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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

C'est à la fin de l'été 2007 que j'ai commencé à rencontrer les autres responsables politiques locaux pour préparer les élections municipales du printemps 2008.

C'est d'abord Jean-Marc Bureau qui m'a écrit et que j'ai rencontré pour constater que nous partagions la même analyse sur le besoin de constituer une liste de gauche indépendante de Gérard Dalongeville.

Parallèlement, j'ai rencontré Pierre Ferrari, Eric Mouton et Jean-Pierre Policante. Tous les trois, qui avaient commencé à travailler ensemble durant la campagne présidentielle pour Ségolène Royal et s'étaient mobilisés pour Albert Facon aux législatives souhaitaient alors constituer une liste de gauche indépendante de Gérard Dalongeville et auraient souhaité que le PCF les rejoigne.
Eric Mouton avait été adjoint de Gérard Dalongeville durant trois ans. Jean-Pierre Policante restait conseiller municipal délégué aux sports, mais était depuis longtemps en rupture de ban avec Gérard Dalongeville et venait d'envoyer un communiqué très dur condamnant l'effraction du local du MJS par les hommes de main de Dalongeville.
Eric Mouton et Jean-Pierre Policante m'ont raconté d'innombrables anecdotes pour me prouver que Gérard Dalongeville était un homme sans foi ni loi. J'étais responsable de la section PCF d'Hénin-Beaumont depuis un peu plus d'un an, je me suis toujours intéressé à la politique et je lisais tous les jours la Voix du Nord, mais alors là, je tombais des nues.
Bien sûr, la gestion de Gérard Dalongeville semblait calamiteuse, mais de là à imaginer que Gérard Dalongeville, à en croire une anecdote racontée par Eric Mouton, aurait fait vendre des porteuros commandés sciemment en surnombre sur le marché d'Hénin et envoyait un de ses hommes de main chaque semaine "relever les compteurs", de là à imaginer que des entreprises étaient rackettées comme me l'affirmait Jean-Pierre Policante, c'était le genre d'histoire que je n'aurais jamais pu imaginer.
Je n'avais aucun moyen de vérifier toutes ces histoires et Eric Mouton comme Jean-Pierre Policante étaient bien incapables de me donner la moindre preuve. Jean-Pierre Policante me disait que plusieurs chefs d'entreprises lui avaient dit, mais il ajoutait qu'aucun d'entre eux n'accepterait de parler. Malgré tout, j'avais plutôt tendance à leur faire confiance parce qu'ils n'auraient pas pu inventer tout ça et j'étais désormais convaincu que Gérard Dalongeville, en plus d'être un mauvais gestionnaire, était un homme malhonnête.

Pourquoi avoir finalement accepté de figurer sur la liste de ce personnage ? J'y reviendrai lorsque Pascal Wallart en parlera dans son feuilleton, mais disons qu'au fond de moi, tout en étant convaincu que Gérard Dalongeville était malhonnête, tout en m'apprêtant à vivre une forme de cohabitation inamicale, je voulais garder espoir. A la différence d'Eric Mouton ou de Georges Bouquillon qui n'auraient jamais pu retourner avec Gérard Dalongeville, moi, j'espérais me tromper...

En ce mois de septembre 2007 donc, Daniel Duquenne nous a invités un soir, Jean-Marc Bureau et moi, à son domicile. Alors que je pensais à une proposition de liste commune PS-PCF-Verts-MJS-PRG-MRC, Daniel Duquenne nous a annoncé l'inimaginable : le secrétaire de section PS qui se considérait comme exclu de fait du Parti socialiste nous a expliqué que les étiquettes politiques ne comptaient plus à Hénin-Beaumont, qu'il fallait un rassemblement des hommes et des femmes de bonne volonté au-delà de la droite et la gauche, ce qu'était l'Alliance Républicaine composée de dissidents socialistes, de nouveaux adhérents du MoDem et de gens de la société civile, et qu'il avait donc décidé de signer un accord politique avec l'UMP locale.
Jean-Marc Bureau et moi sommes tombés des nues. Responsables de mouvements politiques de gauche, il était hors de question pour nous de verser dans l'apolitisme et le discours du rassemblement des républicains des deux camps.

