Commentaires

Recommander

Concours

Images aléatoires

  • Rando culturelle 12-06-10 (8)
  • Affiche FDG Apprendre
  • Retraite caricature 1

Débats

Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 06:30

Melenchon-Laurence-Ferrari-TF1.jpg Le 20 octobre dernier, sur le plateau de l’émission Parole Directe sur TF1, Jean-Luc Mélenchon a pris clairement position sur la question de sa participation à un éventuel gouvernement dirigé par les socialistes. Questionné par les journalistes Laurence Ferrari et François Bachy, il a fustigé les gouvernements « socialistes » en Espagne et en Grèce, dont il considère – à juste titre – qu’ils mènent une politique de capitulation aux intérêts des classes dirigeantes. Il a précisé que lui, personnellement, n’accepterait pas de participer à un gouvernement socialiste sous la présidence de François Hollande.

Evoquant sa participation au gouvernement Jospin, entre 2000 et 2002, le candidat du Front de gauche a précisé qu’il avait tiré des leçons de cette expérience. Il a expliqué qu’il ne faudrait pas nier les mesures positives mise en œuvre sous Jospin, ni les choses qui « n’auraient jamais dû être faites ». Nous mettrions dans cette dernière catégorie les privatisations massives et les interventions militaires en Afghanistan et en Serbie. La Riposte salue cette prise de position de Jean-Luc Mélenchon. En affirmant qu’il ne participera pas à un éventuel gouvernement socialiste, le candidat du Front de gauche ne peut que renforcer la confiance et la motivation des militants qui s’engagent dans la campagne autour de sa candidature.

Dans notre article récent intitulé Que ferait un gouvernement du Parti Socialiste ?, nous écrivions : « Le prochain gouvernement socialiste sera comme le dernier, à une différence près : cette fois-ci, il n’y aura pas de mesures positives significatives. Compte tenu du programme et des idées de sa direction, le PS au pouvoir sera contraint de s’attaquer aux conditions de vie des travailleurs dans tous les domaines. […] Tout gouvernement limitant son action à ce qui est compatible avec le capitalisme deviendra l’instrument de la régression sociale. Accepter le système, c’est s’incliner devant ses lois ». Il est tout à fait évident, dans ces conditions, que la participation au prochain gouvernement socialiste de ministres issus du PCF ou du PG serait tout à fait inacceptable et constituerait un renoncement cynique au programme du Front de gauche. Mélenchon s’est exprimé sans ambiguïté en ce qui concerne son cas personnel. Sa position est la seule qui soit digne d’un candidat qui veut résister sérieusement à la dictature des capitalistes et des banques. Cependant, le caractère explicitement « personnel » de cette prise de position laisse planer un doute quant à celle d’autres dirigeants du PG et du PCF. En effet, jusqu’à présent, la direction du PCF n’a pas voulu s’exprimer clairement sur cette question. Ce qui est nécessaire, désormais, c’est que le PCF et le PG s’engagent en tant que partis et au nom de tous leurs représentants contre toute participation dans un gouvernement dominé par le PS, et ce d’une façon aussi catégorique que Jean-Luc Mélenchon.


Source : La Riposte

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 13 octobre 2011 4 13 /10 /Oct /2011 10:30

Jean-Jacques-Karman-2.jpg Les communistes doivent être sur la position de rupture avec le capital en demandant l’annulation de la dette publique :

La dette publique doit être payée par ceux qui en profitent et non par le peuple !

Madame Lagarde, alors ministre des finances de la France, annonçait pour 2011, un taux de croissance largement au dessus de toutes les prévisions et elle monta le budget 2011 de la France sur cette base (volontairement fausse). Madame Lagarde, devenue présidente du FMI au grand plaisir et intérêts de N. Sarkozy et des Etats-Unis d’Amérique, déclare dans un premier temps, qu’elle poursuit de A à Z la politique de son prédécesseur, le socialiste Dominique Strauss Khan et ajoute : « En France, le taux de croissance prévu ne sera pas éteint, et un nouveau déficit va aggraver la dette publique, au point qu’il est nécessaire de prévoir dès maintenant que le gouvernement de la France réduise les dépenses de santé et annonce une nouvelle réforme des retraites. » Depuis, elle est aussi inculpée pour mal versassions financières…

Madame Lagarde est aussi indécente que son prédécesseur. Nous vivons dans le mensonge permanent et la dette est devenue le moyen dictatorial pour imposer au peuple l’austérité à seule fin d’aider les capitalistes à réduire le coût du travail dans une concurrence entre chaque pays. Le fait que le Parti socialiste, comme ses collègues grecs, espagnols et portugais par exemple ne conteste pas sur le fond cette question, aussi bien en France qu’au niveau de l’Union Européenne, et que le Front de Gauche n’avance pas les revendications à la hauteur de la rupture nécessaire avec le capitalisme, indique que la question de la dette va devenir centrale et conduira à un piège pour la prochaine période 2012/2014.

Cette question de la dette publique est pourtant très simple. Il y a deux types de dettes publiques : celle résultant d’investissements nécessaires pour le développement du pays, comme par exemple la réalisation de routes que l’on amortit sur plusieurs années par des emprunts publics, donc de la dette. Ces dettes là sont légitimes si l’on ne déborde pas un certain niveau d’endettement, envisageable en fonction des ressources annuelles prévisibles. Le deuxième type de dette est illégitime, c’est celle des capitalistes qui est en fait un nouveau moyen d’augmenter leurs profits. Cette dette est injuste et le peuple n’a pas à la rembourser.

Cette deuxième dette résulte essentiellement de cadeaux faits aux capitalistes par le biais de réductions d’impôts, de réductions de charges sociales, de suppression de la taxe professionnelle… Un exemple : le conseil des prélèvements obligatoires a révélé un manque à gagner de 172 milliards d’euros en 2010 pour les finances publiques, dû à des exonérations de charges fiscales et sociales aux entreprises, plus 22 milliards d’allégements de cotisations patronales sur les bas salaires… Ces réductions pour les capitalistes produisent immédiatement des trous budgétaires qu’il faut combler par des emprunts (dont le financement est réservé exclusivement aux banques, pour le plus grand « plaisir » de leurs taux d’intérêts, jusqu’à 18 % pour la Grèce), ou par des réductions budgétaires, qui entraînent par exemple des suppressions d’avancées sociales résultant de la lutte des classes et par des privatisations et reculs des services publics… (Deux exemples parmi d’autres : Total, la société pétrolière ne règle pas un centime d’impôts en France… Le gouvernement Jospin si cher à certains n’a pas, lui, beaucoup augmenté la dette publique mais a battu tous les records en privatisations.

Cette logique capitaliste n’a aucune raison de s’arrêter, car elle répond au degré actuel de la recherche du profit maximum dans le plus court laps de temps. Ni la BCE, ni l’UE, ni le FMI ne feront une politique positive pour les peuples. Ils n’ont pas été mis en place pour cela, le croire comme certains à gauche, c’est conduire notre peuple sur les chemins de la désillusion et à terme, de l’extrême droite. D’autres disent et parfois les mêmes : « c’est une crise systémique » pour ne pas dire stade ultime de la crise générale du capitalisme, mais il faut bien comprendre que ce système ne tombera pas de lui-même, qu’il faudra l’intervention des peuples pour le renverser. S’il n’y a pas de rupture avec le capitalisme, l’endettement, l’austérité et la marchandisation capitaliste de toutes les activités humaines vont empirer au rythme de la crise du système capitaliste.

