Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

Archives

Publié par David NOËL

A l'initiative de l'association Droit de Cité, Hénin-Beaumont accueille, du 8 au 10 mars le collectif Aux urnes etc. pour trois jours de débats et de concerts sous les chapiteaux dressés pour l'occasion sur la place de la Perche.

Sous le premier chapiteau, une scène et quelques dizaines de chaises, mais aussi des affiches et une exposition d'Amnesty International. Hier soir, de nombreux Héninois de tous les âges se pressaient autour des stands de Greenpeace, d'Amnesty International, de la Ligue des Droits de l'Homme, de Colères du Présent ou encore du Genepi.
Sous le chapiteau, 150 personnes sont là, c'est une réussite.

Vers 19h, le débat peut s'engager, animé par Frédéric Métézeau, de Radio France.
Autour de l'animateur, Jean-François Dejours, d'Attac Lens-La Gohelle, Violaine Debarge, d'Attac Lille, Fouzia André, des Enfants de Don Quichotte, Farid Ramou, de Choeurs de Fondeurs et du MNCP et Franck Vandecastel, chanteur de Marcel et son orchestre étaient invités à débattre des "nouveaux engagements citoyens".

Face à la montée de l'abstention et alors que le syndicalisme est en crise, les nouveaux engagements citoyens s'opposent-ils à des formes d'organisation qui seraient dépassées, faute d'être en phase avec la société actuelle ?
Pour Jean-François Dejours et Violaine Debarge, ce n'est pas le cas ; Jean-François Dejours a expliqué que son engagement à Attac ne s'opposait pas à un engagement politique ou syndical et que les altermondialistes faisaient eux aussi, à leur manière, de la politique.
Franck Vandecastel figurait sur la liste d'Alain Bocquet aux élections régionales et s'en est expliqué : "Je me suis investi dans les mouvements antiracistes, j'ai fréquenté l'extrême gauche, la LCR, le PT qui s'appelait encore le PCI, j'y ai gardé des copains, mais être sur la liste du PC, c'était un engagement citoyen, pour défendre le pluralisme politique face au bipartisme. La politique, c'est absolument nécessaire, ça signifie plus de contrôle sur l'économie, et moins de politique, ça veut dire moins de contrôle sur l'économie."

Pour Fouzia André, porte-parole des Enfants de Don Quichotte à Lille, les associations ne sont pas forcément mieux armées que les partis pour aider concrètement les gens : "A Lille, les Enfants de Don Quichotte, on était une dizaine de bénévoles, surtout du DAL et une vingtaine de SDF sur le parvis Saint-Maurice. Beaucoup d'associations sont rentrées dans des ronrons : on commence par faire un budget, on va à la DDASS porter des dossiers, on évalue... Moi, j'ai pu participer parce que j'étais libre. Ceux qui étaient au parvis Saint-Maurice, ils étaient au RMI, quelque part, ils n'avaient rien à perdre, ils étaient libres, tandis que des cheminots, des syndicalistes sont venus nous aider, nous apporter des sandwichs, mais à un moment, ils ont dû repartir, reprendre leur poste. On est un peu esclaves de notre porte-monnaie !"

Revenant sur la place des partis politiques, Farid Ramou a tenu à apporter un bémol : "Moi, sur les partis politiques, je suis plus circonspect. Aux régionales et sur le référendum, je me suis engagé, en appelant à voter PS, ou en faisant campagne avec le PC, mais regardez aux régionales : au premier tour, on a fait une liste largement ouverte, on est allé chercher des gens comme Franck, des ex-salariés de Metaleurop, des gens qui pouvaient parler aux classes populaires, mais au deuxième tour, ils ont tous disparu au profit des professionnels de la politique, c'est ça qui est dommage ! Après, le syndicalisme, c'est différent. Moi, j'étais délégué syndical, mais le syndicat, c'est utile quand on est salarié, mais une fois qu'on n'est plus salarié, qu'on est licencié, alors, le syndicat n'est plus entendu. Si on a créé Choeurs de Fondeurs, c'est pas par défiance envers les syndicats, mais c'était pour mieux se faire entendre, on a plus été entendus avec Choeurs de Fondeurs."

Se faire entendre pour remettre en cause le système libéral, c'est le combat de Jean-François Dejours et de ses camarades d'Attac : "Nous on tient un discours voisin de ce que tient le Plan B, mais tout le monde ne lit pas le Plan B ! Nous, par le biais de nos tracts, de nos conférences, par le biais d'un discours, on remet du possible dans la tête des gens, on fait de l'idéologie, mais on ne se substitue pas au politique. La citoyenneté, c'est la participation à la vie de la Cité, de la nation, il n'y a pas d'autres citoyenneté que celle-là. Je crois que c'est une illusion de croire que l'on peut obtenir des résultats par des luttes sociales au plan européen, c'est du flan. Moi, je suis internationaliste, mais un homme de gauche qui ne remettrait pas en cause le pacte de stabilité raconterait des histoires. L'Europe libérale confisque la souveraineté populaire, il faut se la réapproprier."

