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Interviews et reportages sur Hénin-Beaumont

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Publié par David NOËL

Mauvaise surprise pour les libéraux : les syndicats français, que l’on disait divisés, moribonds et peu représentatifs ne sortent nullement affaiblis du conflit social du printemps dernier.

Bien sûr, l’adoption par le parlement du projet de loi sur la réforme des retraites est un revers pour les organisations syndicales qui dénonçaient à juste titre une réforme d’inspiration libérale.
De fait, la CGT, l’UNSA, la FSU, Force Ouvrière et l’Union syndicale G10 Solidaires qui avaient été de toutes les manifestations depuis le 1er février jusqu’au soir du 19 juin ont dû céder face à l’obstination d’un gouvernement bien décidé à conjurer le spectre des grèves de novembre et décembre 1995.
Jusqu’au bout, les syndicats avaient pourtant espéré faire reculer le gouvernement : dans un premier temps, les manifestations du 1er février avaient réuni plus de 500 000 personnes, et si la CFDT, la CFTC et la CGC, prêtes à un compromis avec le gouvernement n’avaient pas appelé à la manifestation du 03 avril, le front syndical se reconstitua à l’occasion de la journée d’action du 13 mai. Ce jour-là, ce sont près de deux millions de manifestants qui défilèrent pour exiger une autre réforme des retraites.
En vain.
La défection, deux jours plus tard, de la CFDT et de la CGC, bientôt suivies de la CFTC, ruina les espoirs de la CGT et de ses alliés de rouvrir les négociations avec François Fillon sur de nouvelles bases.
Assuré du soutien du patronat et de celui, déterminant, de la CFDT, le gouvernement avait beau jeu de clamer qu’au temps de la concertation devait succéder celui du débat politique. Débat politique que les députés de l’UMP entendaient d’ailleurs bien escamoter…
   
Pour autant, le mouvement syndical sort renforcé du conflit social du printemps. L’alliance de la CGT, de la FSU (Fédération Syndicale Unitaire), et de l’UNSA (Union Nationale des Syndicats Autonomes) s’est avérée durable, en dépit des divergences que pouvaient avoir les trois organisations.
Par la même occasion, l’UNSA et la FSU ont incontestablement élargi leur audience : l’UNSA, pourtant réputée « réformiste » a su se démarquer de la CFDT et pourrait accueillir une partie des opposants à François Chérèque ; Alain Olive, secrétaire général de l’UNSA s’en réjouit et se félicite que sont organisation donne désormais l’image d’un « réformisme conquérant ».
Le conflit social du printemps dernier constitue également un tournant pour la FSU ; la centrale dirigée par Gérard Aschieri est essentiellement représentée dans l’Education Nationale, mais pourrait bientôt s’implanter dans d’autres secteurs de la fonction publique. La probable affiliation à la FSU de deux syndicats CFDT en rupture de ban - le syndicat des fonctionnaires territoriaux du Val de Marne et le syndicat de la Météo - ouvre en tout état de cause de nouvelles perspectives de développement pour la FSU.

A la CGT, c’est la satisfaction qui prime : de fait, si la CFDT et ses 860 000 syndiqués surpassent toujours, en terme d’adhérents, les 650 000 militants de la CGT, la centrale de Montreuil, qui se targue d’apparaître comme « le syndicat de référence dans la société française » veut croire qu’entre les compromissions de la CFDT et le radicalisme supposé des syndicats SUD, existe un espace pour un pôle à la fois réformiste et sans concessions.

Si Force Ouvrière, en repli, reste à l’écart du mouvement de recomposition qui s’opère, la CFDT paie quant à elle le prix de son accord avec le gouvernement. Dans les années 70, la CFDT constituait, aux yeux de nombre de militants, une alternative au réformisme de Force Ouvrière comme à la subordination de la CGT au Parti communiste. Depuis la journée du 15 mai qui a vu François Chérèque parapher le projet gouvernemental de réforme des retraites, c’est toute l’aile gauche de la CFDT qui songe à quitter une organisation jugée coupable de trahison. Si la Fédération Générale des Transports et de l’Equipement (FGTE-CFDT) a finalement choisi de rester, certains syndicats ont d’ores et déjà décidé de rejoindre la CGT, l’UNSA, la FSU ou l’Union syndicale G10 Solidaires.
L’exemple lillois est à cet égard éloquent : le syndicat CFDT santé-sociaux de Lille-Armentières a ainsi choisi en juillet dernier de se désaffilier de la CFDT et a officialisé son adhésion à SUD santé-sociaux au début du mois de septembre. Ce sont plus de 1 000 adhérents qui viennent donc renforcer les rangs de l’Union syndicale G10 Solidaires.

La désaffection des militants CFDT les plus engagés envers leur organisation est telle que plusieurs responsables socialistes, comme Jean-Christophe Cambadélis ont pris position contre Gérard Filoche, qui dans sa revue Démocratie et Socialisme, appelait à la constitution d’un pôle syndical radical. Pour le théoricien de la gauche plurielle, « c’est une faute politique majeure », qui ne ferait qu’accentuer la dérive de la CFDT vers l’apolitisme et vers la droite. Jean-Christophe Cambadélis ajoute que « ce serait une erreur stratégique considérable de donner une base sociale à la droite, ce qu’elle n’a jamais eu en France ».

Loin de ces considérations stratégiques, les militants et les salariés qui étaient en grève le printemps dernier, qui ont participé au rassemblement du Larzac, ou qui se sont retrouvés les 13 et 14 septembre à la fête de l’Humanité, construisent aujourd’hui, là où ils sont le mouvement syndical qui sera capable de faire échec aux plans du Medef et du gouvernement.

La victoire en trompe-l’œil des VRP de l’ultra-libéralisme pourrait bien s'avérer moins durable qu'ils ne le croient…   

David NOËL


Source : Le Bretzel
Numéro 13, octobre 2003

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