Annuler une dette dont le peuple n’est pas responsable, rien de plus normal, car ces dettes sont détenues essentiellement par les banques qui les augmentent au passage par des taux d’intérêts scandaleux. Par exemple, en 2011, la France verse aux banques 55 milliards d’euros simplement pour les intérêts de la dette, sans compter les réalisations en partenariat public-privé (les fameux PPP) qui, pour 50%, ne sont pas déclarés en dettes (et ils sont de plus en plus nombreux comme par exemple toutes les nouvelles prisons). La dette publique de la France est de 1646 milliards. Pour les 12 mois qui viennent de passer, nous pouvons identifier les 172 milliards de cadeaux au patronat révélés par le conseil des prélèvements + 22 milliards de nouveaux cadeaux au patronat sur les bas salaires + les 55 milliards d’intérêts de la dette pour les banques + 45 milliards de fraudes fiscales des grandes fortunes + les 15 milliards (de la France) pour aider les banques qui détiennent la dette grecque. Cela fait 309 milliards d’augmentation de la mauvaise dette que le peuple n’a pas à payer.

Nicolas Sarkozy, lors de la campagne électorale de 2007 déclarait : « Je m'engage à ramener la dette en dessous des 60% du PIB d'ici 2012…». Or, aujourd’hui, en 2011, la dette est à la hauteur de 88,4 % du PIB. Rappelons nous qu’il a mis en place de très nombreux avantages pour les riches comme le bouclier fiscal, qu’il a décidé la suppression de la taxe professionnelle pour les entreprises, qu’il a imposé le recul de l’âge de la retraite pour les salariés, couvert les affaires comme celles de Bettencourt et Tapie et servit largement ses amis du « Fouquet’s »…

Le Parti socialiste français, quant à lui, propose une politique ressemblant étrangement à celle du parti socialiste grec qui impose un recul de civilisation à son peuple au nom du remboursement de la dette des capitalistes et des « colonels » (l’armement). Soyons clairs : tout parti promettant le changement, qui ne s’engage pas à annuler la dette va conduire le peuple à des catastrophes. Bien sûr, le changement nécessite aussi d’autres conditions, mais celle de la dette est révélatrice d’une volonté de rupture.

L’exemple de la Grèce prouve qu’il n’y a pas de solution dans le remboursement de la dette, puisqu’il a un an, la Grèce avait une dette de 105 % de son PIB et après un plan d’austérité implacable (baisse de 10 % des salaires et retraites et explosion du chômage) et des taux d’intérêts de 18 % pour les banques, le pays se retrouve avec une dette de 150 % de son PIB et une récession. Seuls des changements révolutionnaires peuvent ouvrir un avenir au peuple grec.

Au stade de la crise actuelle du capitalisme, de la crise de son outil qu’est l’Union Européenne, les ruptures nécessaires ne peuvent pas être prises isolément. Sortir de l’euro seul, n’est sûrement pas cohérent. L’annulation de la dette et la sortie de l’euro doivent se faire dans le cadre d’une rupture avec l’Union Européenne. Comme l’histoire nous l’enseigne, il y aura forcément des répercussions immédiates sur d’autres peuples qui créeront avec nous, de suite, les bases d’une nouvelle Union, qui sera sociale et démocratique des Peuples d’Europe, à l’inverse de l’UE actuelle.

Il n’y a pas d’autre solution, ou bien nous travaillons à la rupture avec le capitalisme, ou bien nous collaborons, même à notre corps défendant avec le capitalisme. Il faut choisir son camp, il n’y a que deux côtés à une barricade; la présence et l’action d’un parti communiste sont indispensables, pas pour être à la remorque d’une social démocratie de gauche, mais pour avancer des revendications répondant aux aspirations du peuple et ouvrant une période prérévolutionnaire de changement réel de société. C’est le grand manque actuel des révolutions dites « Arabes », car toute révolution n’est pas, malheureusement, forcément victorieuse.


Jean-Jacques Karman
Membre du Conseil National du PCF
Porte-parole de la Gauche Communiste
Conseiller Général d’Aubervilliers

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 15 août 2010 7 15 /08 /Août /2010 06:30

logo_GC.pngS’il y a au moins une morale à tirer de l’affaire Bettencourt, c’est que les simples citoyens et contribuables que nous sommes sont loin, bien loin d’imaginer ce que peut être la richesse accumulée sur plusieurs générations grâce au capitalisme triomphant.

Madame Bettencourt, bien qu’elle dilapide une partie de sa fortune en jouant les mécène, possèderait – il s’agit d’une estimation – 15 milliards d’euros à titre personnel. Quand bien même un artiste un peu indélicat aurait détourné un de ces milliards, cela reste une histoire de riches entre eux !

Selon le journal web Eco89, cette femme gagnerait mensuellement 34 millions d’euros rien qu’avec les dividendes de L’Oréal et de Nestlé, soit plus de 25 mille fois le SMIC. Et elle doit trouver les salaires des employés de L’Oréal et de Nestlé trop élevés.

25 000 fois le SMIC ! Sous l’Ancien régime, y avait-il de telles différences de fortune ? Certainement pas. Seul le capitalisme au degré auquel il est arrivé peut permettre de telles aberrations. Car il s’agit bien d’une aberration. Il faut mettre ces revenus et le capital accumulé en rapport avec le réel : 8 millions de nos concitoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté, 5 millions sont mal logés. Et la France reste un pays riche, où on ne meurt pas de faim. Mais combien de millions d’hommes et de femmes dans le monde vivent avec moins d’un dollar par jour ? Pour mémoire, 800 millions d’êtres humains souffrent de malnutrition et de famine. Est-il concevable que face à toute cette misère quelques riches décadents puissent accumuler autant ? Est-ce justifiable ?

Face à cela, on nous jette à la figure les frasques de la première fortune de France, qui non seulement touche 34 millions d’euros par mois, mais bénéficie du bouclier fiscal ! Cette femme aurait reçu à ce titre en 4 ans 100 millions d’euros de l’Etat. Et ses gestionnaires de fortune organisent son évasion fiscale. De qui se moque-t-on ? Il n’y a qu’un terme pour qualifier cette situation : l’indécence. L’indécence de ces hommes et ces femmes riches à milliards, qui ne pressurent pas suffisamment le monde du travail à leur goût, appelle une nouvelle révolution.

Combien y a-t-il de familles du même niveau de fortune qui bafouent ainsi les règles communes ? Au lieu d’organiser des descentes de police sur-médiatisées dans les fameux « quartiers », nouveau terme pour stigmatiser les banlieues populaire, la police ne ferait-elle pas mieux de traquer ces délinquants en cols blancs qui agissent au vu et su des responsables politiques ? Au lieu de prendre des mesures discriminatoires envers les Roms, notamment les Roms d’Europe de l’Est qui survivent en vivant dans des bidonvilles et en récupérant ce qui reste dans les poubelles, le Sieur Sarkozy ferait bien d’envoyer les agents du fisc à ses amis du Fouquet’s : c’est là qu’est l’argent.

Il n’est pas certain que le petit trafiquant qui roule en BMW soit plus dangereux pour la société que les quelques centaines de très riches qui délocalisent, pillent les pays en y réalisant des bénéfices monstrueux, et organisent leur évasion fiscale tout en bénéficiant du fameux bouclier du même nom !

Rappelons le principe même de l’impôt sur le revenu : c’est le principe de redistribution. En collectant l’impôt, l’Etat est censé organiser la redistribution pour pallier certaines inégalités. Actuellement, l’Etat organise certes la redistribution… en faveur des plus riches. Il est temps que ça change !


Source : Gauche Communiste du PCF
lettre n°43, juillet-août 2010

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 24 avril 2010 6 24 /04 /Avr /2010 06:30

logo_GC.png Le Conseil d’orientation des retraites vient de rendre son rapport. Ce conseil, qui rassemble des « spécialistes » (la France étant un pays qui regorge de « spécialistes », quelle que soit la « spécialité »), prévoit un déficit des caisses de retraite de 100 milliards d’euros d’ici à 2050. Ce conseil ne voit pas d’autre solution que d’allonger la durée des cotisations… Pour le MEDEF, ces prévisions seraient même bien en dessous de la réalité. Sa présidente exige d’ores et déjà un recul de l’âge du départ à la retraite à 65 ans…


Des « chiffres aléatoires »


D’une part, ces chiffres ne sont absolument pas crédibles. Comment croire que l’on peut faire des prévisions économiques et démographiques valables sur 40 ans ? C’est escompter que le système économique français va obligatoirement rester identique. Rien n’est moins sûr. C’est aussi escompter que les réalités démographiques actuelles ne seront pas modifiées d’ici 40 ans : c’est tout simplement ridicule. Il n’y a rien de moins prévisible que les comportements en matière démographique. D’où la sentence émise par la CGT : ces chiffres sont aléatoires.

