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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Photo-nomination-Briois-Libe-30-03-14.jpgREPORTAGE Le frontiste vainqueur dimanche dernier a été officiellement élu maire par le conseil municipal ce dimanche, en présence de Marine Le Pen.

Il est 9h30, à Hénin-Beaumont, ce dimanche. Le Front national Steeve Briois doit être élu maire dans une demi-heure par le nouveau conseil municipal. Dehors, dix fourgons de CRS. Dans le café Bellevue, juste en face de la mairie, Ali, 68 ans, ancien taxi, jette un œil à travers la vitrine, et parle pour rire à sa mère morte. «Ah, Ima, Ima, quand je pense à mon Hénin-Liétard, quel cirque. Hénin-Liétard, c’était une ville joyeuse, partageuse, heureuse. Maintenant, si tu vas toquer chez le voisin pour demander du sel, il te regarde comme un extra-terrestre. Il y a des moments, je regarde plus les gens, j’ai peur qu’ils se sentent agressés.» Il a calculé : «A Hénin-Beaumont, c’est l’abstention qui a gagné. Il y a eu 6744 abstentionnistes, et Steeve Briois a été élu avec 6006 voix.». Dans l’escalier qui mène à la salle du conseil, un militant FN serre la main de Guy Cannie, conseiller régional FN. «Monsieur le ministre», dit l’autre. Cannie se marre : «Pas encore, en 2017. Quand Marine sera présidente.»

10 heures. Dans la salle, Marine Le Pen est au premier rang du public. On reçoit des SMS : des militants de gauche se plaignent de ne pas avoir pu rentrer, bloqués «par la police ou par un service d’ordre». Dans le public, le Front national est majoritaire, pas toujours d’Hénin-Beaumont. Gérard Dalongeville n’est pas là, il avait prévenu, il viendra au débat d’orientation budgétaire. L’ancien maire, qui a pris trois ans de prison pour détournements de fonds publics, a été élu, seul de sa liste, conseiller municipal d’opposition, avec 9,7 % des voix au premier tour.

Binaisse «officiellement en résistance».

Quand Steeve Briois apparaît, la salle est en délire. Marine Le Pen prend des photos. «Le moment est venu de nous rassembler, au-delà des étiquettes politiques», dit Steeve Briois. Le communiste David Noël accuse Christopher Szczurek, adjoint à la culture, de comparer les opposants au FN à des singes : dans un tweet, il y a un mois, il a accusé les figurants du clip de Yannick Noah de «cabotiner comme des sagouins». L’adjoint se défend en disant qu’il a utilisé «une expression populaire, sans arrière pensée». L’ex-maire sans étiquette soutenu par le PS Eugène Binaisse, dont la liste a recueilli 32 % annonce qu’il est entré «délibérément et officiellement en résistance».

11 heures, une partie du public chante «la Marseillaise». Sylvie, patronne du café de la République sur la place du marché, fille de militant communistes, se plaint de «menaces de mort», depuis qu’elle s’est affichée FN. Dehors, devant la mairie, au soleil, drapeaux rouges. CRS, jambes écartées et bras croisés, au pied de l’escalier d’honneur. Romain, un des rares Jeunes communistes d’Hénin-Beaumont : «On va profiter du fait que les jeunes sont contestataires pour recruter à Hénin.»

Sakina Baraka, éducatrice, «dépitée, dégoûtée» vient d’acheter une maison à Hénin-Beaumont. «Pourquoi est-ce que je déménagerais ? On est chez nous, nos projets sont ici, nos enfants scolarisés ici.» Elle ajoute : «En tenant compte de l’abstention, à Hénin, un tiers des gens ont voté pour l’extrême droite, ce n’est pas un sur deux. Ça veut dire qu’on peut se parler, réfléchir, échanger.» A côté un homme qui a voté pour une des trois listes de gauche au premier tour, celle du premier adjoint mais opposant de l’ancien maire, avoue que s’il y avait un second tour, il aurait voté FN, «contre la corruption socialiste, il y a aucun racisme là-dedans». Claire Boutillier, ancienne candidate sur une des trois listes de gauche, explique qu’elle a été fouillée par une femme policier qui l’a empêchée de rentrer dans la salle du conseil.

«Faut attendre de voir»

Midi. Au café Bellevue. François, employé municipal commande une bière. Il sourit. Content ? «Sûrement pas. Une honte. Ça me prend là.» Une cliente : «Faut attendre de voir. On les a jamais vus à l’œuvre. On va pas lui jeter la pierre avant qu’il ait fait quoi que ce soit.» Lui : «Partout où ils ont passé c’était la merde. Sauf à Orange.» Elle : «Ah bon ? Ils ont déjà dirigé, prouvé quelque chose ?» Il continue. «Quand je vois ma ville tomber comme ça, j’en suis malade. Quand je pense que des communistes ont voté pour eux. Une honte.» Lui est fils de socialiste, petit-fils de communiste. Il a longtemps été socialiste, puis a rendu sa carte. Il y a eu jusqu’à trois sections socialistes concurrentes à Hénin-Beaumont, qui se haïssaient, entre les pro et les anti-Dalongeville. François continue : «J’ai un copain de jeunesse, mon grand-père était avec son père dans les camps de concentration. Son père n’en est pas revenu. Figurez-vous qu’il a voté FN. Je ne comprends pas. Quand je pense que c’est mes patrons. Je ne m’en remets pas.»

Haydée SABÉRAN envoyée spéciale à Hénin-Beaumont

Légende photo : Installation de Steeve Briois à la mairie d'Hénin-Beaumont, dimanche 30 avril. (Photo Aimée Thirion pour Libération.)


Source : Libération
Dimanche 30 mars 2014

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