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Jeudi 14 juillet 2005 4 14 /07 /2005 13:58
Depuis le 5 juillet, les téléspectateurs de TF1 peuvent retrouver chaque mardi vers 23h les palpitantes aventures de l’agent Bauer.
Après une première diffusion sur Canal + – sous le nom de 24 heures chrono – la saison 3 de 24 arrive enfin sur TF1, et devrait rapidement sortir en DVD.

24, c’est cette série réalité qui fait sensation ; le concept y est pour beaucoup, car c’est une seule et même journée qui occupe toute la saison, mais une journée qui tiendra en haleine le téléspectateur, plongé 24 heures durant, le temps de 24 épisodes d’une heure chacun (publicités incluses) dans la vie de l’agent Jack Bauer, de la Cellule Anti Terroriste (CAT) de Los Angeles.

Série à suspense, 24 bénéficie d’un budget digne des meilleurs films d’action et d’une réalisation soignée. Les créateurs de 24, Joël Surnow et Robert Cochran, ont multiplié les effets visuels : chronomètre qui apparaît et qui égrène les secondes, interminables, split screen – écran divisé en 3 ou 4 petites fenêtres – permettant de suivre parallèlement les actions de plusieurs personnages.

Durant la première saison, Jack Bauer (Kiefer Sutherland) doit empêcher un groupe de terroristes serbes d’assassiner le sénateur David Palmer (Dennis Haybert), un démocrate noir, le jour des élections primaires de Californie. Les terroristes poussent le raffinement jusqu’à enlever la femme et la fille de Jack Bauer qui devra assassiner lui-même le sénateur Palmer s’il veut les revoir vivantes. Jack Bauer est pris au piège, surveillé en permanence par un agent double de la cellule anti-terroriste dont l’identité ne nous sera dévoilée que dans les dernières minutes de l’ultime épisode…

En toile de fond, la guerre au Kosovo, lors de laquelle Palmer avait commandité l’assassinat d’un chef serbe coupable de crimes de guerres ; c’est l’agent Bauer qui avait dirigé l’opération sur le terrain, opération sanglante qui avait coûté la vie à une partie de la famille du chef serbe.

Si la première saison traitait des thèmes de la famille, de la vengeance et esquissait déjà une réflexion politique, la deuxième saison nous emmène encore plus loin puisque la menace vient cette fois de terroristes arabes décidés à faire exploser une bombe nucléaire à Los Angeles. Pendant ce temps, David Palmer, devenu président, prépare la riposte contre les pays du Moyen-Orient soupçonnés d’avoir planifié l’attentat.
La guerre peut-elle encore être évitée ? Et si les responsables de l’attentat étaient ailleurs ? L’agent Bauer et le président Palmer vont se retrouver bien seuls pour enrayer la mécanique de guerre qui se met en place.

Les attentats du 11 septembre et la guerre en Irak ne sont pas loin…
La saison 3 que diffuse actuellement TF1 est, de l’avis unanime, un peu au-dessous des deux premières saisons, mais le spectacle est toujours au rendez-vous. Jack Bauer devra affronter des terroristes en possession d’un virus mortel dont la dispersion provoquerait une catastrophe sans précédent.

Plus qu’une série d’action, 24 est la série-miroir d’une Amérique inquiète, traumatisée par les attentats du 11 septembre 2001. Bien sûr, Jack Bauer et le président Palmer parviendront au final à sauver l’Amérique, happy end oblige, mais à quel prix ? Celui du mensonge d’Etat pour Palmer et d’une descente aux enfers pour un Jack Bauer devenu accro à l’héroïne et qui ira jusqu’à tuer un de ses partenaires pour préserver sa couverture et empêcher l’irréparable.

Quand les démocraties en viennent à agir comme leurs ennemis dans une guerre contre le terrorisme – le scandale de Guantanamo le rappelle tous les jours – qui semble ne pas avoir de fin, il y a besoin de fictions de la qualité de 24 pour ne pas se perdre.

Pour télécharger ma chronique télévisuelle sur 24 parue dans le numéro du 14 au 21 juillet de Liberté 62, cliquez sur le lien ci-dessous :

"24", série miroir d'une Amérique inquiète
Par David NOËL - Publié dans : Articles
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Vendredi 15 juillet 2005 5 15 /07 /2005 11:10

logo-liberte-62.jpg Etrange campagne que celle orchestrée par la direction du Parti Socialiste à l’encontre du mouvement altermondialiste et en particulier d’ATTAC…

C’est Harlem Désir qui signe un « Adieu à Attac » dans le Nouvel Observateur du 2 juin, c’est Ségolène Royal, qui autorise le versement par le conseil régional de Poitou-Charentes d’une subvention pour aider au financement de l’université d’été d’ATTAC, tout en menaçant l’association altermondialiste : « Si ça tourne mal, si cela devient une manifestation politique, alors nous ferons le bilan ».

Car les dirigeants socialistes sont furieux : eux qui préparaient l’alternance – une alternance sans alternative – auréolés par leur victoire aux élections régionales de 2004, se retrouvent contestés dans leur leadership au sein-même de la gauche.

Incompréhension de l’altermondialisme

Les dirigeants et les idéologues du Parti Socialiste n’ont jamais réellement compris le mouvement altermondialiste, qu’ils traitaient avec autant de mépris et de condescendance qu’ils en manifestaient par ailleurs à l’encontre d’une partie de leurs alliés. L’attitude de la direction socialiste entre 1997 et 2002 avait été, à cet égard, symptomatique : les chômeurs, les sans-papiers, les enseignants condamnaient la politique gouvernementale, son acceptation de la mondialisation, ses préoccupations sécuritaires, ses petites trahisons ? La faute au corporatisme du SNES, à l’angélisme de la LDH, à l’instrumentalisation d’AC ! par l’extrême-gauche.

De la même manière, les dirigeants sociaux-démocrates du Parti Socialiste considéraient le mouvement altermondialiste comme l’expression d’une frustration et d’une radicalisation d’une partie de leur électorat. Ils n’ont pas voulu voir que l’altermondialisme allait bien au-delà en questionnant la gauche et le Parti Socialiste dans son identité, que le revirement de 1983 a profondément remise en cause. 