Le gouvernement est en pleine offensive idéologique. Pour forcer la population à accepter l’inacceptable, on martèle des chiffres invérifiés et invérifiables, on prédit la « faillite » du système : en un mot, on fabrique le « consentement ». En mettant en avant un déficit éventuel de 100 milliards d’euros (rappelons que l’Etat français a renfloué les banques à hauteur de 800 milliards en 2008-2009 sans se plaindre), il s’agit de faire accepter l’allongement de la durée de cotisation et l’abaissement du niveau des retraites.

C’est d’autant plus scandaleux que les décisionnaires politiques savent pertinemment que passé 55 ans, les salariés au chômage n’ont pratiquement plus aucune chance de retrouver du travail. C’est donc un choix délibéré qui consiste à maintenir dans la précarité toute une fraction de la population, et même à allonger le temps de la précarité.


Les retraités de plus en plus précarisés


Actuellement, les retraités sont parmi les couches les plus fragilisées de la population. Un ouvrier qui a travaillé toute sa vie, qui a cotisé sans interruption, touche à peine 800 euros mensuels. Lesquels ne sont jamais « revalorisés » au niveau de l’augmentation du coût de la vie. De plus en plus de retraités sont contraints de solliciter des aides sociales auprès des collectivités et de faire appel à la générosité des associations caritatives pour se nourrir ou s’habiller. Bel exemple de civilisation en vérité !

D’autre part, jamais la question du financement des retraites n’est posée. Depuis 1982, la part de la valeur ajoutée dégagée par le travail au profit des salariés a diminué de 10 %, pour se reporter sur les profits des détenteurs du capital (conclusions du rapport Cotis de mai 2009). Il n’est pas étonnant que les caisses de la sécurité sociale soient vides : le déficit, créé par les fameuses « exonérations de charges », est totalement artificiel. Il s’explique par ce transfert de la plus value des salaires vers les dividendes versés aux actionnaires. Les caisses de retraites sont bien évidemment impactées. Si on veut les renflouer, il suffit de taxer les profits du capital. Avec les milliards de bénéfices réalisés par les grandes entreprises françaises chaque année, il ne faudrait pas grand chose pour rééquilibrer les caisses de retraite.

 

Une politique de casse cohérente

 

Comme actuellement en Grèce, où les spéculateurs veulent faire payer leurs errements au peuple, le gouvernement français cherche, sous couvert de « sauvetage » du régime des retraites, à accentuer l’exploitation et la précarité. C’est toute une société que l’on tire délibérément vers le bas avec un ensemble de mesures très cohérentes : casse de la sécurité sociale, casse du droit du travail, accentuation de la précarité des salariés, casse de la fonction publique, casse du régime des retraites.

Il faudrait se pencher sur cette société capitaliste mortifère. Après tout, si la grande majorité de la population âgée de plus de 60 ans est réduite à la misère, c’est le système tout entier qui en subira les conséquences. Des retraites décentes pour tous, cela signifie une consommation intérieure importante. Le problème se pose dans les mêmes termes avec les salariés : si les salaires suffisent à peine à faire face aux dépenses quotidiennes nécessaires et qu’aucun excédent ne peut être dégagé pour la consommation, c’est le marché intérieur qui en fait les frais.

Nous nous retrouvons donc à la croisée des chemins. La question des retraites est centrale. C’est une question de civilisation : voulons-nous voir des personnes âgées précarisées, contraintes à travailler au delà de 60 ans, obligées d’avoir recours à la charité publique pour joindre les deux bouts ? Ou voulons-nous une société qui traite correctement les hommes et les femmes qui ont travaillé et cotisé toute leur vie, et qui ont droit à une retraite décente et sereine ?

Voulons-nous continuer à nous faire tondre par le grand capital ou sommes-nous capables de réagir, de nous battre, de conserver nos acquis ? La bataille ne fait que commencer.


Source : Gauche Communiste du PCF
lettre n°40, avril 2010

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 29 mars 2010 1 29 /03 /Mars /2010 06:30
Andr---G--rin.jpg L’élection présidentielle, en  2012, sera la dernière chance pour l’avenir du PCF. La victoire du PS et des verts dans les régions confirme la marginalisation du PCF avec, cerise sur le gâteau, la promotion de Jean-Luc Mélenchon avec le Front de Gauche*. A l’Ile de la Réunion, le PS a préféré la division pour donner la région à la droite,  pour battre le communiste Paul Vergès. Et je ne parle pas de l’alliance du PS avec la responsable de l’UMP à la Guadeloupe.

Une volonté boulimique de participer à l’exécutif des régions, hormis dans le Nord Pas de Calais et, peut-être, le Limousin, nous entraîne tout droit sous les fourches caudines du PS. On nous joue le mauvais remake de notre participation au gouvernement Jospin, de 1997 à 2002 et notre fatal alignement pendant ces cinq ans.

Tout se met en place pour 2012, autour du PS. Martine Aubry poursuit une politique sociale libérale. Elle obtient le renfort des verts qui prônent la décroissance et reçoit la caution de Marie-George Buffet qui est devancée par les Robert Hue et autres Gayssot.

Je veux d’autant moins bouder le résultat de dimanche que le champ, l’espace sont ouverts pour un parti communiste régénéré. A condition de tourner la page des abandons, des mensonges, des couleuvres que nos dirigeants nous ont fait avaler depuis le congrès de Martigues, en mars 2000, il y a dix ans jour pour jour, avec la contribution active des refondateurs. De la mutation de ces années, il ne reste que la mutilation de tout ce qui fait les valeurs, les idéaux, les symboles, les racines du Parti communiste français. En fait de modernité, nous avons vécu une décennie de déglingue.

Le résultat électoral dépasse le décompte des présidents de région. L’absence du PCF ouvre la voie à l’émergence d’une gauche à l’américaine, d’une gauche refondée qui n’a plus pour seule ambition que la gestion loyale du capitalisme, se distinguant à la marge des pratiques de la droite.

Les faits sont là. La baisse du nombre d’élus communistes dans les régions s’ajoute à la perte de 30 villes, en 2001, dont vingt villes de plus de 30 000 habitants. Nous en avons regagnées quelques-unes unes dont Dieppe et Arles. Mais la plupart ont été données aux socialistes ou laissées à la droite. N’oublions pas non plus les résultats calamiteux des présidentielles de 2002 et de 2007. Rappelons-nous la perte du conseil général de la Seine Saint Denis, livrée aux socialistes. On voyait les choses venir depuis longtemps. Mais aucune analyse, aucun enseignement n’a été tiré. Rappelons-nous, enfin, les pertes des villes importantes comme Calais, Montreuil, Aubervilliers Peyrefitte, Denain, en 2008. On tourne la page et basta.

Nous vivons confrontés à la dureté et à l’injustice sociale des politiques conservatrices à l’œuvre depuis 30 ans, avec actuellement un président pétainiste au service de l’argent, accompagnant une concentration inédite des pouvoirs autour des décideurs du capital économique et financier. Cette politique est mise en cause y compris par une partie de la droite française, sa frange humaniste et républicaine.

Le vote de dimanche 21 mars, nous engage, cristallise l’inquiétude face au désastre du système capitaliste.

