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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

rue89-logo.gifPendant deux jours, Rue89 bat la campagne, avec les treize jeunes journalistes du CPJ, partis à la rencontre des candidats, des militants et des habitants dans cinq villes de France.

La campagne en direct (vendredi matin) :

Hénin-Beaumont, 11h50. A la permanence du Front national, Marine Le Pen découvre les affiches de campagne. Les journalistes sont venus nombreux : LCI, Arte, France Culture se massent autour de la candidate deuxième sur la liste FN. A l'arrivée de Steeve Briois, sa tête de liste, Marine Le Pen le salue d'un optimiste « Bonjour, monsieur le maire ! » . Les colistiers et les sympathisants frontistes s'arment de mille tracts à distribuer dans les travées du marché.
Le marché sera décidément bien fréquenté  :  outre les frontistes, Gérard Dalongeville (DVG), maire sortant allié avec le PCF, le PRG, le MRC et le MJS et soutenu par Marie-Noëlle Lienemann (PS), est attendu. Une autre liste de gauche -Alliance républicaine- est emmenée par Daniel Duquenne et Régine Calzia des Verts. L'UMP, créditée d'un faible score dans les sondages est représentée par Laurent Bocquet.

Hénin-Beaumont, 12h35. Le maire sortant Gérard Dalongeville, Marie-Noëlle Lienemann, et une dizaine de MJS emmenés par Pierre Ferrari arpentent les rues jusqu'au marché. Marie-Noëlle Lienemann et Gérard Dalongeville achètent des gaufres et de la mâche.
Parmi les badauds, les avis sont partagés. Un message revient souvent  :  « Je voudrais faire mon marché tranquille. Vivement que ça se termine. » Une commerçante a cru « aux promesses du maire sortant. Maintenant, il faut du changement ». Bruno redoute l'arrivée au pouvoir du FN, « selon les bruits qui courent ».

Hénin-Beaumont, 13h30. Sur le marché, l'équipe de Marine Le Pen déambule entre les étals. La vice-présidente du Front national annonce, devant un commerce de robes de mariées, la première mesure si son parti accède à la mairie : « Un audit, pour savoir ce que le maire a à cacher, car on va sans doute trouver des cadavres dans les placards. »
Sur le tract du jour, le parti de Jean-Marie Le Pen propose une bande dessinée caricaturant le maire Gérard Dalongeville et ses promesses non-tenues pendant son mandat. « Et nous en 2008, c'est promis, on te remplacera », concluent les Héninois de la BD frontiste.
Au passage des candidats, les réactions sont mitigées. Certains glissent des « racistes » en déchirant le tract à peine distribué. D'autres s'enthousiasment à l'idée de « passer à la télé ».
(Ajout à 18h35.) La plupart attendent d'avoir passé leur chemin pour faire des commentaires sur la leader FN. A la question de savoir si le programme lui plaît, un vieux monsieur s'émeut en racontant qu'il a de trop mauvais souvenirs de l'Occupation et qu'il ne votera donc pas pour cette liste.
Au contraire, une commerçante dit avoir de très bons rapports avec la benjamine de Jean-Marie Le Pen, qu'elle trouve « charmante » et « méritante » : Cliquer ici pour écouter.

La campagne en direct (vendredi après-midi) :

Hénin-Beaumont, 15h. Marine Le Pen tire un bilan « catastrophique » de la gestion municipale actuelle. Jugeant que « tout est fait en dépit du bon sens » dans la ville, elle qualifie Gérard Dalongeville, entre autres, de « très mauvais gestionnaire ». Par ailleurs, dans l'hypothèse où sa liste serait élue, la fille de Jean-Marie Le Pen se voit bien « s'occuper de la sécurité » : Cliquer ici pour écouter.

Hénin-Beaumont, 17h. La gauche se positionne contre le Front national. Dans la lutte, Pierre Ferrari, président du groupe local du MJS, se joint à la liste de Gérard Dalongeville, pourtant exclu du PS depuis 2001. Marie-Noëlle Lienemann, ancienne ministre sous Mitterrand, soutient également le maire sortant. Tous deux expliquent leur ralliement : Cliquer ici pour écouter.

Hénin-Beaumont, 17h. Le leader UMP, Laurent Bocquet, tente de se faire une place entre une gauche puissante et un FN médiatisé. Il revient sur « les retournements de vestes » qui ont eu lieu au sein de la « pseudo alliance de la gauche ». Il décrit le mouvement de droite en train de se créer, et n'exclut pas un report des voix de son parti, « le cas échéant » : Cliquer ici pour écouter.