De fait, si ATTAC a rassemblé des militants venus de toute la gauche, y-compris du Parti Socialiste, ces derniers appartenaient le plus souvent à la minorité du PS qui souhaitait une réorientation idéologique de leur parti sur une ligne politique clairement à gauche ; ils rejetaient autant que les autres la mondialisation néolibérale, que la direction sociale-démocrate du PS ne proposait d’encadrer qu’à la marge.

Le non de gauche


Reprocher à ATTAC d’avoir « trahi » le PS en menant campagne pour le Non au référendum n’a donc guère de sens. C’est pourtant ce que font depuis le 29 mai nombre de hiérarques du PS. La clé de cette attitude se trouve sans doute dans les propos de Julien Dray, rapportés le 2 juillet par Le Monde. Pour le porte-parole du Parti Socialiste, ATTAC « est devenue un bras armé contre le PS, elle est sortie des clous en prenant parti dans une querelle de la gauche, en devenant une sorte de bouclier derrière lequel se sont réfugiés l'extrême gauche et le PCF, qui ont compris qu’ils pouvaient lui laisser faire le sale boulot ».

En clair, la direction du Parti Socialiste ne reproche pas à ATTAC de trahir une cause altermondialiste dont le PS social-libéral serait paradoxalement devenu le plus farouche défenseur ; elle s’inquiète en réalité de voir que les argumentaires précis, documentés, d’associations comme ATTAC ou la Fondation Copernic ont convaincu une grande partie de la gauche, jusque dans les rangs du PS.

Pour la première fois, c’est la position du Parti Socialiste comme acteur incontournable d’une coalition de gauche destinée à exercer le pouvoir qui est remise en cause ; la campagne du Non de gauche a mis en lumière la cohérence d’une « gauche de gauche » dont les combats communs, depuis dix ans, ont bouleversé en profondeur le paysage politique français et européen.

Comme en décembre 1995, comme en mai 2003, partis, associations, syndicats, se sont mobilisés pour faire gagner le Non par-delà leurs différences. Ils étaient porteurs d’un projet politique d’émancipation sociale novateur – anticapitaliste ou antilibéral – que le mouvement altermondialiste a largement popularisé.
 
Recherche ennemis désespérément

Face à cette gauche de gauche qui lui rappelle sans cesse ses propres reniements, le Parti Socialiste est désarmé : aux yeux de ses chefs, il lui manque un ennemi identifiable, qui serve de repoussoir et réhabilite par-là l’orientation du PS pourtant désavouée par les urnes. Pendant longtemps, c’est le Parti Communiste qui, aux yeux des électeurs et sympathisants socialistes, a joué ce rôle. Dans l’imaginaire socialiste, le MRC et l’extrême-gauche ont succédé au PCF dans le rôle de l’ennemi. L’ « impasse » chevènementiste et le « sectarisme » gauchiste, deux catégories presque inventées par le PS avaient une double valeur : interne et externe ; à l’interne, ils prémunissaient l’aile gauche du PS contre toute tentative de scission, et à l’externe, ils attiraient des électeurs hésitants vers un PS qui leur paraissait hégémonique et crédible.

La victoire du Non le 29 mai dernier a changé la donne, elle a remis en cause l’hégémonie et la crédibilité du PS. Pour les reconquérir, la direction du Parti Socialiste a imaginé une offensive, relayée par la presse, contre le mouvement altermondialiste et la gauche de gauche : c’est la gauche qui s’est mobilisée pour le Non, que Dominique Strauss-Kahn, qualifie désormais de « néocommuniste » ; mais c’est ATTAC qui est devenue la cible privilégiée des stratèges du PS. Les socialistes n’hésitent dorénavant plus à rappeler que Jacques Nikonoff, l’actuel président d’ATTAC est membre du PCF, et que Bernard Cassen, son président d’honneur a été un des principaux conseillers de Jean-Pierre Chevènement.

Radicalisme, nationalisme, autoritarisme… toutes les critiques qui ont servi à discréditer et à combattre les forces politiques – du PCF à la LCR en passant par le MRC – qui refusaient la mondialisation capitaliste sont désormais utilisées à l’encontre d’ATTAC et des altermondialistes, soupçonnés de surcroît de vouloir se transformer en parti politique sur le modèle du WASG allemand et accusés de diviser et d’affaiblir la gauche. Harlem Désir, député européen socialiste, évoque sans détours ses craintes dans Le Monde du 2 juillet : « Oskar Lafontaine était très identifié à Attac, et il a fini par créer un parti contre le SPD. »


Un projet de rupture avec le capitalisme

Il n’est pas sûr que ces attaques portent leurs fruits. Certes, des éditorialistes de France Culture peuvent se mettre à rêver de créer une association libérale et pro-américaine animée par Alexandre Adler et Olivier Duhamel qui serait le pendant d’ATTAC, mais qui peut croire que ce projet politique est encore celui d’une gauche restée fidèle à ses valeurs ? Qui peut croire qu’aujourd’hui, Pascal Lamy, passé de la Commission européenne à la direction de l’OMC, est le porte-parole d’une gauche authentique qu’ATTAC et le PCF auraient trahie ? 
 

La rupture des socialistes avec le mouvement altermondialiste et en particulier avec ATTAC n’est pas anecdotique ; elle marque au contraire l’aboutissement d’une dérive gestionnaire et libérale de la social-démocratie française. D’une rive à l’autre de l’Atlantique, rien ne sépare plus le Parti Socialiste français du parti démocrate américain…

Paradoxalement, la rupture des socialistes et de la gauche de gauche valide le travail considérable mené par le mouvement social – et le PCF y a joué toute sa part – pour construire une alternative à la mondialisation capitaliste.

Erigés en ennemis par un Parti Socialiste aux abois devenu par la volonté de ses chefs le plus ardent défenseur du libéralisme, les communistes et leurs partenaires de la gauche de gauche et du mouvement altermondialiste doivent désormais être à la hauteur des espoirs qu’ils ont fait naître et porter, tous ensemble, un projet d’émancipation sociale et de rupture avec le capitalisme.

En quête d'ennemis 
Par David NOËL - Publié dans : Articles - Communauté : Les antilibéraux
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Samedi 10 juin 2006 6 10 /06 /2006 18:36
C'est le 21 juin que sortira en coffret DVD la saison 6 d'A la Maison Blanche. En attendant la saison 7, sans doute l'année prochaine...
Aux Etats-Unis où la septième et dernière saison s'est achevée en mai, A la Maison Blanche (The West Wing) est déjà une série culte.

