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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Eugene-Binaisse-et-Georges-Bouquillon.jpegQue s'est-il réellement passé, mercredi 22 février, au conseil municipal ? Près de deux semaines après le clash qui a divisé la majorité municipale, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place.

Le clash du conseil municipal marque la désintégration de l'Alliance Républicaine, cette association politique locale  constituée pour les élections municipales de 2008 et qui est arrivée au pouvoir l'année suivante à l'occasion des élections municipales partielles.

A l'origine, l'Alliance Républicaine est née de la fusion de la section socialiste héninoise dirigée par Daniel Duquenne, d'un groupe de républicains ex MRC mené par Georges Bouquillon après son passage dans l'opposition à Dalongeville fin 2002 et de Transparence et Citoyenneté, une association créée par Christine Coget, passée du PS au MoDem par refus de suivre Dalongeville.

L'AR a remporté les élections municipales partielles de 2009 malgré le départ de Christine Coget qui avait rejoint la liste du Nouvel Elan pour Hénin-Beaumont. L'AR a gagné en raison de sa ténacité et de la bonne image de Daniel Duquenne, en dépit d'une stratégie d'isolement peu judicieuse qui a, à l'époque, été la cause du départ de Christine Coget et Patrick Piret, favorables à l'inverse à une coalition de partis républicains, dont l'AR ne voulait pas, estimant qu'elle constituait elle-même une association de rassemblement.

Très vite, l'équipe municipale de l'AR s'est repolitisée, une partie des élus suivant Georges Bouquillon au MRC, l'autre partie, derrière Eugène Binaisse qui a remplacé Daniel Duquenne en 2010 souhaitant reconstruire une section socialiste héninoise avec pour leader Marcel Germe, l'actuel adjoint à la sécurité proche de Daniel Duquenne.

Au-delà de l'inimitié personnelle grandissante entre le maire et son premier adjoint, ce sont deux stratégies politiques qui ont fini par se heurter.

Pour Eugène Binaisse, qui ne sait sans doute pas encore lui-même s'il se représentera en 2014 et qui pourrait passer le relais à un autre socialiste avec le sentiment du devoir accompli, il faudra constituer une liste de rassemblement autour du PS reconstitué et des autres forces politiques qui accepteront de participer à une liste de rassemblement républicain contre le FN : le MRC, les Verts, le PRG, voire le MoDem et le PCF. On m'a ainsi fait passer le message qu'il n'y avait pas d'hostilité contre moi et qu'on me reconnaissait la qualité d'être ouvert et prêt au dialogue. Dans cette configuration, l'AR n'a plus vraiment lieu d'être, son rôle se réduisant à n'être qu'une amicale d'élus PS-MRC de la majorité souhaitée par Eugène Binaisse. Il va de soi que dans l'esprit du maire, l'AR serait dirigée par le PS.

Sabine Van HegheDe son côté, Georges Bouquillon, on le sait, a renoué avec Jean-Marie Alexandre. Même si à l'époque de Dalongeville, les liens entre les deux hommes s'étaient distendus, ils n'avaient jamais été rompus. Georges Bouquillon est un homme d'appareil et sa stratégie municipale épouse celle de Jean-Marie Alexandre. Pour le patron du MRC 62, Hénin-Beaumont, grâce au travail de Georges Bouquillon, est un fief MRC. Le MRC a une dizaine d'élus à Hénin-Beaumont, un groupe à la CAHC avec le maire de Dourges, Sabine Van Heghe, l'adjointe au maire de Dourges est conseillère générale du canton de Leforest... En position de force, Jean-Marie Alexandre entend donc pousser son avantage en implantant un local de circonscription MRC à Hénin-Beaumont et, dans un second temps, en proposant Sabine Van Heghe comme tête de liste d'une future liste de rassemblement aux municipales à Hénin à direction MRC.

Derrière le MRC, Georges Bouquillon entend s'appuyer sur une AR à majorité MRC, le PS dans une position subordonnée, et comme Eugène Binaisse, sur les autres forces de gauche comme le PRG ou les Verts. Par contre, le MoDem serait exclu de ce rassemblement à direction MRC, pour cause d'inimitié totale entre Georges Bouquillon et Patrick Piret. Pour ce qui est du PCF, les mêmes messages nous sont revenus, à savoir qu'il n'y avait pas d'hostilité à mon encontre.

