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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Hotel-de-ville-Henin-decembre-2013.JPGAlors que le Front national, sous la houlette de Steeve Briois, est de plus en plus fort, les candidats de gauche aux municipales se multiplient.

Par Marc Leplongeon

Cinq candidats de gauche, un candidat FN et une UMP presque inexistante : la débâcle est totale. "Dans le bassin minier, les socialistes apparaissent comme une bande de pieds nickelés qui se sont longtemps appuyés sur un système de baronnie et de clientélisme", dénonce David Noël, candidat Front de gauche à Hénin-Beaumont. Le tacle à Gérard Dalongeville, maire de 2001 à 2009 avant d'être exclu du PS et condamné à trois ans de prison ferme pour détournement de fonds, est à peine voilé. En quelques années, Hénin-Beaumont, ville de 26 000 habitants, est devenue la rampe de lancement d'un FN qui cherche à s'implanter sur le territoire. Marine Le Pen y a mené sa campagne législative en 2012. Jean-Luc Mélenchon avait tenté de la déstabiliser. En 2009, lors de municipales partielles, Steeve Briois, secrétaire général du FN depuis 2011 et candidat aux municipales depuis 1995, obtient 47,62 % des voix. Bruno Bilde, son directeur de campagne, l'assure aujourd'hui : "Hénin-Beaumont n'est plus une ville de gauche." "On est dans une ville de gauche qui vote Front national", estime pour sa part Gérard Dalongeville. Le bazar est total.

Pour faire face au Front national, une alliance républicaine avait bien été mise sur pied et avait porté Eugène Binaisse au pouvoir en 2010. Mais elle a fait long feu. Aujourd'hui, les candidats se multiplient au sein même de la municipalité. De fortes inimitiés séparent le maire de son premier adjoint, Georges Bouquillon, qui se présentera lui-même aux municipales sous l'étiquette Mouvement républicain citoyen (MRC). Gérard Dalongeville vient lui aussi mettre de l'huile sur le feu. L'homme a fait appel de sa condamnation et se représente aux municipales, sûr de sa force. "Objectivement, c'est entre le Front national et moi", lâche-t-il au Point.fr. S'ajoute à cela la candidature de Pierre Ferrari, lui aussi exclu en 2011 du Parti socialiste pour avoir monté une liste contre l'avis de sa fédération. Ne reste guère que la droite, emmenée par Jean-Marc Legrand, qui devra faire mieux que les 4,34 % de Nesredine Ramdani en 2009.


Contre le FN en ordre dispersé

Du fond de sa permanence à Hénin-Beaumont, Steeve Briois et son équipe de campagne se délectent du spectacle : "Il faudrait que quelqu'un nous explique pourquoi ils se détestent autant", ricanent-ils. Les mouvements de gauche font, certes, front contre le FN, mais tous en ordre dispersé. "En politique, c'est mon seul ennemi", soutient Dalongeville. "Il faut faire comprendre aux habitants que les municipales, ce n'est pas seulement le Front national contre l'UMPS. Sinon, autant donner tout de suite les clés de la mairie à Briois", lance David Noël. Eugène Binaisse, lui, explique : "Marine Le Pen a fait d'Hénin-Beaumont son dortoir habituel. Ici, il n'y a pas de force de droite, c'est ce qui a fait son lit. Le FN a pour électeurs des petites gens qui sont nombreux à Hénin-Beaumont. C'est bien mon drame. Car ces gens qui sont dans la misère méritent respect et emploi." Le maire poursuit : "On veut nous faire croire que le Front national saurait gérer un budget. Mais au niveau national, Marine Le Pen n'arrive déjà pas à gérer ses comptes de campagne."

Dans ce brouhaha général, une union de gauche au deuxième tour semble compliquée. Seuls les Verts appellent au rassemblement derrière Eugène Binaisse. "C'est le maire sortant, c'est le candidat le plus légitime. Il faut voir dans quel état il a pris la mairie, il a fait le boulot. (...) C'est vrai, il tranche avec les costumes-cravates qui arpentent le terrain pour serrer des poignées de main. Mais lui, on le voit passer tous les matins à 7 h 30 devant nos fenêtres pour aller à la mairie", assure Marine Tondelier, d'EELV. David Noël voit aussi en lui un homme "sérieux et intègre, mais qui commet des maladresses et des erreurs de gouvernance". On voit par contre mal Georges Bouquillon se rabibocher avec Eugène Binaisse, tant leurs rapports sont tendus. Quant à Dalongeville, ses adversaires ne comprennent même pas comment il peut avoir le toupet de se représenter. Marine Tondelier s'exaspère : "Le Front national, c'est très inquiétant, mais on l'a intériorisé. Dalongeville, par contre, c'est vraiment le syndrome de Stockholm."

Légende photo : L'hôtel de ville d'Hénin-Beaumont. © Denis Charlet / AFP


Source : Le Point.fr
Vendredi 13 décembre 2013

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