Tout commence en 1999. Aaron Sorkin et John Wells (le producteur d'Urgences) imaginent une série télévisée qui se déroulerait dans l'aile ouest de la Maison Blanche. Il s'agit de rendre la politique accessible aux télespectateurs américains.
A la Maison Blanche raconte le quotidien du président "Jed" Bartlet, un président démocrate charismatique, incarné par Martin Sheen. Catholique, prix nobel d'économie, ancien gouverneur de Nouvelle Angleterre, Bartlet est le prototype même du "liberal" (on dirait "progressiste" en France). Il est entouré de collaborateurs tous plus brillants et attachants les uns que les autres : Léo MacGarry, son secrétaire général et son plus vieil ami, Joshua Lyman, le secrétaire général adjoint chargé des affaires de politique intérieure, Toby Ziegler, le très taciturne directeur de la communication, Sam Seaborn, le directeur-adjoint de la communication, CJ Cregg, la porte-parole de la Maison Blanche.
Autour de ces cinq collaborateurs de premier plan gravitent des secrétaires, des conseillers politiques, des sondeurs, des députés et des sénateurs, des journalistes...

La première saison se déroule un an après l'élection de Bartlet. Déjà, les problèmes s'accumulent pour l'administration Bartlet. Les sondages sont mauvais, la chambre des représentants contrôlée par le Parti Républicain bloque les projets de lois des démocrates. Malgré cela, il faut préparer les élections de mi-mandat pour tenter de regagner la chambre des représentants.
Bartlet se représentera-t-il ? Dans la saison 2, il va devoir faire face aux conséquences d'un mensonge qui pourrait lui coûter la réélection.
Bartlet sera finalement réélu au début de la saison 4.
Dans la deuxième partie de la saison 6, les collaborateurs du président se sépareront pour préparer la succession de Bartlet. Certains se rangeront derrière le vice-président Bob Russell, d'autres soutiendront Matt Santos, un jeune député démocrate d'origine hispanique.

Durant sept ans, la série aura évoqué toutes les grandes questions qui secouent les Etats-Unis : peine de mort, avortement, mariage gay, contrôle des armes à feu...
En matière de politique étrangère, le conflit israélo-palestinien comme la "guerre contre le terrorisme" ont été généralement traités avec justesse, sauf au cours de la saison 3 (2001-2002) où les scénaristes, traumatisés par les attentats du 11 Septembre ont multiplié les épisodes sur ce thème.

A la Maison Blanche tire sa révérence après sept années de succès amplement mérité. Les téléspectateurs français frustrés par la diffusion erratique et nocturne de la série sur France 2 ont dû se replier sur les coffrets DVD pour profiter d'une série qui aurait amplement mérité une case horaire digne de ce nom.

Aux Etats-Unis, Martin Sheen, auréolé par son rôle de président, est devenu l'icône du mouvement anti-guerre. Après Ronald Reagan et Arnold Schwarzenegger, Martin Sheen pourrait-il à son tour se lancer dans une carrière politique ? La réalité rejoindrait alors la fiction...

En France, nous n'en sommes pas encore là... Encore que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont adopté de toute évidence des méthodes de marketing politique à l'américaine.
Quant au recentrage "blairiste" de Ségolène Royal, il rappelle celui de Bill Clinton et du Parti Démocrate américain au début des années 90.

En fait, c'est surtout en matière de fiction télévisée que la France a un retard à rattraper.
A quand une fiction politique française aussi bien écrite et aussi pédagogique qu'A la Maison Blanche ?
Par David NOËL - Publié dans : Articles
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Mercredi 9 août 2006 3 09 /08 /2006 10:35
"Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé." écrivait Karl Marx au début du 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Et d'ajouter que "la Révolution de 1789 à 1814 se drapa successivement dans le costume de la République romaine, puis dans celui de l'Empire romain."

De fait, on dit qu'au 73e jour après la Révolution d'Octobre, Lénine se mit à danser sur la neige entre les murs du Kremlin pour saluer une durée venant de dépasser celle de la Commune de Paris.
Les communards ont en partie rejoué 1848 et 1789 tandis que les Révolutionnaires de 1789, Gracchus Babeuf en tête rejouaient la République romaine.
Une République romaine qui s'achève après les tentatives de réformes démocratiques et sociales des Gracques par la réaction aristocratique syllanienne et pompéienne avant que César puis Octave-Auguste n'établissent leur pouvoir personnel.
Comme la Révolution française s'achève avec la réaction thermidorienne et le 18 Brumaire, comme la Seconde République s'achève dans les fusillades des journées de juin et le coup d'Etat du 2 Décembre, comme la Commune de Paris s'achève par la Semaine sanglante et l'élection de Mac-Mahon en attendant la restauration de la monarchie souhaitée par les royalistes majoritaires à l'Assemblée...

L'histoire se répète parfois et l'Antiquité romaine offre des modèles politiques qui peuvent aider à mieux comprendre le monde d'aujourd'hui.
C'est la raison pour laquelle il n'est peut-être pas inutile de regarder Rome, une série remarquablement réaliste dont la première saison qui vient d'être diffusée par Canal + nous plonge dans les méandres des guerres civiles de la fin de la République romaine.

Série événement diffusée initialement sur la chaîne cablée américaine HBO, qui nous a habitués à ce qui se fait de meilleur en terme de création télévisuelle (on pense à Oz ou à Band of Brothers), Rome ne nous a pas déçus.

Il faut dire que Rome est la série la plus chère de l'histoire de la télévision. Tournée dans les studios de Cinecittà à Rome, elle a coûté plus de 100 millions de dollars. HBO a coproduit la série avec BBC Films et en a confié la réalisation à Michael Apted.

Les 12 épisodes de la première saison de Rome sont un véritable chef d'oeuvre et mélangent habilement la grande et la petite histoire : la grande histoire, c'est celle de César quittant la Gaule, franchissant le Rubicon et marchant sur Rome avant de poursuivre Pompée en Grèce, de débarquer en Egypte et de revenir à Rome après avoir écrasé les derniers Pompéiens à Utique.
Chacun connaît la suite : après une série de réformes établissant son pouvoir personnel, César meurt assassiné le jour des ides de mars 44 par une poignée de sénateurs républicains parmi lesquels se trouve Brutus, le fils adoptif de César.
Fin de la première saison...

