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Débats

Mardi 18 juin 2013 2 18 /06 /Juin /2013 10:30

logo la riposteLe meurtre de Clément Méric devrait attirer l’attention de tous les militants du mouvement ouvrier sur les agissements des groupements fascistes, dont l’activité a gagné en intensité au cours de la dernière période. Les agressions à l’encontre de militants de gauche, de citoyens « étrangers » ou d’homosexuels se sont multipliées, notamment à Lyon, Lille, Toulouse et Paris. La question du fascisme doit être prise très au sérieux. S’il est vrai que les différentes organisations de type fasciste ne sont pas très importantes, numériquement, elles sont actives et très agressives. Si nous leur permettons de poursuivre leur violence réactionnaire, Clément Méric ne sera pas la dernière victime de la racaille d’extrême droite. Il faut tuer ces organisations dans l’œuf.

Le capitalisme a mené la société dans une impasse. Comme nous l’avons expliqué à maintes reprises, la crise actuelle est qualitativement différente de toutes celles que nous avons connues depuis 1945. Tant que le capitalisme existera, la régression sociale se poursuivra et s’aggravera. La débâcle économique est en train de broyer des millions de vies. La France entrera prochainement dans une période de grande instabilité sociale et politique, au cours de laquelle les esprits se radicaliseront vers la gauche, vers les idées révolutionnaires, mais aussi vers la droite et l’extrême droite, vers les idées racistes et fascistes. Le point de vue de nos paisibles réformistes, pour qui la résolution des contradictions sociales passe par des débats parlementaires, ne repose sur aucune réalité. Au contraire : les problèmes qui se posent sont d’une gravité telle qu’ils ne pourront être résolus qu’au moyen de conflits de classe se déroulant en dehors des fameuses « institutions républicaines » et en opposition à celles-ci. Aucun gouvernement de gauche ne pourra offrir une issue s’il ne se place pas à la tête d’un mouvement visant à renverser l’ordre établi.

Hollande est un vendu. Son horizon politique est limité par le système capitaliste, qui pour lui est sacré. Il existe un lien direct entre la recrudescence des idées d’extrême droite et la mollesse lâche et capitularde de ces « socialistes » confortablement installés dans les niches fort bien rémunérées de la république capitaliste. Ils bloquent le chemin au changement, protègent l’ordre établi, tandis que la mécanique infernale du capitalisme, remuant la société jusqu’aux bas-fonds, fait remonter à la surface une certaine quantité de petit-bourgeois et autres d’éléments « déclassés » qui s’unissent dans la nostalgie du nazisme et la haine des révolutionnaires.

Marine Le Pen veut donner l’impression de n’avoir plus de liens avec cette racaille. Le Front National aurait « fait le ménage ». Mais ce ne sont que des nuances. Le Pen alimente sciemment la haine raciale et alimente, du coup, les rangs des organisations qui veulent mettre en pratique ses idées réactionnaires et racistes. Les fascistes veulent se déchaîner contre les « immigrés », contre les homosexuels, contre des militants de gauche. Le Pen leur ouvre la voie, tout en prenant ses « distances ».

La direction du PCF a évidemment condamné l’agression qui a causé la mort de Clément Méric [1]. Elle demande à l’Etat de dissoudre les organisations fascistes. Les différents communiqués du parti – aux niveaux national et fédéral – adoptent un ton « républicain » sentencieux. Le communiqué de la fédération parisienne, par exemple, déclare que l’agression « appelle une réponse forte et immédiate de l’État. La République ne peut tolérer le développement de ces groupuscules dont le sentiment d’impunité ne cesse de progresser. Ils doivent être dissous et les idées de haine qu’ils portent doivent être combattues ». C’est une approche qui n’est pas à la hauteur des enjeux. La République ne peut tolérer les groupes fascistes ? Et pourquoi donc ? Elle s’accommode parfaitement de l’exploitation capitaliste. Ses lois justifient et perpétue cette exploitation, ainsi que de toutes les souffrances et oppressions qui en découlent. Elle peut « tolérer » 5 millions de chômeurs. Elle peut tolérer ses propres lois discriminatoires et racistes. Elle criminalise le syndicalisme et organise la violence policière contre des manifestants. Et c’est cette même république qui nous protègerait contre les fascistes ?

Une république capitaliste qui incarnerait l’égalité, qui serait une sorte de rempart contre l’injustice, n’est qu’une pure et simple idéalisation. Le PCF ne devrait pas se prêter à cette mystification. Il devrait au contraire s’efforcer de lever le voile sur le mythe républicain capitaliste et expliquer la brutalité des rapports de classe sur lesquels cette république repose. Même si les organisations fascistes étaient dissoutes, elles renaîtraient sous une autre forme. On ne parviendra pas à les éliminer par des mesures administratives, car leurs racines plongent dans toute la crasse matérielle et morale que la crise du capitalisme dépose dans les profondeurs de la société.

Demander à l’Etat et à la république capitalistes d’éradiquer les organisations fascistes, ce n’est pas seulement illusoire : c’est potentiellement dangereux. Par le passé, lorsque des gouvernements bourgeois portaient un coup contre les fascistes (tout en les ménageant), ils en profitaient pour en porter dix contre les révolutionnaires ouvriers, sous couvert d’« arbitrer » le conflit entre les deux camps. Certes, la situation actuelle n’est pas comparable à l’Italie ou l’Allemagne pré-fascistes, loin de là. Mais notons que le président de l’UMP, Jean-François Copé, a demandé publiquement au gouvernement de dissoudre non seulement les organisations fascistes (avec lesquelles il manifestait récemment), mais aussi les organisations d’« extrême gauche ».

Au lieu de s’en remettre à la bienveillance supposée de la république, le PCF et l’ensemble du mouvement ouvrier doivent adopter une politique indépendante, une politique de classe, pour en finir avec le fascisme. Pour commencer, dans les sections du PCF, du PG, du PS, de la CGT et de l’ensemble des organisations syndicales, nous devons faire comprendre à tous les militants ce qu’est le fascisme et pourquoi il faut l’éradiquer. Il faut créer des comités pour surveiller les agissements des organisations fascistes et en informer tous les militants. Chaque manifestation publique de ces organisations devrait être dispersée par une contre-manifestation. Il faut répondre à toute provocation fasciste en mobilisant la pleine puissance de la classe ouvrière organisée. Le mouvement ouvrier français est très puissant. Il doit utiliser cette force pour donner une leçon aux fascistes.

En même temps, la réponse à la recrudescence des mouvements fascistes, au nationalisme et au racisme, ne saurait se réduire à la vigilance et aux seules « mobilisations ». C’est avant tout une lutte politique. Le Parti Socialiste se raccroche au système capitaliste. Ses dirigeants – fidèles aux « valeurs républicaines » bourgeoises – se sont complètement intégrés au système capitaliste. Ils en sont les agents conscients au sein de la gauche. Au PCF, la base militante n’est pas encore parvenue à s’affranchir de la modération réformiste des dirigeants, qui n’osent pas porter atteinte à la propriété privée des banques et des grandes entreprises. Le communisme « réinventé » dont ces derniers se réclament n’est rien d’autre que du réformisme, c’est-à-dire la recherche de solutions sur la base du capitalisme aux problèmes créés par ce même système. Or, si les travailleurs, les couches intermédiaires de la société et la masse grandissante de gens vivant dans la misère et la précarité ne trouvent pas, dans notre camp, une alternative sérieuse au capitalisme, cela favorisera l’implantation du Front National et des mouvements fascistes. La lutte contre ces derniers est donc indissociable d’un renforcement des idées et du programme des grandes organisations du mouvement ouvrier, à commencer par le PCF et la CGT.


