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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Le Congrès national du PCF s’est tenu, du 11 au 14 décembre, dans le contexte d’une crise majeure du capitalisme. La récession mondiale aura des conséquences désastreuses pour des centaines de millions de personnes. En France, des centaines de milliers d’emplois sont menacés, à court terme. Chaque semaine apporte son lot de fermetures d’entreprises et de délocalisations. Chômage, grande misère, précarité : toutes les tumeurs du capitalisme s’aggravent. Dans tous les pays, les classes dirigeantes cherchent à placer le fardeau de la crise sur les épaules du plus grand nombre. L’éducation, la santé, les retraites, le logement et les services publics sont attaqués. En réaction, la jeunesse et les travailleurs se mobilisent. En Grèce et en Italie, le profond mécontentement a fait surface à une échelle massive. Les autres pays européens suivront cette voie. Toutes les conditions d’une explosion de la lutte des classes sont réunies. La vague révolutionnaire qui balaye le continent latino-américain traversera les frontières et les océans.

Dans ce contexte national et international extrêmement riche et explosif, l’essentiel des discussions du congrès du PCF aurait dû porter sur la crise du capitalisme, sur les perspectives économiques, politiques et sociales qui en découlent, et sur le programme et la stratégie dont le parti doit s’armer pour mobiliser les travailleurs contre ce système. Or, ce débat est passé au second plan. Au lieu de cela, nous avons surtout assisté à une multitude d’interventions sur des thèmes aussi abstraits que : « métamorphose ou transformation profonde du parti ? ». En toile de fond de ce « débat », il y avait cette autre question beaucoup plus terre à terre : quel score fera la liste alternative de Marie-Pierre Vieu, c’est-à-dire des partisans de la « métamorphose », lors de l’élection du Conseil National ?

On est frappé par le fossé qui existe entre la base du parti et les discussions qui ont eu lieu pendant le congrès, c’est-à-dire entre la base et la direction du parti, car c’est elle qui a très largement dominé le congrès. Sur la question de l’avenir du PCF, par exemple, la grande majorité des militants du parti a déjà répondu très clairement, à plusieurs reprises : il faut maintenir et renforcer le parti. Beaucoup de militants réclament aussi un retour aux idées fondamentales du communisme, c’est-à-dire au marxisme. De ce point de vue, la différence entre le Congrès et l’Assemblée Extraordinaire de décembre 2007 est flagrante. La raison en est simple : lors de l’Assemblée de 2007, la proportion de militants issus de la base du parti était bien plus importante que lors du Congrès. Ainsi, le divorce croissant, entre la base et la direction du parti, est le résultat le plus évident du 34e Congrès du PCF.

Le texte d’orientation

Le texte d’orientation adopté par le Congrès n’offre aucune analyse sérieuse de la crise du capitalisme. De même, les éléments de programme que ce texte contient relèvent d’un réformisme insipide.

Des milliers d’amendements avaient été adoptés, en conférences de section, dans le but d’imprimer au texte un contenu plus révolutionnaire – plus communiste. Mais dans la pratique, les mécanismes en vigueur offrent à la direction sortante une très grande marge de manœuvre pour dénaturer ou éliminer les amendements qui ne lui conviennent pas. Passés à la moulinette des « commissions du texte », aux niveaux fédéral et national, soit les amendements disparaissent, soient ils ne figurent plus, dans le texte, que comme de lointains échos sans substance. Par exemple, de très nombreuses sections ont demandé que le mot d’ordre de nationalisation retrouve une place centrale, dans le programme du parti. D’innombrables « commissions du texte » plus tard, le document se prononce pour « de nouveaux types de nationalisations ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Quelles sont les caractéristiques de ces « nouveaux types » de nationalisations ? Le texte ne prend pas la peine de le préciser. La direction du parti ne se pose même pas la question, d’ailleurs. Son objectif était seulement de rendre le mot d’ordre de « nationalisation » méconnaissable, incompréhensible. C’est chose faite.

Autre exemple : on pourrait se féliciter du fait que Cuba a finalement été mentionnée, dans le texte final. Mais cet amendement ne donne pas un début d’analyse et n’engage le parti à rien. Il en va de même sur bien d’autres thèmes abordés par les amendements des sections. Le sort réservé aux amendements est, là encore, une illustration très claire du fossé qui s’est creusé, au fil des années, entre la base et le sommet du parti.

Les « profondes transformations » du PCF

De nombreux camarades se diront rassurés sur un point : le texte du congrès se prononce pour le maintien du parti et écarte l’idée d’une « nouvelle force politique », en lieu et place du PCF. Mais la vérité, c’est que rien n’est réglé, dans ce domaine. Car le texte se prononce aussi pour de « profondes transformations du PCF », sans dire précisément lesquelles. Comme l’a expliqué Pierre Laurent, à la tribune du Congrès, le texte donne à la nouvelle direction la tâche de définir ces « profondes transformations » – et d’en engager le chantier. Rien d’autre n’a été décidé par le Congrès. Or, la nouvelle direction est, à peu de choses près, la même que la précédente, qui nous a engagés dans l’aventure des collectifs « anti-libéraux », entre autres.