- Va-t-on avoir le courage de prendre en compte le vote FN dans lequel, on le sait, se retrouve un tiers des électeurs communistes des années 1970, 1980 ?
- Va-t-on avoir le courage d’affronter la tempête de l’abstention dans les milieux populaires ?
- Va-t-on enfin avoir le courage, l’honnêteté de dire que les politiques menées depuis 15 ans, place du Colonel-Fabien ont abandonné le combat, ont abandonné les classes populaires pour un parti communiste édulcoré, dans des problématiques électoralistes se fondant dans les institutions, des cuisines d’appareil et de marketing ?

Je veux le dire haut et fort, les premiers dirigeants du Parti Communiste Français portent une lourde responsabilité dans l’effacement  de notre parti du paysage national. De fait, ils ont une part de responsabilité dans le vote FN et l’abstention. Nous avons laissé un grand vide, une friche sociale et politique. En abandonnant un parti communiste de combat, c’est la France, la Nation, le projet d’émancipation engagé en 1789 par les humanistes que nous avons mis de côté.

Le moment est venu de rompre avec trente ans de démarche programmatique sous peine de devenir seulement une sensibilité communiste sans saveur, sans colonne vertébrale, dans le magma de l’hégémonie socialistes-verts.
Il faut un PCF d’opposition, dans l’opposition, dégagé délibérément d’un système politique à bout de souffle et mortifère, où PS et UMP se tiennent par la barbichette, avec des dirigeants qui se moquent comme d’une guigne de la France profonde et laborieuse.

Il faut un PCF qui élabore un projet neuf de rupture, un projet de société en correspondance avec la souffrance et la révolte qui gronde :

- Construire une révolution sociale dans l’union du peuple de France.
- Revenir à nos fondamentaux marxistes, à nos valeurs et aux idéaux du communisme, nos principes philosophiques générateurs d’idées neuves qui puisent leur inspiration dans les attentes de notre peuple, bafoué, frustré, mutilé par la voracité du capital.
- Reconstruire un parti communiste français de notre temps, fidèle aux choix de classe décidés à Tours, en 1920 avec une stratégie nouvelle à l’échelle nationale

Il faut rompre avec cette dérive organisée. C’est la stratégie de la dernière chance.

Il y a deux impératifs immédiats :

Premier impératif : à son départ, en juin prochain, Marie-George Buffet, doit être remplacée par un collectif de personnalités charismatiques pour diriger, organiser, redonner au PCF sa vocation de parti du peuple et de la Révolution. Toute autre hypothèse avec d’autres dont Pierre Laurent, au-delà de l’estime personnelle, conduirait à un enterrement de première classe. Pour ce qui me concerne, je serai à nouveau candidat à la candidature au poste de secrétaire national. Il faut organiser une consultation nationale, voire même un référendum pour que les adhérents puissent décider.

Deuxième impératif : Décider tout de suite du principe d’une candidature du PCF aux présidentielles de 2012. Décider tout de suite d’un programme élaboré avec les acteurs de notre pays, en retissant nos liens avec les classes populaires. Soyons la gauche authentique et décomplexée avec un projet porteur de l’idée communiste. Il n’y a pas de fatalité à la bipolarisation. Il suffit de se rappeler ce qui s’est passé aux élections présidentielles de 2002. Le PCF doit affronter l’obstacle : présenter un candidat à l’élection présidentielle et de le faire de manière conquérante, sans attendre. Cette élection est l’élément central de la vie politique française, il faut aborder cette échéance sous nos couleurs. Rompre avec le capitalisme de l’échec est un défi considérable. Ce défi magnifique à relever concerne au premier chef le PCF, ses militants, ses adhérents et les dizaines de milliers de communistes qui n’ont plus – ou pas encore – leur carte.

Premières réflexions à chaud. Je prépare une suite pour définir des pistes et des axes d’action politique pour un PCF de combat.


Vénissieux, le 22 mars 2010

* Toute critique du Front de gauche fait l’objet, dans certaines fédérations, d’attaques personnelles contre les camarades qui émettent ces critiques, voire de menaces d’exclusion. (Se rappeler que des dirigeants qui ont appelé à voter Bové aux présidentielles sont toujours en place.)

André GERIN
Député du Rhône
Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 06:30
logo_GC.png L’histoire de la libération humaine se poursuit, chaque époque connaissant des moments décisifs. Karl Marx participa activement, en 1864, à la nécessaire création de la Ière internationale, aujourd’hui c’est du continent américain, où les forces révolutionnaires avancent, que l’appel à la création d’une Ve Internationale nous parvient.

Le camarade Président Hugo Chavez propose aux partis qui luttent pour le socialisme de se réunir dans un comité préparatoire et de créer ensemble la Ve Internationale, le 10 avril 2010 à Caracas.

Le moment est venu de fonder la Ve Internationale !

La Gauche communiste du PCF a depuis des années exprimé la nécessité de créer une Vème Internationale pour le socialisme. Aucune des quatre premières Internationales créées dans le passé n’a ressemblé aux précédentes.

La Vème Internationale innovera, elle aussi. Elle ne pourra pas avoir un centre ou un Parti guide, elle devra créer les conditions d’une organisation de rencontres, de confrontations d’idées, d’entraides, de solidarités pour faciliter l’action pour le socialisme et la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme dans l’arène internationale de la lutte des classes, tout en respectant l’indépendance de chaque parti qui la constituera.

Au moment où le capitalisme est en crise ouverte, que les peuples le mettent de plus en plus en cause, où il est incapable de résoudre les grands défis sociaux, démocratiques, écologiques et de solidarité de notre époque, où l’impérialisme tente d’imposer par la force sa domination planétaire, la création d’une Ve Internationale est une nécessité historique.

La Gauche communiste du PCF estime que ce serait une grave erreur si le Parti Communiste Français, qui était présent lors de la rencontre Internationale des Partis de Gauche à Caracas du 19 au 21 novembre 2009, quand Hugo Chavez a lancé l’appel à la création de la Ve Internationale, prenait la décision de ne pas participer au comité préparatoire.

La Gauche communiste lance cet appel national auprès des communistes pour que le PCF participe au comité préparatoire. Dans un deuxième temps, pour qu’une consultation démocratique soit organisée sur les conditions d’adhésion à cette Ve Internationale.

La Gauche communiste prendra sans exclusive et avec tous ceux qui le souhaitent toutes les initiatives nécessaires, pour faciliter la création de cette Ve Internationale pour le socialisme du XXIe siècle !

Camarades !

Soutenez la création de la Ve Internationale
pour le socialisme du XXIe siècle !

Premiers signataires :

Caroline ANDREANI (93), Marie-Simone BABEL (93), Danielle BALLAIS (93), Jean-Pierre BALLAIS (93), Thierry BONUS (93), Francis COMBES (93), Marie GONZALES-FRETUN (93), Brenda JORIOZ (92), Jean Jacques KARMAN (93), Marie KARMAN (93), Pierre MARTIN (94), Didier MAZANON (69),  Michel MELINAND (95), Marcel MENDY (93), Philippe MERCADER (93), David NOËL (62), Jean-Louis REMANDE (76), Gérard REQUIGNY (93), Antoine WOLHGROTH (93)
Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 06:30
On vient d’apprendre que le Ministre de l’Éducation Nationale, M. Luc Chatel, a décidé de supprimer l’Histoire et la Géographie comme matières obligatoires en Terminale Scientifique. Il se propose néanmoins de les maintenir dans un cadre optionnel. Ce nouvel épisode de la réformite aiguë de tout Ministre de l’Éducation Nationale laisse anéanti et scandalisé. Ceci d’autant plus que ce n’est pas trahir un secret que de révéler que le Ministère avait commencé par reculer et par admettre que sa réforme n’était pas fondée, en rétablissant l’Histoire et la Géographie dans le cursus des disciplines obligatoires en Terminale Scientifique.

On peut supposer que les pressions des associations de mathématiciens et de physiciens qui veulent à tout prix conserver à cette terminale son caractère de « pureté » ont dû être très fortes ces derniers jours. Cela aboutit à une décision qui privera plus de la moitié des lycéens de Terminale d’un enseignement tout à fait nécessaire.

