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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

logo-humanite.pngHénin-Beaumont : le Front national à pas de loup


Municipales . La liste de Pierre Ferrari (PS-PCF-MRC-Modem) se désiste pour éviter une triangulaire et faire barrage au FN.

Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), correspondance particulière.

Hénin-Beaumont, hier. Près de 30 degrés au thermomètre. Sur le marché, pastèques et robes légères. On dirait le Sud. Dans une vitrine, poêles et pelles à charbon. La maison de quartier Maurice-Thorez, natif de la ville voisine. Sur la façade de la mairie, des caryatides avec leur barrette de mineur et ce vitrail dans le hall, avec trois mots : « Travail, Justice, Solidarité ». C’est le Pas-de-Calais ouvrier, la terre des « boyaux rouges »

Pas de fusion à gauche


Sur le marché, Pierre Ferrari (PS) et David Noël, dirigeant local du PCF. Ils étaient sur une liste de rassemblement au premier tour des élections municipales. Arrivée en troisième position derrière le FN avec 17,01 % des voix et derrière le divers gauche Daniel Duquenne (20,19 %), la liste Ferrari se désiste pour éviter une triangulaire qui donnerait toutes ses chances au FN, en tête dimanche dernier avec 39,34 %, la liste Duquenne ayant refusé toute fusion. L’ancien maire PS, Gérard Dalongeville, lui, est toujours en prison. La justice a confié l’avenir de la ville aux électeurs héninois et beaumontois. Cette double appellation des habitants est le résultat de l’unification de deux communes, en 1971. Marine Le Pen, seconde sur la liste FN conduite par Steeve Briois, a appris tout cela. Même si elle n’a qu’une adresse de passage. Tout le monde le sait. Tout le monde sait aussi que l’extrême droite n’a réellement commencé à siéger au conseil municipal que « quand ça commençait à sentir le roussi pour l’ancien maire ». Plus de flamme tricolore : le FN avance ici à pas de loup sous un masque de brebis, tout en blondeur et sourires. D’ailleurs ici, on ne vote pas « Le Pen ». On vote « Briois » ou « Marine ». « Elle n’est pas comme son père, hein ? », lâche une électrice, pour se donner bonne conscience. Ou se rassurer…

« Hénin brûle-t-il ? »


Pas d’autres figures politiques en vue : les médias entourent Pierre Ferrari et David Noël. Un marchand de tee-shirts lance, provocateur : « Vivement que le FN remette tous ces feignants au travail ! Ras-le-bol de leur filer le RMI ! » « Vous insultez vos propres clients ! », réplique une militante socialiste. La conversation s’engage. Battre le FN ? C’est pas gagné. La participation ne risque-t-elle pas d’être encore inférieure à celle de dimanche dernier en raison des vacances ? Daniel Duquenne doit rassembler 30 % de plus qu’au premier tour. Pour certains électeurs, « le FN ne pourra pas faire bien pire que l’ancien maire ». Réaction d’Ahmed : « Ce sera pire ! La haine va augmenter et la délinquance aussi ». Un tract FN circule. Daniel Duquenne refuserait de débattre à la télé. Un soutien du candidat républicain, présent lui aussi sur le marché, répond calmement à tous les arguments : « Ce n’est pas Duquenne seul qui doit battre le FN, ce sont les Héninois ».

La Ligue des droits de l’homme appelle à ce que la campagne « reste digne ». Un électeur de gauche appréhende pourtant dimanche : « Il faudra me demander : Hénin brûle-t-il ? ». Référence au film de René Clément décrivant les dernières semaines avant la Libération de Paris en 1944.

Laurence Mauriaucourt
Source : l'Humanité, 01-07-09
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