Source : La Riposte


[1]  Mort de Clément Méric : « La haine et la violence fasciste doivent être combattues sans relâche » (Pierre Laurent)


Par La Riposte - Publié dans : Débats - Communauté : les anti-capitalistes
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Lundi 13 mai 2013 1 13 /05 /Mai /2013 06:30

logo la riposteLes gouvernements de gauche qui ambitionnent de gérer le capitalisme finissent par être gérés par lui. C’est le cas du gouvernement Hollande, et toute l’expérience des gouvernements socialistes – avec ou sans la participation du PCF – atteste cette vérité. En 1981, après une première année de réformes sociales et de nationalisations, le gouvernement socialiste-communiste présidé par Mitterrand a fini par adopter une politique d’austérité. En 1997, le gouvernement de Lionel Jospin a introduit la semaine de 35 heures ; malgré les insuffisances de la loi, c’était tout de même une tentative de défendre les intérêts des travailleurs. Mais ensuite, comme pour expier sa faute à l’égard des capitalistes, il a mené le plus vaste programme de privatisations dans l’histoire du pays. Le gouvernement Hollande se distingue de ses prédécesseurs par le fait de n’avoir réalisé aucune réforme sociale significative. Dès le premier jour, sur toutes les questions fondamentales, sa politique a été calquée sur la défense des intérêts capitalistes. L’ANI ne peut qu’aggraver la précarité et la flexibilité des travailleurs, l’hémorragie d’emplois dans la fonction publique se poursuit, un nouvel assaut contre les retraites est annoncé – et ainsi de suite.

Le MEDEF, l’UMP, le Front National et tous les champions de la classe dirigeante accablent le gouvernement, lui attribuant la responsabilité de la crise. Mais la cause première de la situation économique et sociale désastreuse n’est pas la politique du gouvernement. Elle réside dans le système capitaliste, dont l’existence est désormais incompatible avec les intérêts de l’immense majorité de la population. Mais pour le « socialiste » Hollande, la propriété capitaliste des banques et de tous les piliers de l’économie nationale est sacro-sainte. Et puisque, sous le capitalisme, le profit constitue la seule justification de l’activité économique, Hollande aligne sa politique sur les intérêts de la classe capitaliste. Devant l’augmentation massive du nombre de chômeurs et la dégradation des conditions de vie de la masse des travailleurs, le gouvernement, empêtré dans le système, les abandonne à leur sort. Pire encore, sa politique d’austérité ne fait qu’aggraver la régression sociale.

Hollande nous assure qu’en 2014, l’économie croîtra à nouveau et créera des emplois. C’est un message d’« espoir » qui ne repose sur aucune réalité. Bien au contraire, tout indique que le déclin économique ne fera que s’accentuer – ainsi que le chômage et la pauvreté qui en découlent.

La crise actuelle est avant tout une crise de surproduction capitaliste : les marchés sont saturés. La demande est insuffisante par rapport à la capacité productive existante. C’est une expression, parmi bien d’autres, du caractère chaotique et destructeur du mode de production capitaliste. Dans l’industrie de l’automobile, cette surcapacité est estimée à environ 25 %. En Europe, celle-ci menace de fermeture une dizaine de sites de production majeurs. L’industrie sidérurgique serait en surcapacité de 10 %. Idem pour le raffinage. Les volumes de surcapacité varient de secteur en secteur, mais partout, pour sauvegarder et augmenter ses profits, la classe dirigeante réagit en procédant à la destruction de l’appareil productif, en exerçant une pression implacable sur les conditions de travail et en augmentant le taux d’exploitation des salariés. Les capitalistes transfèrent leurs capitaux de pays en pays, de secteur en secteur, à la recherche du profit maximal, détruisant l’économie au passage. Et ce sont les travailleurs – et l’ensemble de la société, à l’exception des plus riches – qui en subissent les conséquences.

Cette crise de surproduction coïncide avec une crise de surendettement des Etats, en Europe comme aux Etats-Unis. Pendant des décennies, des dépenses publiques beaucoup plus importantes que les revenus des Etats sont venues pallier aux problèmes sociaux et économiques engendrés par le capitalisme. Ne voulant pas taxer les capitalistes, les Etats se sont endettés massivement, au point que dans quasiment tous les pays du continent, y compris la France, la dette est hors de contrôle. La dette publique en France s’élève à plus de 1800 milliards d’euros, soit 91 % du PIB. Et malgré les tentatives de limiter les dépenses – au détriment des infrastructures économiques, des services publics, de l’éducation, de la santé, etc. – le montant de cette dette continue de croître à une vitesse alarmante. Chaque année, elle augmente à un rythme de 100 à 150 milliards d’euros. Il est évident que cette situation ne peut pas continuer longtemps sans aboutir à un effondrement économique et social comparable à ceux que connaissent la Grèce et l’Espagne. Le problème, c’est que toute tentative ne serait-ce que de réduire la hausse de cet endettement de façon significative plongerait l’économie dans une récession profonde.

En s’efforçant d’augmenter les recettes fiscales et de freiner les dépenses de l’Etat (qui ont pourtant augmenté de 14 milliards en 2012), le gouvernement ne fait que freiner davantage la demande intérieure, sans pour autant avoir un impact significatif sur l’endettement public. Sans une réduction draconienne des dépenses publiques – et une hausse tout aussi draconienne de la pression fiscale –, l’Etat se dirige tout droit vers une crise de solvabilité à l’Espagnole, ce qui mènera à un effondrement de l’économie. Mais en réalité, toute tentative d’appliquer ces « remèdes » précipitera l’économie immédiatement dans un effondrement tout aussi grave. Hollande n’a pas de solution à ce dilemme, parce que, sur la base du capitalisme, il n’y en a pas.

Un fossé de plus en plus large se creuse entre les classes sociales – avec, d’un côté, la concentration et l’accroissement de fortunes déjà immenses ; de l’autre, la pression constante qui mine les conditions de vie et la généralisation du chômage, de la précarité et de la pauvreté. Sur la base du déclin économique et d’une régression sociale permanente, la perspective qui se dessine pour la France – comme d’ailleurs pour l’ensemble du continent européen – est celle d’une intensification de la lutte des classes. La France entrera dans une période de grande instabilité sociale. On apprendra, au cours de cette période, que manifestations et protestations ne suffisent pas. Le mouvement aura besoin d’un programme d’action offensif, qui s’attaque à la source du problème. Tant que les banques et les grandes entreprises – et, de fait, l’ensemble de l’économie – seront sous le contrôle des capitalistes, il ne sera pas possible de résoudre les problèmes sociaux de notre époque. Le mouvement ouvrier devrait dès aujourd’hui tenir compte de cette réalité, et placer l’expropriation des capitalistes au cœur de son programme.

Greg Oxley (PCF Paris)


Source : La Riposte
Lundi 6 mai 2013

Par La Riposte - Publié dans : Débats - Communauté : les anti-capitalistes
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Mardi 30 avril 2013 2 30 /04 /Avr /2013 06:30

logo la riposteLa démission de Jérôme Cahuzac, pris dans la nasse de sa propre duplicité, a fourni l’occasion d’attaques virulentes de la part de la droite. L’hypocrisie de Cahuzac est une mince affaire à côté de celle des meneurs de cette offensive. Il serait intéressant de savoir où ils planquent leur argent, tous ces députés de droite qui réclamaient la dissolution du parlement ! N’oublions pas que Sarkozy et l’ensemble de l’UMP voulaient amnistier tous les grands fraudeurs fiscaux ! Sous le règne de Sarkozy, bien des « affaires » semblables – ou encore plus graves – ont éclaté au grand jour, dont certaines concernaient Sarkozy lui-même.

