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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

A l'heure où le PCF s'engage dans une stratégie de rassemblement avec les forces altermondialistes inspirée par les idées des communistes refondateurs, il n'est pas inutile de lire les Mémoires de Pierre Juquin, qui viennent de paraître aux Editions de l'Archipel.

Né en 1930 à Clermont-Ferrand, diplômé de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé d'allemand, Pierre Juquin enseigne au lycée Lakanal de Sceaux de 1959 à 1966. Il rencontre Emmanuel Le Roy-Ladurie et Félix Damette, avec qui il se lie d'amitié.

  Pierre Juquin milite au SNES et adhère au Parti Communiste en
1953 ; il se distingue lors de la campagne pour les élections municipales de 1959.  Il intègre le comité fédéral de la Seine-Sud où il fait la connaissance de Georges Marchais.

En 1964, Pierre Juquin entre au comité central du Parti Communiste comme membre suppléant, puis titulaire à partir du XVIIIe congrès, en janvier 1967. Elu député de la troisième circonscription de l'Essonne en mars 1967, il est battu lors des législatives de juin 1968, mais retrouve son siège en 1973 et le conserve jusqu'en 1981.

Pierre Juquin intègre le bureau politique du PCF comme membre suppléant en 1979, lors du XXIIIe congrès puis comme membre titulaire en 1982.

Il dirige alors le bureau de presse et d'information et effectue de nombreux voyages en RDA.
Acquis à une forme d'aggiornamento idéologique du PCF sur le modèle du PCI italien de Berlinguer, partisan de l'eurocommunisme, Pierre Juquin juge sévèrement Georges Marchais. Il lui reproche sa rupture avec l'eurocommunisme et son rapprochement à contretemps avec l'URSS brejnevienne. Il explique comment en rompant avec le PS en 1977 sur la question de l'actualisation du programme commun, Georges Marchais s'est laissé piéger par François Mitterrand. Pierre Juquin revient également sur les interviews les plus accablantes de Georges Marchais, sur la question de l'Afghanistan ou celle du bilan "globalement positif" de l'URSS.

Pierre Juquin bascule alors dans l'opposition à la direction du PCF et est exclu du bureau politique du Parti Communiste en 1984 avant d'être exclu du PCF en octobre 1987, après avoir annoncé sa décision de se présenter à l'élection présidentielle.

Soutenu par le PSU, la LCR et des communistes rénovateurs, Pierre Juquin s'appuie sur de nombreux comités d'initiative et de soutien. Il n'obtiendra que 2,08 % des voix aux élections présidentielles de 1988.

Pendant que ce qui reste des "comités Juquin" fusionne avec le PSU pour former l'Alternative Rouge Et Verte (devenue Les Alternatifs, une formation groupusculaire qui compte 700 adhérents), Pierre Juquin rejoint les Verts.

Il milite aujourd'hui au Parti Socialiste et a appelé il y a quelques jours dans les colonnes de Libération à voter pour Laurent Fabius.

Les Mémoires de Pierre Juquin présentent un intérêt historique certain : au-delà de l'itinéraire d'un homme et de la simple autobiographie, elles nous font revivre près d'un demi-siècle d'histoire et de vie politique à travers les yeux d'un acteur de premier plan, souvent lucide, comme lorsqu'il rencontre l'écologiste René Dumont et qu'il prend conscience de la problématique environnementale.

Mais l'itinéraire de Pierre Juquin est aussi celui d'un échec : l'échec d'une tentative de fédérer une force de gauche radicale à la fois communiste, citoyenniste et écologiste. Etrangement, Pierre Juquin est peu disert sur cet échec et, c'est révélateur, son livre s'arrête au lendemain de l'élection présidentielle de 1988.
Pour le présent, c'est aussi une leçon à méditer : les comités d'activistes qui naissent à l'occasion d'une campagne présidentielle ne parviennent généralement pas à s'imposer dans la durée.

Dans ces conditions, on ne sait pas trop ce qu'espèrent Roger Martelli, Pierre Zarka, Patrick Braouezec et les refondateurs du PCF.
Alors que le Parti Communiste s'est profondément transformé et est redevenu incontournable, pourquoi vouloir rééditer en 2007 l'opération des "comités Juquin" au travers de comités unitaires antilibéraux coupés de la population ?
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julien 04/11/2006 17:55

Salut David,tu devrais télécharger voire mettre à disposition sur ton site son entretien sur france-culture :La fabrique de l'histoire du 23 octobre

David NOËL 04/11/2006 18:44

Oui, bonne idée, je donne le lien : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/fabriquenew/fiche.php?diffusion_id=46441