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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Les mouvements écologistes sont apparus après 1968, il convient poua la première fois de faire ici le panorama de ces partis éclectiques.

Les premiers pas

Dans le paysage politique français, l’écologie politique fait décidément figure d’objet politique non identifié. De fait, alors que le Parti Socialiste, le Parti Communiste mais aussi la droite républicaine et l’extrême droite possèdent tous un certain nombre de traits communs qui les rattachent à des cultures politiques bien identifiées, il n’est pas sûr que l’écologie politique constitue à l’heure actuelle une culture politique originale.
Apparue tardivement sur la scène politique, l’écologie politique ne s’est pas encore dotée de cet ensemble de codes et de référents plus ou moins diffus au sein de chaque famille politique et qui constituent la culture politique.
Cette spécificité des partis écologistes est liée à l’histoire des Verts : les Verts se sont constitués en parti politique en 1984, quatorze ans après la fondation par Brice Lalonde de la section française des Amis de la Terre et dix ans après la candidature à l’élection présidentielle de René Dumont.
La candidature de René Dumont en 1974 - pour la première fois, un écologiste se présentait à une élection présidentielle - recueillit 336 000 voix et 1,3 % des suffrages. Elle débouche sur la naissance du Mouvement écologique.
En 1979, la liste que présentent les écologistes aux élections européennes obtient 890 000 voix et 4,5 % des suffrages. Dans la foulée, les Assises de l’écologie réunies à Dijon entérinent la création du Mouvement d’Ecologie Politique (MEP) et du Comité de Liaison Ecologique (CLE) qui fédère le MEP et les Amis de la Terre.
Aux élections présidentielles de 1981, Brice Lalonde, candidat commun des écologistes, obtient 1 118 000 voix, 3,85 % des suffrages.

Ce relatif succès débouche en 1984 sur la fondation en 1984 d’une organisation regroupant tous les mouvements écologiques : les Verts.
Antoine Waechter, candidat des Verts à l’élection présidentielle de 1988 obtient 1 142 000 voix et 3,78 % des suffrages. Les Verts sont désormais une force qui compte sur le plan politique et François Mitterrand offre à Brice Lalonde le portefeuille de ministre délégué à l’environnement dans le gouvernement Rocard.
Brice Lalonde se sépare bientôt des Verts en 1990 et fonde, avec le soutien de l’Elysée – François Mitterrand est alors en guerre ouverte contre Michel Rocard et cherche par tous les moyens à l’affaiblir – Génération Ecologie qui obtient 7,1 % des voix aux élections cantonales de 1992, contre  6,8 % pour les Verts.

Recompositions

A partir de 1994, les Verts, désormais dirigés par Dominique Voynet, font le choix de s’allier avec le Parti socialiste et le Parti communiste ; l’arrivée de Dominique Voynet à la tête des Verts annonce d’ores et déjà la constitution de la « gauche plurielle ». Antoine Waechter, hostile à toute alliance électorale avec la gauche quitte alors les Verts ; le 03 septembre 1994, il fonde le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI).

Bien qu’ils soient tous trois les héritiers des mouvements écologistes apparus au début des années 70, les Verts, Génération Ecologie et le MEI se sont considérablement éloignés : tandis que les Verts, désormais dirigés par Gilles Lemaire comptent 8 500 adhérents et restent fidèles à une stratégie d’alliance avec les autres forces de gauche, Génération Ecologie, après s’être un temps rapprochée de Démocratie Libérale est aujourd’hui associée à l’UMP, alors que le MEI poursuit son aventure solitaire.

Au fond, l’écologie politique est aujourd’hui divisée en trois pôles recouvrant et des stratégies d’alliance distinctes, et des visions du monde différentes.

A gauche, les Verts et les Alternatifs – issus de l’AREV (Alternative Rouge Et Verte) fondée le 26 novembre 1989 par la fusion du PSU et de Nouvelle Gauche – sont des organisations bien structurées qui travaillent ensemble, notamment dans le cadre de l’appel pour une alternative à gauche, qui se reconnaissent également dans le mouvement altermondialiste.
A droite, Génération Ecologie – les Bleus est dirigée par France Gamerre, adjointe du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin. Proche de l’UMP, Génération Ecologie avait l’ambition de devenir le pôle écologiste de la droite libérale et s’indigne que l’UMP ne la considère pas comme un partenaire à part entière.
Le rapprochement du MEI et des Verts, concrétisé par la participation d’Antoine Waechter à l’université d’été des Verts, bute sur la question de l’attitude à adopter entre les deux tours des prochaines élections régionales : alors que les Verts, qui se présentent dans la plupart des cas sous leurs propres couleurs, appelleront sans surprise leurs électeurs à voter pour la liste de gauche la mieux placée à l’issue du premier tour, le MEI pourrait appeler à voter pour l’UDF. Ce pourrait également être le cas de CAP 21, le parti fondé par l’avocate Corinne Lepage, ministre de l’environnement d’Alain Juppé entre 1995 et 1997. 

Au-delà des élections régionales à venir, les divisions des écologistes traduisent l’échec de l’écologie politique à se muer en une culture politique originale ; de fait, plus que la question environnementale, c’est la question sociale qui divise aujourd’hui les formations écologistes. Les Verts et les Alternatifs partagent la même vision du monde que les partis issus du mouvement ouvrier, avec lesquels ils concluent naturellement des alliances électorales ; au contraire, le MEI, CAP 21 et Génération Ecologie éludent la question sociale et privilégient des alliances avec la droite libérale et le centre droit.
Paradoxalement, les préoccupations écologistes ont aujourd’hui largement investi le débat public ; dans ce contexte, si l’avenir des formations écologistes de la droite et du centre paraît bien incertain, tant l’idéologie libérale du travail est en contradiction avec la volonté de préservation de l’environnement, les années à venir pourraient voir l’émergence autour des Verts et des Alternatifs, mais aussi du Parti communiste et de la LCR, d’une confédération de la gauche radicale, anticapitaliste et écologiste en mesure d’accéder au pouvoir.
Pour la première fois, l’écologie cesserait alors d’être la caution de politiques économiques désastreuses au plan social et environnemental pour être au cœur d’une politique radicalement nouvelle.

David NOËL 


Source : Le Bretzel
Numéro 16, janvier 2004

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