Le tintamarre de la droite à cette occasion, c’est une chose. Mais de notre point de vue, les affaires comme celles de Cahuzac ou de Strauss-Kahn avant lui ne sont que les symptômes d’un problème plus profond. Ces exemples de corruption personnelle sont l’une des facettes de la corruption politique des sommets du Parti Socialiste, de leur adaptation au système capitaliste non seulement en termes d’idées politiques, mais aussi dans leur mode de vie et leurs valeurs. Du fait de leur milieu social, de leurs fréquentations, du prestige et des avantages matériels que leur procure leur position dans les institutions et de toute l’ambiance morale qui va avec, ils finissent par accepter l’ordre capitaliste comme un ordre naturel – et fort bénéfique ! – des choses, au point qu’en luttant contre le système, ils auraient l’impression de lutter contre eux-mêmes. Du coup, du « socialisme », il ne leur reste que le titre. Et bien des dirigeants socialistes – comme Manuel Valls, par exemple – voudraient même se débarrasser de cette étiquette encombrante !

Derrière la faute morale reprochée à Cahuzac, il y a la faute du Parti Socialiste qui a confié la direction du parti à des éléments aussi éloignés de la classe ouvrière et des idées du socialisme. Se sentant à l’aise parmi les capitalistes, convaincus de l’efficacité de l’« économie de marché » – c’est-à-dire du capitalisme –, ils n’ont qu’un pas de plus à faire pour se comporter comme les capitalistes eux-mêmes. Après tout, si sur le plan « moral » on parvient à se réconcilier avec un système fondé sur l’avidité capitaliste, si l’on considère qu’il est normal de s’enrichir par l’exploitation d’autrui, si l’on se refuse, malgré plusieurs millions de chômeurs et la pauvreté grandissante, à lever ne serait-ce qu’un petit doigt contre la propriété capitaliste, pourquoi se priverait-on des avantages des « paradis fiscaux » ? Si ces « paradis » existent, c’est qu’ils sont bien utiles aux capitalistes, dont le seul but est de s’enrichir le plus possible. Et pour le ministre « socialiste » du budget, le fait que les travailleurs endettés auprès du Trésor Public soient persécutés, que leurs comptes bancaires soient bloqués et leurs biens saisis, n’était certainement pas une raison pour ne pas en profiter. A chacun son monde !

Les problèmes de l’arrivisme et de la corruption ne sont pas nouveaux. En 1871, la Commune de Paris avait décrété que les représentants du peuple devraient vivre comme le peuple, fixant leur rémunération au niveau de celle des travailleurs. Les privilèges des hauts fonctionnaires de l’Etat furent abolis. L’un des membres du Comité Central de la Garde Nationale, un certain Moreau, a déclaré que lorsqu’on représente le peuple, il est immoral de s’allouer un traitement quelconque. « Nous avons jusqu’ici vécu avec nos trente sous, disait-il, et ils nous suffiront encore ». En annonçant les élections à la Commune, le Comité Central avait donné la consigne suivante au peuple de Paris : « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous des ambitieux et des parvenus [...] Défiez-vous des parleurs, incapables de passer à l’action [...] ».

Cet esprit démocratique et authentiquement révolutionnaire n’a rien perdu de sa pertinence. A la différence de la Commune de 1871, la Ve République est corrompue jusqu’à la moelle. Au Parti Socialiste, espérons que les affaires comme celles de Strauss-Kahn ou de Cahuzac inciteront les militants à regarder de beaucoup plus près les idées politiques, les ambitions et les intérêts de ceux qui occupent les postes dirigeants. Au Parti Communiste, par une tradition qui se rattache à la Commune et à la révolution russe, il est attendu que les élus reversent leurs indemnités au parti et ne conservent que les moyens de vivre correctement. Cette tradition a servi à limiter les influences corruptrices qui ont gangrené le PS. Mais la règle n’est pas toujours respectée. Au 36e congrès et dans de nombreux congrès fédéraux, des militants se sont plaints de l’arrivisme de certains élus. Au congrès national, une déléguée a demandé que les élus communistes qui se servent de leurs mandats pour s’enrichir ne puissent plus représenter le parti aux élections suivantes. C’est ainsi, et non par de simples « déclarations de patrimoine », que des partis qui prétendent défendre les intérêts des travailleurs peuvent s’assainir moralement et politiquement.


Source : La Riposte
Jeudi 25 avril 2013

Par La Riposte - Publié dans : Débats - Communauté : les anti-capitalistes
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Mercredi 6 février 2013 3 06 /02 /Fév /2013 06:30

logo la riposteL’intervention militaire au Mali a engagé la France dans une nouvelle guerre impérialiste. Derrière les motivations officielles, elle vise à sécuriser et étendre les positions économiques et stratégiques du capitalisme français dans la région. En plus de ses ressources naturelles – actuelles et potentielles –, le Mali, troisième producteur africain d’or, est entouré de plusieurs pays où des grands groupes français, comme Total et Areva, sont fortement impliqués. Le groupe Areva trouve au Niger un tiers de ses besoins en uranium. Total exploite le pétrole mauritanien. Le capitalisme français domine la Côte d’Ivoire. Avec ses vastes réserves de gaz et de pétrole, l’Algérie est le premier partenaire commercial de la France en Afrique. Ce sont surtout les intérêts des grands groupes français dans ces pays voisins qui font du Mali un enjeu stratégique majeur du point de vue de l’impérialisme français.

François Hollande s’est félicité de l’approbation « unanime » de cette guerre à l’Assemblée nationale comme au Sénat. L’UMP et le Front National l’approuvent. Le Parti socialiste l’approuve. Mais Hollande a également pu compter sur le soutien de la direction de notre propre parti, le PCF, ce qui a choqué de nombreux militants communistes. Cette décision, comme en 2001 lors de l’invasion de l’Afghanistan, associe le parti à la politique impérialiste de la France devant l’opinion publique. Elle va à l’encontre de la tradition anti-impérialiste et antimilitariste du PCF.

La vérité est la première victime d’une guerre impérialiste. La dissimulation des véritables objectifs des guerres est d’une importance vitale, pour les impérialistes. Aussi le premier devoir du mouvement ouvrier – et de notre parti en particulier – est d’expliquer leurs véritables causes et objectifs. Concernant la guerre au Mali, la direction de notre parti a failli à ce devoir.

Une guerre contre le fondamentalisme ?

Selon le gouvernement français, l’intervention au Mali se justifiait par la menace imminente de la prise de Bamako par des « fondamentalistes islamiques ». Officiellement, l’intervention visait donc à bloquer l’avance des milices islamistes, à les détruire et à protéger ainsi la population de leurs exactions. Des motivations aussi nobles ne sont guère critiquables. Le problème, c’est que cette explication officielle est un leurre. Elle ne sert qu’à masquer les véritables objectifs de cette opération. A chaque fois que les puissances impérialistes lancent une guerre, elles se munissent de prétextes « humanitaires » de ce genre : la guerre contre la Serbie visait à protéger les Albanais ; les Etats-Unis ont envahi l’Irak pour protéger les chiites et l’Afghanistan pour protéger la femme afghane et enrayer le terrorisme ; la guerre en Libye visait à empêcher un massacre imminent de la population de Benghazi. Fallait-il pour autant soutenir ces interventions ?

Infographie-Mali-04-02-13.jpgAu Mali, la France serait en guerre contre le djihadisme et son intervention répondrait à une demande du régime malien. Or ce régime est une dictature militaire, coupable, elle aussi, de nombreuses exactions et assassinats. Mais le gouvernement laisse entendre que, comparée aux djihadistes, la dictature militaire serait un « moindre mal ». A l’inverse, en Libye, l’aviation française – en alliance avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis – a puissamment appuyé des milices djihadistes pour renverser la dictature de Kadhafi. Les puissances occidentales ont coordonné leurs attaques pour faciliter les mouvements au sol de groupes comme celui d’Abdel-Hakim Belhaj. Lié à Al Qaida, Belhaj a pris le contrôle de Tripoli après la défaite des forces kadhafistes. A l’époque, les médias nous présentaient ces djihadistes non seulement comme le « moindre mal », mais comme d’authentiques « révolutionnaires » !

