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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

L’événement politique de cette fin du mois d’octobre aura donc été l’abstention du groupe UDF sur le budget présenté à l’Assemblée Nationale par le gouvernement Raffarin, que l’UDF soutient pourtant et dans lequel elle a un ministre en la personne de Gilles de Robien, le ministre des transports.
Mais ce divorce entre les deux pôles de la majorité est en réalité un divorce en trompe-l’œil. De fait, l’ambition de François Bayrou et de ses proches semble être de reconstituer un  parti centriste puissant et respecté.

L’héritage démocrate-chrétien

De 1944 à 1966, le MRP de Marc Sangnier, George Bidault et Maurice Schumann a joué ce rôle ; avec 25,9 % des suffrages exprimés à l’occasion des élections législatives du 10 novembre 1946, le MRP faisait jeu égal avec la SFIO et le PCF. Mais les succès initiaux du MRP reposaient sur un malentendu : au lendemain de la guerre, les dirigeants du MRP  étaient des chrétiens attachés à la question sociale. Marc Sangnier, président d’honneur du MRP jusqu’en 1950 avait fondé le mouvement du Sillon, puis, après sa condamnation par Rome, le mouvement Jeune République. Pour la plupart, les dirigeants du MRP avaient milité à Jeune République et, comme le PCF et la SFIO, ils étaient favorables aux nationalisations et à une politique sociale volontariste. D’ailleurs, au début de 1945, les dirigeants du MRP et de la SFIO songeaient à fondre leurs organisations dans une Union travailliste de la Libération, grand parti social qui aurait annulé le clivage entre socialistes et chrétiens-démocrates. La tentative échouera sur l’obstacle de la laïcité.
Surtout, les électeurs du MRP étaient en décalage avec les objectifs de leurs dirigeants. Privés de représentation par la dissolution des partis de droite modérés compromis dans le régime de Vichy, les électeurs de droite se reportaient massivement sur le MRP. Mais l’apparition du gaullisme et la naissance de la Vème République ont progressivement réduit l’influence du MRP dont les derniers militants rejoignent le Centre Démocrate en 1966.
En 1976, le Centre Démocrate se mue en Centre des démocrates sociaux et adhère à l’UDF le 1er février 1978 aux côtés des libéraux du Parti républicain et des radicaux du Parti Radical dit « valoisien » pour le distinguer du Mouvement des radicaux de gauche.
Le ralliement des libéraux d’Alain Madelin et des derniers radicaux valoisiens à l’UMP à l’issue des élections présidentielles de 2002 renforce paradoxalement l’unité de l’UDF. Mais si François Bayrou songe sans doute à reconstituer un parti centriste aussi puissant que pouvait l’être le MRP, la comparaison s’arrête là ; bien sûr, au deuxième jour du débat sur le vote du budget, le position de François Bayrou quant à la baisse de l’allocation spéciale de solidarité versée aux chômeurs en fin de droit rejoignait les critiques formulées par la gauche : « Vous ne pouvez pas financer la baisse de l'impôt sur le revenu des catégories les plus favorisées par la suppression de l'allocation minimale allouée aux Français en fin de droits ». Est-ce à dire que l’UDF ambitionne de renouer avec l’héritage du MRP pour devenir le pôle social des majorités de droite ?

Un divorce en trompe-l’œil

En réalité, en matière économique, l’UDF et l’UMP sont toutes deux des formations libérales et les critiques adressées par les amis de François Bayrou au gouvernement Raffarin à propos de la baisse de l’ASS vont de pair avec la revendication d’une réforme de l’Etat – entendons de l’adaptation de la fonction publique au modèle néolibéral – poussée plus avant.
Et c’est Christian Blanc, ancien PDG et la RATP et d’Air France et député apparenté UDF des Yvelines qui a déposé au début du mois d’octobre une proposition de loi sur l’instauration du service minimum dans les transports publics, véritable machine de guerre contre le droit de grève.

Au fond, les raisons de la fronde du groupe parlementaire UDF ne procèdent donc pas d’une vision du monde et d’une culture politique distinctes de celles de l’UMP, mais bien d’un choc d’ambitions et de rivalités personnelles. C’est seulement a posteriori que François Bayrou et Jacques Chirac habillent ces rivalités d’un vernis idéologique en réalité factice.
Dans ces conditions, l’abstention du groupe UDF sur le vote du budget n’est évidemment qu’une mascarade et un divorce en trompe-l’œil. Les électeurs victimes de la politique ultra-libérale du gouvernement UMP-UDF ne s’y tromperont pas.

David NOËL


Source : Le Bretzel
Numéro 14, novembre 2003

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