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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

La crise de l’économie mondiale provoquera une crise de toutes les institutions capitalistes. C’est d’ores et déjà le cas de l’Union Européenne. Avant même que les économies européennes n’entrent en récession, l’UE était criblée de rivalités entre les classes dirigeantes de ses Etats membres, à commencer par les plus puissants : la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Chaque fois qu’une question sérieuse était à l’ordre du jour, comme par exemple la guerre en Irak, l’Union Européenne sombrait dans la désunion. Il en va de même avec « l’Union pour la Méditerranée », l’adhésion de la Turquie, les relations avec la Russie, la politique de Défense – et ainsi de suite. La liste est longue et ne manquera pas de s’allonger.

Nous avons déjà expliqué la cause fondamentale de ces crises à répétition : l’Union Européenne ne constitue pas un seul pays dirigé par une seule classe capitaliste. Sa plus haute instance exécutive, la Commission Européenne, est composée de 27 chefs d’Etat et gouvernement représentant les intérêts de 27 classes dirigeantes distinctes et concurrentes. Il y a longtemps, le réactionnaire américain Henry Kissinger posait une question très pertinente : « Si je veux parler à l’Europe, qui dois-je appeler ? ». Il n’y a toujours pas de réponse.

Historiquement, l’objectif de l’Union Européenne était de constituer un bloc économique dirigé contre les Etats-Unis et le Japon. Pour concurrencer ces deux géants sur le marché mondial, y compris le marché européen, les capitalistes des petits Etats européens n’avaient d’autre choix que de s’engager dans un processus d’intégration économique et politique. Il y sont partiellement parvenus : la monnaie commune, par exemple, fut un pas sérieux dans cette direction. Mais les contradictions et rivalités n’ont pas pour autant disparues – tout au contraire. L’effondrement des marchés boursiers, la crise du secteur bancaire et la récession économique exerceront d’énormes pressions sur les fragiles structures de l’Union Européenne. Derrière les « déclarations communes » et les sourires de circonstances, le mot d’ordre de chaque classe dirigeante est : « Chacun pour soi – et sauve qui peut ! ». Ainsi, Angela Merkel a clairement signifié à Sarkozy que l’Etat allemand n’a pas l’intention de s’endetter davantage pour soutenir les banques françaises, britanniques et autres.

Quant à Sarkozy, il joue sur les deux tableaux. Comme président de l’UE, il exhorte les dirigeants européens à « l’unité d’action ». Mais comme représentant du capitalisme français, il vole au secours de ses amis banquiers, en France. Il est vrai que la duplicité et l’hypocrisie sont deux caractéristiques essentielles de la diplomatie capitaliste, et qu’en la matière, Sarkozy est un virtuose mondialement reconnu.

Europe sociale ?

Il y a un point sur lequel toutes les classes capitalistes de l’UE tombent d’accord : la nécessité, pour elles, de faire payer la crise aux jeunes, aux travailleurs et aux retraités d’Europe. « L’Europe qui protège » est un mythe auquel, déjà, la majorité des travailleurs du continent ne croient plus, comme l’ont montré les référendums en France, en Irlande et aux Pays-Bas. L’Europe qui exploite, précarise, licencie, délocalise, expulse et réprime : voilà la réalité à laquelle sont confrontées les masses du continent, depuis de nombreuses années. Or, avec la crise économique, la régression sociale permanente qui frappe l’ensemble des pays de l’UE va s’accélérer considérablement.

Dans ce contexte, les discours creux sur la nécessité d’une « Europe sociale » (sur la base du capitalisme) se heurteront à un mur de scepticisme, chez les travailleurs, qui entendent cette musique depuis trop longtemps. Les dirigeants actuels du Parti Socialiste ont usé et abusé de ce mirage. Mais comme Royal, Aubry et Delanoë sont complètement acquis à la cause du « marché », ils n’ont rien d’autre à proposer. Aussi se préparent-ils à rejouer la même chanson, lors de la campagne des élections européennes de juin 2009.

