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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Alain Juppé doit être déçu ! Lui qui pensait faire mieux que les 82 % obtenus par Jacques Chirac le 05 mai dernier, il devra se contenter de 79,42 % des suffrages exprimés par les militants chiraquiens réunis au Bourget le 17 novembre dernier pour être finalement intronisé président de l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP). Avec un taux de participation inférieur à 29 % des adhérents supposés de l’UMP, l’élection d’Alain Juppé est tout sauf un plébiscite…
D’autant plus que son principal adversaire, Nicolas Dupont-Aignan, ex-séguiniste et ex-responsable du RPF de Pasqua a tout de même obtenu 14,91 % des suffrages.
Hasard du calendrier, à la veille du congrès fondateur de l’UMP, Philippe Séguin et Charles Pasqua se retrouvaient pour animer un débat à l’Europe. La palme de la formule la plus assassine revient sans conteste à Philippe Séguin : « A force de fusionner, il n’y a pas de raison de s’arrêter. On peut faire le parti unique du vide total ! »
L’UMP parti du vide total ? Pour une fois, ce n’est pas un homme de gauche qui l’affirme…

Au fond, plus qu’un parti, l’UMP n’est rien d’autre qu’une formidable machinerie à propulser Alain Juppé sur le devant de la scène pour la présidentielle de 2007. Pour ce faire Alain Juppé devra se refaire une virginité ; personne n’a oublié sa morgue et son arrogance lors des grèves de décembre 1995.
De plus, Alain Juppé n’est pas le plus populaire des dirigeants de la droite française : Un récent sondage le plaçait derrière François Bayrou, Jean-Pierre Raffarin, et très loin derrière Nicolas Sarkozy, décidément hors compétition.
Mais Alain Juppé fait depuis trop longtemps figure d’héritier présomptif de Jacques Chirac pour renoncer à être candidat en 2007 ; le projet de réforme des modes de scrutin ne pourra que le conforter dans ses ambitions, au risque d’accroître la désaffection des électeurs vis-à-vis des partis politiques.

En effet, quel crédit peut-on accorder à des gens dont le but avoué est de marginaliser les petites formations au profit d’un duopole UMP / PS ?  Car l’offensive en faveur du bipartisme, au nom d’une volonté de « pacifier la vie politique » ne vient malheureusement pas que des rangs de la droite :
La plupart des dirigeants du Parti Socialiste ont ainsi évoqué, plus ou moins ouvertement la prétendue « nécessité » de construire une grande force sociale-démocrate capable de rivaliser avec l’UMP. Pierre Moscovici, Jean-Christophe Cambadélis, Laurent Fabius…on ne compte  plus les hauts responsables du Parti Socialiste qui se font les chantres du parti unique de la gauche française, tout cela au nom bien sûr de la modernité.
C’est d’ailleurs cette prétention à incarner la modernité qui les conduit à fustiger l’archaïsme de leurs adversaires : Olivier Besancenot est un néo-bolchevique, et donc un archaïque, Jean-Pierre Chevènement est un archaïque, Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon sont également des archaïques, et que dire du Parti Communiste ! Laurent Fabius affirme par exemple que le communisme, « ce n’est quand même pas la « booming idea » aujourd’hui ! »
En réalité, et bien qu’ils s’en défendent, les dirigeants socialistes n’ont qu’une seule obsession : réussir l’UMP de la gauche. Au bénéfice de qui ? Certainement pas de la démocratie, qui se trouvera de fait confisquée par deux partis hégémoniques. Enfin débarrassés de leurs encombrants alliés qui ne cessaient de leur reprocher leurs petites trahisons, le PS et l’UMP pourront enfin instaurer le bipartisme à l’anglo-saxonne dont ils rêvent depuis des années.
La campagne présidentielle de 2002 aura donné un formidable coup d’accélérateur à ces chimères : jamais dans l’histoire du Parti Socialiste une campagne présidentielle n’avait été aussi personnalisée que celle du printemps dernier : Lionel Jospin, homme intègre, Lionel Jospin et Sylviane Agacinski…Quid du débat d’idées ?
La personnalisation de la vie politique est évidemment une construction médiatique, mais ne nous y trompons pas, elle est aussi une donnée culturelle fondamentale de la Cinquième République.
Eric Zemmour ne s’y est pas trompé, qui voit dans le statut de Laurent Fabius, proclamé par avance « présidentiable » le signe du fonctionnement monarchique de la Cinquième République. Pour Eric Zemmour, Laurent Fabius doit ce statut à l’onction mitterrandienne ; depuis 1984, il fait figure de Dauphin en titre du monarque républicain qu’aura été François Mitterrand.
On pourrait d’ailleurs faire la même démonstration au sujet d’Alain Juppé, dont Chirac affirmait, quelques mois avant de le nommer premier ministre, qu’il était « le meilleur d’entre nous ». Les grévistes de décembre 1995 l’ont constaté…

Le PS et l’UMP semblent bien décidés à nous préparer des lendemains qui déchantent : réduction de l’offre électorale, transformation des deux grands partis qui resteront, l’UMP pour la droite et un grand parti social-démocrate issu du PS pour la gauche,  en clubs de supporters. Mais au fait qui sont-ils, ces aficionados de Juppé, ces adorateurs de Fabius ? Qu’ils se montrent ! Des noms !
Heureusement, rien n’est jamais inéluctable et le duel annoncé de 2007, le match Fabius / Juppé n’aura peut-être pas lieu.
C’est que le PS n’est pas l’UMP. Déjà, le mouvement social est devenu un interlocuteur dont les dirigeants socialistes doivent tenir compte ; François Hollande s’est rendu à Florence. Récupération politique, sans aucun doute. On peut comme Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon ironiser : « Tiens ! C’est nouveau : Hollande anti-mondialisation ? », l’essentiel est que les alter-mondialistes puissent être entendus. A cet égard, les luttes sociales des prochaines semaines seront sans aucun doute déterminantes.
Il ne tient qu’à nous de sortir du piège du bipartisme !

David NOËL


Source : Le Bretzel
Numéro 7, décembre 2002

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