Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

Archives

Publié par David NOËL

Steeve-Briois-Le-point-decembre-2013.JPGÀ 41 ans, le secrétaire général du parti d'extrême droite est candidat aux municipales de 2014. Le Point.fr l'a rencontré dans sa permanence.

Par Marc Leplongeon

Steeve Briois, 41 ans, est un obstiné. Un "enfant du pays" - son grand-père était mineur - qui a vu la gauche se disloquer au fil des années et des affaires politico-financières, et qui en a profité pour polir le Front national et lui donner l'image d'un parti comme les autres. Presque banal. "La persévérance, c'est ça qui le qualifie le mieux. Steeve Briois ne lâche jamais", explique Éric Dillies, candidat FN à Lille. Implanté dans le paysage politique d'Hénin-Beaumont depuis vingt ans, il est secrétaire général du Front national depuis 2011. Le contact facile, une bonhomie naturelle, Steeve Briois se fait appeler par son prénom lorsqu'il se promène sur le marché de la ville. "Mais il est loin d'être le gendre idéal pour lequel il veut se faire passer, s'agace David Noël, candidat Front de gauche à Hénin-Beaumont. Ses recettes sont les mêmes qu'au niveau national : des propos démagogiques contre les Roms et l'immigration (...) et du racisme."

permanence-steeve-Briois-le-point-decembre-2013.jpgCe matin de décembre, Steeve Briois reçoit dans sa permanence, confortablement installé dans un canapé, une grande affiche de Marine placardée au-dessus de lui. Ici, les locaux sont spacieux et ordonnés, loin de certaines permanences exiguës où les cartons de tracts s'entassent dans les couloirs. Il faut dire que Marine Le Pen en avait fait son siège de campagne lors des législatives 2012. Partout, de vieux slogans de campagne de Jean-Marie Le Pen et des posters qui portent les couleurs du Rassemblement bleu Marine. Autour de lui, sa garde rapprochée : Christopher, un de ces jeunes de la nouvelle garde FN, qui lui sert d'assistant et Bruno Bilde, son directeur de campagne. Le visage massif, les oreilles légèrement décollées, Briois a un peu les allures d'un deuxième ligne jamais avare d'une bonne mêlée politique.

Il sourit quand il dit avoir "adhéré au Front à l'âge de 15 ans". "Je me suis présenté pour la première fois à Hénin-Beaumont en 1995. Si j'avais pu le faire en 1989, j'y serais allé. Mais je n'étais même pas majeur", s'amuse-t-il. "C'était le seul parti véritablement anti-système, poursuit Briois. Le seul parti qui dit la vérité sur l'Europe, sur l'immigration, sur la sécurité. J'en avais ras le bol d'entendre les mêmes inepties, les robinets d'eau tiède." Pourquoi, alors, ne pas avoir choisi l'extrême gauche ? "Le Front de gauche, anti-système ? C'est un gag, une plaisanterie. Ce sont des rentiers de la politique qui vivent sous perfusion du Parti socialiste", accuse-t-il.

 

Très présent sur le terrain

Steeve Briois fait aujourd'hui partie de la garde rapprochée de la présidente du FN. Secrétaire général du Front national, il partage son temps entre Hénin-Beaumont et Paris. "J'y passe deux jours par semaine", confie-t-il. Il est devenu indispensable à Marine Le Pen, car le nouveau visage du parti, c'est également lui. "Il faut être naturel et sincère, ne pas forcer son caractère juste parce qu'il y a des élections", explique-t-il. À Hénin-Beaumont, les élus s'inquiètent de son ascension. Au fil des années, ils voient Briois s'inviter partout. Dans les commerces, sur le marché, au repas du 11 Novembre. Les philosophes des Lumières lui ont même laissé une place : le FN a son siège au 1, rue Jean-Jacques-Rousseau."Toutes les mains sont loin de s'ouvrir devant lui. Mais c'est un homme de terrain, on ne peut pas lui enlever", concède David Noël. "Objectivement, il fait le job", commente sobrement Gérard Dalongeville, ancien maire PS de la ville, condamné en première instance à trois ans de prison ferme pour détournement de fonds publics. "Il est très présent sur le terrain et dans les réceptions. Au dernier repas des sous-officiers de réserve, il a fait la bise à toutes les mémés. La situation est dramatique."

C'est grâce à Briois que le Front national a pu faire d'Hénin-Beaumont une de ses rampes de lancement, après les mauvais scores de la présidentielle 2007. La remarque l'agace : "Cette ville n'est pas un laboratoire du Front national, ou quoi que ce soit d'autre, comme on l'entend dans la presse. Il n'y a aucune expérience, aucun cobaye ici." La stratégie est pourtant celle-là : montrer que le Front national sait gérer une ville, en finir avec les procès en incompétence et donner de la crédibilité à Marine Le Pen en vue de la présidentielle 2017. "C'est faux, dément-il de nouveau. Cela fait vingt ans qu'on est ici, l'objectif premier n'est pas de montrer qu'on sait tenir une ville. Maintenant, on sait parfaitement qu'on sera dans le viseur pour les six prochaines années." Sur le ton de la confidence, il ajoute : "On sera irréprochables."

Alors qu'il monte d'année en année (Briois avait obtenu 47,62 % des voix au second tour des municipales partielles de 2009), ses adversaires politiques se divisent. Si Hénin-Beaumont devait tomber aux mains du FN, Briois, plus qu'un nom, deviendrait une méthode. Et nul doute que le parti la dupliquera ailleurs : investir des candidats du cru, leur laisser le temps de s'implanter dans le paysage politique - élections municipales, cantonales, régionales -, puis enfin donner une visibilité nationale aux candidats. Là où Jean-Marie Le Pen exploitait son nom pour gagner des voix, Marine Le Pen veut utiliser la marque Front national pour gagner des sièges. Steeve Briois en tête de liste.

Légende photo : Steeve Briois. © Denis Charlet / AFP


Source : Le Point.fr
Vendredi 13 décembre 2013

Commenter cet article