Nous sommes, nous aussi, pour de « profondes transformations » du parti. Nous sommes pour de profondes transformations de ce qui constitue le socle du parti : ses idées et son programme. En effet, le caractère réformiste de ces idées et de ce programme est la cause principale de l’affaiblissement du PCF, au cours de la dernière période. Notre texte alternatif, Renforcer le PCF, renouer avec le marxisme, développe notre point de vue sur cette question et pose les axes fondamentaux d’un programme authentiquement communiste. Mais c’est là précisément une transformation que la direction de parti se refuse à engager.

Marie-Pierre Vieu et la dialectique

Dans le domaine des idées et du programme, il n’y a aucune différence sérieuse entre la liste alternative déposée par Marie-Pierre Vieu et la liste élaborée par le Conseil National sortant. Qu’ils soient partisans de la « métamorphose » ou de la « profonde transformation » du parti, ces camarades partagent les mêmes idées réformistes. Le débat sur la transformation du PCF ne fut, dans une large mesure, qu’un prétexte politique à la lutte pour conquérir un maximum de sièges, dans les instances dirigeantes du parti.

Ce faisant, Marie-Pierre Vieu s’est élevée très haut, dans le domaine de la théorie : jusqu’à la « dialectique ». Car pour ceux qui l’ignoraient encore, la camarade Vieu est une redoutable dialecticienne. Prenez par exemple l’idée de « métamorphose » du PCF. Cette formule a été biffée du texte d’orientation. Quelle insulte aux lois de la dialectique ! Car tout, dans ce bas monde, se transforme et se métamorphose sans cesse, nous a expliqué la camarade Vieu. Mieux encore : toute chose vit et meurt. C’est inéluctable. C’est dialectique. Par conséquent, le PCF – comme le système solaire et les papillons – doit lui aussi disparaître !

Ce chef d’œuvre de raisonnement dialectique a tout de même laissé quelques interrogations en suspens. A quel moment précis le PCF doit-il disparaître ? Et qui doit décider de ce moment : Marie-Pierre Vieu ou les militants communistes ? Par ailleurs, le PCF a été fondé, en 1920, pour œuvrer au renversement du capitalisme français. Or cette tâche – plus urgente que jamais – n’a pas encore été accomplie, à notre connaissance. Par conséquent, si cela ne dérange pas trop Marie-Pierre Vieu, les militants du parti souhaiteraient que le PCF accomplisse sa tâche historique, avant d’envisager sa disparition dans le grand trou noir où la dialectique jette toute chose – papillons, système solaire et partis communistes !

Les deux autres listes alternatives

Outre celle conduite par Marie-Pierre Vieu, deux autres listes alternatives ont été déposées, lors du congrès. La première, conduite par André Gerin, était le prolongement du texte alternatif Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps. Nous ne répéterons pas, ici, nos critiques à l’égard de ce texte, et en particulier des idées nationalistes d’André Gerin (voir ici).

La deuxième liste était conduite par Nicolas Marchand, qui fait partie de ceux qu’il est convenu d’appeler – pour une raison qui nous échappe – les « économistes » du PCF (Dimicoli, Boccara, Cailloux, etc.). Là encore, il n’y a aucune différence fondamentale entre les idées des « économistes » et le texte d’orientation. En présentant sa liste, Marchand a déclaré que grâce aux amendements, le texte d’orientation adopté en Congrès – avec ses « nouveaux types de nationalisations », etc. – est « précis » et « cohérent ». Il affirme même qu’« un grand pas a été franchi », grâce à ce texte. Dès lors, la liste de Marchand n’avait qu’un sens : décrocher davantage de sièges, au Conseil National, que ne lui en proposait la direction du parti. Nicolas Marchand l’a d’ailleurs explicitement reconnu. Cependant, comme nous l’avons déjà expliqué (voir ici et ici), l’usine à gaz de mesures fiscales qui forme le programme de Marchand, Dimicoli et Boccara ne constitue en rien une alternative aux idées réformistes de la direction actuelle.

Même politique, même direction

Le vote des sections sur la « base commune », les 29 et 30 octobre, a exprimé une insatisfaction croissance, à la base du parti, contre la direction sortante et sa politique. Près de 40 % des votants ont choisi l’un des deux textes alternatifs. Un cotisant sur deux n’a pas voté. Et parmi les 60% des votants qui ont choisi le texte d’orientation du Conseil National, beaucoup ne cachaient pas leur mécontentement. Malgré cela, le Congrès n’a enregistré aucune modification significative – ni dans la composition de la direction, ni dans la ligne politique qu’elle propose de mettre en œuvre. Les dirigeants et les idées qui ont mené le parti de défaite en défaite, de recul en recul, sont très largement reconduits à la tête du parti.