En Syrie, l’alignement de forces est comparable à celui qui prévalait pendant la guerre libyenne. Ceux que les médias nous présentent comme des « révolutionnaires » sont, pour l’essentiel, financés, armés et encadrés par les agents de l’Arabie Saoudite et du Qatar. Le même François Hollande qui justifie la guerre au Mali par la nécessité de battre le « fondamentalisme », prône en même temps une intervention militaire en Syrie pour appuyer les milices fondamentalistes. Il a déjà accordé la reconnaissance diplomatique de la France au Conseil National Syrien (CNS), dont la composante dominante n’est autre que les Frères Musulmans.

Ainsi, la France impérialiste – dont Hollande n’est ici que l’exécutant – ne s’oppose nullement au « fondamentalisme islamique » par principe. Au contraire, elle n’hésite pas à appuyer des fanatiques fondamentalistes quand cela peut faire avancer ses intérêts. Dans d’autres circonstances, l’impérialisme français pourrait soutenir les djihadistes au Mali, en les qualifiant de « rebelles » ou de « révolutionnaires » pour l’occasion, contre le régime de Bamako. Mais en l’occurrence, la guerre actuelle au Mali est menée dans l’intérêt des grands groupes capitalistes français et pour contrer les ambitions de ses rivaux, dont notamment, dans cette région, le Qatar, qui finance des milices (Mujao et Ansar Eddine) pour étendre sa zone d’influence et renforcer sa position dans des « négociations » futures. L’intervention française est appuyée par l’Arabie Saoudite, qui, si elle arme et finance des mouvements fondamentalistes dans le monde entier, veut freiner l’expansion des intérêts qataris en Afrique du Nord. Le Qatar a considérablement renforcé ses positions en Libye, en Egypte et en Tunisie.

Pour tenter de justifier sa position, la direction du PCF explique que quelles que soient nos analyses à propos des objectifs réels de l’intervention, celle-ci a tout de même permis de repousser les milices fondamentalistes, bloquant leur avance vers la capitale et libérant plusieurs villes qui étaient sous leur contrôle. Ce sont des faits que personne ne peut nier. Mais la reconnaissance de cette réalité n’épuise pas la question. Si nous considérons la « protection des populations » contre des exactions, des répressions, etc., comme un prétexte suffisant pour justifier des interventions militaires, alors il faudrait soutenir et même réclamer des interventions militaires dans de très nombreux pays ! Il est vrai que l’intervention française a repoussé les milices vers le nord, sans grande difficulté pour le moment. Même si ces milices séviront de nouveau au Mali ou ailleurs – et peut-être, selon les circonstances du moment, avec l’appui de la France ! –, leur repli actuel est, pour ainsi dire, un sous-produit d’une intervention qui n’en demeure pas moins impérialiste. En conséquence, ce repli de djihadistes ne devrait pas justifier la caution de cette intervention par les dirigeants de notre parti.

Que faire ?

Il n’empêche que notre position sur la guerre au Mali ne peut pas se borner à une simple opposition de principe. Bien des camarades qui sont contre l’intervention ou qui sentent, au moins, qu’il y a quelque chose de « pas clair » dans les justifications officielles, n’ont pas envie de voir le fondamentalisme se répandre et s’installer davantage, que ce soit en Afrique ou ailleurs. S’opposer à l’intervention, disent-ils en substance, équivaudrait à rester passifs devant la menace fondamentaliste. En effet, notre attitude envers la guerre ne peut pas se résumer à une sorte de pacifisme passif. La guerre est un problème concret qui demande une approche politique tout aussi concrète. En tant que communistes, nous avons besoin d’un programme d’action contre cette guerre et contre la guerre impérialiste en général, en solidarité internationaliste avec les victimes d’agressions militaires – que ce soit des milices fondamentalistes ou des armées « régulières ».

Que devraient être les points clés du programme du PCF concernant la guerre au Mali ? Premièrement, le PCF devrait expliquer que pour combattre le fondamentalisme, il faut commencer par s’attaquer aux puissants intérêts financiers et industriels qui sont les principaux fournisseurs d’armes et de matériels des milices, à savoir l’Arabie Saoudite, le Qatar et les autres pays du Golfe. Dans la guerre contre Kadhafi, les avoirs de l’Etat libyen à l’étranger ont été saisis, sous prétexte que ses ressources allaient servir à financer des massacres. Nous devons exiger, en conséquence, l’expropriation des avoirs qataris – et ils sont considérables – en France. Les syndicats du secteur bancaire devraient s’intéresser aux mouvements de capitaux entre la France et les pays promoteurs de l’intégrisme – et les rendre publics. Le PCF devrait exiger la fin de toutes les ventes d’armes (avions, frégates, systèmes de défense, etc.) ainsi que l’arrêt des programmes d’entrainement et autres formes de coopération militaire avec les Etats concernés. Dans les ports, le parti et la CGT devraient mener campagne pour convaincre les travailleurs de bloquer tous les chargements militaires destinés à l’Arabie Saoudite, au Qatar, etc. Les travailleurs dans les aéroports devraient bloquer les vols de leurs compagnies aériennes. Enfin, les grands groupes capitalistes qui pratiquent le « terrorisme économique » en pillant les ressources du Mali et qui soutiennent des régimes corrompus et dictatoriaux partout en Afrique devraient être nationalisés, leurs dirigeants renvoyés, leur gestion réorganisée sur des bases démocratiques et leurs ressources utilisées à des fins progressistes.

N’oublions pas, au milieu de tous ces calculs impérialistes, la classe ouvrière malienne, la jeunesse et l’ensemble du peuple exploité et opprimé du pays. Il faut leur tendre une main fraternelle et internationaliste, sur la base d’une politique indépendante, plutôt que de se raccrocher à la machine de guerre impérialiste. Ce sont les travailleurs maliens qu’il faut aider. Il faut leur donner les moyens de se défendre, non seulement contre quelques milliers de fanatiques islamistes, mais aussi contre les éléments non moins réactionnaires au sein des forces armées maliennes. Cette armée s’est montrée incapable de défendre le peuple. Ses chefs sont corrompus. Elle doit être purgée de l’intérieur et réorganisée sur des bases démocratiques. Les soldats du rang, issus du peuple et vivant comme lui, en s’alliant aux travailleurs de Bamako et d’autres villes, seraient le meilleur rempart contre le fanatisme armé.

En défendant la position de classe et internationaliste que nous proposons, il est fort possible que le PCF ne soit pas forcément suivi, dans un premier temps, ni en France, ni au Mali. Le PCF ne peut pas apporter une solution immédiate à ce problème. Personne ne lui en demande autant. Mais ce qu’il peut faire, par contre, ici et maintenant, c’est expliquer les véritables intérêts qui sont en jeu dans cette guerre, en se dissociant complètement de la politique impérialiste de la France et de ses justifications fallacieuses, et contribuer ainsi à façonner la conscience anti-militariste et révolutionnaire des travailleurs, en France comme au Mali.

L’intervention militaire française ne mènera pas à une quelconque « stabilisation », pas plus qu’en Libye ou en Afghanistan, pas plus que l’invasion américaine a « stabilisé » l’Irak. En Europe comme en Afrique, le capitalisme n’offre aucun avenir aux peuples. Il est à l’origine des problèmes qui se posent. Plus que jamais, nous avons besoin d’un parti qui se positionne clairement comme l’adversaire implacable de ce système et de ses conséquences néfastes, en France comme à l’étranger. Nous devons nous efforcer de corriger la politique du PCF. Notre parti doit s’opposer à l’intervention impérialiste au Mali, sur la base d’une politique révolutionnaire et internationaliste.


Greg Oxley (PCF Paris)


Source : La Riposte
Samedi 2 février 2013

Par La Riposte - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
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Lundi 28 janvier 2013 1 28 /01 /Jan /2013 10:30

logo la riposteLe document d’orientation du 36e congrès du PCF, Il est grand temps de rallumer les étoiles, aborde la question de ce que ses auteurs appellent la « fragmentation de la société ». Cette formule fait référence à tout ce qui est susceptible d’opposer entre eux des individus ou des groupes d’individus : religion, ethnie, nationalité, sexe, âge, statut professionnel (fonctionnaires, travailleurs du privé, précaires, chômeurs…). Le document souligne à juste titre que la classe dirigeante utilise cette « diversité » pour diviser et, ainsi, affaiblir le camp de tous ceux qui ont intérêt à s’unir dans la lutte contre l’exploitation capitaliste.