Dans les deux cas, le retour des partis politiques marque la fin de l'AR comme acteur politique héninois. L'AR est aujourd'hui une sorte d'intergroupe PS-MRC qui n'a plus lieu d'être à partir du moment où le PS et le MRC s'affrontent pour le leadership de la gauche.

Au-delà de l'inimitié grandissante entre le maire et son premier adjoint et des divergences sur la gestion municipale qui peuvent survenir dans une majorité, le clash qui est survenu au conseil municipal n'est que le premier épisode d'une bataille pour l'hégémonie sur la gauche entre le PS et le MRC, dont les stratégies d'alliances ne sont pas les mêmes et où entrent en jeu de l'affect, de vieilles inimitiés et des solides rancoeurs.

Le clash du 22 février s'inscrit vraisemblablement dans une stratégie du MRC de différenciation. Pour Georges Bouquillon et son groupe, il importait de marquer sa différence et sur le fond de la délibération sur le Stade Héninois, force est de reconnaître que les arguments de Georges Bouquillon n'étaient pas infondés. Si Eugène Binaisse avait cédé, Georges Bouquillon aurait marqué un point décisif dans la lutte pour le leadership en 2014. En faisant exister publiquement le groupe MRC, en contraignant le maire à reculer, Georges Bouquillon et le MRC se posaient comme un recours pour 2014. Sauf qu'Eugène Binaisse, maladroit, a voulu passer en force et s'est retrouvé mis en minorité par une coalition MRC-FN.

D'une bataille d'influence de bureau municipal qui se joue en sourdine, on est passé à la fracture ouverte et à ce qui ressemble à un putsch. Le bilan est terrible pour la majorité qui, même si elle se réconcilie pour la façade, a perdu toute crédibilité. Ni le PS pro Eugène Binaisse, ni le MRC n'ont plus la crédibilité pour rassembler la gauche autour d'eux.

Dans ce contexte, le retour de Christine Coget au PS avec la volonté d'être un trait d'union entre le MoDem et le groupe PS risque d'être un coup d'épée dans l'eau et pourrait accentuer encore la fracture avec le MRC et Georges Bouquillon qui ne veut en aucun cas travailler avec l'ancienne cofondatrice de l'AR.

De son côté, Pierre Ferrari, qui veut incarner un recours à gauche et s'est efforcé de ne plus polémiquer, n'aurait aucun intérêt à se rapprocher avec les uns ou les autres, le PS pro Eugène Binaisse et le MRC ne souhaitant d'ailleurs probablement pas un rapprochement avec le Nouvel Elan.

A deux ans des prochaines municipales, la gauche héninoise n'a jamais été aussi atomisée et cette atomisation délétère risque de précipiter de nouveaux électeurs dans les bras du Front national. C'est pourquoi, durant la campagne présidentielle et législative, le PCF n'entend pas participer à ces opérations de rapprochements et de divisions, incompréhensibles pour les citoyens qui voudraient bien que l'on s'occupe de leurs problèmes concrets.

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Commenter cet article

ps canal historique 05/03/2012 10:34


excellente analyse de David Noel : à méditer

inquiet 05/03/2012 08:16


que fera le P.C.,en cas de non-accord général ,pour les municipales.


pro P.S. ou pro-M.R.C.

David NOËL 05/03/2012 08:30



Merci à Motivé pour son commentaire.


Pour répondre à Inquiet, nous ne ferons ni l'un, ni l'autre. Si le PS et le MRC sont incapables de se rassembler eux-mêmes, nous ne jouerons certainement pas les supplétifs d'un camp ou d'un
autre derrière des leaders qui ont installé un tel climat et qui sont responsables de l'atomisation de la gauche.



Motivé 05/03/2012 07:25


Très bien ton analyse sur les grands stratèges. Il manque le ressenti des agents communaux. Ils n'en peuvent plus, ils ne veulent plus voir ni l'un, ni l'autre, ni socialistes, ni MRC.


Fais ta propre liste avec le Front de Gauche pour les municipales. Rassemble le Parti de gauche, vois avec le NPA et tous les déçus qui avaient voté au deuxième tour pour cette équipe municipale.