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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Photo rencontre syndicalistes elus PC| LES VISAGES DE L'ACTUALITÉ |

À Rouvroy, tous les six mois, élus communistes et délégués syndicaux se retrouvent pour échanger sur la situation des entreprises. Un bon indicateur de la santé de l'économie locale. Hélas, elle n'est pas brillante.

PAR CHRISTOPHE LE COUTEUX
henin@info-artois.fr

Meca Stamp International.- « Ce qui nous importe au premier chef, c'est de garder l'entreprise », indique le conseiller régional Bertrand Péricaut, confirmant l'engagement des collectivités dans le plan de reprise (nos éditions d'hier et d'avant hier) . Loin des 136 salariés actuellement en poste, la nouvelle entité n'en réembaucherait qu'une cinquantaine, confirme un employé. Mais quel gâchis, lorsque l'on pense que malgré un outil de production vétuste, le carnet de commandes est bien garni. Les fabricants Alsthom, Bombardier utilisent les pièces de la forge héninoise pour leurs wagons mais pas la SNCF, qui préfère se fournir en Tchéquie. « On ne reçoit même plus les appels d'offre de la SNCF. » Un client perdu il y a dix ans. « Avant, la SNCF représentait la moitié de notre chiffre d'affaires. » Bertrand Péricaud envisage de faire pression sur le transporteur national : « 40 % de notre budget c'est le TER, on n'est pas sans argument. » ASSAD.- Dans cette association d'aide à la personne basée à Liévin, c'est la revalorisation des salaires qui inquiète. Et l'insuffisante formation des auxiliaires de vie : « seules 25 % le sont au niveau national ». Depuis 2005, l'ouverture à la concurrence a fait émerger des entreprises « qui ne sont pas soumises à une convention collective. On est dans le cadre d'une concurrence déloyale », complète Dominique Watrin, sénateur.

Renault Douai.- Comme les sites régionaux, l'usine de Douai est en surcapacité. « Sur 5 ans, Renault Douai a chômé un an et demi  », indique un délégué central CFDT. Pour éviter une catastrophe sociale, le syndicat veut favoriser la formation : « Il faut pousser ces groupes à développer des formations qualifiantes ». « L'argent public n'a pas à venir abonder le budget formation des grands groupes », dit Bertrand Péricaud, d'autant que selon le syndicaliste de Renault, « les actionnaires n'ont pas mis la main à la poche depuis 1984 ».

Durisotti.- Les salariés du carrossier de Sallaumines en redressement judiciaire, ont obtenu du tribunal « de mettre le patron sur la touche », remplacé par un gestionnaire de crise. « Pour lui, notre société est viable », Un Plan de sauvegarde de l'emploi se profile.

Entretien des routes.- Ces salariés de la fonction publique travaillent pour l'État et le conseil général. Les uns s'occupent des routes nationales, les autres des départementales. Leur activité évolue défavorablement. Perte de missions (fauchage, pose de panneaux de signalisation), baisse d'activité dû au transfert aux communautés de communes : « Cela grève leur budget, au niveau entretien il n'y a plus rien. Il y aura des catastrophes », prédit un salarié de la Maison départementale des infrastructures de Carvin (conseil général). Deux salariés de la MDI se sont suicidés sur leur lieu de travail cette année.

Moy Park.- Seule éclaircie dans ce ciel social plombé, le fabriquant de volaille héninois « se porte bien ». 8,5  M d'investissements ont été consentis. Marefrig, l'actionnaire majoritaire a fusionné avec l'américain Keystone et Moy Park dépend depuis de cette société. • 


Bertrand-Pericaud-et-Herve-Poly.jpg« Maintenant, tout le monde se bat pour l'industrie »

La dernière réunion élus-syndicats remontait au mois d'avril. Depuis, il y a eu les élections et le changement de majorité. Est-ce que cela change quelque chose ?

Oui, mais en fait pas tant que ça, selon Bertrand Péricaud (photo), président de la commission développement économique au conseil régional : « J'ai été surpris par le cadeau de vingt milliards fait au patronat, cette politique va être ponctionnée sur nos achats, nos salaires, ça m'interroge d'autant plus. » Une référence au tout récent pacte de compétitivité qui rend amer la gauche de la gauche. Et ce n'est pas la situation des industries locales qui lui redonnera le sourire : « Si certains pans se portent bien, comme l'agroalimentaire, l'industrie automobile est remise en question sur notre région. » « La crise économique accélère la désindustrialisation. Le pire est devant. Sans industrie, un pays n'est rien. En laissant partir ces emplois, on tue la poule aux oeufs d'or. » Et de noter le regain de considération dont bénéficie le secteur industriel : « Avant, c'était sale, ça polluait. Maintenant, tout le monde se bat pour l'industrie et c'est tant mieux. » Reste que le mouvement d'ensemble est sombre. À l'échelle de la région, on peut aussi citer Doux à Graincourt. « Une liquidation scandaleuse ! », s'emporte Bertrand Péricaud, qui rappelle que l'entreprise a été largement aidée (« 50 millions pour l'exportation en 2012 ! »). Conscient que la réindustrialisation est encore utopique, le Parti communiste propose de stopper l'érosion du secteur industriel en recourant à des nationalisations, des moratoires pour suspendre les plans de licenciement et la préférence à accorder à la production locale face à l'étrangère.

Légende photo : Les représentants syndicaux ont fait le point sur l'activité de leurs entreprises et associations respectives. Et ce n'est pas rose.

 


Source : La Voix du Nord
Vendredi 09 novembre 2012

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