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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

jeanclaude-danglot.jpgLe débat sur la désindustrialisation des territoires fait suite aux travaux de la mission d’information qui ont donné lieu à un rapport d’information. Comme l’a exposé en commission ma collègue la sénatrice Isabelle Pasquet, les sénateurs de notre groupe ont voté contre les conclusions de la mission considérant qu’elles s’inscrivent fidèlement dans la libéralisation de l’ensemble des secteurs industriels. Le rapport décrit avec rigueur la saignée de l’emploi industriel en France depuis plusieurs décennies et reconnaît l’absence de politique industrielle. Cependant, les solutions proposées comme les débats en commission, ont montré que notre conception de ce que devrait être la politique industrielle et celle de la droite sont irréductiblement différentes. C’est dans ce sens que nous avons déposé une contribution au rapport de la mission.

Dans la période récente l’activité industrielle n’a cessé de se dégrader notamment sous les effets pervers de l’économie de marché, de la concurrence libre et non faussée, ou encore comme le note le rapport : « en raison des excès du libéralisme prôné par l’OMC ». La crise économique et financière de ces dernières années, et les politiques économiques irresponsables conduites par une droite obnubilée par la rémunération de l’actionnariat ont détruit plus d’emplois dans l’industrie que dans tous les autres secteurs d’activités. Dans ce contexte, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a encouragé la financiarisation de l’économie tournant le dos à la production de richesses industrielles, la revalorisation du travail et des qualifications.

La régression de l’effort global de formation professionnelle, le manque d’attractivité des métiers du secteur industriel, notamment dans l’industrie manufacturière, le faible niveau des salaires pose la question cruciale pour l’avenir du remplacement des effectifs du secteur et de la transmission des savoir-faire. Les conflits portant sur les revalorisations de salaire dans le secteur se multiplient : dans le Nord Pas-de-Calais les salariés de Toyota, Eiffage, Faurécia ou au niveau national ceux de Nestlé et Carrefour ont entamé des grèves pour protester contre le faible niveau de leurs salaires.

Le Président du pouvoir d’achat n’a pas tenu ses promesses, et la dernière promesse en date sur une éventuelle prime aux salariés contre les dividendes des actionnaires constitue, au-delà de son caractère purement électoraliste, une mesure largement insuffisante et discriminante entre les différentes entreprises.

Quand, le patronat considèrent que le coût du travail est trop élevé en France le gouvernement lui donne satisfaction à coup d’exonération de cotisation sociales, de crédit d’impôt etc. Il s’agit en réalité d’accroitre la richesse de quelques-uns contre l’intérêt de tous. Gardez à l’esprit que les entreprises du CAC 40 ont dégagé 82,5 milliards d’euros en 2010, soit 85% de plus que l’année précédente, ce n’est pas le cas des salaires !

Si le gouvernement veut préserver l’activité industrielle il doit regarder en face les comportements voyous de certains groupes du secteur industriel.

Et pour vous en convaincre il suffit de se souvenir du cas des salariés de Continental licenciés en 2009 alors que l’entreprise réalise la même année, au deuxième trimestre pas moins de 40 millions de bénéfices, ou des salariés de l’entreprise Caterpillar eux aussi licenciés quand la multinationale annonce 371 millions de dollars de bénéfices au second trimestre de la même année. Exemple plus récent, la suppression de près de 1500 emplois à la suite de la fusion de Merck (MSD-Chibret en France) et Schering-Plough, alors que le bénéfice net du groupe s’élève à 12,9 milliards de dollars en 2009 contre 7,8 milliards en 2008.

Pourquoi ces situations inadmissibles sont-elles possibles ? La droite en porte l’entière responsabilité. En 2002, dès leur retour au pouvoir le gouvernement Raffarin et la majorité parlementaire ont décidé l’abrogation de la Loi de notre collègue Robert Hue qui renforçait les pouvoirs des salariés contre les licenciements boursiers.

Le gouvernement doit prendre ses responsabilités, interdire les licenciements boursiers et conditionner l’octroi des aides publiques aux entreprises.

Quant aux aides à la relocalisation mises en place par le gouvernement, elles sont un nom sens et constituent encore une charge pour les contribuables ! Nous demandons un mécanisme de remboursement des aides publiques directes et indirectes dans le cas où l’entreprise bénéficiaire aurait procédé à une délocalisation de sa production. Il faut un véritable contrôle et une évaluation contradictoire des aides.

De plus en plus de groupes industriels à la santé florissante délocalisent leur production. Il y a deux semaines PSA annonçait qu’il allait produire un nouveau modèle en Slovaquie : un investissement de 130 millions d’euros et 900 nouveaux emplois ! Le dumping social joue à plein au niveau européen ! Là encore il est essentiel de revoir les règles et d’harmoniser les statuts et les rémunérations des travailleurs par le haut.