Le PCF, pour sa part, dénonce à juste titre la politique réactionnaire de l’UE. Par leur mobilisation, les militants communistes ont joué un rôle décisif dans la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne, en 2005. Cependant, la politique des dirigeants du parti reste très confuse et contradictoire. Ils critiquent l’Europe capitaliste – mais, faute d’un programme réellement communiste, ils ne proposent aucune alternative crédible à l’UE. De même qu’ils défendent l’idée absurde d’un capitalisme fonctionnant suivant une « logique anti-capitaliste », ils avancent la perspective d’une Europe capitaliste qui, par on ne sait quel miracle, deviendrait solidaire, écologique, pacifiste, sociale, féministe – et tout ce que vous voudrez : les adjectifs ronflants ne manquent pas et ne mangent pas de pain. Mais en fin de compte, si on fait abstraction de toute cette poésie « antilibérale », la direction du PCF défend la même position réformiste que les dirigeants du PS : ils proposent une « Europe sociale », mais sans remettre en cause la propriété capitaliste des banques et de la grande industrie.

Sortir de l’UE ?

Il existe un courant minoritaire, dans le PCF, qui propose que la France « sorte de l’Union Européenne », au nom de la « souveraineté nationale ». Cette position, que défendent Jean-Jacques Karman et André Gerin, par exemple, est selon nous complètement erronée.

Une France capitaliste ayant rompu avec les institutions de l’UE serait tout aussi réactionnaire que la France actuelle. Les mots d’ordre « sortir de l’UE » et « pour la souveraineté nationale » n’ont pas un atome de contenu progressiste. Au contraire, ils tendent à injecter le poison nationaliste dans la conscience des travailleurs. Ils les incitent à s’identifier à la « nation » – toutes classes confondues –, plutôt que de les soulever contre la partie de cette « nation » qui les opprime et les exploite, c’est-à-dire contre la classe qui est « souveraine » ou dominante au sein de la nation.

Communisme et internationalisme sont indissociables. Comme le disait Marx, « les travailleurs n’ont pas de patrie ». Nous sommes pour l’unité des travailleurs d’Europe contre toutes les classes dirigeantes européennes. La seule alternative viable à l’Europe capitaliste est une Fédération socialiste des Etats européens. C’était le mot d’ordre de l’Internationale Communiste à l’époque de Lénine et Trotsky, avant sa dégénérescence bureaucratique. Cette perspective est toujours d’actualité, et devrait constituer l’axe central de la campagne du PCF, aux européennes. Le socialisme, en Europe comme dans le reste du monde, remplacera le marché par un plan de production consciemment et collectivement élaboré dans l’intérêt de l’ensemble de la société. C’est seulement ainsi qu’il sera possible de « sortir de l’Union Européenne » : en libérant les travailleurs de France et de toute l’Europe des chaînes du capitalisme européen.

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el diablo 15/12/2008 09:51

A PROPOS DE LA NATION Le texte ci-dessous est extrait du livre d’Etienne Fajon : l’ABC des communistes .".
 
Il est très représentatif de ce qu'était la position du PCF avant sa décomposition.
Je ne dirais pas que tout est à mon avis à garder tel quel (je n'ai pas cette pratique là de l'argument d'autorité), mais il y a là des choses pour éclairer le débat.. Pour faire vite, je dirai que comme presque tous les textes communistes de cette époque, ça peut paraître un peu rigide, manquant de souplesse dialectique (sur la Révolution Française, en particulier, et sur les origines du sentiment national en France donc) . Mais ça n'en est pas moins utile.
 
"On m’a appris que la nation est une communauté humaine stable qui est née et s’est constituée historiquement sur la base de quatre caractères fondamentaux : la communauté de langage, la communauté de territoire, la communauté de la vie économique, la communauté de conformation psychique manifestée par la communauté des propriétés de la culture nationale. La nation française à une histoire et des caractéristiques spécifiques, différentes de celles de l’Angleterre, de la Russie, des Etats-Unis, de la Chine ou de tout autre pays. Sa vie économique implique, certes, des relations croissantes avec le reste du monde, mais elle est fondée sur les bases industrielles et nationales. Les luttes sociales et politiques y sont marquées par des traits particuliers. La culture française est une culture originale, même sis elle fait partie du trésor de la culture universelle
 
Le sentiment national s’est développé avec la grande révolution de 1789-1794. Cette révolution a brisé les structures féodales qui faisaient obstacle au développement de la jeune bourgeoisie capitaliste, classe progressiste à l’époque, les barrière douanières à l’intérieur du pays, les différences dans la législation ou les poids et mesures entre les provinces, les privilèges locaux. "Vive la Nation" ! .. dans les années qui suivent ce mot d’ordre devient le cri de ralliement des masses populaires en lutte contre les ennemis extérieurs du pays et leurs complices de l’intérieur (les partisans de l’ancien régime). Les défenseurs de la révolution prenne le titre de "patriotes" Comme on le voit par la simple évocation de son origine, le sentiment national est tout le contraire d’une idée réactionnaire. Il se constitue conjointement avec la naissance et l’essor de la démocratie. Mais cela pose naturellement la question. Le sentiment national n’est-il pas incompatible avec l’esprit de classe ? N’y a-t-il pas, autrement dit, une contradiction entre la lutte des classes et la lutte pour l’indépendance nationale ? La réponse est non. Plus précisément il n’y a pas de contradiction pour la classe ouvrière.
 