Hénin-Beaumont, vendredi, 20h30. Face à Marine Le Pen, les « républicains » de gauche ne sont pas parvenus à s'unir. Tête d'une des deux listes qui s'opposent à la vice-présidente du FN, Daniel Duquenne finit sa journée de campagne par une réunion publique au bar le « Black Jack », dans un quartier périphérique. Quelques colistiers de son Alliance républicaine, composée des responsables locaux du MoDem Christine Coget et des Verts Régine Calzia, sont à ses côtés pour le soutenir.
Daniel Duquenne, dégoûté par le soutien du PS au DVG Gérard Dalongeville et de l'envoi en renfort de l'ancienne ministre socialiste Marie-Noëlle Lienemann, a déchiré sa carte du PS l'année dernière.
Il explique les raisons de sa rupture avec son adversaire de gauche :
 « Ce qui me sépare profondément de Gérard Dalongeville, c'est la manière dont il gère les affaires communales depuis 2001. Il a été contraint, après l'avertissement de la chambre régionale des comptes, d'augmenter de 85 % la taxe d'habitation, au détriment des services à la population. S'il avait géré en bon père de famille les affaires communales, je ne me serai pas mis dans l'opposition. »
La réunion publique, qui compte une trentaine d'habitants du quartier, se déroule dans la salle de billard d'un bar. Selon Daniel Duquenne, c'est à cause de Gérard Dalongeville :
« Le maire de la ville refuse de nous prêter les salles municipales pour organiser nos réunions, nous sommes obligés de faire appel aux débits de boissons. »
Pour ce candidat de gauche, des caméras de surveillance, mais pas comme le FN.
Présentant point par point son projet, le candidat insiste, au moment de parler de la sécurité, sur sa différence avec Steeve Briois et Marine Le Pen sur la question :
« Je souhaite installer plus de vidéosurveillance. Mais ce n'est pas la politique du FN que je veux mettre en place. Ce n'est pas un flicage d'Hénin-Beaumont. Je veux simplement mettre des caméras dans les endroits les plus sensibles, ce qui n'empêche pas une présence humaine. »

La campagne en direct (samedi matin) :

Hénin-Beaumont, 11 heures. Une cinquantaine d'Héninois sont venus écouter la présentation de la liste du maire sortant Gérard Dalongeville (DVG).  A part l'arrivée de Marie-Noëlle Lienemann (ancien ministre PS) et de Pierre Ferrari (Mouvement des jeunes socialistes), venus secourir une « alliance de la gauche », les noms ne sont guère différents. Manquent à l'appel : les Verts et l'Alliance républicaine (AR) du divers gauche Daniel Duquenne.
Les guerres de personnes ne sont pas terminées entre ce dernier et le maire d'Hénin-Beaumont, exclu du PS après s'être présenté en 2001 contre un autre socialiste. Or, la gauche doit mener une campagne un peu particulière face à un Front National montant, notamment avec l'arrivée en numéro 2 de liste de Marine Le Pen.
Gérard Dalongeville estime que le leader d'AR « s'isole du PS, s'isole de la démocratie. C'est une erreur très grave de sa part ». Il va jusqu'à qualifier la liste de son adversaire d'« alliance anti-républicaine » .
Marie-Noëlle Lienemann tempère. Elle compte demander au second tour « que les Républicains s'unissent ». Et, ensuite, « tenir compte de leur poids dans l'équipe ».
Un peu plus tôt, en présentant sa propre liste à la presse, Daniel Duquenne refusait fermement toute alliance :
 « J'ai toujours été très clair et dit qu'il n'y aura d'alliance ni au premier tour, ni au second tour. Cependant, si nous faisons un score pitoyable, j'en tirerai toutes les conclusions. Je ne veux pas favoriser le Front national. »
Les questions de siège ont déjà fait partir la Verte Régine Calzia qui s'est alliée à Daniel Duquenne.
« Elle s'est mise en colère trop tôt », explique Marie-Noëlle Lienemann. « Le Parti communiste a obtenu des choses qu'il demandait. »
L'ex-ministre du Logement (gouvernements Bérégovoy et Jospin), se défend d'avoir été parachutée, malgré ses 27 années de mandats locaux dans l'Essonne. Elle rappelle qu'elle est vice-présidente de la région Nord-Pas-de-Calais depuis quatre ans. Son objectif : un rassemblement de la gauche, constitué de personnes d'accord sur « l'essentiel ». Difficilement réalisable, semble-t-il.

La campagne en direct (samedi après-midi) :

Hénin-Beaumont, 15h. « Pensez-vous que le Front National va remporter l'élection ? »
Quand on pose la question aux Héninois, la majorité n'a aucun avis tranché. Certains se prononcent pour l'une ou l'autre possibilité. Beaucoup reconnaissent l'efficacité de la communication du parti frontiste, très réactif en matière de tracts et de présence dans la ville. Les autres craignent une victoire de Steeve Briois et Marine Le Pen « si la gauche ne se réveille pas » (tendez l'oreille, le vent du Nord souffle fort) : Cliquer ici pour écouter.

Hénin-Beaumont, 15h. Une dizaine de jeunes socialistes accompagne Marie-Noëlle Lienemann dans son « après-midi tractage ». Le groupe déambule dans les rues de la cité Foch. Les prospectus distribués sont ceux de la gauche rassemblée… Mais même au sein de celle-ci, l'union n'est pas parfaite : si Marie-Noëlle Lienemann est numéro 2 de la liste du maire sortant Gérard Dalongeville, ils ont chacun leur tract. Avec leurs différences… Gérard Dalongeville veut par exemple installer de la vidéosurveillance dans toute la ville. Telle n'est pas du tout l'intention de la socialiste. Alors quelle sera la bonne version du programme si la liste de Dalongeville est élue ? Le long de son parcours, le groupe est assez bien accueilli. Même si certains électeurs ne cachent pas leur préférence pour le Front national.
Sujet délicat : les finances laissées par le maire sortant. Une Héninoise se préoccupe de cette situation et du manque de cohérence de la gauche. Marie-Noëlle Lienemann assure qu'elle a « des amis à la Cour des comptes », et que « Dalongeville devra mettre tout sur la table ». Le maire sortant a augmenté les impôts locaux de 85 %, et sa gestion est pour le moins contestée dans les rues.
Et le passé de la candidate joue en sa faveur. Quand Marie-Noëlle Lienemann dit qu'elle a été ministre sous le mandat de François Mitterrand, la maison voisine l'invite à entrer pour parler de ses problèmes de logement avec celle qui a collaboré avec « son sauveur ».

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