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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Robert Hue, l'ancien secrétaire national du PCF, était ce weekend aux ateliers d'été de l'Espoir à Gauche, un courant du PS animé par Vincent Peillon, aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Marielle de Sarnez et Christiane Taubira.

Bien sûr, Robert Hue ne représente que lui-même. L'ancien secrétaire national du PCF, favorable à la liquidation du Parti Communiste a rompu avec le PCF et annoncé en plein milieu du 34ème Congrès qu'il fondait son propre club, le Nouvel Espace Progressiste. Malgré tout, il est assez triste de voir l'ancien secrétaire national du PCF se prêter à ce type de rassemblement confusionniste avec des centristes, des écologistes qui se veulent au centre et des sociaux-démocrates.

Ce n'est pas tant la question de l'ouverture au MoDem qui interroge. Cette ouverture, nous l'avons acceptée à Hénin-Beaumont dans un contexte tout à fait particulier où il fallait faire l'union sacrée des partis républicains contre l'extrême-droite et pour redresser une ville en faillite.

Avant de répondre à la question "faut-il s'allier au plan national avec le MoDem ?", il nous faut d'abord voir d'où vient le MoDem et quel est le projet politique porté non seulement par le MoDem, mais par les Verts et les courants droitiers du PS.
D'où vient le MoDem ? Le MoDem est l'héritier direct de l'UDF. L'UDF de Giscard d'Estaing était une confédération de partis regroupant les Radicaux valoisiens, les Républicains Indépendants (libéraux) et le Centre des Démocrates Sociaux (CDS), lui-même héritier du MRP.
Les libéraux ont quitté l'UDF et ont créé Démocratie Libérale dans les années 90 sous la direction d'Alain Madelin avant de rejoindre l'UMP en 2002. Les Radicaux valoisiens ont fait de même et forment aujourd'hui un parti associé à l'UMP, dirigé par Jean-Louis Borloo. Enfin, en 2007, une grande partie des élus droitiers de l'UDF ont rejoint le groupe parlementaire du Nouveau Centre qui soutient la majorité de Nicolas Sarkozy.
Ne reste donc autour de François Bayrou et du MoDem que les militants les plus à gauche de l'ex-UDF historiquement issus du courant démocrate-chrétien. 
De fait, un courant démocrate-chrétien de centre gauche existe depuis longtemps en France. La Jeune République de Marc Sangnier a soutenu le Front Populaire dans les années 30. A la Libération, le MRP de Georges Bidault et Maurice Schumann a défendu le programme du CNR avec le PCF et la SFIO et était au gouvernement avec eux sur des bases progressistes.
Si le MoDem veut renouer avec l'héritage chrétien progressiste, pourquoi ne pas l'intégrer dans des coalitions locales, alors que nous acceptons le PRG et les Verts ? Si au plan local, le MoDem se met d'accord avec la gauche sur un programme progressiste, il n'y a pas d'objection de principe à avoir contre la participation du MoDem à une coalition de gauche. C'est la position que nous avons eue sur Hénin-Beaumont, où nous avions en plus à affronter une extrême-droite puissante qui aurait pu l'emporter.

