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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Conference-de-presse-Jean-Luc-Melenchon-14-06-12.jpg"Philippe Kemel est un homme intègre, pondéré et persévérant." Eugène Binaisse, maire (divers gauche) d'Hénin-Beaumont, ne tarit pas d'éloges sur son collègue de Carvin. Et reste confiant sur l'issue du scrutin de dimanche 17 juin : le socialiste, qui a supplanté Jean-Luc Mélenchon, parviendra à s'imposer face à Marine Le Pen dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Prudent, il appelle tout de même les 42,5 % d'abstentionnistes du premier tour à "faire corps" autour de la candidature de M. Kemel.

Car la partie est loin d'être gagnée. Malgré le redécoupage électoral de 2009, qui a vu s'ajouter deux communes socialistes - dont celle de Carvin - à la circonscription, M. Kemel (23,72 % des voix) est arrivé loin derrière Mme Le Pen (42,26 %). Pire, le conseiller régional a terminé derrière la présidente du FN dans toutes les communes de la circonscription, y compris celle qu'il dirige.

PAS QUE DES AMIS

A Hénin-Beaumont, il a même fait moins bien que M. Mélenchon et semble payer l'affaire Dalongeville, du nom de l'ancien maire socialiste de la commune, mis en examen en 2009 pour "détournement de fonds", "faux en écriture" et "favoritisme", dans une affaire de fausses factures.

M. Kemel, professeur de logistique de 63 ans, ne s'est pas fait que des amis. Les communistes sont ainsi moins positifs que M. Binaisse. Ils l'accusent de leur avoir pris la mairie de Carvin avec la droite. "Faux", répond celui qui parle d'"ouverture sur la société civile". Onze ans plus tard, Odette Dauchet, l'ex-maire, dit pourtant en garder un "profond ressenti". David Noël, secrétaire de la section PCF d'Hénin-Beaumont, n'est pas plus tendre, estimant que M. Kemel a fait "une campagne peu courageuse de quelqu'un qui veut être un élu godillot".

"TROUILLARD"

Au sein de son propre camp, M. Kemel, aubryste, s'est aussi attiré des inimitiés. Sa désignation, dans une primaire interne au PS, a créé des remous. L'un des candidats malheureux, Jean-Pierre Corbisez, a contesté son élection devant les instances nationales du parti. M. Kemel parle, lui, de "petites contestations", qui peuvent "laisser quelques petites blessures dans une famille".

Pendant la campagne, M. Mélenchon ne s'est pas privé d'ironiser sur le sujet, dénonçant "les batailles entre seigneurs locaux", les "tricheries diverses" et "la lente décomposition d'un système hégémonique agonisant". Dans sa ligne de mire, la sulfureuse fédération PS du Pas-de-Calais et le député sortant, Jean-Pierre Kucheida, maire de Liévin, visé par une enquête pour "abus de biens sociaux". "Je n'ai rien à voir avec tout ça", évacue M. Kemel.

Le FN se frotte les mains, d'autant que le maire de Carvin - qui refuse "de mettre des gants de boxe" - a décliné une invitation de France 3 à débattre avec Mme Le Pen. "C'est un trouillard, ricane Steeve Briois, suppléant de la présidente du FN. Avant, l'étiquette PS était un atout. Maintenant, c'est un frein."

Malgré tout, le front républicain s'est mis en marche. Au lendemain de sa défaite, M. Mélenchon a clairement demandé à ses partisans de se reporter sur M. Kemel, allant même jusqu'à s'afficher avec lui lors d'une conférence de presse. Idem pour la candidate écologiste, Marine Tondelier. Le candidat centriste, Jean Urbaniak, appelle aussi à faire barrage au FN. Même Mme Dauchet dit qu'elle votera pour lui, même si "ça lui brûlera les doigts au moment de glisser le bulletin dans l'urne".

Par Raphaëlle Besse Desmoulières (Hénin-Beaumont, Pas-de-Calais, envoyée spéciale)

Légende photo : Philippe Kemel (PS) lors de sa conférence de presse commune avec Jean-Luc Mélenchon (FG) et Marine Tondellier (EELV), à Hénin-Beaumont, jeudi 14 juin. | Olivier Coret/French-politics


Source : Le Monde
Samedi 16 juin 2012

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