Cette question ne concerne pas que les historiens et géographes, même si l’on ne doit pas s’étonner que ces derniers protestent très vigoureusement. Ancien élève de ce que l’on appelle une Terminale Scientifique (une Terminale C en l’occurrence), économiste et spécialiste en recherches stratégiques, je me suis senti personnellement interpellé par cette mesure.

Tout le monde peut comprendre, au vu de ce qu’est un lycéen aujourd’hui, et plus particulièrement dans une section scientifique avec une spécialisation renforcée par la réforme, qu’une telle décision va aboutir à la suppression totale de cet enseignement. Très peu nombreux seront les élèves qui prendront une telle option. Nous ne devons donc nourrir aucune illusion. Le caractère démagogique de la mesure est évident dans la mesure où il fait reposer sur les élèves la décision de prendre ou de ne pas prendre les cours d’Histoire et Géographie à un moment où la spécialisation de la filière vient d’être réaffirmée.

Alors que, aujourd’hui, plus de 50 % des élèves ont choisi la Terminale Scientifique, ceci revient à enlever l’enseignement d’Histoire et Géographie à cette même proportion. Quand bien même on arriverait dans le cours de la réforme à faire baisser ce nombre vers le 35 %, ceci resterait absolument inacceptable.

Seul le rétablissement de l’Histoire et de la Géographie dans le cadre de cours obligatoires peut garantir qu’elles seront suivies par les élèves des Terminales Scientifiques.

Il faut alors souligner l’incohérence profonde de cette décision. Elle survient au moment même où, de la commémoration de l’anniversaire de la mort de Guy Môquet au grand débat sur « l’identité nationale », en passant par le projet d’un musée de l’Histoire de France, la question de l’Histoire, mais aussi de la Géographie (car la conscience nationale s’enracine dans des pays et des paysages) occupe une place centrale dans notre pays. Contrairement à d’autres, je ne pense pas que le débat sur l’identité nationale puisse être évité, mais je pense qu’il doit être soigneusement défini pour éviter les dérapages.

On se souvient du livre de Fernand Braudel L’Identité de la France, et de la place qu’il donnait à la fois aux paysages, à leur construction sociale, et à l’Histoire dans la production d’un sentiment national. La définition de ce dernier ne saurait renier ce qu’il doit à ces deux disciplines. Dans l’identité nationale, il y a aussi l’histoire des luttes sociales qui permet de comprendre la spécificité de chaque culture politique. Ce n’est pourtant pas à un homme de Gauche que nous devons de nous rappeler de ce que l’histoire du progrès de la civilisation est aussi celle de la lutte des classes. C’est à François Guizot que revient l’honneur de la formule, et Marx lui en avait donné crédit. Que penser d’une histoire qui serait réduite à sa plus simple instantanéité ?

Ou alors, mais on n’ose croire que tel soit le projet du gouvernement, cela reviendrait implicitement à faire reposer ce sentiment national, cette « identité française » sur une couleur de peau ou une religion. Ceci impliquerait pour le coup une rupture absolument radicale avec ce qui fait l’essence même du sentiment national en France.

On peut alors s’interroger sur la logique d’une telle politique qui prétend faire de la conscience nationale une priorité, qui va même jusqu’à créer à cette fin un Ministère de l’Intégration, et qui projette de la retirer en réalité à la moitié des élèves de Terminale. Ce n’est plus de l’incohérence, c’est de la schizophrénie pure et simple.

Quels citoyens voulons-nous pour demain ?

Au-delà, les raisons sont nombreuses qui militent pour le maintien d’un enseignement d’Histoire et de Géographie pour les Terminales Scientifiques.

Dans la formation du citoyen, ces disciplines ont un rôle absolument fondamental. La compréhension du monde contemporain, de ses crises économiques ou géostratégiques, des rapports de force qui se nouent et se dénouent en permanence entre les nations, implique la maîtrise de l’Histoire et de la Géographie. Est-ce à dire que, pour le Ministère de l’Éducation Nationale, les élèves des Terminales Scientifiques sont appelés à être des citoyens de seconde zone ? Est-ce à dire que l’on n’attend plus d’un mathématicien ou d’un physicien qu’il soit aussi un citoyen ?

Ou bien, voudrait-on ici organiser à terme une France à deux vitesses où d’un côté on aurait de grands décideurs dont la science serait au prix de leur conscience, et de l’autre le simple citoyen auquel on pourrait laisser ce savoir si nécessaire car devenu sans objet dans la mesure où ce dit citoyen ne pourrait plus peser sur les décisions politiques ?

Il est vrai que l’on peut s’interroger aujourd’hui devant la réduction, sans cesse croissante, de la démocratie à ses simples formes, qui ont elles-mêmes été bafouées comme on l’a vu pour le vote du référendum de 2005.

Par ailleurs, cette décision est en réalité autodestructrice pour notre économie dont on prétend cependant que l’on veut en pousser l’externalisation. Aujourd’hui, dans les formations de pointe, qu’il s’agisse de Polytechnique (Chaire de management interculturel), des autres Grandes Écoles (École des Mines, École des Ponts et Chaussées) ou des Écoles de commerce et de gestion (HEC, ESSEC, SupdeCo, etc…), qui toutes impliquent de la part de l’étudiant une Terminale Scientifique, l’accent est mis sur la compréhension du monde contemporain. Ceci nécessite une formation de base en Géographie (humaine, économique et géopolitique) mais aussi une formation en Histoire afin de fournir les bases de compréhension des évolutions du monde contemporain.

Ceci correspond à une demande spécifique des entreprises françaises qui sont de plus en plus engagées dans un processus d’internationalisation de leurs activités. Qu’il s’agisse de la question des contrats, ou encore du développement d’activités à l’expatriation, la connaissance des fondements historiques, géographiques et culturels de ces sociétés, qui pour certaines sont très différentes de la nôtre, est absolument indispensable. L’absence de ces disciplines, ou la réduction de leurs horaires à la portion congrue, défavoriseraient considérablement ceux des élèves de Terminale Scientifique qui ne veulent pas s’orienter vers des activités strictement en liaison avec les sciences de la nature.

L'économie a besoin de profondeur

Moi-même, en tant qu’économiste, je ne cesse de mesurer ce que ma discipline doit à l’Histoire (pour l’histoire des crises économiques mais aussi des grandes institutions sociales et politiques dans lesquelles l’activité économique est insérée) mais aussi à la Géographie avec son étude des milieux naturels et humains, des phénomènes de densité tant démographique que sociale. Comment peut-on penser la crise actuelle sans la mémoire des crises précédentes ? Comment peut-on penser le développement de l’économie russe hors de tout contexte, comme si ce pays n’avait pas sa spécificité de par son histoire mais aussi de par son territoire ? Nous savons bien que les processus économiques ne sont pas les mêmes dans les capitales, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et dans les régions.

Pourtant, j’ai fait ma scolarité dans ce que l’on appelait à l’époque une Terminale C, et je ne regrette pas les mathématiques et la physique, qui m’ont été nécessaires justement pour faire de l’économie, pour me frotter à la modélisation, et en mesurer la force mais aussi les limites. Pour dire les choses simplement, si l’on trouve bien en économie des régularités, qui permettent le calcul, ces dernières ne sont que temporaires et en réalité elles n’ont de pertinence que dans un cadre institutionnel précis. Que ce cadre change, et ces régularités changeront aussi.

L’économie ne sera jamais une science construite sur le modèle des sciences de la nature, comme les mathématiques ou la physique ou encore la mécanique. La raison fondamentale est que l’économie, activité humaine, dépend par trop de la subjectivité des acteurs et que cette subjectivité change suivant les contextes mais aussi suivant les changements dans la structure de la « dotation en facteur » que l’on reconnaît à chaque agent.