Au fil des épisodes de la série, on rencontre tous les grands personnages de l'histoire romaine : si Pompée Magnus (Kenneth Cranham) n'a pas le charisme de César (formidable Ciaran Hinds), il reste néanmoins un adversaire redoutable, mais désabusé et mal conseillé par les sénateurs républicains qui l'entourent et se divisent. Si Cicéron et Brutus sont prêts au compromis avec César, le vieux Caton, pétri de préjugés aristocratiques veut se battre jusqu'au bout contre César en qui il voit un tyran, jusqu'à son suicide héroïque à Utique.
Du côté de César, Marc-Antoine (James Purefoy) est d'abord présenté comme un soudard, mais on découvre qu'il est capable de bravoure et possède une certaine finesse politique.

Si Atia (Polly Walker), la très ambitieuse mère d'Octave et d'Octavie est le personnage le plus antipathique de la série, le jeune Octave (Max Pirkis) est indéniablement sympathique. Observateur plus que véritablement acteur de la guerre civile qui se joue, il est sans doute celui qui comprend le mieux César ; il est d'ailleurs le seul à voir César faire une crise d'épilepsie et gardera le secret.

Octave est initié au sexe et au maniement des armes par Titus Pullo, un des légionnaires de César.
Dans Rome, la petite histoire rejoint la grande histoire : les deux héros de la série sont Lucius Vorénus (joué par Kévin McKidd), un officier de la légion, issu d'une famille de chevaliers et attaché à la vieille République et Titus Pullo (Ray Stevenson), un grand gaillard amateur de femmes, de vin et de jeu.
Ce sont eux qui escortent Octave jusqu'au camp de César au début de la série, ce sont eux qui accompagnent Marc-Antoine à Rome pour y être élu tribun de la plèbe. En Grèce, ils vont rencontrer Pompée en fuite et le laisser s'échapper. En Egypte, ils vont escorter Cléopâtre jusqu'à Alexandrie.
De retour à Rome et à la vie civile, Vorénus, repéré par César, va devenir, malgré ses principes politiques, un des nouveaux sénateurs nommés par César pour remplacer les vieux sénateurs républicains morts ou en fuite.
La série montre bien à quel point le retour à la vie civile est difficile pour des hommes comme Vorénus et Pullo, qui vont être tentés de faire les mauvais choix.
La femme de Vorénus, Niobé (Indira Varma), sans nouvelles de son mari qu'elle croyait mort est bouleversée par son retour et lui cache un terrible secret...

La chaîne HBO a reconduit la série pour une saison supplémentaire, une saison qui selon toute vraisemblance sera centrée sur la guerre civile qui va opposer Octave et Marc-Antoine.
En attendant, les téléspectateurs pourront se consoler avec le coffret DVD de cette magistrale première saison, à paraître le 6 septembre prochain.

Pour télécharger ma chronique télévisuelle sur Rome parue dans le numéro du 18 au 24 août de Liberté 62, cliquez sur le lien ci-dessous :

Rome ou le retour gagnant du peplum à la télévision
Par David NOËL - Publié dans : Articles
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Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /2007 10:11

« Un petit Metaleurop », « L’équivalent de deux ou trois Metaleurop ». Devant l’ampleur des charrettes de licenciements, l’expression est souvent revenue, ces dernières semaines, dans la bouche des syndicalistes du Pas-de-Calais et des militants communistes. A juste titre.

Souvenez-vous : en janvier 2003, le groupe Metaleurop SA, une filiale de la firme suisse Glencore, déposait le bilan de son usine de Noyelles-Godault afin d’éviter la mise en œuvre d’un plan social et la dépollution d’un des sites les plus pollués d’Europe. 830 emplois étaient supprimés : un véritable drame social et humain, qui a marqué les esprits dans tout le pays. A l’époque, même Jean-Pierre Raffarin et Nicolas Sarkozy se sont sentis obligés de fustiger les « patrons-voyous » – avant de poursuivre leur travail pour leur compte…

Quatre ans plus tard, rien n’a changé, et dans le Pas-de-Calais, ce sont des dizaines d’entreprises qui licencient dans un silence médiatique presque complet. A Corbehem, près d’Arras, c’est le papetier finno-suédois Stora-Enso qui ferme deux lignes de production et supprime 400 emplois. A Hénin-Beaumont, Sublistatic, une entreprise d’impression de papier transfert pour les textiles d’ameublement, qui emploie 224 salariés, est mise en liquidation judiciaire. Energy Plast, qui a repris en 2005 le bagagiste Samsonite et ses 205 salariés, pourrait lui aussi être mise en liquidation judiciaire.

L’équipementier automobile Faurecia annonce 232 suppressions d’emplois, auxquelles s’ajoutent les 135 emplois supprimés dans l’usine Faurecia de Marles-les-Mines, et les 108 emplois supprimés dans l’usine d’Auchel. A Grenay, c’est encore un équipementier automobile, Mann-Humel, qui ferme ses portes. Les 107 salariés du site se sont vus proposer un poste sur la nouvelle usine de Mann-Humel, à Laval, c’est-à-dire à 500 km de la région de Lens ! La plupart des salariés ont évidemment refusé. Enfin, à Lens, c’est la société DPN (Dindes du Pays du Nord), dans laquelle travaillent 175 salariés, qui pourrait fermer ses portes.

Des drames sociaux qui illustrent la logique du capitalisme

Fatalité ? Pas si sûr… Chacun des drames sociaux qui frappent le Pas-de-Calais ne fait qu’illustrer les dégâts de la course au profit. Sublistatic est endetté à hauteur de 28 millions d’euros ? Mais l’entreprise héninoise a été récemment reprise par le groupe Atland, un groupe immobilier contrôlé par un fonds de pension britannique. Or, en 2004, le groupe Atland a prélevé 14 millions d’euros pour ses actionnaires !

Energy Plast, l’entreprise de fabrication de panneaux photovoltaïques qui a repris l’usine Samsonite d’Hénin-Beaumont, n’a toujours pas fabriqué le moindre panneau photovoltaïque ! 2,5 millions d’euros auraient été détournés au détriment du site et des salariés. Energy Plast n’en est pas à son premier coup d’essai : en mai 2006, c’est une usine du bagagiste Delsey, située à Montdidier, dans la Somme, qui a été mise en liquidation par le tribunal de commerce d’Amiens, après avoir été reprise par Energy Plast. A Samsonite comme à Delsey, les patrons préfèrent trouver un repreneur aux méthodes scandaleuses, comme Energy Plast, plutôt que d’avoir à payer un plan social. Mais au final, ce sont toujours les salariés qui trinquent.

