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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Steeve-Briois-Le-Parisien-19-12-13.jpgDans cette ville du Pas-de-Calais, située à une trentaine de kilomètres de Lille, le parti de Marine Le Pen réalise régulièrement des scores élevés. Et le PS y est en débandade…

Olivier Beaumont | Publié le 19.12.2013

Plus de vingt minutes, montre en main. C’est le temps qu’il faut actuellement à Steeve Briois pour aller, à pied, de sa permanence à la place de la République. A peine 250 m à vol d’oiseau, en plein cœur d’Hénin-Beaumont. Mais en période de municipales, la tête de liste du FN est interpellée à chaque coin de rue.

« J’espère de tout mon cœur que vous allez gagner », lui glisse Paulette, une retraitée à qui il claque la bise, avant qu’elle ne l’interpelle sur « la boutique solidaire qui rencontre de plus en plus de cas précaires ». Entouré d’un petit groupe de fidèles avec qui il distribue le dernier tract sur « l’explosion de la fiscalité », Briois écoute religieusement tout en demandant à la dame, qu’il connaît visiblement, « des nouvelles de la famille ».

Quelques instants plus tard, c’est Véronique, une chômeuse en fin de droits, qui l’apostrophe sur le problème du logement dans la ville. « Je suis au RSA, j’ai une fille de 11 ans et je vis depuis quatorze ans dans un tout petit studio. Ici, il faut s’appeler Fatima pour avoir quelque chose de décent ! » s’emporte-t-elle devant le candidat qui promet « de faire changer les choses » s’il est élu.

Marine Le Pen n'est pas en position éligible

Car ces municipales, le parti de Marine Le Pen les attend avec gourmandise. « Franchement, on a beau retourner le sujet dans tous les sens, on ne voit pas comment elles peuvent nous échapper cette fois-ci », clame Bruno Bilde, directeur de campagne. Règle du non-cumul des mandats oblige, la présidente du FN, qui est déjà députée européenne, ne sera pas en position éligible sur la liste de Briois. « Mais elle sera très présente dans la campagne », assure-t-on.

Et c’est là, dans cet ancien bassin minier devenu depuis quelques années son fief politique, que le parti enregistre à chaque élection un de ses meilleurs scores en France : 55,14 %, dans Hénin-Beaumont au second tour des législatives en 2012, manquant de peu la victoire (le candidat PS Philippe Kemel la devançant sur la circonscription, elle est battue avec un score de 49,89 %).

La gauche locale plus divisée que jamais

Surtout, le parti mise sur le désenchantement d’une population lassée des scandales politico-financiers qui ont ruiné la ville. La fameuse « affaire Dalongeville », du nom de l’ancien maire socialiste condamné en juillet pour détournement de fonds publics, corruption, faux et usage de faux , provoquant dès 2009 une municipale partielle où la liste FN a failli s’emparer de la mairie… à 265 voix près.

Depuis, la gauche locale est plus divisée que jamais. Cinq candidats devraient d’ailleurs s’affronter en mars, dont le maire sortant Eugène Binaisse, soutenu par le PS et les Verts. Il pourrait ainsi retrouver face à lui son premier adjoint Georges Bouquillon, entré en dissidence, le divers gauche Pierre Ferrari, David Noël (Front de gauche) et… Gérard Dalongeville lui-même.

Le maire sortant attaqué sur son âge

Dans un tel contexte, Binaisse sait qu’il joue serré. Ses adversaires l’attaquent sur son âge, 73 ans, et son manque de notoriété. « Mais il y a des vieux à 45 ans. C’est dans la tête que ça se passe ! » jure-t-il. Il se flatte du redressement des finances de la ville grâce à un plan de rigueur drastique et même, pour 2013, d’une baisse « sensible » des impôts locaux. « J’ai essayé de gérer cette ville comme un bon père de famille », plaide-t-il, espérant parvenir d’ici à mars à l’union de la gauche pour tenter de contrer la poussée du FN…

Un défi de taille, d’autant que le climat du moment n’est guère propice au rapprochement. Lundi soir en conseil municipal, Bouquillon et onze conseillers dissidents, comme lui, sont parvenus à faire retoquer une délibération du maire sur la vente de biens immobiliers communaux… avec l’appui des voix frontistes.

Légende photo : Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), mardi. Apostrophé à chaque coin de rue par les habitants, Steeve Briois — et tout le parti derrière lui — croit dur comme fer en ses chances de remporter la mairie du fief de Marine Le Pen. | (LP/Matthieu de Martignac.)


Source : Le Parisien/Aujourd'hui en France
Jeudi 19 décembre 2013

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