Michal Kalecki, un grand économiste polonais, disait qu’il y avait deux erreurs qu’un économiste pouvait un jour commettre. La première était de ne pas calculer, et la seconde était de croire en ce qu’il avait calculé ! Ceci me semble bien résumer la double nature de la science économique. Les calculs que l’on peut faire n’ont de pertinence que temporaire et limité, pour tout dire contextuelle. Mais cela ne veut pas dire que dans un contexte donné ils n’aient pas de pertinence.

On voit donc bien que si l’Économie n’est pas bien sûr le simple prolongement de l’Histoire et de la Géographie, elle perd toute pertinence à ne pas se nourrir à ces deux disciplines, et ceci de plus sans que cela soit exclusif d’autres (comme l’Anthropologie ou la Sociologie). L’économie est donc fondamentalement une science sociale, mais une science sociale impliquant le recours étendu à des calculs comme instruments et cela sans que jamais on puisse cependant y voir une « nature » propre de l’économie. À ce titre, ceux qui prétendent vouloir trouver dans les mathématiques la clé de la scientificité de la science économique errent gravement, à la fois en tant qu’économistes et en tant qu’épistémologues.

Il faut donc arrêter cette mesure avant qu’il ne soit trop tard, et pour cela susciter le mouvement de protestation le plus important et le plus large possible. Le Ministère doit impérativement réintégrer l’Histoire et la Géographie parmi les matières obligatoires en Terminale Scientifique !

Jacques SAPIR
Professeur à l'EHESS



Appel pour le maintien d’un enseignement obligatoire d’Histoire et de Géographie en Terminale Scientifique

L’Assemblée Générale de l’Association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG), réunie le dimanche 29 novembre 2009 au Lycée Saint Louis à Paris.

- Condamne et rejette tout projet de réforme des Lycées aboutissant à la disparition de l’Histoire et de la Géographie dans les classes de Terminale scientifique

- Exige le maintien d’un enseignement obligatoire en Terminale scientifique (TS) débouchant sur une épreuve au Baccalauréat

Souligne combien l’Histoire et la Géographie éclairent fondamentalement les débats contemporains sur les identités, les cultures, les territoires et la mondialisation.

L’APHG invite toutes celles et tous ceux qui approuvent cet appel à le signer et à le faire signer.

Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : les anti-capitalistes
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /Nov /2009 08:30
Les chiffres du chômage ­ malgré les tripatouillages, les radiations, le truquage des chiffres, etc. ­ ne cessent d’augmenter. Chaque jour, des entreprises annoncent des plans de licenciements, du chômage partiel : « plans sociaux » au Club Méditerranée, chez Vedior bis, dans les sociétés sous-traitantes d’Aéroport de Paris, chez Michelin, chez JB Martin…

Savez-vous que les critères de justification des « plans sociaux » ont changé ? En catimini, comme toujours... Auparavant, l’employeur devait justifier économiquement son « plan social » : baisse d’activité, arrêt de la production, redéploiement de l’activité, etc. Aujourd’hui, il lui suffit d’invoquer le risque de perte de compétitivité. Comme il s’agit d’un motif discrétionnaire, relevant de la perception de l’évolution de l’environnement économique, donc totalement injustifiable, cela laisse toute latitude aux employeurs.

Toujours est-il qu’en ces temps de crise, avec une population toujours plus enfoncée dans la précarité, des millions de personnes obligées d’avoir recours aux Restos du Cœur, au Secours Populaire, etc., notre gouvernement trouve de bon ton de se lancer dans une « grande consultation » sur l’identité nationale. Voilà un sujet central, brûlant d’actualité.

Quand vous ne savez pas comment vous allez payer votre loyer, vous chauffer, remplir le réservoir de votre voiture, pouvoir manger correctement jusqu’au prochain salaire, et que vous vous demandez si demain vous aurez encore du travail, il est vrai que la question de l’identité nationale paraît grandement essentielle.

Ou l’épidémie de grippe porcine. On apprend incidemment que depuis le grand délire du mois du juillet, quand on annonçait des millions de morts à travers le monde, nous aurions détecté un million de malades de la grippe en France. Et combien de morts réellement avérés ? Alors là, silence. Mais en attendant, une petite crise d’angoisse collective, ça permet de ne pas aborder les sujets qui fâchent. Je vous passe le procès de De Villepin, les mémoires de Jacques Chirac, les pseudo couacs de la majorité, etc., etc.

Car les sujets qui fâchent, au delà des questions purement sociales, sont nombreux : la privatisation de La Poste, la réforme des collectivités territoriales, la suppression de la taxe professionnelle, la remise en route du fichier Edvige par des biais détournés, les expulsions de réfugiés au mépris de leur situation, …

Ce gouvernement est le roi de l’esbroufe. Il annonce : « travailler plus pour gagner plus », et il laisse fermer des centaines d’entreprises au seul motif qu’il faut maintenir le taux de profit des actionnaires. Il nous parle de « moraliser » le système, et il finance éhontément les établissements bancaires responsables de l’effondrement du système financier. Il se drape dans la défense de la démocratie, mais il impose sans sourciller le traité constitutionnel européen rejeté par les peuples français, hollandais, irlandais, et hisse sa participation à la guerre coloniale en Afghanistan au rang de croisade contre le l’obscurantisme.

Mais qu’a-t-il face à lui ? Où sont les forces d’opposition, les partis, les syndicats, les associations qui devraient lui tenir tête, organiser la riposte ? Quand on dénombre une trentaine de suicides chez France Telecom, tous liés à des conditions de travail indignes mises en place par la direction de l’entreprise, les réactions des centrales syndicales sont tellement en dehors du coup que l’on comprend pourquoi le patronat continue à avancer comme il le fait. Si on veut arrêter les pratiques « managériales » scandaleuses de France Telecom – ou de Renault, ou de Thalès, etc. – ce n’est pas en paradant sur les plateaux de télévision que l’on réussira. Evidemment, France Telecom va faire plus attention ces prochaines semaines. Mais la méthode de gestion du personnel qui prévaut dans ces grandes entreprises – fixation d’objectifs inatteignables, mise en concurrence, isolement, harcèlement, pressions pour obtenir toujours plus des salariés – n’est pas remise en cause. Comme le capitalisme, il faut l’« humaniser ». Au lieu de pousser les gens jusqu’au suicide, arrêtons-nous à la simple dépression.

Est-ce là la seule réaction des syndicats ? De la CFDT, on ne peut pas s’attendre à autre chose. Mais de la CGT, on espérait mieux. Tant qu’il n’y aura pas de grèves massives, tant que les salariés continueront à rester isolés, à tenter de se défendre en misant sur le « chacun pour soi », le patronat et le gouvernement seront toujours vainqueurs.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui face à un patronat de choc, face à un gouvernement de combat, ce ne sont pas des organisations mollassonnes. C’est d’une riposte pensée, organisée, massive et sans faille !

Source : Gauche Communiste du PCF
lettre n°38, novembre 2009
Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : Parti Communiste Français
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 06:30
Il n’y aurait pas eu 1936 ou les conquêtes d’après Libération si les "unitaires" (membres de la CGTU, très minoritaire en 1934) n’avaient décidé de faire une organisation combative de la CGT qui les avait exclus en 1920-1921 – CGT de Jouhaux ralliée de longue date à la politique du "tapis vert" où ne se négociaient que les avantages et privilèges des dirigeants syndicaux. Les grands patrons se sont dotés depuis 1919 d’un syndicat unique remarquablement efficace, et d’une constance parfaite en dépit de ses changements de nom ‑ Confédération générale de la Production française, Confédération générale du patronat français (juillet 1936), Conseil national du patronat français (1946) et plus récemment MEDEF.