Se réapproprier une souveraineté populaire confisquée par les forces du marché ? Pas facile quand la mode est à l'éphémère et que les médias se désintéressent des événements aussi vite qu'ils les ont propulsés à la une de l'actualité.
C'est ce qu'explique Franck Vandecastel : "Depuis mes premiers engagements antifascistes dans les années 80, j'ai vu passer quantité de mouvements : SOS Racisme, Solidarnosc, les Enfants de Don Quichotte, mais on a l'impression que rien n'est durable. Est-ce que c'est un jeu médiatique ? Je n'en sais rien, mais je rencontre des tas de camarades désabusés, qui hésitent à s'engager pour des détails, des querelles de personnes. Mais des cons, il y en a partout, dans toutes les organisations, et on ne peut jamais être d'accord sur tout, c'est la vie... Seulement, à un moment, quand on veut vraiment défendre une cause, il faut s'engager, il faut avoir le courage de le faire. Aujourd'hui, ce sont les groupes financiers qui décident de ce que sont les droits fondamentaux, ça ne peut plus continuer comme ça."

Comment faire passer ce discours dans les classes populaires ? "Oh, on est entendus, explique Farid Ramou, mais on doit faire face au découragement. A Metaleurop, on est en procès depuis trois ans, mais on a un avocat et eux, ils en ont 5 ou 6. Il y a déjà eu trois suicides et sur les 800 salariés licenciés, on a encore 200 personnes qui vivent dans la précarité, dont 30 qui ne sortent pas de chez eux, même quand on passe les voir."

Les artistes peuvent sans doute aider à la prise de conscience citoyenne, mais à condition de rester dans leur rôle, tempère Franck Vandecastel : "Moi, je viens d'un quartier populaire, dont on a parlé récemment, c'est le même quartier que Franck Ribéry... J'ai travaillé dans les mouvements d'éducation populaire, j'écoutais Renaud et des tas d'artistes engagés, mais quand on écrit une chanson, on fait de l'art, on n'écrit pas un tract politique, on écrit avec sa sensibilité, l'important c'est de faire rêver les gens, de les emporter avec notre musique, notre émotion."
Violaine Debarge ne dit pas autre chose : "Sartre ? Mais il a écrit des pièces politiques super chiantes ! Moi, je suis metteur en scène, mais je me refuse à faire un art-leçon, c'est un art-incandescent que j'essaie de porter et c'est le meilleur moyen de toucher le spectateur."

Frédéric Métézeau avait gardé pour la fin la question des médias et a lancé le débat en se faisant l'avocat du diable : au-delà de la critique des médias, et si c'était aussi aux militants du mouvement social d'apprendre à communiquer ?

"Et pourquoi ce ne serait pas aux journalistes d'apprendre à vivre sous une tente ?" s'est insurgé quelqu'un dans le public.

"Non, il n'y a pas de préparation possible, a expliqué Farid Ramou. Quand le 16 janvier 2003 on apprend par une dépêche que Metaleurop est mise en liquidation, deux heures après, toutes les caméras de télévision, les radios, les journaux sont là, il n'y a pas de préparation possible. Mais les journalistes sont avant tout des hommes et des femmes, c'est toujours ce que j'ai voulu garder à l'esprit et j'ai essayé d'instaurer des rapports humains avec eux. Je crois que ça n'a pas trop mal marché, parce que 4 ans après, quand Arnaud Montebourg parle dans une émission de télé de notre situation, le lendemain, des journalistes nous téléphonent pour faire un reportage sur le thème "Metaleurop, 4 ans après". On est pas tombés dans l'oubli."

Attac s'est largement penchée sur la critique des médias. Pour Jean-François Dejours, "Il faut libérer les médias, ils sont sous occupation, sous l'occupation des marchands de canon. Aux Etats-Unis, ils ont même réussi à convaincre l'opinion publique que Saddam Hussein avait participé aux attentats du 11 septembre ! Les médias ? Il faut les renationaliser ! C'est le problème du financement par la publicité qui est en cause et qui contamine les médias. Moi, je suis enseignant, je suis fonctionnaire et je suis libre. Un journaliste aura bien plus de liberté s'il doit rendre des comptes à une administration, s'il est fonctionnaire, que s'il doit rendre des comptes à un marchand !"

"Il ne faut pas oublier la question du format !" Pour Franck Vandecastel, "La question du format, c'est essentiel. En trois secondes, Le Pen peut dire "Trois millions de chômeurs, c'est trois millions d'immigrés", mais les progressistes ont besoin de temps pour argumenter, ça c'est la responsabilité des journalistes et notamment des journalistes du public de le comprendre. Il faut que vous, les journalistes du public, vous arrêtiez cette course à l'audience avec RTL, que vous arrêtiez avec cette dictature du format en 1'10 !"

21h. Personne n'a vu le temps passer. Avant de se séparer pour aller voir les concerts, Franck Vandecastel intervient : "Avec ce collectif Aux urnes etc., on est venus ici pour vous dire d'aller voter. On ne va pas vous dire pour qui il faut voter, mais tout ce qu'on peut vous dire et c'est important, ici, sur Hénin-Beaumont, c'est pour qui ne pas voter. Il y a un vrai danger du Front National. Il faut se mobiliser et tous aller aux urnes pour lui barrer la route !"

Dans le public, un spectateur désabusé intervient : « Les médias sont aux mains des capitalistes. Même sur internet, rien n’est gratuit. On ne va quand même pas faire la révolution… ».
C’est Jean-François Dejours qui lui répond : « Mais si ! Il faut la faire ! »

Chiche !
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article