A Corbehem, les salariés de Stora-Enso sont parvenus à créer une association, « Les Géants de Papier Solidaires », et ont proposé à Stora-Enso de lui racheter les deux unités de production condamnées, afin de produire des sacs de chanvre. Ce projet de reconversion permettrait de sauver au moins 200 des 400 emplois supprimés. Mais coup de théâtre : au mois d’octobre, la direction de Stora-Enso s’inquiète de la concurrence que pourraient lui faire les salariés qu’elle licencie, réévalue à la hausse le prix de ses machines et annonce qu’elle les vendra au Brésil !

Entre lutte et découragement

Les salariés commencent à s’organiser et à lutter. Mais beaucoup cèdent au découragement. Au mois de septembre, à Lens, les conducteurs de bus de l’entreprise Westeel se sont mis en grève. Plus d’une centaine de salariés de Westeel ont fait grève pendant cinq semaines pour exiger une revalorisation de 5 % de leurs salaires. Des revendications loin d’être exorbitantes lorsqu’on sait qu’un conducteur de bus de Westeel gagne 1100 € de mois après 23 ans d’ancienneté, alors que dans le même temps, le groupe Kéolis, dont dépend Westeel, a versé 5 millions d’euros à ses actionnaires en 2001, 7 millions en 2002, 13 millions en 2003, 20 millions en 2004 et 46 millions en 2005… Au final, les salariés ont obtenu le versement d’une prime de vacances et une augmentation des salaires de 2 % dès le mois de décembre.

A Hénin-Beaumont, à l’appel de la CGT et de l’UNSA, une manifestation pour l’emploi a rassemblé une centaine de personnes, le 14 novembre dernier. Les manifestants étaient 150 le 8 décembre. Le 27 décembre, ce sont 120 salariés de Sublistatic qui ont mené une opération escargot sur l’autoroute A1, entre Hénin-Beaumont et Arras, où une délégation des salariés de l’entreprise a rencontré un collaborateur du préfet.

Inutile de compter sur les élus de l’UMP – ni, malheureusement, sur les élus du PS – pour venir en aide aux salariés du Pas-de-Calais. Daniel Percheron, le « patron » socialiste du Conseil Régional, mise sur l’attractivité du territoire à coups d’exonérations de taxes pour les entreprises, mais ne se bat pas pour garder les emplois ou empêcher les licenciements.

Les sections du Parti Communiste et les élus communistes sont souvent les seuls à soutenir les salariés victimes de la logique du capitalisme. Ceci-dit, contre la casse de l’emploi, les combats défensifs ne suffiront pas. Les communistes doivent être à l’offensive sur un programme de rupture avec le capitalisme. S’ils ne le font pas, le Pas-de-Calais subira bien d’autres « petits Metaleurop ».

http://www.lariposte.com/Pas-de-Calais-des-salaries-en-lutte-contre-la-casse-708.html

Par David NOËL - Publié dans : Articles
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Vendredi 4 mai 2007 5 04 /05 /2007 10:40

La-Riposte-33.gif Hénin-Beaumont pourrait-elle devenir le nouveau Vitrolles du Pas-de-Calais ? Dans le bassin minier lensois, tout le monde se pose la question. Depuis le 21 avril 2002, les journalistes se pressent autour de Steeve Briois, un jeune trentenaire conseiller municipal d’Hénin-Beaumont, conseiller régional et secrétaire de la fédération FN du Pas-de-Calais. Il rêve de s’emparer de la mairie d’Hénin-Beaumont en 2008.

 

En 2002, les candidats du FN ont affronté les candidats socialistes au second tour des législatives dans les 4 circonscriptions du bassin minier du Pas-de-Calais, où la droite est partout inexistante. Dans la XIVe circonscription, celle d’Hénin-Beaumont, Steeve Briois obtient 20 % des suffrages au premier tour et 33 % au second tour des législatives de 2002, contre le député socialiste sortant, Albert Facon. Dans la XIIIe circonscription, celle de Lens, Marine Le Pen a obtenu 24 % des voix au premier tour et 32 % au second tour contre le socialiste Jean-Claude Bois. L’UMP obtient un maigre 13 % à Lens et 7,67 % à Hénin-Beaumont où Jean Urbaniak, le maire « indépendant » de Noyelles Godault, député de 1993 à 1997, obtient 12 %.

 

Dans ces terres de gauche peuplées de cités minières, la droite ne parvient pas à exister. Aux élections municipales, il n’y a pas de listes de droite, mais des listes « indépendantes » qui ne trompent personne et qui rallient le camp majoritaire sitôt l’élection passée.

 

A Hénin-Beaumont, c’est Jean-Marc Legrand, chef de file des « indépendants », qui obtient 9,73 % des voix au premier tour des élections municipales de 2001, et qui rallie aussitôt le socialiste dissident Gérard Dalongeville et sa majorité PCF-MDC-Verts. Jean-Marc Legrand est nommé adjoint à la sécurité et ne présentera pas de liste en 2008. Jacques Nowak, lui, a rompu avec Gérard Dalongeville. Ce socialiste avait été exclu du PS en même temps que Gérard Dalongeville qui avait osé se présenter contre le maire socialiste sortant, Pierre Darchicourt. Mais Jacques Nowak a très tôt reproché à Gérard Dalongeville son ingratitude et son clientélisme et a pris sa carte à l’UDF. Dans le bassin minier, bien souvent, les « indépendants » sont d’abord des socialistes en rupture de ban…

 

A Carvin, c’est Michel Leleu qui rallie le socialiste Philippe Kemel pour ravir la mairie à la communiste Odette Dauchet, en échange de trois postes d’adjoints.

 

L’UMP tente tant bien que mal de s’organiser : dans la XIVe circonscription, elle a nommé un responsable de circonscription de 17 ans, Romain Plichon. Mais pour les législatives, le parti de Nicolas Sarkozy n’a rien pu faire d’autre que parachuter un inconnu, Nesredine Ramdani.