D’après les auteurs du texte, cette stratégie aurait été couronnée d’un succès tel que le PCF se trouverait devant la nécessité de « faire émerger une nouvelle conscience de classe ». Si on prend les mots au sérieux, il faut donc en déduire soit que l’ancienne conscience de classe aurait disparu, soit qu’elle serait devenue inopérante – sinon, nous ne verrions pas pourquoi en appeler à une « nouvelle » conscience de classe. Les auteurs ne tranchent pas entre les deux termes de cette alternative, ce qui n’est pas très grave, car ils sont également faux, comme nous allons tenter de le montrer.

Cette question fait débat très au-delà des rangs du PCF. Qui n’a pas déjà entendu l’idée selon laquelle la classe ouvrière aurait « disparue », ou bien serait beaucoup plus « divisée » et « affaiblie » qu’auparavant, ou bien encore n’aurait plus de « conscience de classe » ? Ces idées circulent à une vaste échelle dans les milieux universitaires et les médias. Des armées de « sociologues » les déclinent de mille et une façons.

Le poids social du salariat

A l’origine de toutes les idées fausses sur ce thème, il y a une erreur (plus ou moins délibérée) de méthode, qui consiste à tirer des conclusions générales à partir d’un phénomène particulier. A ce compte, il suffit d’ouvrir n’importe quel journal pour « prouver » chaque jour que la classe ouvrière est plus divisée et donc plus faible que jamais. Un fait divers, un acte raciste ou sexiste, le propos d’un travailleur contre une grève des transports : tout est bon pour alimenter cette thèse.

L’approche marxiste, au contraire, est dialectique : elle part du plus général – l’évolution de la structure de classe de la société – avant de descendre vers le particulier. Si on procède ainsi, le fait le plus frappant, qui confirme les idées du Manifeste du Parti Communiste de Marx et Engels, c’est le développement massif de la classe ouvrière – c’est-à-dire du salariat – au cours des dernières décennies, sur la base d’un puissant développement des forces productives. Le poids social du salariat n’a jamais été aussi important. En 1936, la moitié de la population française vivait encore de l’agriculture, contre 15 % en 1968 et 5 % aujourd’hui. Désormais, près de 90 % de la population active est salariée. Voilà le phénomène décisif : le rapport de forces entre les classes a énormément évolué à l’avantage des travailleurs. Toutes les fonctions économiques et administratives de la société reposent sur le travail salarié.

On nous répondra : « d’accord, mais cela n’empêche pas que la classe ouvrière est divisée ». Effectivement, elle est divisée, ce qui ne date pas d’hier. Pour commencer, le capitalisme divise objectivement les travailleurs en les plaçant dans une situation de concurrence les uns par rapport aux autres. Par ailleurs, personne n’a jamais prétendu que le salariat était matériellement, psychologiquement et politiquement homogène, rangé comme un seul homme sous le drapeau du communisme. Si c’était le cas, le capitalisme ne tiendrait pas une minute de plus. La domination des capitalistes repose – entre autres – sur une application systématique, par tous les moyens à leur disposition, de la vieille devise : « diviser pour mieux régner ». C’est vrai aujourd’hui et il en a toujours été ainsi. Par exemple, on entend souvent des gens, à gauche, présenter comme un phéno mène « nouveau » la puissance de la propagande médiatique visant à endoctriner les travailleurs, les diviser, leur faire accepter leur sort. Or cette propagande a toujours existé. Et les travailleurs qui, au siècle dernier, n’avaient pas la télé ou la radio, subissaient une influence non moins réactionnaire : celle de l’Eglise – qui depuis n’a cessé de décliner.

Bien sûr, les communistes doivent être à l’avant-garde de la lutte contre toutes les formes de propagande et de discriminations visant à diviser notre classe. A cet égard, les communistes ont mené un travail exemplaire, aux côtés de militants syndicaux et associatifs, pour la régularisation des travailleurs sans-papiers. Cependant, l’erreur commence lorsqu’on exagère le rôle que jouent les manœuvres de division et la propagande des capitalistes, et en particulier lorsqu’on les présente comme des obstacles absolus à l’émancipation des travailleurs, alors qu’il s’agit d’obstacles relatifs. Toute l’histoire le démontre : aucune force au monde, fut-ce la plus sophistiquée des machines de propagande et de division, n’empêche indéfiniment les travailleurs de passer à l’action – y compris sous une forme révolutionnaire. La crise du système capitaliste, son impact sur la vie maté rielle et morale de millions de gens, les humiliations quotidiennes qu’elle leur inflige, tout cela travaille en profondeur la classe ouvrière, jusqu’au point de rupture où elle se soulève brusquement, renversant l’édifice mis en place par les capitalistes pour la maintenir dans l’ignorance et la passivité. D’ailleurs, c’est précisément parce que le capitalisme limite constamment l’éducation politique et l’organisation des travailleurs que celles-ci ne prennent pas corps de façon graduelle, dans la masse de la population, mais sous la forme d’explosions révolutionnaires. Autrement dit, la lutte des classes est un processus dialectique.

Soulignons au passage que du fait de son poids social écrasant, le salariat exerce une influence palpable sur les couches intermédiaires de la société. Il fut un temps où les étudiants, les enseignants et les employés des banques, par exemple, se considéraient comme une caste à part. Ils faisaient partie des réserves sociales de la réaction. Ce n’est plus du tout le cas. Et on voit même régulièrement des médecins, des avocats et des magistrats imiter les méthodes de lutte de la classe ouvrière.

Les bavardages sur le prétendu « faible niveau de conscience » des travailleurs ne signalent, au fond, que le faible niveau de conscience de leurs auteurs. La « conscience de classe » est une réalité extrêmement fluide, qui évolue sans cesse sous l’impact des événements et connait toutes sortes d’oscillations. Même lorsqu’aucune lutte n’agite la société, elle ne s’en manifeste pas moins par des milliers d’incidents et de propos divers. Si elles parlaient, les machines à café des entreprises pourraient en témoigner, elles qui entendent quotidiennement les colères et les remarques acerbes des salariés, pendant leurs pauses. Dans la masse des travailleurs, la conscience de classe est comme ces braises qui, brûlant sous terre, peuvent à tout moment rallumer un feu de forêt.

La direction du mouvement ouvrier

Enfin, il arrive trop souvent que des débats sur le niveau de conscience des travailleurs laissent dans l’ombre une question beaucoup plus concrète et problématique : celle du rôle des directions du mouvement ouvrier dans le façonnement de cette conscience. Elles prennent souvent prétexte du prétendu « faible niveau de conscience » des travailleurs pour abandonner la lutte pour le socialisme : les salariés « ne sont pas prêts », nous explique-t-on  ; ils « acceptent le capitalisme », etc. Or, ce ralliement des organisations de gauche à l’économie de marché – comme on l’a vu non seulement au sommet du PS, mais aussi du PCF – débouche sur des politiques qui démoralisent et désorientent les travailleurs, au lieu d’élever leur niveau de conscience. Exemple : le gouvernement Jospin de 97-2002.