Dans les semaines précédant le Congrès, les plus chauds partisans de la liquidation du PCF – Zarka, Martelli, etc. – ont alerté les militants communistes et le monde entier qu’ils étaient victimes d’une « purge ». Toute la presse capitaliste s’est empressée de faire écho à cette complainte. Mais grâce au poids de ces éléments et à leurs complicités, dans les directions nationale et fédérales, ils avaient une base solide parmi les délégués du Congrès, et ont trouvé refuge sur la liste alternative conduite par Marie-Pierre Vieu. En conséquence, ils conservent plus ou moins tous leurs sièges, au Conseil National.

Les 16% de voix réalisés par la liste alternative de Marie-Pierre Vieu est une illustration mathématique du fossé qui existe entre la base et la direction du parti. Car si ces dirigeants avaient soumis un texte alternatif au vote des militants, il est clair qu’ils auraient péniblement dépassé la barre des 5 %, malgré leur poids considérable dans l’appareil du parti. Parfaitement conscients de cela, ils se sont donc contentés d’écrire des contributions pour protester contre la « base commune » et contre la légitimité du Congrès lui-même, en se gardant bien de soumettre leurs idées au vote des militants. Mais une fois arrivés, nombreux, dans l’enceinte du Congrès national, à l’abri du vote des sections, ils ont retrouvé un peu de courage politique, beaucoup d’ambition personnelle – et leur indéfectible amie Sylvia Zappi, journaliste au Monde, qui n’économise jamais ses efforts pour chanter leur gloire et tromper ses lecteurs.

Une autre illustration du même phénomène, c’est la différence entre le score réalisé par le texte alternatif d’André Gerin (24%), dans les sections, et le score de sa liste alternative, au Congrès (10 %).

Enfin, aucun des quatre candidats au Conseil National qui avaient signé notre texte alternatif – Renforcer le PCF, renouer avec le marxisme – n’a été retenu par la direction du parti. Alors que notre texte a recueilli 15% des voix, dans les sections, la direction a refusé de lui accorder la moindre représentation. Lors de la discussion sur les directions, dimanche matin, deux de nos camarades ont pris la parole pour dénoncer cette entorse flagrante à la démocratie la plus élémentaire. La direction n’a même pas pris la peine de leur répondre, alors qu’elle avait passé la matinée à défendre l’idée que le CN devait refléter la « diversité politique » qui existe au sein du parti.

Comme nous l’avons expliqué à la veille du Congrès, nous n’avons pas écrit Renforcer le PCF, renouer le marxisme dans le but de décrocher des places au Conseil National. Nous voulions avant tout défendre nos idées et notre programme marxistes. Mais fort des 15 % de voix recueillis par notre texte, il était évident que nous devions présenter des candidats, au Conseil National, pour y défendre notre point de vue et nos propositions. En nous refusant toute représentation, la direction du parti confirme, aux yeux de tous, son hostilité aux idées et au programme du marxisme.

Revenir aux idées fondamentales du communisme !

En balayant d’un revers de main nos quatre candidats, la direction cherche à décourager les milliers de communistes qui ont voté pour notre texte. Nous ferons tout pour que cela n’arrive pas. Il serait d’ailleurs parfaitement incorrect de tirer des conclusions pessimistes des résultats du Congrès. Car nos efforts pour renouer avec les idées fondamentales du communisme ont remporté un premier succès très important, lors de la consultation interne. Et rien n’empêchera la progression de ces idées, dans les mois et les années à venir. Comme le disait Lénine, « le marxisme est tout-puissant parce qu’ils est juste. » La crise du capitalisme est une confirmation de la théorie et des perspectives du marxisme. Partout, la jeunesse et les travailleurs se mobilisent. Ils cherchent une réponse à la crise. Le « réformisme anti-libéral » que défend la direction n’est pas la réponse.

Une importante conclusion pratique qui doit être tirée de ce Congrès, c’est la nécessité de poursuivre, d’amplifier et de coordonner nos efforts pour redresser le parti. La Riposte appelle tous les militants communistes qui se reconnaissent dans ses idées à poursuivre leur engagement militant dans le parti. Il faut défendre les idées du marxisme, les expliquer de manière patiente et fraternelle, lors des discussions dans les sections et les cellules. Le parti a besoin de notre énergie et de notre enthousiasme. Grâce à un débat constructif entre communistes, il sera possible de convaincre une majorité de camarades et de développer l’implantation sociale du PCF. De cette façon, nous pourrons mettre le parti en situation d’accomplir sa tâche historique : le renversement du capitalisme et la transformation socialiste de la société.

Jérôme Métellus
(PCF Paris, délégué au Congrès)
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