Pouvez-vous prétendre à la relance industrielle annoncée depuis les états généraux, si l’Etat n’intervient pas et laisse faire au nom du libéralisme, pire, accompagne les stratégies industrielles des grands groupes.

Selon les derniers chiffres officiels, 6700 emplois industriels ont été perdus dans le Nord Pas-de-Calais entre 2009 et 2010, 40 000 en 5 ans.

Je prendrais deux exemples récents de deux secteurs industriels stratégiques de mon département : la sidérurgie et l’automobile.

Le groupe Aperam (Arcelor Mittal) vient d’annoncer pour son usine d’Isbergues qui a déjà perdu sa fonderie, un plan de sauvegarde de l’emploi pour le secteur tôlerie qui concerne plus de 2000 salariés alors qu’une expertise montre l’existence de solutions alternatives.

Le groupe Renault, j’en reparlerai, envisage de délocaliser sa fabrication de deux futurs moteurs en Roumanie et en Espagne au détriment de sa filiale spécialisée dans ce type de production, la FM à Dauvrin. Des centaines d’emplois sont menacés.

Ensuite, et ce sera le second point nous estimons qu’il est urgent de faciliter le financement de l’industrie. Les banques, que l’Etat a largement aidées grâce à l’argent du contribuable, doivent être mises à contribution. Nous proposons de mettre en place un pôle public financier qui mettrait plus largement à contribution l’ensemble des banques afin de les réengager dans la politique économique de notre pays.

Le fonds stratégique d’investissement avec ses 20 milliards d’euros de fond propres n’a pas su jouer son rôle d’aide à la réindustrialisation et à la relance de l’emploi. Ce fonds a facilité les fusions et consolidations entre les entreprises en ignorant les conséquences sociales des restructurations forcées !

Enfin, je voudrais dire une fois encore notre inquiétude quant à la réforme de la taxe professionnelle. Censée alléger les entreprises, elle constitue au contraire un frein au développement des territoires et aux aménagements nécessaires pour accueillir des activités industrielles. Cette suppression qui prive les collectivités territoriales d’importantes ressources, car il n’y a pas de compensation intégrale, ne permettra pas de mettre un frein aux délocalisations.

Ensuite, 3ème point, il nous semble important d’intensifier la recherche et l’innovation au service du développement industriel. Cependant, les incitations fiscales ne suffisent pas pour réaliser ces objectifs. Le Crédit Impôt Recherche (CIR) a coûté 5,8 milliards d’euros à la collectivité en 2009, il a encouragé les manipulations comptables et les effets d’aubaine. Il a d’abord profité aux grands groupes et à leurs holdings financières. Il faut investir dans la recherche publique, ne pas négliger les apports de la recherche fondamentale et préserver les retours d’expériences au sein des entreprises.

Enfin, et ce sera le dernier point, la politique énergétique menée par le gouvernement au-delà de fragiliser le secteur électrique, devient un handicap supplémentaire pour toute l’industrie. L’énergie est l’exemple le plus frappant de l’action gouvernementale en faveur de l’actionnariat, des opérateurs privés contre l’intérêt général et l’intérêt national. Lors de débats en 2004 sur la privatisation de GDF, Nicolas Sarkozy à ceux qui s’inquiétaient d’une augmentation des prix répondaient : « Toutefois, si on ne peut pas endetter une entreprise et si les prix de vente de ses services n’augmentent pas, comment financer son développement, sans une ouverture de capital ? La question me paraît d’une cohérence absolue ». Cette cohérence absolue a conduit à une ouverture du capital et à une augmentation des prix de l’énergie sans précédent pour rémunérer le capital. Vous connaissez les difficultés financières qu’ont rencontrées les entreprises qui avaient fait le choix de bénéficier de l’ouverture à la concurrence. Cela a conduit à des bricolages éphémères je pense ici au tarif réglementé transitoire d’ajustement du marché (TaRTAM).

Mes chers collègues, monsieur le ministre, la politique industrielle conduite par la droite montrent très lourdement leur inefficacité voir leur responsabilité dans la dé-industrialisation de nos territoires. L’Etat doit se réengager dans la définition de la politique industrielle. Il doit assumer son rôle de pilote et de contrôle. L’Etat doit conduire des actions et mobiliser des moyens financiers et humains en faveur de la protection des travailleurs du secteur, de la revalorisation des salaires, de la recherche fondamentale et appliquée. Enfin, il doit reprendre une place première dans la régulation économique et financière des activités industrielles.


Jean-Claude Danglot
Sénateur communiste du Pas-de-Calais

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