Les salariés n’y sont pas encore parvenus : la gravité de la crise va vraisemblablement les aider à progresser sur ce chemin. On est donc surpris et même choqué que des militants se réclamant du « radicalisme » songent à liquider les syndicats inefficaces plutôt qu’à conseiller aux salariés de se donner à nouveau des mandataires aussi dévoués à leurs intérêts que le syndicat patronal l’est au grand patronat. La CGT et les organisations qui lui étaient proches ‑ dans l’enseignement et de la recherche ‑ ont été efficaces, très efficaces pendant un certain nombre d’années ou de décennies : cette efficacité s’est mesurée à l’aune des conquêtes sociales longtemps maintenues, désormais menacées de mort. Il faut reconstituer des organisations de ce genre et de cette efficacité et, avec elles, se battre contre les décrets et la politique qui incarnent nos échecs. L’un des derniers décrets, sur le rôle suprême du ministère en matière de primes d’excellence scientifique anéantissant le pouvoir du CNU – question qui nous a mobilisés, l’an dernier, avec beaucoup d’autres ‑, démontre, parmi tous ses semblables, que ne nous ne gagnerons pas un pouce en chipotant à l’infini sur des. On peut en dire autant de tous les décrets, « masterisation » comprise, qui a pour but essentiel de liquider le statut de fonctionnaire des enseignants, et qui pose une question autrement plus importante que celle consistant à décider si on fait ou non remonter les maquettes, si honorable et efficace qu’ait été cette action à laquelle nous avons tous souscrit.

Les salariés ont gagné avec une CGT combative, où le courant Frachon avait énormément progressé (1936-1938) puis où la ligne Frachon l’avait décisivement emporté sur la ligne Jouhaux (entre Résistance et premières années d’après Libération). La CGT a alors été riche de millions d’adhérents (5-6 en 1936-1937 et autant en 1945-1946), enseignants et chercheurs compris, qui lui furent rattachés jusqu’à la scission de 1948. Le statut Maurice Thorez de la fonction publique, qui définissait aussi un « salaire minimum vital » ‑ ainsi que tous les statuts de 1946 aujourd’hui balayés ou en voie de l’être, tel celui des gaziers et électriciens, œuvre commune de la fédération de l’énergie CGT et de son ancien secrétaire général, Marcel Paul, alors momentanément ministre de la production industrielle ‑, ont été conquis après la Libération. Il faut mettre en cause la ligne liquidatrice de ceux qui dirigent aujourd’hui ces organisations, quelque bonne raison ou bonne conscience qu’ils se donnent pour nous répéter qu’il est trop tôt ou trop tard pour agir, et quelles que soient les motivations réelles de dirigeants plus ou moins éloignés de leur base (l’éloignement est logiquement beaucoup plus ressenti dans les catégories frappées par la tempête : chômeurs ou salariés menacés de licenciements, chez nous personnels précaires) : découragement général, conviction qu’on ne peut rien faire contre les tout-puissants, ralliement de fait ou de droit à ces derniers pour des raisons que je n’examinerai pas ici, mais qui posent problème. Vaincre cette ligne liquidatrice suppose, comme en 1934, en pleine crise, et à la Libération, d’adhérer massivement aux syndicats de tradition combative pour y (r)établir la ligne "de masse et de classe" qui a fait les grandes heures d’une CGT apte à grouper tous les salariés, nous inclus.

Nos professions n’aiment pas ces termes marxistes ou ne les aiment plus, mais, Marx n’ayant pas inventé la lutte des classes et ne l’ayant que décrite, il va leur falloir les découvrir (ils sont inconnus à la plupart des plus jeunes d’entre nous) ou les redécouvrir (pour les plus vieux) si nous voulons mettre fin à la dégradation de nos conditions de travail et de vie. On va bien finir par s’apercevoir que l’offensive "sarkoziste" n’est pas seulement ou avant tout idéologique, comme nous sommes encore trop nombreux à le croire, mais qu’elle vise, en dernière analyse, les salaires, directs et indirects : la casse de nos statuts constitue l’arme suprême de leur baisse, nominale (ça risque de venir) et réelle, à laquelle œuvre aussi la liquidation en cours des services publics et des retraites. On va bien devoir finir par admettre, sans crier à la polémique, que la gauche de gouvernement n’a pas l’intention de se battre sérieusement contre cette offensive, parce qu’elle n’a jamais pratiqué une politique alternative au cours de ces dernières décennies. Mme Royal n’est pas la seule dirigeante de son parti à souhaiter voir les professeurs du secondaire pratiquer dans leur établissement la semaine de 35 heures ; elle n’est pas la seule séduite par l’Europe de l’école et de l’université, etc. Je signale que, malgré toutes les légendes, ce n’est pas Blum qui a forgé les conquêtes de 1936 mais le plus grand mouvement social qu’ait connu la France et qui s’est imposé à lui (ce qui a beaucoup contrarié lui-même et son parti) : il n’avait pas en tête la moindre hausse des salaires quand il est allé, avec son ministre des Finances pressenti (Vincent Auriol), présenter en mai 1936 son programme d’« assainissement financier » à la Banque de France, selon la coutume établie depuis la création de celle-ci. Mon propos n’est pas polémique, mais appuyé sur l’étude de la période considérée. Il n’y a pas d’autre voie pour se sortir de l’ornière où nous sommes que de réinvestir massivement le syndicalisme, et toute autre voie continuera à desservir les salariés que nous sommes.

La ligne "unitaire" était ultra-minoritaire en 1934 ‑ comme l’est encore celle prônée par le Collectif National pour un Front Syndical de Classe que, syndiquée au Snesup ‑ et décidée à y rester ‑, je soutiens. Elle est devenue majoritaire de fait à la suite de la marée sociale de 1936, alors même qu’elle permettait d’édifier le socle de conquêtes aujourd’hui en cours de destruction. Et nous resterions hors des syndicats, de tous les syndicats, y compris ceux qui ont construit ce que le grand capital et ses auxiliaires balaient, dans la crise systématique du capitalisme ?

Annie LACROIX-RIZ

Agrégée d'histoire, docteur-ès-Lettres,
Professeur d'Histoire contemporaine à l'université Paris VII-Denis Diderot

source : Le Grand Soir,
12 octobre 2009
Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : les anti-capitalistes
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Samedi 26 septembre 2009 6 26 /09 /Sep /2009 06:30
Le conseiller spécial de l'Elysée, Henri Guaino, s'est plaint récemment de la façon dont les médias ont traité les propos que le ministre Brice Hortefeux affirme avoir tenus sur... les "Auvergnats", lors de l'université d'été de l'UMP. "On vole une phrase au hasard et on la commente sans savoir de quoi on parle." Etant donné que nous disposons d'un document audiovisuel qui replace les propos du ministre dans leur contexte, nous nous sommes livrés à une petite analyse, dont nous livrons ici les grandes lignes.

La scène se passe à Seignosse, le 5 septembre, à proximité du stand des "jeunes populaires de l'UMP". Deux ténors du parti, Jean-François Copé (le chef de file des députés UMP) et Brice Hortefeux (le ministre de l'intérieur) sont sollicités par un jeune militant landais pour une photo. Les protagonistes de cette scène n'ignorent pas qu'ils sont filmés. En bons professionnels de la communication, les deux dirigeants de l'UMP savent parfaitement que lorsqu'une caméra est allumée on quitte la sphère privée pour la scène publique, ce qui nécessite de contrôler chacun de ses mots et de ses gestes.

Néanmoins, ils sont placés dans une situation qu'ils maîtrisent moins bien que lorsqu'ils sont sur un plateau de télévision ou une tribune. Ils doivent en effet dialoguer avec des militants de base, qui eux n'ont pas besoin de contrôler leurs moindres propos, car leur carrière ne dépend pas de l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes.

La demande du jeune militant n'était pas prévue au programme. On sent une petite hésitation de la part des deux ténors, accentuée par le fait que le militant en question a une particularité qui n'échappe à aucun protagoniste de la scène et qui finira par être énoncée haut et fort : il est "arabe". En réalité, Amine Benalia-Brouch est issu d'un couple mixte, son père est algérien et sa mère portugaise. Mais seule l'origine arabe va poser problème dans cette histoire.

