberté immédiate d’Ibou Touré » au Préfet Canepa. « La privation de liberté d’Ibou Touré au delà du 24/10/08 11h30 n’est couverte par aucun titre et constitue donc une voie de fait à laquelle il doit être mis fin ». Le jugement impute les frais de 800 euros de la procédure à l’Etat.

Le CSP 59 a immédiatement faxé et fait signifier la décision par voie d’huissier au préfet Canepa. Ibou Touré a finalement été libéré à l’aéroport de Roissy.

A quelques jours de son départ pour sa nouvelle fonction de préfet du grand Paris, le Préfet Canépa avait visiblement décidé de frapper le CSP 59 au travers de l'expulsion d'un sans-papier en lutte.

De nombreux élus s'étaient mobilisés pour demander la libération d'Ibou Touré. Jean-Jacques Candelier, député PCF du Nord avait écrit au Préfet du Nord. Le PCF d'Hénin-Beaumont, qui avait participé à l'accueil de la marche des sans-papiers le 24 avril dernier s'était mobilisé pour exiger la libération d'Ibou Touré. En apprenant la nouvelle de l'arrestation d'Ibou, David Noël, Adjoint au Maire, avait immédiatement adressé un courrier au Préfet pour exiger la libération d'Ibou Touré.

L’acharnement dont le préfet à fait preuve en refusant systématiquement toutes les demandes d’élus, de simples citoyens et même d’enfants pour la libération d'Ibou illustre totalement son obsession revancharde d’en finir avec la lutte des sans papiers.

La section d'Hénin-Beaumont du PCF se félicite de la libération d'Ibou Touré et appelle à poursuivre le combat contre les expulsions et pour la régularisation de tous les sans-papiers.
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