Dans les jours qui ont suivi, le "Club des 5" est né. Le MJS, le PRG, le MRC, les Verts et le PCF signaient un communiqué commun annonçant leur volonté de construire une liste de gauche indépendante de Gérard Dalongeville aux élections municipales. Dans ce communiqué, nous dénoncions la dérive apolitique de la section PS héninoise de Daniel Duquenne.
Au sein du "Club des 5", il n'y avait pas de leader naturel. Nous étions prêts à construire notre liste sans le PS, mais nous espérions que notre initiative ferait reculer le PS. Comment le PS aurait-il pu continuer à soutenir le maire d'Hénin-Beaumont alors que sa propre organisation de jeunesse et l'intégralité de ses alliés refusaient de travailler avec lui ? Pour le PS, c'était politiquement intenable. L'annonce du parachutage de Marie-Noëlle Lienemann en novembre 2007 a donc été une divine surprise... Enfin, le PS parachutait quelqu'un d'envergure contre Gérard Dalongeville... 

 


 

Annick-Genty.jpg| HÉNIN-BEAUMONT |

Ce n'est pas un cadeau, loin de là... ou alors fortement empoisonné que la tâche qui échoit à Annick Genty en ce début octobre 2007.

La militante héninoise revient au premier rang après quelques années de demi-purgatoire. Nouvelle membre de la liste Darchicourt en 2001, elle prend très mal le revers aux municipales, d'autant plus que ses quelques mois de conseillère d'opposition seront un véritable cauchemar.

Brocardée et humiliée par Gérard Dalongeville à longueur de conseil municipal, Mme Genty, rapidement démissionnaire pour cause d'incompatibilité entre sa fonction professionnelle et son mandat (l'invalidation serait de toutes façons venue la contraindre à quitter l'assemblée communale), est toujours restée à l'abri des déchirements internes des socialistes héninois.

Bénéficiant d'un mandat de secrétaire fédérale « femme », celle qui tentera un temps de ravir le leadership de la section locale à Daniel Duquenne (ce qui aurait sans doute tout changé) est donc investie d'une sacrée mission par Serge Janquin. Celle de remettre de l'ordre dans la famille socialiste en gérant les affaires locales jusqu'aux élections de l'automne 2008.

Pour ce faire, la section officielle (ou ce qu'il en reste après la création controversée de l'Alliance républicaine) et celle des radicaux-socialistes sont dissoutes afin de faire naître un nouveau noyau homogène (un voeu pieux !) en vue des municipales désormais à une portée de baïonnette.

Un travail herculéen pour lequel Annik Genty n'est pas seule aux commandes puisque la manoeuvre est chapeautée par nul autre que Jean-Pierre Kucheida, toujours très attentif au destin héninois. « Il va désormais nous falloir travailler au rassemblement de l'ensemble des forces de gauche. La situation est compliquée et atypique mais la tâche n'est pas insurmontable » nous expliquait alors la « chargée de mission ». Qui se retrouve, en sus, avec deux cas à gérer : celui de Daniel Duquenne que la fédération ne se résout pas à exclure, Mme Genty se bornant à commenter qu'il « s'est exclu de lui-même en s'alliant avec l'UMP » ; mais aussi celui de Gérard Dalongeville à propos duquel la « fédé » continue à préserver la tactique du flou bien peu artistique. Alors qu'Annick Genty rêve déjà à un 2008 qui lui sourirait pour peu qu'en remerciement de sa mission on fasse d'elle la première des socialistes.

Des questions qui ont besoin de rapides réponses car, dans le camp adverse, les municipales s'organisent avec une Marine Le Pen gonflée par des législatives prometteuses et qui bénéficie alors d'un buzz médiatique incroyable après avoir été agressée lors du marché aux puces de la gare et du centre ville. «  Nous débarrasserons Hénin-Beaumont des caïds ! » promet-elle alors... Pendant ce temps, Daniel Duquenne s'est mis à l'heure du «  ni-ni »... Alors que la bande des cinq (Régine Calzia, Pierre Ferrari, David Noël, Jean-Pierre Policante et Éric Mouton pour ceux qui n'auraient pas suivi les épisodes précédents) taxent dans un communiqué incendiaire son Alliance républicaine de « Droite dure héninoise », lui persiste et signe. Motivant inlassablement son initiative par un mépris conjoncturel des étiquettes politiques : « L'Alliance républicaine n'est pas concernée par les guéguerres entre les partis. Elle n'est ni de gauche, ni de droite, elle est résolument pour Hénin-Beaumont ! » Une donne qui va être bouleversée, mi-novembre, par l'arrivée sans tambour ni trompettes à Hénin-Beaumont d'une femme de tête et de poids au sein du PS. Marie-Noëlle Lienemann déboule en ville et on peut imaginer que cela sonne là le glas des espérances dalongeviliennes. Tout faux !

 

PASCAL WALLART

Légende photo : Annick Genty est chargée de remettre la machine socialiste en bon ordre de marche... sous la haute surveillance de J.-P. Kucheida.


Source : La Voix du Nord
Dimanche 16 septembre 2012

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