 

Alors, l’électorat de droite, les artisans, les commerçants et les innombrables déçus de la gauche se tournent vers le Front National. Le parti de Jean-Marie Le Pen a des atouts : il n’a même plus besoin de trop appuyer sur l’insécurité, mais il est encore capable, comme lors des émeutes de 2005 dans les banlieues, de prendre tout le monde de vitesse. Lorsque trois bus Tadao ont brûlé dans un hangar d’Hénin-Beaumont, en novembre 2005, il n’a fallu que quelques heures à Steeve Briois pour relayer l’information sur son blog et inonder la ville de tracts. Avec plus d’une centaine d’adhérents au FN héninois, Steeve Briois se targue d’être la première force politique de la ville.

 

Le Front National a des antennes partout. Quand le maire d’Hénin-Beaumont réunit la section socialiste qui lui est fidèle et annonce fièrement à ses adhérents que la Fédération Socialiste du Pas-de-Calais a tranché en sa faveur contre l’autre section socialiste, Steeve Briois est au courant. Quand le PCF refuse, après un temps d’hésitation, de rencontrer le MRC et le PRG héninois, Steeve Briois est au courant.

 

En 2002, le leader local du FN a même raconté qu’avant de devenir maire, Gérard Dalongeville, qui n’était encore que le directeur de cabinet de Pierre Darchicourt, l’avait rencontré une nuit, sur le parking du magasin Babou, pour lui remettre un épais dossier contre Pierre Darchicourt ! Gérard Dalongeville a nié en bloc, a menacé de porter plainte en diffamation, mais n’en a rien fait. Et pour cause : Steeve Briois avait pris la précaution d’emporter un magnétophone et a envoyé la cassette au journal La Voix du Nord… Les socialistes héninois s’en mordent les doigts, mais leurs divisions ont puissamment contribué à renforcer le Front National.

 

Les tracts du FN sont virulents et agressifs, mais ils sont efficaces. Dans une ville où le Parti Socialiste est divisé en deux sections ennemies et où les impôts locaux ont bondi de 85 % en 2003, Steeve Briois se présente comme le premier adversaire du maire d’Hénin-Beaumont. Il l’attaque dans tous ses tracts, le traite de « super-menteur », qualifie ses partisans de « pignoufs », lui fait procès sur procès. La stratégie est payante : aux élections cantonales de 2004, sur la partie héninoise du canton Hénin-Montigny, Steeve Briois a obtenu 30 % des voix au premier tour et 36,74 % au second, contre le maire et conseiller général socialiste de Montigny-en-Gohelle, Jean-Marie Picque. Jean-Marie Rousselle, le candidat de l’UMP, a obtenu un maigre 9,20 % et Edmond Bruneel, pour le PCF, 7,53 %.

 

Dans les cités minières, l’argumentaire du Front National a marqué des points. La déception vis-à-vis des partis de gauche est palpable. D’anciens électeurs communistes votent désormais pour le FN : «  Il y a trop d’étrangers. Les jeunes, ils ne respectent plus rien. Dans la rue, avec leur scooter, ils font du bruit. Le soir, ils traînent en bande. Moi j’ai bossé toute ma vie et on en voit qui sont au chômage, qui ont 7 ou 8 enfants, qui ne se lèvent pas pour aller travailler et qui roulent en BMW. Il faudrait les renvoyer dans leur pays ! » Steeve Briois savoure sa victoire. Son discours s’est lissé, il se donne désormais une image de respectabilité.

 

En face, le Parti Communiste est bien seul pour attaquer le Front National. Mais le travail de terrain des communistes commence à payer. Le PCF héninois engrange les adhésions, organise des ventes au porte-à-porte de Liberté 62, dans les cités minières. Il est présent sur les marchés, avec un bulletin de section, et tient un blog depuis deux ans. Avec Ras l’front Lille et la Ligue des Droits de l’Homme, qui s’est implantée sur Hénin-Beaumont, le PCF héninois est de toutes les mobilisations contre le Front National.

 

Les autres forces politiques se concentrent sur la bataille municipale. Gérard Dalongeville prépare sa liste et ses alliances, défend son bilan, cependant que les socialistes qui lui sont restés hostiles lui réservent toutes leurs attaques.

 

Après Vitrolles, Toulon, Orange et Marignane, le FN peut-il s’emparer d’Hénin-Beaumont à la faveur d’une triangulaire, aux municipales de 2008 ? C’est la question que tout le monde se pose. Libération, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Marianne, France Soir, Le Parisien : tous ont déjà envoyé des journalistes enquêter sur place. Même le très prestigieux Asahi Shimbun, le plus grand quotidien japonais, est venu interroger Steeve Briois.

 

Le bassin minier du Pas-de-Calais est devenu la vitrine du Front National. C’est là qu’il est le mieux organisé, c’est là qu’il fait venir Le Pen, c’est là qu’il envoie les journalistes qui veulent faire un sujet sur le FN.

 

Et si, en 2008, le bassin minier devenait plutôt le symbole du recul du Front National et du redressement du PCF ?

http://www.lariposte.com/Pas-de-Calais-menace-brune-dans-le-bassin-minier-823.html

Par David NOËL - Publié dans : Articles - Communauté : Les antilibéraux
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Samedi 12 mai 2007 6 12 /05 /2007 09:08
logo-liberte-62.jpg La défaite de Ségolène Royal ouvre la voie à un recentrage du Parti socialiste attendu depuis longtemps par les libéraux.

Le visage de Ségolène Royal est souriant. Il est 20h02 et la candidate du PS apparaît à la tribune. Des militants l’interrompent. Elle traverse la salle pour aller à leur rencontre, elle les remercie, elle remonte à la tribune et entame son discours. Derrière le sourire, les mots dessinent un programme politique : « Vous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles. C'est la condition de nos victoires futures […] Je serai au rendez vous de ce travail indispensable et j'assumerai la responsabilité qui m'incombe désormais. »
Sur le plateau de TF1, Dominique Strauss-Kahn fait franchement la gueule, mais l’orientation politique est identique : « Les Français ne veulent pas qu'on leur sorte des solutions qui ont 20 ans. Ils voient bien que la gauche doit apporter autre chose que ce qu'elle a toujours dit […] J'ai tenté une révolution sociale-démocrate, elle n'a pas abouti ».

