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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Pierre-Laurent-La-Rochelle-30-08-14.jpgL’image est assez rare pour être soulignée. Le week-end dernier à La Rochelle, lors de la plénière de clôture, Pierre Laurent, le premier secrétaire du Parti communiste, a été chaudement applaudi par une salle remplie de socialistes. Auxquels il était pourtant venu rappeler leurs renoncements à travers «un discours de vérité».

Sa présence au cœur de la machine socialiste n’allait évidemment pas de soi. En l’apprenant au beau milieu de l’été, les cadres du Parti de gauche avaient une nouvelle fois soupiré. Même dans son camp, certains s’étaient agacés à l’idée qu’un communiste fasse risette sur la photo de famille socialiste, aux côtés de partisans de la politique menée par François Hollande. Mais la nomination d’Emmanuel Macron au ministère de l’Economie en remplacement d’Arnaud Montebourg et le discours énamouré de Manuel Valls devant les représentants du Medef ont donné au leader communiste une belle tribune. «2012 avait été un contrat. Ce contrat, il vient d’être déchiré devant les Français», a pu tonner le leader communiste.

Tranquillement. Encore cet été, Pierre Laurent a été accusé par Jean-Luc Mélenchon d’avoir troqué l’avenir du Front de gauche pour quelques sièges en ralliant, notamment à Paris, des listes socialistes dès le premier tour des municipales de mars. Mais le sénateur avance tranquillement, esquivant avec une certaine agilité les flèches décochées par les proches de Jean-Luc Mélenchon.

«Il a une feuille de route. Il s’y tient», explique la responsable communiste Marie-Pierre Vieu. En clair, le leader du PCF parle à quiconque souhaite une alternative à la politique de François Hollande. «Il faut travailler sans exclusive avec tous ceux qui font le constat que la politique du gouvernement mène dans l’impasse, répète-t-il. Le débat ne fait que commencer. L’urgence n’est plus de juxtaposer nos critiques mais de passer à la construction», met en garde l’intéressé, admettant que «le débat ne fait que commencer».

Si, au Parlement, les groupes des députés Front de gauche ont depuis longtemps quitté la majorité et votent parfois même avec la droite contre le gouvernement, Pierre Laurent tend avec constance la main aux autres forces. «Il est très lucide sur la situation politique et sur le fait qu’on a peu de temps pour sauver la gauche. Mais ce n’est pas pour permettre à Valls et Hollande d’être au second tour en 2017», rappelle un de ses proches, sur la défensive.

«Mélenchon a eu du mal à le comprendre. Mais c’est comme ça. Les communistes ne rompront jamais avec leur tradition d’union de la gauche», balance un responsable du Front de gauche.

Du côté des écologistes, avec qui les différends idéologiques sont légion, on apprécie la «douceur politique» de Pierre Laurent. «Ce n’est pas un politicien tordu. Il est plutôt calme et n’est pas aussi dogmatique qu’on le croie», glisse un proche d’Emmanuelle Cosse, la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-les Verts. «Mais on voit bien que Mélenchon l’embarrasse.» La ligne de l’autonomie absolue à l’égard du PS défendue au Parti de gauche met sans arrêt en lumière un «double jeu» communiste : opposant des socialistes au plan national, mais parfois allié au plan local. «Si on avait traité Jean-Luc Mélenchon de la sorte quand il était encore au Parti socialiste, il n’en serait jamais sorti», tacle un communiste. Voilà Pierre Laurent contraint de jouer les équilibristes. Interrogé sur les étapes qui permettront de mesurer l’avancée de son projet alternatif, ce dernier évoque la bataille budgétaire et la rentrée sociale.

Décisifs. Jean-Luc Mélenchon, en militant d’ores et déjà pour une VIe République, prépare d’une certaine manière la future élection présidentielle. Pierre Laurent n’a pas le même calendrier. Les sénatoriales, fin septembre, et a fortiori les régionales, attendues courant 2015, seront quoi qu’il arrive des rendez-vous décisifs pour les communistes, parti d’élus. Et l’occasion de nouveaux débats sur l’attitude à adopter face au partenaire socialiste. «Les élections peuvent être un bon moment pour montrer ce qu’on veut faire dans un rassemblement très large. Mais si le débat, c’est à nouveau autonomie ou rien, on n’aura pas avancé», redoute déjà un responsable communiste.

Quant à l’initiative mélenchoniste en faveur d’une VIe République, Pierre Laurent rappelle que cette revendication est issue de ses propres rangs. Mais qu’elle «pose davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses».

Rémy DODET

Légende photo : Pierre Laurent, numéro un du PCF, à la tribune de l'université d'été du PS, samedi. (Photo Sébastien Calvet pour «Libération»)


Source : Libération
Jeudi 4 septembre 2014

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