Fixer sur une même photo un jeune "issu de l'immigration" et le ministre de l'intérieur, qui a été aussi le ministre de l'immigration et de l'identité nationale, est en soi un événement. C'est ce qui explique l'effervescence que l'on constate au sein du petit groupe des militants landais. Néanmoins, étant donné que tout ce qui touche de près ou de loin à l'immigration suscite en France des réactions passionnelles, les deux "pros" de la politique que sont Hortefeux et Copé ont bien compris que la situation n'était pas sans risques.

On constate d'ailleurs une certaine gêne chez le ministre. Le fils de banquier de Neuilly, qui a grandi dans une ville qui ne compte aucun HLM et fait ses études à l'école (privée) Saint-Jean-de-Passy, se trouve tout à coup serré de près par un "jeune populaire" de l'UMP, issu de l'immigration de surcroît, sous le regard quelque peu goguenard des compagnons landais. La façon habituelle d'échapper à une situation embarrassante, c'est d'en plaisanter. C'est ce que fait Brice Hortefeux avec un premier mot d'esprit évoquant l'avarice légendaire des Auvergnats. Copé reprend la balle au bond en s'efforçant de focaliser la conversation sur l'identité auvergnate problématique du ministre. Peine perdue. C'est Amine qui capte tous les regards.

Lorsque les trois principaux protagonistes prennent la pose pour la photo, les commentaires joyeux fusent autour d'eux. Amine reçoit un soutien chaleureux de la part de ses amis, hommes et femmes, situés face à lui (plusieurs d'entre eux, dont une femme, disent sur un ton admiratif : "Oh Amine !... Amine ! Amine !...") A ce moment précis, c'est l'identité landaise d'Amine qui prime. Il est perçu par les militants de base comme leur représentant. Ils sont fiers que l'un des leurs soit aux côtés des deux ténors de leur parti. Les images laissent transparaître un court moment de fraternité et de sociabilité populaires.

Mais brutalement une autre logique s'impose. Des propos politiques viennent en effet se greffer sur la scène. On entend quelqu'un affirmer : "Ça, c'est l'intégration !" Puis un autre participant, invisible à l'écran, enchaîne : "Lui (en parlant d'Amine), il parle arabe." Cette phrase est perçue comme une mise en question de la bonne intégration d'Amine. Sans doute que, pour les militants de l'UMP, on ne peut pas être "intégré" et parler l'arabe.

C'est pourquoi Copé intervient à nouveau en s'efforçant cette fois de focaliser l'attention sur l'ennemi socialiste. Commentant les propos qui viennent d'être tenus, il dit à l'intention d'Amine, en le vouvoyant : "Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés."

Mais une autre intervenante (sans doute la secrétaire départementale UMP des Landes), soucieuse de prouver qu'Amine est "vraiment" intégré, se livre à une surenchère révélatrice des préjugés qui règnent dans ce parti : "Il est catholique, il mange du cochon et il boit de l'alcool." Et joignant le geste à la parole, sans doute pour féliciter le jeune homme d'avoir fait autant d'efforts pour devenir "comme nous", elle se rapproche de lui et lui fait la bise.

Ce commentaire et ce geste suscitent un surcroît de rires et l'approbation générale. Il semble donc que tout le monde soit d'accord pour penser que l'intégration puisse être définie à partir de critères religieux, et pour considérer que la seule communauté qui pose problème à cet égard, ce sont les musulmans. C'est dans ce contexte précis, de rigolade franchouillarde, dans ce moment de "déconne" (comme dira Jean-François Copé) que Brice Hortefeux donne un deuxième aperçu de l'étendue de son humour. Au lieu de critiquer les stéréotypes qui viennent d'être énoncés, il affirme à propos d'Amine : "Il ne correspond pas du tout au prototype, alors." Ce qui revient à affirmer qu'il existerait un "prototype" de l'Arabe, défini de manière quasi exclusive par son appartenance religieuse (islam) et par le respect des interdits alimentaires (le porc, l'alcool).

Cette caution ministérielle provoque un redoublement des rires, les langues se délient, et "tout le monde se lâche", comme on dit. On voit alors une autre femme, la cinquantaine, voisine de la secrétaire fédérale, se rapprocher d'Amine, lui tapoter la joue. Dans un commentaire à l'intention du ministre, elle affirme : "C'est notre petit Arabe ! On l'aime bien." Cette réflexion, qui se situe dans le droit-fil du paternalisme colonial, montre comment le parti présidentiel conçoit la "diversité".

Là encore, au lieu de prendre ses distances à l'égard de propos sans doute affectueux, mais d'une condescendance insupportable, le ministre ne peut pas s'empêcher de gratifier l'assistance d'une nouvelle plaisanterie, qui sonne comme un verdict définitif de sociologie spontanée sur "les Arabes" : "Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes." Lorsqu'on replace ces propos dans leur contexte, leur sens ne fait plus aucun doute. N'en déplaise à M. Guaino.

Le problème que pose l'hypermédiatisation de ce genre d'affaires, c'est qu'elle enferme la question du racisme dans une logique de fait divers : un coupable, une victime et des millions de juges. Même les associations antiracistes s'inscrivent dans la logique du procès ou de la repentance. Il serait temps d'élever le débat au-delà des questions de personnes, et des protestations morales, pour s'interroger sur la dimension proprement politique de ces affaires.

L'intérêt de cette séquence vidéo est de nous montrer les effets pratiques, "incorporés" pourrait-on dire, de la politique identitaire mise en oeuvre par le candidat de l'UMP lors des présidentielles de 2007. On y voit clairement comment fonctionnent, au sein du parti qui gouverne aujourd'hui la France, des automatismes de pensée (de l'intégration, on passe aux Arabes, puis aux musulmans, pour finir en affirmant : "C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes").

Le fait que toute cette scène ait été placée sous le signe de l'humour est extrêmement révélateur de cet inconscient politique. Dès que la censure s'affaiblit, dès que la situation n'est plus complètement "sous contrôle", les stéréotypes ressurgissent immédiatement.

Nous avons été nombreux à protester contre le ministère de l'immigration et de l'identité nationale, créé par Nicolas Sarkozy pour rallier les suffrages du FN, parce que nous étions convaincus que le simple fait d'associer les mots "immigration" et "identité nationale" ne pouvait que conforter les préjugés d'une partie de la population à l'égard des Français issus de l'immigration. Cette séquence vidéo confirme hélas nos inquiétudes.

L'UMP a fondé sa stratégie politique sur l'ethnicisation des rapports sociaux, ce qui aboutit à enfermer les individus dans leurs origines ou leur couleur de peau. La célébration de "nos petits Arabes" bien intégrés - auxquels on accorde un strapontin gouvernemental quand ils font partie de l'élite, afin qu'ils fournissent tous les brevets d'antiracisme dont le pouvoir a besoin - va de pair avec la stigmatisation de ceux d'entre eux qui appartiennent aux classes populaires. Ce sont les deux facettes de cette politique identitaire que donnent à voir les images diffusées par le site Internet du Monde.



Stéphane Beaud, professeur de sociologie à l'Ecole normale supérieure, coauteur de "Pays de malheur ! : un jeune de cité écrit à un sociologue", (La Découverte, 2004)

Gérard Noiriel
, historien, directeur d'études à l'EHESS, dernier ouvrage paru : "Immigration, antisémitisme et racisme (XIXe-XXe siècle). Discours publics, humiliations privées", (Fayard, 2007)

Source : Le Monde
Article paru dans l'édition du 19-09-09
Par David NOËL - Publié dans : Débats - Communauté : les anti-capitalistes
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>

Espace temps

Tendançologue

Wikio - Top des blogs - Politique

Bienvenue sur le blog de la section d'Hénin-Beaumont du PCF !
Il y a actuellement 15 personne(s) sur ce blog

Recherche

Archives

Liens

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés