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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Photo-1-article-Le-Monde-31-10-13.jpgIls ont monté leur stand –– rouge, forcément –– dans le quartier du Panthéon à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), mercredi 30 octobre. Dans cette ville, vitrine et laboratoire du Front national dont Marine Le Pen a fait un symbole, militants du Parti communiste et du Parti de gauche ont décidé de se battre. Aujourd'hui, ils organisent un porte-à-porte dans cet ancien quartier minier, mais ils savent que la tâche ne sera pas facile.

« C'est là où ça vote le plus FN », reconnaît David Noël, secrétaire de section du PCF. « On assiste à une banalisation qui s'est faite sur des approches de premier degré contre lesquelles on a beaucoup de mal à lutter, ajoute Jean-Pierre Carpentier, du PG. On est dans un système de bouc émissaire très facile. »
Ici, les petites maisons de briques rouges usées par le temps abritent des logements sociaux. L'accueil est souvent cordial, même si certaines portes resteront obstinément fermées. MM. Noël et Carpentier ne se découragent pas. A chaque porte, le même rituel. Les militants sonnent, tendent leur tract et déroulent leur argumentaire. Mettre « l'humain d'abord », « sortir des chamailleries politiciennes », « parler des problèmes concrets des gens : transports, logement, services publics ». Une dame prend le tract, en redemande un second et finit par dire qu'elle a voté pour Jean-Luc Mélenchon. « Faut que tout le monde s'y mette pour qu'ils ne passent pas », glisse-t-elle. « Ils » ? Le FN. Le nom ne sera pas prononcé.

« MOI, JE “MISÈRE” TOUS LES MOIS »

Sa voisine a moins de scrupules. Cette mère de famille, qui estime que « tous les politiciens sont des menteurs », a voté pour Marine Le Pen « en espérant que ça fasse peur ». Elle trouve que l'Etat en fait « beaucoup pour les immigrés » et qu'« il faudrait penser aux Français maintenant ». « Moi, je “misère” tous les mois », lâche-t-elle.

« Nous, on se bat pour tous, lui répond M. Noël. On se préoccupe des vrais problèmes des gens alors que le FN n'est obsédé que par la sécurité. » La jeune femme acceptera tout de même le tract. « Il ne faut pas heurter les gens, souligne le militant communiste. On doit réussir à engager le dialogue et essayer de leur faire comprendre qu'on n'obtiendra pas de nouveaux droits en rognant sur ceux des autres. »

Il y a aussi cette retraitée, accoudée au portail de sa maison. La conversation est vite engagée. A 69 ans, elle affirme qu'elle ne vote plus. « Voter ? Pour quoi faire ? Moi, j'ai connu la solidarité mais aujourd'hui, vous êtes dans la merde, y a personne qui vient vous aider », assène-t-elle. Elle reconnaît cependant avoir glissé un bulletin Hollande en 2012. « Mais qu'est-ce qu'il fait le socialiste, hein ? Rien ! » « Faut remettre du rouge à Hénin », lui renvoie le militant communiste. Finalement, « peut-être » qu'elle ira voter pour les municipales…...

Photo-2-article-Le-Monde-31-10-13.jpgA quelques numéros de là, un autre retraité accepte de discuter. Il fustige François Hollande qui « est en train de tout démolir » et la taxe à 75 % à cause de laquelle « ils vont tous se sauver ». « Ça ne me dérangerait pas de voir le FN à la mairie », estime-t-il, en précisant qu'il n'a « toujours pas voté » pour l'extrême droite.

« EXPLIQUER QUELLES SONT LES RAISONS DE NE PAS VOTER FN »

Pour M. Carpentier, la politique de M. Hollande est en cause. « Le problème, c'est d'aller expliquer quelles sont les raisons de ne pas voter FN, intervient le militant du PG. Les gens sont désemparés de voir que leur situation continue à se dégrader avec un gouvernement qui se dit de gauche. La clé, c'est l'emploi : on est dans une région où on a une troisième génération qui n'a pas connu le travail à la maison...… »

Pour les municipales de 2014, le Front de gauche a donc décidé de faire entendre sa voix. Malgré la multiplication probable de listes à gauche et la forte probabilité de voir la ville basculer à l'extrême droite, ses militants refusent de se ranger derrière une liste d'union au premier tour. « Nous ne sommes pas des satellites du PS, explique M. Noël. Le FN se nourrit des renoncements des partis de gauche. » A Hénin-Beaumont, les socialistes n'ont pas bonne presse. L'ancien maire PS de la ville, Gérard Dalongeville, a été révoqué en 2009 avant d'être condamné en 2013 à quatre ans de prison pour détournements de fonds publics, un jugement dont il a fait appel.

Le Front de gauche veut encore y croire. « En 2009, le FN a perdu alors que la situation n'avait jamais été aussi favorable avec un maire en prison », rappelle M. Noël. Même si Mme Le Pen a frôlé les 50 % de voix au premier tour des législatives de 2012 sur Hénin-Beaumont, les 21 % de M. Mélenchon ont redonné espoir à des militants usés par le lent déclin du PCF dans la région.

« Nous sommes la première force de gauche à Hénin », clame fièrement M. Noël, qui prend toujours soin de préciser ce qu'est le Front de gauche. Plus d'une heure a passé, les militants ont terminé. Ils sont satisfaits du nombre de portes ouvertes mais le froid commence à se faire sentir. Il est temps de rentrer, la campagne ne fait que commencer.

Raphaëlle Besse-Desmoulières

Légende photo 1 : Mr. Noël, militant du Parti Communiste, tient le stand de son parti dans une rue d'Henin Beaumont lors d'une journée de tractage. | MICHAEL ZUMSTEIN/AGENCE VU

Légende photo 2 : David Noël (g) discute avec une habitante d'Hénin-Beaumont lors d'une journée de tractage. | MICHAEL ZUMSTEIN/AGENCE VU


Source : Le Monde
Jeudi 31 octobre 2013

Commenter cet article

oscar 01/11/2013 08:38


Génial cet article ! à lire et à relire sans modération. A diffuser très largement...