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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Dans son feuilleton haletant, Pascal Wallart évoquait hier la chute d'Albert Facon lors du fameux conseil communautaire du 4 avril 2008. Je me souviens comme si c'était hier de cette soirée que j'ai racontée sur le blog quelques jours plus tard et sur laquelle je suis revenu dans un article d'il y a trois ans :

 

« Le premier conseil communautaire post-élections se tenait le vendredi 4 avril. Dans la journée, j'avais eu Yves Coquelle, Jean Haja et Bernard Czerwinski au téléphone. Tout le monde s'attendait à un putsch contre Facon à l'instigation de Philippe Kemel ou de Jean-Pierre Corbisez et les voix des Héninois allaient être décisives. L'officialisation de la candidature de Jean-Pierre Corbisez à la présidence de la CAHC a aussitôt été suivie d'une interruption de séance au cours de laquelle le groupe PS et le groupe PC se sont réunis dans des salles de réunion séparées. Surprise : Gérard Dalongeville, qui devait se réunir avec nous, avait disparu ! Jean Haja et Yves Coquelle ont fini par le retrouver aux toilettes et Gérard Dalongeville, nonchalamment, nous a rejoint pour nous assurer qu'il était sûr de son coup. Les Héninois devaient voter Facon. Enfin, a priori... D'un air distrait, Gérard Dalongeville pianotait sur son portable tout en répondant aux questions de Jean Haja et Bernard Czerwinski. Mes camarades m'avaient envoyé chercher Jean-Bernard Deshayes, resté dans la salle du conseil et qui m'opposa un refus ferme de participer à notre réunion de groupe : il préférait faire des sudoku... Après le départ de Gérard Dalongeville, nous sommes restés quelques minutes entre nous, dorénavant à peu près sûr que Gérard Dalongeville nous avait trahis et avait appelé les autres conseillers communautaires héninois à voter pour Jean-Pierre Corbisez, un pressentiment qui se vérifiera lors du vote.
Je n'étais pas adjoint depuis deux semaines que déjà, Gérard Dalongeville montrait son vrai visage et sa duplicité. Tant pis pour lui ! Sur le blog du PCF, mon article en date du 8 avril est absolument assassin. J'y dénonce : "des méthodes manoeuvrières que je déplore. Vendredi matin, Gérard Dalongeville était allié avec le groupe communiste ; vendredi soir, au moment du vote, il ne l'était plus ! Ce n'est pas ma conception de faire de la politique..."»

Il est évident que si le groupe communiste avait su que Gérard Dalongeville allait faire voter Jean-Pierre Corbisez, jamais nous n'aurions voté pour Facon. Nous aurions pu présenter notre propre candidat ce qui nous aurait évité le ridicule d'arbitrer entre deux candidats PS.
Les élus communistes qui avaient travaillé en bonne intelligence avec Albert Facon voulaient de la stabilité et la poursuite des projets engagés sur Drocourt et Rouvroy. La candidature de Jean-Pierre Corbisez, soutenue par Philippe Kemel dont on connaissait l'anticommunisme ne disait franchement rien aux maires communistes de l'agglo qui avaient peur que l'agglo soit mise au service des intérêts oigninois et carvinois.
Cet épisode montre bien quelles étaient mes relations avec Gérard Dalongeville. Toute la journée, Yves Coquelle, Jean Haja et Bernard Czerwinski m'avaient appelé pour me demander ce que Dalongeville allait faire et je n'en savais franchement rien. Je les ai mis en garde sur sa duplicité, ce qui ne leur a rien appris de neuf, puisqu'ils avaient bien cerné le personnage depuis plusieurs années qu'ils le côtoyaient. Mais personnellement, je n'avais pas la moindre info. Evidemment, Gérard Dalongeville avait dû briefer les 7 autres conseillers communautaires et leur dire de voter Corbisez. Il s'était bien gardé de m'en faire part et pour cause, j'aurais immédiatement prévenu mon groupe.
Benjamin de l'assemblée, c'est moi ce soir là, qui ai procédé au dépouillement et je ne peux que confirmer ce qu'il y a dans la Voix du Nord sur l'atmosphère de cette soirée. Jamais le verre de l'amitié n'a aussi mal porté son nom. Ce soir-là, c'était le verre de l'inimitié...

 


 

Albert-Facon-et-Philippe-Kemel.jpg| HÉNIN-BEAUMONT |

Albert Facon sur la touche, c'est un véritable séisme dans le paysage socialiste de la 14e circonscription.