Dans son Programme de Transition (1938), le révolutionnaire russe Léon Trotsky écrivait que « la crise actuelle de la civilisation humaine est la crise de la direction de la classe ouvrière ». Cette formule est toujours d’actualité, comme l’illustrent les politiques réactionnaires mises en œuvre, ces dernières années, par des gouvernements « socialistes » en Espagne, en Grèce, au Portugal – et aujourd’hui en France. Les prémisses objectives d’une révolution socialiste – le développement des forces productives et du salariat – n’ont jamais été aussi favorables. Le niveau culturel des travailleurs est également à son plus haut niveau historique. Leur aptitude à lutter massivement s’est déjà manifestée à de nombreuses reprises, comme par exemple à l’automne 2010, et se ma nifestera de nouveau, n’en doutons pas, à une échelle encore plus vaste. Reste la question de la qualité et du programme de la direction des travailleurs, qui est un élément clé de l’équation. A cet égard, la responsabilité du PCF, du Front de Gauche et de la CGT est colossale. A nous, militants de ces organisations, de faire en sorte que leurs idées, leur programme et leur stratégie soit à la hauteur de leurs tâches historiques.


Jérôme Métellus (PCF Paris 18e)


Source : La Riposte
Samedi 26 janvier 2013

Par La Riposte - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
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Mercredi 28 novembre 2012 3 28 /11 /Nov /2012 10:30

Approches-marxistes-numero-27.jpg Sommaire


- Editorial, "Le Parti socialiste au pouvoir ou la continuité de son réformisme", Jean-Jacques KARMAN
- La Gauche communiste au Conseil national
- Interview de Jean-Jacques KARMAN à Informations Ouvrières
- Le TSCG, Caroline ANDREANI
- DOSSIER : les socialistes et le gouvernement bourgeois
- La position de Rosa Luxemburg
- La position de "Voix Prolétarienne"
- 1924 en France
- 1936 en France
- Guernica, Fabien NAMRAK
- 1947 en France
- 1956 en France
- 1981 en France
- 1984, 1988, 1991 et 1992 en France
- 1997 en France
- 2012 : un premier bilan
- position de "Vive la Révolution !"
- Deux  socialistes anti-communistes


Source : Gauche Communiste

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
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Mardi 25 septembre 2012 2 25 /09 /Sep /2012 10:30

Jean-Jacques Karman 2 1917 % PCF


1) Construire l’orientation révolutionnaire.

La direction du PCF prétend, que le choix fait lors du congrès de Tours en 1920, d’un parti communiste de lutte de classes serait dépassé (surannée la matrice bolchevick du non à la guerre de 1914 et du oui à la révolution sociale ?) Pierre Laurent dit même, dans le journal Libération : « Le PCF d’aujourd’hui est l’héritier des traditions socialistes et communistes de la première moitié du XXe siècle… » Non, on ne peut être, à la fois, porteur des traditions révolutionnaires et aussi de celles du réformisme. Hier comme aujourd’hui, il n’y a pas de troisième voie. Entre les deux guerres, le PS réformiste était colonialiste et de plus il a fait le choix de la non intervention aux côtés du Front populaire d’Espagne face aux fascistes, et dit oui à Munich et à Pétain…
L’option prise à Tours est plus que jamais d’actualité. Sans aucun dogmatisme, les analyses de Karl Marx ont trouvé en 1917 toutes leurs pertinences dans la victoire de la révolution d’Octobre, autre chose est la période stalinienne. Aujourd’hui, face à la crise ultime du capitalisme, au moment où tout le monde dit que Karl Marx avait raison, il est impératif de reprendre le cap révolutionnaire dans les conditions d’aujourd’hui. L’analyse de Marx est la seule viable...
La recherche du taux de profit capitaliste est bien toujours l’impasse de cette société.
La lutte des classes n’est pas dépassée, au contraire elle est au cœur de la lutte pour le progrès.
La révolution sociale et démocratique, est la seule issue pour un monde plus juste.

2) Identifier les luttes prioritaires.

Il nous faut être sur tous les fronts de lutte, mais surtout sur ceux qui sont au cœur de la contradiction capital/travail et qui feront comprendre, au plus grand nombre, les conditions du changement. Ces fronts, de lutte de classes, doivent être nos luttes prioritaires et permanentes. Sans négliger les élections qui seront de toute façon nécessaires, ce sont ces luttes de classes qui créeront la conscience des conditions du changement de société en créant des ruptures avec le capitalisme. Face au capitalisme mondialisé qui rejette la Nation, le prolétariat moderne doit réinvestir cette question de la Nation, la lutte de classe est bien avant tout nationale.

- Lutte pour l’interdiction des licenciements.
- Lutte contre l’Union Européenne capitaliste et lutte pour une Europe des peuples.
- Lutte pour la nationalisation des secteurs clés de l’économie, en premier lieu des banques…
- Lutte pour la sortie de l’OTAN
- Lutte pour l’institution de l’échelle mobile des salaires.
- Lutte pour l’élection d’une Assemblée constituante pour une République sociale.

3) Quelle union et quelle rassemblement pour réussir ?

L’union : il y a urgence à reconstruire une nouvelle politique d’union. L’union avec le parti socialiste répété sous différentes appellations depuis 1935 est aujourd’hui obsolète. Si le changement majoritaire nécessite aussi l’union du courant révolutionnaire et du courant réformiste sur des bases de lutte de classes, nous devons modifier notre pratique.
Aujourd’hui le PS principal représentant du courant réformiste a tous les pouvoirs. C’est la dizaine fois que le PS dirige le gouvernement de la France. 10 fois cela s’est mal terminé, même parfois dramatiquement. Par exemple : en 1956/1957 la généralisation de la torture en Algérie. Ou encore en 1997/2001, jamais un gouvernement n’a autant privatisé.
La preuve est faite qu’un rapport des forces favorables au PS ne créera jamais les conditions d’une rupture avec le capitalisme, faire croire le contraire, c’est agir contre le changement.
L’expérience actuelle de Hollande le confirme, regardez la trahison sur la fermeture du site PSA d’Aulnay, nous devons être en opposition de gauche à cette politique.
Alors l’union avec le PS ne peut se faire que dans un rapport des forces favorables au courant révolutionnaire. Chaque question de la plus petite à la plus importante doit être traitée en termes de rapport des forces entre le PS et nous.

Le rassemblement : travailler et développer la notion de peuple, de tous ceux qui vivent en France. Le rassemblement du peuple, des forces populaires est incontournable pour un processus majoritaire de changement de société. Les formes peuvent être diverses, celle du « Front de gauche » peut être retenue, mais aussi celle d’un « Front du peuple de France anti capitaliste », à la seule condition que le PCF ne se dilue pas dans ces fronts et y joue un rôle moteur, pas en s’imposant anti démocratiquement, simplement par notre dynamisme et la qualité de ses choix.
Le « Front de gauche » doit rester un rassemblement et non se transformer en un parti.
Dans toutes actions le PCF doit être visible et reconnaissable.
Les élus communistes doivent toujours préciser qu’ils sont communistes. Par exemple l’élu X communiste Front de gauche.
Le nom des groupes d’élus doit toujours y faire figurer la précision : communiste. Par exemple : Groupe Front de gauche, PCF, PG, Fédération…
Le matériel : tracts, affiches etc.… doivent aussi faire figurer le logo du PCF.

4) Le PCF, l’outil incontournable, notre priorité.

C’est le développement du PCF qui rendra possible le rassemblement et l’union pour réussir réellement à changer de société.
Le développement du PCF comme force organisée, comme apport idéologique, comme force de rassemblement est impératif, sinon il n’y aura aucun changement de société car le rapport des forces ne sera pas en faveur des forces révolutionnaires.
La direction du PCF suggère une meilleure approche des ouvriers, bien, mais elle reste à mi chemin. Il faut faire un véritable virage vers la classe ouvrière pour que notre action réussisse.
Revenir à la classe ouvrière comme base principale de notre action (le PCF n’a jamais été aussi fort parmi les intellectuels que lorsqu’il était organisé prioritairement dans la classe ouvrière.).
Toutes les directions du PCF doivent être composées d’un minimum de 25 % d’ouvrières/iers.
L’organisation du PCF dans les 100 plus grandes entreprises de France doit être en liaison directe et permanente avec le Conseil national du PCF.
Tout en respectant l’indépendance syndicale, il nous faut promouvoir la présence des syndicalistes dans toutes directions du PCF, de la section au conseil national.
Sur le territoire de chaque section du PCF avoir une action régulière en direction, au minimum, de la plus grande entreprise du secteur.


