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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Jean-Luc-Melenchon-33.jpgInterview bg-puce-losange Jean-Luc Mélenchon a confirmé ce week-end qu’il irait chasser sur les terres de la patronne du FN pour les législatives. Il explique son choix à «Libération».

Par LILIAN ALEMAGNA

A l’attaque. Jean-Luc Mélenchon est candidat au siège de député dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. A Hénin-Beaumont, face à Marine Le Pen. Fini la «semi-démente», l’eurodéputé insiste sur la bataille «idéologique».

Pourquoi choisir d’aller défier Le Pen ?

Je me présente aux législatives car il y a une continuité avec la présidentielle. Le résultat du vote [11,1%, ndlr] me donne la responsabilité d’être exemplaire. Pour le choix de la circonscription, il y avait trois paramètres : un contenu social et ouvrier fort ; une bataille avec le FN ; incarner la relève à gauche là où le PS est à bout de souffle, aux prises avec les affaires et les querelles de personnes.

Mais pour cela, vous auriez pu aller dans d’autres endroits…

Je pouvais aller à Marseille ou dans l’Hérault… Mais face à Mme Le Pen, la bataille est à son paroxysme. Si le plus grand parti de gauche avait fait son travail à Hénin-Beaumont, on n’en serait pas là. Le Front de gauche peut être la relève.

Décision tardive, FN très implanté… Cette élection n’est-elle pas la plus risquée de votre carrière politique ?

Le Front de gauche a accumulé une force, elle doit être utilisée. Je ne suis pas dans une logique de gestion de patrimoine électoral. Il faut insuffler une culture de dynamique, d’audace à une force comme la nôtre, neuve et encore fragile. Si les premiers responsables ne prennent pas de risques, pour quelles raisons les autres le feraient-ils ? Tant que nous n’aurons pas pris notre rythme de croisière, je me dois de monter sur la barricade.

Ne cherchez-vous pas aussi une revanche sur la présidentielle ?

Non. Il n’y a aucune dimension personnelle. A travers Mme Le Pen, j’affronte les idées du FN. Est-ce qu’au début du XXIe siècle l’ancien bassin minier, berceau du mouvement ouvrier, se choisit un député d’extrême droite ou du socialisme historique ? Est-ce que la sortie de crise se fait par le social ou l’ethnique ? Je demande un débat à Mme Le Pen. J’attends sa réponse.

Ce n’est pas qu’un coup médiatique ?

Mais la situation a besoin d’être médiatisée ! Comment des gens peuvent être dans des communes à 25 % de taux de chômage ? Comment des patrons voyous achètent des entreprises, les dépouillent et peuvent tout laisser ? Hénin-Beaumont n’est pas la propriété de Mme Le Pen. Tout le monde dit que c’est son fief. Depuis quand ? Elle fait un très bon score, mais n’a rien gagné là-bas !

Elle critique votre «parachutage»…

Ce n’est pas une élection locale. Je suis parachuté depuis que ma mère m’a mis au monde… Je viens d’Afrique du Nord, j’ai habité en Normandie, dans le Jura, le Doubs, dans l’Essonne. Je suis élu du Grand Sud-Ouest. J’ai donc tout pour être un bon député national ! Et puis aujourd’hui, tout le monde est parachuté quelque part dans sa vie… Mais quelle rigolade de me faire traiter de la sorte par Mme Le Pen ! D’ailleurs, elle est seulement en train cette semaine d’acheter une maison à Hénin-Beaumont pour vite se redonner une petite allure de résidente locale…

Demandez-vous aux candidats PS et Verts de vous soutenir au premier tour ?

Ils font comme ils l’entendent. Je ne suis à la recherche d’aucun arrangement. Je veux obtenir une mobilisation pour un rejet populaire de l’extrême droite et faire le ménage à gauche.

Comment analysez-vous les 31 % de Le Pen dans cette circonscription à la présidentielle, plus du double du vôtre ?

Elle a ramassé l’ensemble des voix de droite et commencé à mordre sur une population qui devrait normalement se reconnaître dans la gauche. Pourquoi ne s’y reconnaît-elle plus ? Parce que le PS local est institutionnel, bureaucratisé et perclus d’affaires… Mais je rappelle tout de même qu’il y a quatre communes communistes dans cette circonscription ! Notre réseau est aussi très bon !

Si vous entrez à l’Assemblée, quelle sera votre place ? Majorité ? Opposition ?

Ce n’est pas simple à définir. Nous ne sommes pas dans la majorité puisque nous ne sommes pas au gouvernement. Mais ça n’a pas de sens de se considérer dans l’opposition. Nous ne voterons jamais de motion de censure venant de la droite. En revanche, nous ne prendrons pas d’engagement sur le vote du budget. Nous voulons être positifs, mais pas naïfs. Je parle d’«autonomie conquérante». J’appelle donc les électeurs de gauche à refuser l’étouffoir du vote utile et voter Front de gauche pour colorer la nouvelle Assemblée.