Au plan national, c'est une toute autre affaire. D'abord, le programme que défend le MoDem reste très éloigné des idées antilibérales. Si l'histoire du MoDem peut rattacher le parti de François Bayrou à l'aile progressiste de la démocratie-chrétienne, son idéologie reste logiquement imprégnée de libéralisme économique.
En fait, il s'agit pour les promoteurs d'une recomposition politique PS-Verts-MoDem de construire une espère de pôle démocrate dans l'optique de la présidentielle de 2012 et au passage de rompre avec ce qui a fait l'histoire de la gauche et du mouvement ouvrier.  Rien à voir avec ce que nous avons réalisé à Hénin-Beaumont !
Fonder un Parti Démocrate, c'est bien là le projet politique à long terme du MoDem et de l'aile droite du PS. On rejoint là l'histoire ancienne puisque déjà en 1945, une partie des dirigeants du MRP et de la SFIO rêvaient tout haut d'une fusion donnant naissance à un Parti Travailliste à la française.
En Italie, dans un pays où le parti socialiste était groupusculaire et entaché de corruption, on a ainsi assisté il y a quelque temps à la fusion des Démocrates de Gauche (ex-communistes) et des démocrates-chrétiens de la Margherita au sein d'un Parti Démocrate, avec le succès que l'on sait : la gauche italienne a été écrasée par Berlusconi aux dernières élections. A l'évidence, la création d'un Parti Démocrate ou d'un Parti Travailliste français issu de la fusion du PS et du MoDem ne garantirait pas une victoire contre la droite.
C'est pourtant ce à quoi veulent aboutir non seulement des dirigeants du MoDem, mais aussi d'importants dirigeants du PS et des Verts. C'est le Parti Démocrate américain érigé en modèle, avec, comme en Amérique la perspective de primaires pour désigner le candidat de ce pôle démocrate, écologiste et social dont rêvent Daniel Cohn-Bendit et Vincent Peillon. Dans ce scénario, François Bayrou affronterait en primaire les Manuel Valls et autres dirigeants socialistes à l'ego démesuré et pourrait être investi candidat du pôle démocrate contre Nicolas Sarkozy à la  présidentielle de 2012.
Outre que ce scénario ne ferait qu'accentuer la présidentialisation de la Ve République, il y a fort à parier qu'une telle issue couperait durablement la gauche politique du mouvement social et du monde ouvrier.

Le débat politique s'est focalisé le weekend dernier sur la question des alliances avec le MoDem, mais la question est mal posée. Ce n'est pas tant les alliances avec le MoDem qui posent problème, puisqu'elles sont acceptables, au cas par cas et qu'il peut y avoir des situations qui nous contraignent à l'union sacrée ; l'interrogation porte d'abord sur le PS, son projet politique et sa volonté de se prêter à une opération de recomposition politique pouvant déboucher sur la création d'un Parti Travailliste ou d'un Parti Démocrate.
 
Depuis le congrès d'Epinay en 1971, le PS est un grand parti de gauche et il a porté, avec le PCF, l'espérance de tout le peuple de gauche pendant près de 10 ans. Depuis le tournant de la rigueur de 1983, que d'espérances trahies ! La transformation du PS en Parti Démocrate ou en Parti Travailliste diviserait pour longtemps la gauche française et ouvrirait un boulevard à la droite.

Pour le Parti Communiste, qui se refuse à entériner la division mortifère de la gauche entre un pôle démocrate et un pôle anticapitaliste protestataire, le scénario d'une coalition arc-en-ciel prélude à une recomposition politique autour d'un pôle ou d'un parti démocrate est à bannir.
Battre la droite implique l'affirmation d'un projet de société anti-capitaliste ; changer la société et briser le pouvoir des capitalistes suppose, et c'est déterminant, le soutien du mouvement social à un gouvernement de gauche.
Avec le Front de Gauche, le Parti Communiste est à l'initiative d'un rassemblement antilibéral à vocation majoritaire sur des bases claires. Loin des tractations d'appareils et des tentatives de recomposition éloignées des préoccupations populaires, le PCF et ses alliés du Front de Gauche proposent de s'attaquer réellement au chômage, aux suppressions d'emplois, à la baisse du pouvoir d'achat en rompant avec le système capitaliste. S'il y a un espoir à gauche, c'est bien celui-là !
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Diablo 28/08/2009 18:19

Cet article bien documenté est très informatif:merci. Néanmoins, je suis en désaccord avec sa conclusion. Le "Front de Gauche" ne propose pas de rompre avec le capitalisme, il s'inscrit en effet dans une logique d'intégration à l'U.E. qu'il prétend pouvoir réorienter.Or l'U.E. est une machine de guerre du capitalisme et toute réforme progressiste dans notre pays (nationalisation démocratique, services publis authentiques...) passe par une entrée dans un conflit majeur avec les instances bruxelloises. (cf notamment les analyses du MPEP) . En faisant l'impasse sur cette question le "Front de Gauche" et ses composantes (PdG et PCF) trompent, en quelque sorte, les travailleurs. C'est juste mon avis. Salut et fraternité,