Lui, le grognard de la génération Perch-Kuch, qui avait plus l'habitude de tuer que d'être tué est brutalement éjecté de son fauteuil de président par les siens. Une occasion rêvée pour beaucoup, outre le décisif Dalongeville, de régler de vieux comptes : Christian Musial apporte la note de ces années où la section PS leforestoise fut marginalisée pour mieux laisser le champ libre à l'AMR de Michel Rodriguès ; Philippe Kemel trouve là l'occasion de remercier son ami courriérois de tant d'années de mépris et de vexations... En cette soirée à haute, très haute, tension, l'après-conseil d'habitude convivial et enjoué prend des allures de champ de bataille où l'on s'invective force anathèmes.

Le dir'cab d'Albert Facon, François Théret, s'en prend violemment à Rachid Lasri, le bras droit de Jean-Pierre Corbisez, pour lui reprocher son travail de sape et ses méthodes bien peu orthodoxes... comme de n'avoir pas hésité à fouiller dans les poubelles du président déchu. Droit dans ses bottes, Lasri n'hésitera pas, quelque temps plus tard à s'en enorgueillir lors d'un entretien : « Jean-Pierre Corbisez avait largement gagné la présidence de l'agglo ce soir-là. Et je ne sais pas ce que l'équipe d'Albert Facon avait alors à cacher, mais il se trouve qu'ils ont jeté plein de choses dans les poubelles et voulu les brûler. Moi, pour protéger le nouveau président et qu'on soit en mesure de suivre les dossiers, eh bien oui, je n'ai pas honte de dire que j'ai fouillé ces poubelles et ce dans l'intérêt de l'agglomération. Vous savez, Jean-Pierre Corbisez n'a pas présenté sa candidature par vengeance mais apporter un plus au territoire, refédérer et le défendre. C'était "petit" de vouloir brûler des documents pour mettre en difficulté l'équipe en place... » Dans un coin, le DGS, Bertrand Louchard, ne pipe mot, mais il a déjà compris que ses jours étaient comptés. Quelques semaines plus tard, lui et François Théret rejoindront le cabinet de Daniel Percheron à la Région.

Dans le camp des vainqueurs, Philippe Kemel cache sa joie. Mais intérieurement, il exulte d'avoir enfin pris sa revanche sur son envahissant voisin courriérois. Quatre ans plus tard, il passera d'ailleurs la seconde couche, bordurant en sus l'ami Corbisez avec lequel le climat se dégradera rapidement.

Mais ce soir-là, Jean-Pierre est le « king » : « Les socialistes de la CAHC ont plébiscité M. Corbisez. Ils ont voulu exprimer le fait qu'Albert, dans sa façon de conduire l'agglo, ces dernières années, était en décalage avec sa famille. Et c'est elle qui l'a écarté !  »

Un peu plus loin, les communistes accusent le coup. Eux qui supportaient la candidature Facon ont du mal à comprendre comment tout s'est inversé. «  Il faut avouer que la position des élus héninois n'est pas claire dans cette histoire » gronde alors Bernard Czerwinski.

Car, quelques heures plus tôt, Gérard Dalongeville, la main sur le coeur, avait assuré Albert Facon de son soutien. Sauf que le maire d'Hénin voulait imposer la création d'une 14e vice-présidence (la seconde pour Hénin) pour laquelle Albert Facon n'était guère chaud. Jean-Pierre Corbisez lui signera des deux mains. Et Roger Lenfle deviendra ainsi 1er vice-président et Jean-Pierre Wirtgen 14e vice-président. C'est en quelque sorte la loi du plus offrant qui l'aura emporté.

Un cadeau royal qui scellera le funeste sort d'Albert Facon... et qui ne s'arrêtera sans doute pas là puisque, quelques semaines plus tard, Jean-Pierre Chruszez sera recruté à la CAHC en tant que responsable du développement économique. Mais, assureront alors en choeur les personnes concernées, tout cela n'a rien, mais rien du tout à voir avec le choix crucial de Monsieur Gérard. •

PASCAL WALLART

Légende photo : Ph. Kemel en prenant la tête du groupe PS à l'agglo prend aussi celle de la fronde anti-Facon qui portera J.-P. Corbisez à la présidence.


Source : La Voix du Nord
Mardi 25 septembre 2012

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