En effet, l’histoire du peuple de France montre qu’à chaque époque les intérêts de la classe sociale ascendante, des forces révolutionnaires et d’avenir, s’identifient à l’intérêt national. Cependant que les intérêts des classes sociales qui ont fait leur temps, des forces rétrogrades, sont contraire à l’intérêt national qu’elles sacrifient à la défense de leurs privilèges. Le rôle national prépondérant de la classe ouvrière apparaît dès qu’elle s’affirme en tant que classe sociale indépendante - à partir du milieu du 19ème siècle pour ce qui concerne la France. La commune de Paris qui n’a vécu que quelques semaines en 1871 mais qui reste la première expérience au monde d’un gouvernement des travailleurs, est un exemple à cet égard. In carnation de l’internationalisme - elle comptait en son sein plusieurs socialistes ou démocrates révolutionnaires immigrés - elle fut l’organisatrice héroïque de la défence nationale contre l’envahisseur prussien, à l’inverse du gouvernement bourgeois de Versailles qui pactisait avec lui.
 
C’est en vain que certains, pour tenter de justifier leur nihilisme national, font référence à une phrase du manifeste communiste de 1848 : Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut pas leur prendre ce qu’il n’ont pas .. " Cette phrase de Marx et Engels décrit simplement une réalité concrète dans laquelle les travailleurs sont dépossédés de tout par la bourgeoisie qui se considère comme propriétaire de tout, y compris de la nation elle-même. Mais les falsificateurs du marxisme se gardent bien de citer la suite :" Comme le prolétariat doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, se constituer lui-même en nation, il est encore par là national, quoique nullement au sent où l’entend la bourgeoisie (Marx et Engels, Manifeste du parti communiste). La responsabilité de la classe ouvrière dans la lutte pour l’indépendance et l’avenir de la nation n’est pas un complément à son combat pour la révolution socialiste ; elle est partie intégrante de ce combat.
 
L’histoire du parti communiste français est marquée par une conscience de plus en plus nette de cette responsabilité, jusqu’à sa prise en compte pleine et entière. "Nous prolétaires, nous aimons notre pays". Cette déclaration de Maurice Thorez à la tribune de la chambre des députés, le 3 avril 1933, deviendra une idée maîtresse du rapport qu’il présente au 8ème congrès du parti à Villeurbanne, en janvier 1936. "Nous sommes les héritiers du grand passé dont l’histoire est faire des efforts séculaires du peuple pour se libérer. C’est seulement dans les classes privilégiées condamnées par l’histoire que l’on a constamment renié la patrie française.
 
Oui nous sommes fiers de la grandeur passée de notre pays, fiers de nos grands ancêtres de 1793, fiers des combattants de février et de juin 1848, fiers des héros de la commune. Oui, nous associons dans un même tribut de reconnaissance émue la masse anonyme des paysans, des artisans, des prolétaires moderne et la remarquable élite d’hommes d’Etat qui onf fait la richesse, la puissance et la gloire de notre pays." C’est dans cette période que le Parti communiste français s’est préparé, a préparé les travailleurs aux tâches nationales lourdes de sacrifices qui leur incombèrent pendant les années terribles de la guerre et de l’occupation allemande, au terme desquelles le grand écrivain catholique François Mauriac devait souligner "seule la classe ouvrière dans sa masse aura été fidèle au drapeau de la patrie profanée." En septembre 1945, première réunion du comité central depuis 1939. Jacques Duclos présente le rapport en conclusion duquel il déclare : " .. aucun parti, aucune formation politique n’a fait ce que nous avons fait ; aucun n’a consenti autant de sacrifices à la cause de la patrie. On nous appelle le parti des fusillés. C’est notre fierté ! Rien ne pourra faire oublier ce que nous avons fait pour la France."