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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

liberation.gifPolitiques. PS. Le maire, Gérard Dalongeville, est écroué pour détournement de fonds publics. Marine Le Pen se frotte les mains et convoite la ville.


LILLE, de notre correspondante HAYDÉE SABÉRAN

Un coffre caché dans le mur de son bureau, avec 13 000 euros en liquide à l’intérieur. Révélée hier après-midi par la procureure de Béthune, Brigitte Lamy, c’est la dernière histoire croustillante sur le compte de Gérard Dalongeville, le maire socialiste de Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), mis en examen pour détournement de fonds publics et placé hier soir en détention provisoire, comme l’avait requis le parquet. Une occasion de plus, pour Marine Le Pen, de boire du petit-lait. La conseillère municipale de Hénin-Beaumont a fait presque 30 % aux élections et rêve de prendre cette petite ville ouvrière de 27 000 habitants, aux côtés de Steeve Briois, un frontiste du cru champion du porte à porte.

Bises. Dans la ville qui a connu la ruine de Samsonite, de Metaleurop à deux pas, et d’autres, le Front national attend en embuscade. Alors, quand il a en plus sous la main un maire PS suspect, il fait son beurre. Il y a d’abord eu la gestion calamiteuse du précédent maire socialiste, Pierre Darchicourt. Son directeur de cabinet de l’époque est l’actuel maire, qui l’a lâché pour se présenter contre lui. Déjà à l’époque, dès qu’une voiture brûle, dès qu’un tas d’immondices n’est pas déblayé, Steeve Briois dégaine un tract, serre des paluches, claque des bises. Marine Le Pen débarque comme candidate aux législatives en 2002, puis en 2007. Elle arrive à un total de 45 % au deuxième tour, sur Hénin-Beaumont ville, et se présente comme seconde de liste de Briois. Entre-temps, la Chambre régionale des comptes a mis son nez dans le budget de la ville et l’oblige, en 2005, à augmenter ses impôts de 85 % pour redresser les comptes. En face, c’est la désunion.

Dalongeville se fait lâcher à son tour par son directeur de cabinet, qui se présente. Le PS local est divisé. Dalongeville menace de se présenter contre un candidat socialiste, quitte à provoquer une triangulaire, voire une quadrangulaire qui mettrait au pouvoir le FN. Ça marche. La puissante fédé socialiste rabiboche tout le monde en parachutant Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre de Mitterrand, en numéro 2, pour faire barrage à la menace FN. Elle croit pouvoir tenir tête au maire, rêve de lui ravir le poste des finances : «J’ai résisté à Mitterrand, je peux résister à Dalongeville.» Ce dernier gagne, à la tête d’une large coalition de gauche, communistes et MJS compris. Mais continue sa politique de copinage et de clientélisme.

Marie-Noëlle Lienemann, placardisée, assure n’avoir jamais eu accès aux véritables chiffres. Un rapport de la Chambre régionale des comptes pointe un déficit de 12,9 millions d’euros, soit un tiers du budget de fonctionnement de la ville. Ces jours-ci, les policiers ont découvert des fausses factures pour environ 900 000 euros, et la procureure parle de 4 millions au conditionnel. En cause, aux côtés du maire, un certain Guy Mollet, éditeur du bulletin municipal, le Journal du pays, et un ancien adjoint aux finances, Claude Chopin. Avec Dalongeville, les trois dorment en prison depuis hier.

Menacé de suspension, voire de révocation, pour sa gestion désastreuse, Dalongeville a trouvé le moyen, lundi soir, de faire retirer leurs délégations d’adjoints à David Noël, communiste, et Lienemann, pour n’avoir pas voté son budget.

«Vendus !» Là, c’est le spectacle. Dans la grande salle du conseil, le public hurle : «Hou !» «Vendus !» Le maire, de marbre : «Très bien, alors, avant de passer au vote…» Il humilie Lienemann : «Depuis le 30 janvier, vous avez perdu la présidence de l’Union des HLM, vous n’êtes plus vice-présidente de la région et vous n’êtes plus candidate aux européennes.» Le public réclame sa démission, siffle. «Mellick !» «Boucheron !» «Tapie !» Marine Le Pen fredonne la Marche funèbre. A côté, Steeve Briois lance : «Dalongeville, à Béthune !» Dans le public : «Voleur ! Truand ! Le peuple aura ta peau !»

Hier soir, Marine Le Pen se régalait : «On nous disait qu’on colportait des rumeurs. On était les seuls à dire la vérité. La majorité était soit incompétente soit complice. Nous, on a déposé plainte. On a fait œuvre d’éthique et de morale.» Elle reconnaît qu’un conseiller d’opposition divers gauche avait aussi déposé plainte contre le maire. Elle va distribuer une pétition ce matin, pour exiger la démission collective du conseil municipal. Une menace, le FN ? «Elle est un peu surévaluée», se rassure David Noël, le communiste. «Ils feraient 35 à 40 %, au plus, devant un front républicain composé des gens qui n’ont jamais cautionné le système.» Il croit même à une victoire «à plate couture».
Source : Libération
Vendredi 10 avril 2009
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