Jean Jacques KARMAN,
Membre du CN et conseiller général 93

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
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Mardi 19 juin 2012 2 19 /06 /Juin /2012 10:30

logo-gauche-communiste.jpg Les résultats de l'élection législative du 10 juin 2012 sont très en dessous de ce que laissaient présager les résultats de la présidentielle et les 11 % de Jean-Luc Mélenchon. Le Parti communiste français perd 8 circonscriptions, toutes au profit du Parti socialiste.
Les résultats du 17 juin sont tombés : il y a 10 députés communistes et Front de gauche à l'Assemblée nationale, dans une chambre dominée par le seul Parti socialiste. Ce résultat ne reflète pas la réalité de l'implantation du Pcf dans le pays, mais il traduit l'accentuation de la bipolarisation de la vie politique française. Le résultat du Front de gauche à l'élection présidentielle n'a pas permis un arrêt de cette tendance lourde de la vie politique française.

Il est difficile de tirer un enseignement global des résultats tant les situations sont diverses.

Dans la 14e circonscription du Rhône redécoupée, intégrant une ville socialiste supplémentaire,  André Gérin, député sortant, a fait campagne pour Michèle Picard, la maire de Vénissieux, sur un axe politique résolument communiste. Or, elle est largement devancée par le candidat socialiste et la circonscription est perdue. A contrario, Jean-Jacques Candelier, lui aussi sur une ligne résolument communiste, avec plus de 35 % des suffrages au 1er tour, est réélu.

En Seine-Saint-Denis, où se présentaient quatre sortants communistes et apparentés, deux ont été devancés par le Parti socialiste, Jean-Pierre Brard et Patrick Braouezec, et ont perdu leurs sièges. Deux sont réélus, François Asensi et Marie-George Buffet.
Les résultats obtenus ne sont donc pas a priori liés à des positionnements idéologiques, mais bien à une volonté des électeurs de donner une majorité absolue au Parti socialiste à l'Assemblée nationale. Ils montrent qu'il ne suffit pas d'un bon relais médiatique, comme l'a été l'élection présidentielle pour Jean-Luc Mélenchon, pour ancrer une démarche politique et fidéliser un électorat.

Une des idées centrales de la campagne du Front de gauche, selon laquelle il devait être un aiguillon pour une politique vraiment à gauche, n'a pas été entendue. L'affichage de la grande majorité des candidats, qui ont opté pour l'étiquette « Front de gauche » sans revendiquer l'appartenance au Parti communiste, n'est certainement pas étrangère au résultat. L'effacement du Parti communiste, porté depuis 1994 par les directions successives du Pcf au nom d'une nécessaire modernité, est un échec.

La campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon montre qu'un discours clair, parfois même provocateur, porte ses fruits. Le Parti communiste doit poursuivre son action. Il doit redonner une identité communiste au Parti, à ses militants, à ses actions et ne pas avoir peur de porter haut et fort une idéologie communiste résolument opposée au capitalisme.

Quant au rapport de forces entre le Parti communiste et le Parti socialiste, il est plus que jamais à questionner. Si nous ne tenons pas la dragée haute au PS, le Parti communiste risque de disparaître définitivement du paysage politique. Or, dans la période qui s'ouvre, marquée par une crise sans précédent du capitalisme, la question fondamentale reste capitalisme ou socialisme.

Le PS et les Verts ayant une majorité absolue à l'Assemblée nationale, ils porteront seuls devant la population l'échec de leur politique réformiste : le MES et les différents traités européens ne laissent pas de marge de manœuvre et le gouvernement Ayrault mènera une politique d'austérité qui va peser sur les classes populaires. Le risque bien entendu, si les communistes et leurs partenaires désertent le terrain politique, est de voir se renforcer le Front national et tout ce que cela implique : populisme, repli sur soi, individualisme, violence et rejet à l'égard des immigrés, etc.

Nous avons donc, en tant que communistes, un travail politique à mener. Nous devons être prêts à initier des luttes et à nous inscrire dans les mouvements sociaux qui ne manqueront pas de se développer dans l'avenir, et plus que jamais à diffuser les idées communistes dans le monde du travail.

Reste pour les communistes français, organisés ou non dans le PCF, une question d'actualité : comment poursuivre le combat révolutionnaire et sous quelle forme d'organisation.

Le 18 juin 2012

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 06:30

Melenchon-Laurence-Ferrari-TF1.jpg Le 20 octobre dernier, sur le plateau de l’émission Parole Directe sur TF1, Jean-Luc Mélenchon a pris clairement position sur la question de sa participation à un éventuel gouvernement dirigé par les socialistes. Questionné par les journalistes Laurence Ferrari et François Bachy, il a fustigé les gouvernements « socialistes » en Espagne et en Grèce, dont il considère – à juste titre – qu’ils mènent une politique de capitulation aux intérêts des classes dirigeantes. Il a précisé que lui, personnellement, n’accepterait pas de participer à un gouvernement socialiste sous la présidence de François Hollande.

Evoquant sa participation au gouvernement Jospin, entre 2000 et 2002, le candidat du Front de gauche a précisé qu’il avait tiré des leçons de cette expérience. Il a expliqué qu’il ne faudrait pas nier les mesures positives mise en œuvre sous Jospin, ni les choses qui « n’auraient jamais dû être faites ». Nous mettrions dans cette dernière catégorie les privatisations massives et les interventions militaires en Afghanistan et en Serbie. La Riposte salue cette prise de position de Jean-Luc Mélenchon. En affirmant qu’il ne participera pas à un éventuel gouvernement socialiste, le candidat du Front de gauche ne peut que renforcer la confiance et la motivation des militants qui s’engagent dans la campagne autour de sa candidature.

Dans notre article récent intitulé Que ferait un gouvernement du Parti Socialiste ?, nous écrivions : « Le prochain gouvernement socialiste sera comme le dernier, à une différence près : cette fois-ci, il n’y aura pas de mesures positives significatives. Compte tenu du programme et des idées de sa direction, le PS au pouvoir sera contraint de s’attaquer aux conditions de vie des travailleurs dans tous les domaines. […] Tout gouvernement limitant son action à ce qui est compatible avec le capitalisme deviendra l’instrument de la régression sociale. Accepter le système, c’est s’incliner devant ses lois ». Il est tout à fait évident, dans ces conditions, que la participation au prochain gouvernement socialiste de ministres issus du PCF ou du PG serait tout à fait inacceptable et constituerait un renoncement cynique au programme du Front de gauche. Mélenchon s’est exprimé sans ambiguïté en ce qui concerne son cas personnel. Sa position est la seule qui soit digne d’un candidat qui veut résister sérieusement à la dictature des capitalistes et des banques. Cependant, le caractère explicitement « personnel » de cette prise de position laisse planer un doute quant à celle d’autres dirigeants du PG et du PCF. En effet, jusqu’à présent, la direction du PCF n’a pas voulu s’exprimer clairement sur cette question. Ce qui est nécessaire, désormais, c’est que le PCF et le PG s’engagent en tant que partis et au nom de tous leurs représentants contre toute participation dans un gouvernement dominé par le PS, et ce d’une façon aussi catégorique que Jean-Luc Mélenchon.


Source : La Riposte

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
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Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 10:30

Jean-Jacques-Karman-2.jpg Les communistes doivent être sur la position de rupture avec le capital en demandant l’annulation de la dette publique :

La dette publique doit être payée par ceux qui en profitent et non par le peuple !