L’offensive pour une rénovation sociale-démocrate du Parti Socialiste vient de commencer. Elle se poursuit le lendemain dans les colonnes de Libération ; Laurent Joffrin, dans son éditorial, accuse : « L’immobilité doctrinale du PS, produite par ses divisions d’ambition, a plombé d’avance l’élection. Refus de tirer une leçon claire de la bérézina du 21 avril 2002 […], négligence à l’égard du centre […]. La gauche doit aujourd’hui organiser sa refondation. Ce revers doit réveiller les forces d’imagination et de modernisation, celles qui allient audace et réalisme. » 
Le constat est le même pour la presse régionale. Dans La Voix du Nord, Jean-Michel Bretonnier conclut son éditorial par un conseil adressé au Parti Socialiste : le score de Ségolène Royal « rend surtout plus que jamais nécessaire l’aggiornamento du Parti socialiste ».

Aggiornamento. Le mot est dans tous les éditoriaux, dans les discours de tous les experts convoqués sur les plateaux de télévision. On le retrouve sous la plume des économistes du Monde ou de Libération. A l’origine, l’aggiornamento renvoie au concile de Vatican II et à la volonté pontificale de « mettre à jour », de moderniser la doctrine, les pratiques et la liturgie de l’Eglise catholique.
Sous la plume des éditorialistes de la presse parisienne ou régionale, il va de pair avec l’invocation rituelle du congrès de Bad Godesberg, là où le SPD allemand, en 1959, a renoncé au marxisme et adopté l’économie de marché.

La formule revient comme une antienne : « Le PS n’a pas encore fait son aggiornamento idéologique. Il doit faire son congrès de Bad Godesberg et devenir franchement social-démocrate ». Variante : « Le PS n’a pas encore fait son congrès de Bad Godesberg. Il doit effectuer son aggiornamento idéologique et devenir franchement social-démocrate »…

Dans les sections, beaucoup de militants sont abattus par l’échec et désarmés face au rouleau compresseur médiatique. 

Que répondre quand Le Monde (09.05.07) offre à ses lecteurs une analyse toute en nuances de Michel Noblecourt qui écrit que : « Sur le plan doctrinal, le PS a le choix entre une social-démocratisation assumée et une fuite en avant à gauche. » ?

Le vocabulaire employé vise déjà à circonscrire le débat.

Alors, les militants socialistes se prennent à douter. Secrétaire de la section socialiste d’Hénin-Beaumont, Daniel Duquenne explique ainsi à La Voix du Nord (08.05.07) : « Il y a aujourd’hui deux clans au sein du parti. D’un côté Fabius-Emmanuelli qui veulent un parti très à gauche, de l’autre, ceux qui, comme Ségolène Royal, cherchent la social-démocratie. Moi qui étais très à gauche, je tiens compte de l’avis des électeurs puisque, on l’a vu, c’est ce qu’ils recherchent… »

La logique paraît imparable : confronté à une droitisation de la société et à une droite conservatrice-libérale qui dispose d’une idéologie cohérente et structurée, le Parti Socialiste devrait prendre en compte les attentes des électeurs et moderniser son idéologie et son système d’alliances en se transformant en Parti social-démocrate.
Un Parti social-démocrate positionné au centre-gauche, allié aux centristes du Mouvement Démocrate, et qui aurait rompu avec les antilibéraux d’ATTAC, du PCF et de la LCR et leurs attentes forcément irréalistes, euro-incompatibles…
Les députés socialistes européens de toute l’Europe ne sont-ils pas unanimes à déplorer l’archaïsme étatiste des socialistes français ?

On en oublierait presque que le Parti socialiste a clairement fait le choix de l’économie de marché capitaliste depuis 1983 et le tournant de la rigueur emprunté par François Mitterrand. Le Parti socialiste est déjà, et depuis longtemps un Parti social-démocrate.
François Hollande est très éloigné de Rosa Luxemburg lorsqu’il théorise le « réformisme de gauche » dès 2003 au congrès de Dijon. Pour le premier secrétaire du PS, la défaite électorale de 2002 s’expliquerait par le hiatus entre le discours keynésien et volontariste du PS dans l’opposition et sa pratique gestionnaire et sociale-libérale du pouvoir. Conclusion de François Hollande : le programme du PS doit être gestionnaire et social-libéral !
Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn ne disent pas autre chose et ils traiteraient de fou quiconque oserait émettre l’hypothèse que peut-être, ce sont les pratiques gestionnaires et libérales du PS au pouvoir qu’il faut changer.

Au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, l’académicien Jean d’Ormesson comparait le président de l’UMP à Antonio Gramsci : « À son insu peut-être, son souci de refondation idéologique lui fera pourtant jouer le rôle inattendu d’une espèce imprévue de Gramsci de droite : il devine que ce sont les valeurs et les idées qui font bouger les choses ».
Les dirigeants socialistes n’ont pas lu Gramsci. Ils se refusent à penser l’hégémonie culturelle. Il leur faudrait affronter les représentations véhiculées par les classes dominantes et les élites journalistiques ; il leur faudrait aller à rebours de l’opinion publique. Inacceptable quand l’objectif ultime est de conquérir le pouvoir.

Conquérir le pouvoir pour en faire quoi, si le PS se résigne à la domination des valeurs de droite ?

A la gauche de la gauche, on a lu Gramsci ; des associations comme Attac ou la Fondation Copernic, des journaux comme Politis ou Le Monde Diplomatique définissent les contours d’un antilibéralisme qui irrigue désormais la LCR, le PCF et les écologistes alternatifs.

L’impossible candidature unique de la gauche antilibérale a posé les jalons d’une unité organique de la gauche radicale qu’attend avec impatience son électorat.
Une unité qui pourrait être précipitée par un virage à droite du Parti socialiste.
Car sous la conduite de ses dirigeants sociaux-libéraux, le Parti socialiste emprunte le chemin de Bad Godesberg qui lui est montré par tout ce que la France compte d’experts et d’éditorialistes de marché.
Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn pourront bientôt réciter ce que Tony Blair disait déjà il y a dix ans : « Je voudrais une situation comme celle des États-Unis. Là-bas, personne ne met en doute que les démocrates sont un parti favorable au business. Nul ne devrait non plus se poser la question à propos du New Labour » (Financial Times, 16.1.97).

