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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Hollande-Kucheida-Lievin.jpgÀ cinq mois de la présidentielle, François Hollande se serait bien passé de la polémique du Pas-de-Calais. Martine Aubry a gelé la circonscription de Jean-Pierre Kucheida, député-maire de Liévin, visé par une enquête préliminaire.

Après le feuilleton DSK, le PS va devoir gérer celui de JPK. Jean-Pierre Kucheida, député-maire de Liévin, le héros du nouveau drame socialiste n’est pas une star mondiale de la politique, mais la clef de voûte de la plus grosse fédération socialiste de France. Samedi Martine Aubry, sur front de guerre ouverte entre Arnaud Montebourg et Jack Lang, a confirmé qu’elle "gelait" la "circonscription Kucheida".

Si l’implication dans des malversations financières de l’élu socialiste était avérée, elle menacerait d’ébranler, à quelques mois des élections présidentielle et… législatives, une forteresse réputée imprenable. Sur les 14 circonscriptions du département, 12 sont socialistes.

Cette fois, il ne s’agit pas de sexe dans de grands hôtels mais d’argent. L’héritage des œuvres sociales du bassin minier aurait servi à améliorer l’ordinaire de barons locaux. Vendredi matin, François Hollande a appelé Kucheida sur son portable pour l’assurer de son soutien et de son amitié. "Tiens bon, on va laisser le vent retomber. Ça va passer." Vraiment ?

Un système de rétrocommission

En avril dernier, le parquet de Lille a ouvert une enquête préliminaire sur le financement occulte du PS dans le Pas-de-Calais. La justice avait été alertée par les accusations de l’ex-maire d’Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, qui dénonçait un système de rétrocommissions par des entrepreneurs locaux aux élus du département. Dans un premier temps, les investigations de la brigade financière ont démarré mollement en raison du manque de fiabilité de l’accusateur principal, déchu de ses mandats en 2009 et poursuivi pour détournement de fonds publics. Aujourd’hui, la machine judiciaire s’emballe. En 2011, les audits successifs de la chambre régionale des comptes sur les principaux établissements publics ont mis au jour d’étranges irrégularités : des terrains communaux rachetés à des tarifs 25 fois supérieurs à ceux établis par France Domaine, des dirigeants payés deux fois plus que leurs homologues du secteur… Ces enquêtes ciblent deux entreprises : Adévia, une des premières sociétés d’économie mixte d’aménagement française (30 à 40 millions de francs de chiffre d’affaires dans le Pas-de-Calais) et Soginorpa-Épinorpa, premier bailleur de la région avec ses 63 000 logements sociaux hérités des Houillères et de Charbonnages de France. Jean-Pierre Kucheida est vice-président de la première – après l’avoir présidée – et président de la seconde. Dans leur rapport sur la Soginorpa les magistrats pointent notamment "28 marchés de réhabilitation et 70 de construction […] attribués dans des conditions contestables […] représentant respectivement 12,5 millions d’euros et 17,9 millions d’euros d’engagement auprès de 15 fournisseurs, tous situés dans la région".

Par ailleurs, un audit de la CFDT fait état de relevés bancaires d’une carte de crédit Soginorpa au nom de son président qui aurait servi à payer des dépenses personnelles de Jean-Pierre Kucheida en France et à l’étranger (restaurants étoilés, vêtements, parkings…). Ces éléments doivent être livrés dès lundi à la police lilloise. Depuis Jean-Pierre Kucheida a affirmé avoir remboursé l’intégralité de ses dépenses. "J’ai réuni mon conseil d’administration cette semaine, explique-t-il au JDD, j’ai demandé un inventaire de toutes ces dépenses et si pas inadvertance je devais encore le moindre euro, je le paierais immédiatement."

Sur le sentier de l'argent sale

Pour prouver des éventuels enrichissements personnels et un financement politique, les enquêteurs ont une sorte de "guide" : les "organigrammes" manuscrits fournis par Gérard Dalongeville qui prétend flécher le circuit de l’argent sale entre les entreprises et le parti. Il dénonce notamment les deux derniers grands chantiers du bassin minier : le Louvre-Lens et le tramway. Pour l’instant, Catherine Génisson, la patronne de la fédé crie au scandale. "Si on roulait sur l’or cela se saurait, nous avons les moyens que nous apportent nos militants", explique-t-elle en substance. Mais les liens entre les différents acteurs vont être difficiles à démêler tant ils sont étroits et complexes, souvent militants et parfois même familiaux. S’il est vrai que Jean-Pierre Kucheida n’a aucune fonction à la fédération, il y compte de nombreux soutiens liévinois. À commencer par celui de son premier adjoint, Laurent Duporge, trésorier fédéral.

François Hollande aux côtés de Jean-Pierre Kucheida, le 8 septembre dernier à l'hôtel de ville de Liévin. (Maxppp)


Source : Marie-Christine Tabet - Le Journal du Dimanche
Samedi 10 décembre 2011

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