Mais comment peser pour changer la vie des gens sans être au gouvernement ?

Par le débat parlementaire. Avec des amendements, des propositions de loi… Prendre à témoin les électeurs fera davantage avancer que les arrangements pour des places dans un gouvernement.

Donc, des ministres Front de gauche, c’est impossible, même plus tard ?

Je le répète : je ne participerai jamais à aucun autre gouvernement que celui que je dirigerai. Et je conseille à mes camarades d’en rester à cette formule. C’est la seule qui concilie responsabilité, vocation gouvernementale et respect du mandat reçu par nos électeurs.

Qu’attendez-vous des premiers jours de la présidence Hollande ?

Qu’il donne au monde le sentiment d’une haute détermination. La France doit bientôt emprunter 12 milliards d’euros sur les marchés. Si les taux sont bons, tout va bien. Si la finance commence déjà à nous chercher noise, il faudra commencer à rendre les coups. Résister. La manière d’entrer en scène de François Hollande est décisive. Il doit aussi montrer qu’au plan intérieur, sa main ne tremble pas pour régler la question sociale : le partage des richesses de ce pays.

Comment analysez-vous la situation politique en Grèce ?

Il est horrible de voir que les médias français sont restés trois jours sur «la percée de l’extrême gauche et des néonazis», alors que c’est un triomphe pour nos camarades de Syriza, la confirmation que les révolutions citoyennes connues en Amérique du Sud arrivent en Europe. En Grèce, nous sommes désormais le premier parti de gauche. En France, ce sera dans moins de dix ans.

Vous souhaitez à la France un destin à la grecque pour arriver au pouvoir ?

Surtout pas ! J’ai dit : face à la finance, on résiste ou on capitule. François Hollande cherche une autre solution. Je lui souhaite de réussir. Sinon, retour à la case départ : capituler ou résister ? S’il choisit de capituler, il ira voir M. Bayrou et son union nationale. S’il résiste, ce sera avec nos solutions. Parce que les sociaux-démocrates européens n’ont fait la démonstration dans aucun pays d’Europe qu’ils savent comment faire.

Quel bilan faites-vous de votre campagne présidentielle ?

Exceptionnel. Nous nous sommes invités à la table des grands en sortant les centristes et avons fait émerger une force nouvelle. Le Front de gauche est là pour la période historique. Légitime à vouloir être l’alternative à gauche.

Légende photo : Jean-Luc Mélenchon, le 3 mai. (Photo François Nascimbeni. AFP)


Source : Libération
Lundi 14 mai 2012

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fondamentaux 16/05/2012 17:47


Enfin, une veritable dimension politique dans le Pas de Calais. Il y avait bien longtemps que nous n'avions plus d'air frais avec un vrai sens des valeurs et une clarté d'expression correspondant
à la réalité du personnage.


Voilà qui nous change. On peut comprendre l'inquiétude des boutiquiers locaux qui préfèrent s'arranger avec une extrême droite qu'ils ont aidé à éclore et à prospérer dans ce département. En
définitive, cette extrême droite les conforte bien dans leurs turpitudes puisqu'ils chantent partout qu'il l'y a aucun risque.


Continuons donc à tromper ainsi les citoyens et on comprendra mieux pourquoi ils préfèrent s'opposer à la venue de JL Mélanchon qui les oblige à s'interroger sur une doctrine de gauche qu'ils
ignorent pour la plupart.


Je reprendrai le fascicule que vient de rédiger Louis Mexandeau, ancien ministre de gauche des anciens combattants, natif de Wanquetin et agrégé d'histoire, fascicule intitulé "résistez":


"M. Le pen a osé déclarer, en 2005,  "pendant la seconde guerre mondiale, "l'occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine".


"A partir d'un souvenir familial, vêcu personnellement il y a juste soixante dis ans "et de l'évocation des terribles années 1941-1942 dans le Pays des mines, Louis "Mexandeau illustre le
caractère scandaleux d'une telle assertion. La Résistance y "fut précoce et farouche, la répression impitoyable, les victimes innombrables.


"Mais comment expliquer et admettre qu'à l'endroit même où naquit la lutte "armée contre l'occupant, le Front National atteigne des scores indécents?


"Au vu des résultats obtenus par le Front National au pays des martyrs, la "résistance s'impose à nouveau ".


Si tout est dit, on observe que le seul a oser combattre la peste brune s'appelle Jean-Luc Mélanchon. Les autres continuent leur petite cuisine comptant, comme toujours, sur leur capacité à
entrainer la population, puisqu'ils se disent "socialistes".