Hénin-Beaumont, front de dernière minute anti-FN
11/06/09
POLITIQUE - Actualisé. On a frôlé le grand n'importe quoi, avec plus de dix listes annoncées et une dispersion de la gauche à Hénin-Beaumont. Finalement, à la clôture du dépôt
des listes, à 18h, il y en a neuf. A la dernière minute, un front républicain, du Modem à l'extrême-gauche, formé contre le Front national de Steeve Briois et Marine Le Pen, permet presque à la
gauche d'échapper au ridicule. En attendant, les habitants sont exaspérés.
Courte nuit. Le jeune socialiste Pierre Ferrari, 27 ans, attendu en troisième sur la liste de l'infirmier PRG Eric Mouton, investi par le Parti socialiste, a finalement réussi à
rassembler du Modem au Parti communiste, en passant par les chevènementistes. Le tout à la dernière minute et après une courte nuit. Il est tête de liste, suivi de Christine Coget, du Modem, puis
du communiste David Noël.
L'infirmier radical a du coup jeté l'éponge. Christine Coget menaçait de déposer une liste Modem si Eric Mouton maintenait sa liste. «
C'est un fidèle de Gérard Dalongeville, entre 2001 et
2005 il a tout voté, y compris les augmentations d'impôt de 85%, explique la candidate, il a même signé une déclaration de soutien au maire. A la même époque, j'étais à l'initiative d'une
manifestation de 600 personnes contre ces hausses d'impôt». Le Parti socialiste ne soutient pas cette liste d'union.
Prison. «
On appelle le Parti socialiste à prendre ses responsabilités», indique le communiste David Noël. «
Notre liste a prouvé sa combativité et son
intégrité». Il fait allusion au fait que Pierre Ferrari s'est vu retirer sa délégation d'adjoint en août 2008, et qu'aucun des membres de cette liste d'union n'a voté le dernier budget.
Christine Coget est par ailleurs une opposante de toujours au maire Gérard Dalongeville, aujourd'hui maire révoqué, écroué, et mis en examen pour détournement de fonds publics.
Les listes, au total : l'Alliance Républicaine, de l'ancien socialiste Daniel Duquenne, l'UMP de Nesredine Ramdani, les Verts de Régine Calzia, la liste d'union de Pierre Ferrari, et la liste
Front national de Steeve Briois, et quatre autres listes, enregistrées à la dernière minute, dont celle de l'ancien maire, Pierre Darchicourt, qui avait été battu par Gérard Dalongeville, son
ancien directeur de cabinet. S'ajoutent la liste de Laurent Bocquet, divers droite, celle de Jean-Marie Monka, déjà présent en 2008, et enfin Séverine Duval, pour le Nouveau parti
anticapitaliste.
Vaudeville. Bref, en tout, cinq listes à gauche. Et l'impression générale, sur place, c'est que les gens en ont marre. «
On n'a pas quitté le climat de campagne électorale
depuis 18 mois», soupire un observateur. Chaque jour de marché, c'est tractage en permanence.
«
Je distribuais des flyers pour un concert, les gens me disaient non non non, d'office», sourit, jaune, le directeur de l'Escapade, la salle de spectacles de la ville. Le quotidien,
c'est rumeurs et rebondissements.
Le blog du Front national fait son miel de ce vaudeville politique, avec un maire en prison, et une gauche noyée dans ses atermoiements jusqu'au dernier moment. La ville déjà est placardée
partout depuis plusieurs jours de la même affiche. Affiche d'où le logo et le nom du Front national ont disparu, mais pas le sourire du FN Steeve Briois, «l'enfant du pays», précise le
slogan.
En mars 2008, le FN avait remporté près de 29 % des voix, face à la liste Dalongeville autour de 52 %, et la liste de Daniel Duquenne, qui s'était maintenu, à 19 %. Marine Le Pen avait rassemblé
45 % des voix sur son nom aux législatives de 2007, dans la ville. Les élections municipales ont lieu les 28 juin et 5 juillet.
H.S. et S.M.
Rassemblés du PC au MoDem à Hénin-Beaumont
Créé le 12.06.09 à 04h29 |
Merci Marine. A Hénin-Beaumont, la fille de Jean-Marie Le Pen a finalement rendu possible le rêve d'une partie de la gauche. Une coalition allant du PCF au MoDem, en passant par des militants PS,
s'est formée dans la nuit de mercredi à jeudi pour barrer la route au Front national aux municipales de la fin juin. C'est en fait un petit putsch qui s'est conclu vers une heure du matin,
lorsque le socialiste Pierre Ferrari a endossé, contre l'avis de son parti, la tête de liste du rassemblement. Car le PS avait investi, lundi, le PRG Eric Mouton à la tête d'une liste d'« Union
de la gauche ».
Mais le nom de Pierre Ferrari était porté par le MoDem et certaines composantes du rassemblement voulu par le PS (PC, Parti de Gauche...). Il avait perdu sa délégation d'adjoint à l'automne après
avoir critiqué la gestion du maire, qui a finalement été placé en détention provisoire il y a deux mois.
Devant les soutiens de Pierre Ferrari, Eric Mouton (également adjoint de Gérard Dalongeville jusqu'en 2005) a donc jeté l'éponge. «
Une partie du PS n'a pas accepté ma nomination »,
regrettait-il hier, en apportant son soutien à Daniel Duquenne, de l'Alliance républicaine. Son retrait a ouvert la voie au ralliement du MoDem. «
Nous avons tenu bon, et c'est tant mieux car
nous acceptons une alliance particulière, mais indispensable », s'est félicitée Christine Coget, chef de file du MoDem à Hénin-Beaumont. Ce n'est pas du tout l'avis de Catherine Génisson,
première fédérale du PS du Pas-de-Calais : «
En transgressant la décision prise à l'issue d'un vote en conseil fédéral, Pierre Ferrari perd le soutien du PS. » Pour autant, pour ne pas «
participer à la dispersion des voix contre le FN », le PS ne présentera aucun candidat.
Le soutien des Verts manque tout de même à l'appel puisque Régine Calzia a déposé une liste hier après-midi. Au total, ils seront donc neuf à se lancer au premier tour le 27 juin, dont le
prédécesseur de Gérard Dalongeville, Pierre Darchicourt. Selon un sondage commandé la semaine dernière par le MoDem, une liste d'union gauche et MoDem récolterait 32 % des voix au premier tour,
contre 28 % au FN.
Olivier Aballain
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