Madame Lagarde, alors ministre des finances de la France, annonçait pour 2011, un taux de croissance largement au dessus de toutes les prévisions et elle monta le budget 2011 de la France sur cette base (volontairement fausse). Madame Lagarde, devenue présidente du FMI au grand plaisir et intérêts de N. Sarkozy et des Etats-Unis d’Amérique, déclare dans un premier temps, qu’elle poursuit de A à Z la politique de son prédécesseur, le socialiste Dominique Strauss Khan et ajoute : « En France, le taux de croissance prévu ne sera pas éteint, et un nouveau déficit va aggraver la dette publique, au point qu’il est nécessaire de prévoir dès maintenant que le gouvernement de la France réduise les dépenses de santé et annonce une nouvelle réforme des retraites. » Depuis, elle est aussi inculpée pour mal versassions financières…

Madame Lagarde est aussi indécente que son prédécesseur. Nous vivons dans le mensonge permanent et la dette est devenue le moyen dictatorial pour imposer au peuple l’austérité à seule fin d’aider les capitalistes à réduire le coût du travail dans une concurrence entre chaque pays. Le fait que le Parti socialiste, comme ses collègues grecs, espagnols et portugais par exemple ne conteste pas sur le fond cette question, aussi bien en France qu’au niveau de l’Union Européenne, et que le Front de Gauche n’avance pas les revendications à la hauteur de la rupture nécessaire avec le capitalisme, indique que la question de la dette va devenir centrale et conduira à un piège pour la prochaine période 2012/2014.

Cette question de la dette publique est pourtant très simple. Il y a deux types de dettes publiques : celle résultant d’investissements nécessaires pour le développement du pays, comme par exemple la réalisation de routes que l’on amortit sur plusieurs années par des emprunts publics, donc de la dette. Ces dettes là sont légitimes si l’on ne déborde pas un certain niveau d’endettement, envisageable en fonction des ressources annuelles prévisibles. Le deuxième type de dette est illégitime, c’est celle des capitalistes qui est en fait un nouveau moyen d’augmenter leurs profits. Cette dette est injuste et le peuple n’a pas à la rembourser.

Cette deuxième dette résulte essentiellement de cadeaux faits aux capitalistes par le biais de réductions d’impôts, de réductions de charges sociales, de suppression de la taxe professionnelle… Un exemple : le conseil des prélèvements obligatoires a révélé un manque à gagner de 172 milliards d’euros en 2010 pour les finances publiques, dû à des exonérations de charges fiscales et sociales aux entreprises, plus 22 milliards d’allégements de cotisations patronales sur les bas salaires… Ces réductions pour les capitalistes produisent immédiatement des trous budgétaires qu’il faut combler par des emprunts (dont le financement est réservé exclusivement aux banques, pour le plus grand « plaisir » de leurs taux d’intérêts, jusqu’à 18 % pour la Grèce), ou par des réductions budgétaires, qui entraînent par exemple des suppressions d’avancées sociales résultant de la lutte des classes et par des privatisations et reculs des services publics… (Deux exemples parmi d’autres : Total, la société pétrolière ne règle pas un centime d’impôts en France… Le gouvernement Jospin si cher à certains n’a pas, lui, beaucoup augmenté la dette publique mais a battu tous les records en privatisations.

Cette logique capitaliste n’a aucune raison de s’arrêter, car elle répond au degré actuel de la recherche du profit maximum dans le plus court laps de temps. Ni la BCE, ni l’UE, ni le FMI ne feront une politique positive pour les peuples. Ils n’ont pas été mis en place pour cela, le croire comme certains à gauche, c’est conduire notre peuple sur les chemins de la désillusion et à terme, de l’extrême droite. D’autres disent et parfois les mêmes : « c’est une crise systémique » pour ne pas dire stade ultime de la crise générale du capitalisme, mais il faut bien comprendre que ce système ne tombera pas de lui-même, qu’il faudra l’intervention des peuples pour le renverser. S’il n’y a pas de rupture avec le capitalisme, l’endettement, l’austérité et la marchandisation capitaliste de toutes les activités humaines vont empirer au rythme de la crise du système capitaliste.

Annuler une dette dont le peuple n’est pas responsable, rien de plus normal, car ces dettes sont détenues essentiellement par les banques qui les augmentent au passage par des taux d’intérêts scandaleux. Par exemple, en 2011, la France verse aux banques 55 milliards d’euros simplement pour les intérêts de la dette, sans compter les réalisations en partenariat public-privé (les fameux PPP) qui, pour 50%, ne sont pas déclarés en dettes (et ils sont de plus en plus nombreux comme par exemple toutes les nouvelles prisons). La dette publique de la France est de 1646 milliards. Pour les 12 mois qui viennent de passer, nous pouvons identifier les 172 milliards de cadeaux au patronat révélés par le conseil des prélèvements + 22 milliards de nouveaux cadeaux au patronat sur les bas salaires + les 55 milliards d’intérêts de la dette pour les banques + 45 milliards de fraudes fiscales des grandes fortunes + les 15 milliards (de la France) pour aider les banques qui détiennent la dette grecque. Cela fait 309 milliards d’augmentation de la mauvaise dette que le peuple n’a pas à payer.

Nicolas Sarkozy, lors de la campagne électorale de 2007 déclarait : « Je m'engage à ramener la dette en dessous des 60% du PIB d'ici 2012…». Or, aujourd’hui, en 2011, la dette est à la hauteur de 88,4 % du PIB. Rappelons nous qu’il a mis en place de très nombreux avantages pour les riches comme le bouclier fiscal, qu’il a décidé la suppression de la taxe professionnelle pour les entreprises, qu’il a imposé le recul de l’âge de la retraite pour les salariés, couvert les affaires comme celles de Bettencourt et Tapie et servit largement ses amis du « Fouquet’s »…

Le Parti socialiste français, quant à lui, propose une politique ressemblant étrangement à celle du parti socialiste grec qui impose un recul de civilisation à son peuple au nom du remboursement de la dette des capitalistes et des « colonels » (l’armement). Soyons clairs : tout parti promettant le changement, qui ne s’engage pas à annuler la dette va conduire le peuple à des catastrophes. Bien sûr, le changement nécessite aussi d’autres conditions, mais celle de la dette est révélatrice d’une volonté de rupture.

L’exemple de la Grèce prouve qu’il n’y a pas de solution dans le remboursement de la dette, puisqu’il a un an, la Grèce avait une dette de 105 % de son PIB et après un plan d’austérité implacable (baisse de 10 % des salaires et retraites et explosion du chômage) et des taux d’intérêts de 18 % pour les banques, le pays se retrouve avec une dette de 150 % de son PIB et une récession. Seuls des changements révolutionnaires peuvent ouvrir un avenir au peuple grec.

Au stade de la crise actuelle du capitalisme, de la crise de son outil qu’est l’Union Européenne, les ruptures nécessaires ne peuvent pas être prises isolément. Sortir de l’euro seul, n’est sûrement pas cohérent. L’annulation de la dette et la sortie de l’euro doivent se faire dans le cadre d’une rupture avec l’Union Européenne. Comme l’histoire nous l’enseigne, il y aura forcément des répercussions immédiates sur d’autres peuples qui créeront avec nous, de suite, les bases d’une nouvelle Union, qui sera sociale et démocratique des Peuples d’Europe, à l’inverse de l’UE actuelle.

Il n’y a pas d’autre solution, ou bien nous travaillons à la rupture avec le capitalisme, ou bien nous collaborons, même à notre corps défendant avec le capitalisme. Il faut choisir son camp, il n’y a que deux côtés à une barricade; la présence et l’action d’un parti communiste sont indispensables, pas pour être à la remorque d’une social démocratie de gauche, mais pour avancer des revendications répondant aux aspirations du peuple et ouvrant une période prérévolutionnaire de changement réel de société. C’est le grand manque actuel des révolutions dites « Arabes », car toute révolution n’est pas, malheureusement, forcément victorieuse.


Jean-Jacques Karman
Membre du Conseil National du PCF
Porte-parole de la Gauche Communiste
Conseiller Général d’Aubervilliers

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
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