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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

logo liberationReportage. En neuf mois de mandat, le maire évite l’idéologie, se contentant, pour le moment, de décisions consensuelles.

De notre correspondante Haydée Sabéran

Le FN continue de faire du charme à Hénin-Beaumont. Baisse de 10% de la part communale de la taxe d’habitation, contrats de chauffage et de téléphonie renégociés à la baisse, photos d’habitants souriants placardées pour la Semaine bleue, retour de l’ancienne fête des «Médiévales», «petits déjeuners» avec les chefs d’entreprise locaux, coups de peinture, trottoirs refaits, arbres élagués. «De l’esbroufe. On a plus l’impression d’une mairie de droite modérée que d’une mairie FN», note une habitante qui vote à gauche.

La vitrine nationale du FN ressemble à un magasin bien rangé. Steeve Briois, 43 ans, nouveau vice-président du parti aux exécutifs locaux et à l’encadrement, député européen et maire de la ville de 27 000 habitants, avait assuré, candidat, qu’il ne ferait «pas d’idéologie».

«Clins d’œil». Elu dès le premier tour, le 23 mars, avec 50,26% des voix, il s’efforce d’offrir le moins d’aspérités possible. La maison de quartier Maurice-Thorez n’a pas changé de nom, et pas d’ingérence dans le programme de la salle de spectacle. «La ville gère le quotidien, mais n’est-ce pas ce qu’on attend d’une municipalité ?» commente Bruno Bilde, adjoint au maire, conseiller de Marine Le Pen et membre du bureau politique du FN. Il y a quelques projets sécuritaires : la vidéosurveillance fin 2015, et déjà des rondes plus fréquentes de la police municipale. C’était une promesse. Par ailleurs, la ville, plutôt calme, a connu ces dernières semaines un cambriolage violent, et un braquage. Il y a eu un faux pas, l’arrêt du prêt d’un local à la Ligue des droits de l’homme, une des premières mesures du mandat, et un revers : un arrêté anti-«mendicité agressive» annulé. Le tribunal administratif de Lille, n’a vu aucune «mendicité agressive». L’arrêté visait des Roms qui, certains jours, mendient dans le centre-ville. La municipalité en promet un autre.

Des fautes ? Marine Tondelier (EE-LV), membre de l’équipe d’opposition de gauche, voit surtout des «clins d’œil» à l’électorat FN classique. A part ça, elle assure que la municipalité, quand elle rénove les trottoirs ou agrandit une crèche, fait… «ce qu’on aurait voulu faire», et récolte les fruits du travail des prédécesseurs. «Ils se prétendent plus écolos que les écolos, plus socialistes que les socialistes, mais ils ne font qu’arriver au bon moment. Tout le boulot pas sexy a été fait par Eugène Binaisse [le précédent maire divers gauche, ndlr], qui a mis de l’ordre après les années Dalongeville.» Allusion à l’ex-maire PS, qui a creusé deux déficits, presque doublé les impôts, et a été condamné en août 2013 à trois ans de prison ferme pour détournements de fonds. Son ancien colistier, Clément Golka, divers gauche, longtemps président d’une association d’anciens combattants, et adversaire du FN a basculé : il siège désormais comme «apparenté», avec le FN.

«Dérapage». «Au quotidien, les gens se fichent de l’idéologie», reconnaît Patrick Piret, ex-militant Modem qui aimerait construire une alternative au FN et au PS à Hénin. Il ironise : «Pour leur projet d’équipement sportif à 10 millions d’euros, ils devront solliciter des fonds européens, eux qui dénigrent Bruxelles.»

Chez une majorité des salariés de la ville contactés, les élus FN renvoient l’image d’élus prévenants. «De la séduction», estime un salarié, alors que l’ancienne municipalité est poursuivie par deux agents pour harcèlement moral. David Noël, conseiller municipal communiste, assure que parfois «le vernis craque», avec «agressivité» dès qu’on oppose une «résistance» au maire FN. Quand le délégué Force ouvrière des salariés municipaux écrit un tract virulent, Steeve Briois contre-attaque : «Ce dérapage met fin à tout dialogue avec l’individu que vous êtes», lui écrit-il. Mais depuis, Force ouvrière a raflé 57 % des suffrages aux élections professionnelles du 4 décembre. Commentaire de Franck Mayeux, le délégué FO : «Si les agents se sentaient si bien, ils ne nous auraient pas donné la majorité absolue.»


Source : Libération
Samedi 20 décembre 2014

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