Nicolas Sarkozy peut savourer sa victoire. Il a remporté la bataille des idées.
En contraignant le PS à une refondation dans laquelle il pourrait bien se perdre, le chef de l’UMP remporte une victoire à double détente : car la défaite de Ségolène Royal risque de précipiter un aggiornamento idéologique en forme de capitulation pure et simple du PS devant les forces du marché.

Depuis le dimanche 6 mai, la mue du PS en un Parti démocrate à l’américaine a cessé d’être une hypothèse d’école. Les communistes et les militants du mouvement social ont désormais les clés de la gauche entre leurs mains. A eux de relever le défi.

Sur le chemin de Bad Godesberg
Par David NOËL - Publié dans : Articles - Communauté : Les antilibéraux
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Mercredi 26 mars 2008 3 26 /03 /2008 18:06
Marine Le Pen a perdu son pari, dimanche soir. 52 % des électeurs d’Hénin-Beaumont ont fait confiance à la liste d’union de la gauche menée par Gérard Dalongeville et Marie-Noëlle Lienemann.

Avec 28 % des voix et 5 élus (contre trois actuellement), le FN réalise un score très important, près de dix points au-dessus du score de Steeve Briois en 2001, mais en deçà des espérances des dirigeants frontistes. C’est l’échec d’une stratégie engagée par le FN depuis 2001 qui visait à faire d’une grande ville populaire comme Hénin-Beaumont la vitrine d’un FN relooké dirigé par Marine Le Pen.

La déception est palpable chez Steeve Briois et Marine Le Pen

Si les leaders de l’aile dure du FN, acquis à une alliance avec le MNR ou les Identitaires ont aussi été balayés par la « vague rose » des municipales et le reflux de l’extrême droite, la déception est palpable chez Steeve Briois et Marine Le Pen, qui étaient convaincus de pouvoir l’emporter à la faveur d’une triangulaire.

Sanction pour la stratégie de Daniel Duquenne

Les résultats de dimanche sanctionnent également la stratégie de l’Alliance Républicaine de Daniel Duquenne, l’ancien secrétaire de section socialiste fidèle à Pierre Darchicourt et opposant à Gérard Dalongeville depuis 2001.
Lâché par la Fédération socialiste du Pas-de-Calais, Daniel Duquenne et ses amis voulaient faire tomber celui qu’ils considéraient comme le « Jacques Mellick d’Hénin-Beaumont », quel qu’en soit le prix ; entrés en dissidence, ils ont monté une liste d’ouverture avec le Modem et les Verts, soutenue au deuxième tour par l’UMP. Ils obtiennent 19 % des voix et trois élus au conseil municipal, dont une élue du Modem et un élu UMP.

L’Alliance Républicaine n’est pas parvenue à convaincre qu’elle incarnait une alternative crédible à gauche. Ses dirigeants n’ont eu de cesse de justifier leurs convergences avec le FN : « Gérard Dalongeville est un mauvais gestionnaire. Ce n’est pas parce que le FN le dit que nous allons cesser de le dire. Ce n’est pas parce que le FN dit que le soleil se lève à l’Est que nous allons dire le contraire ! » expliquait ainsi Georges Bouquillon, un des leaders de l’Alliance Républicaine, quelques jours avant le premier tour.

Les Héninois ont surtout entendu Christine Coget, numéro 2 de l’Alliance Républicaine et chef de file du Modem expliquer à France 3 : « Pour nous, c’est tout sauf Dalongeville ! ». Des propos qui ont scandalisé les derniers socialistes fidèles restés autour de Daniel Duquenne.

Une victoire pour la gauche rassemblée

La victoire de Gérard Dalongeville est une victoire personnelle pour le Maire d’Hénin-Beaumont, mais c’est d’abord et avant tout la victoire des Héninois et des Beaumontois qui ont choisi dimanche un projet résolument tourné vers l’avenir.
Cette victoire, c’est aussi une victoire pour la gauche rassemblée. Le rassemblement de la gauche initié par Marie-Noëlle Lienemann, pour le PS, avec le PCF a fait naître une dynamique qui ne s’est jamais arrêtée et qui a porté Gérard Dalongeville.

Les communistes d’Hénin-Beaumont conscients de leurs responsabilités nouvelles

Cette victoire conforte les communistes d’Hénin-Beaumont, conscients de leurs responsabilités nouvelles. Avec deux élus au conseil municipal, les communistes devront travailler au service de la population, mais aussi reconstruire à Hénin-Beaumont un Parti Communiste puissant, présent dans les luttes comme dans les quartiers populaires. Le travail ne fait que commencer, mais c’est la seule manière de répondre à la désespérance sociale et civique qui a mené le FN aux portes d’Hénin-Beaumont.

David NOËL
Article paru dans Liberté 62 - n°801 du Vendredi 21 au Jeudi 27 Mars 2008
Par David NOËL - Publié dans : Articles
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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /2008 06:31
"Ce n'est pas un flic, c'est Al Capone avec une plaque !". A l'heure où s'ouvre la septième et dernière saison de The Shield, le jugement sévère du capitaine David Aceveda sur Vic Mackey, dans le pilote de l'excellent cop show de la chaîne câblée FX, n'a jamais paru aussi proche de la vérité.

Tout au long des six saisons écoulées, Vic Mackey (campé par le formidable Michael Chiklis), inspecteur de police à Farmington, un des quartiers les plus chauds de Los Angeles, a plus d'une fois franchi la ligne rouge.

Flic et ripou, Vic Mackey subjugue les téléspectateurs, qui lui pardonneront facilement ses accords avec des indics, ou sa violence lorsqu'il arrête des suspects ou qu'il mène un interrogatoire. Face aux gangs qui font régner la terreur dans les rues de Farmington, les méthodes de choc de Vic Mackey et de Shane, Lem et Ronnie, ses quatre coéquipiers de la Strike Team, sont efficaces et c'est tout ce qu'on lui demande.

Père d'un fils autiste et d'une fille adolescente, séparé de sa femme, Corinne, qui ne veut pas voir le côté sombre de Vic, Mackey aime sa famille et s'efforce de la protéger sans voir que ce sont ses crimes et ses mensonges qui ont brisé son foyer et qui mettent sa famille réellement en danger.

Alors, Vic Mackey, s'est créé une deuxième famille : la Strike Team. L'équipe de choc du district de Farmington est plus soudée que beaucoup de familles. Plus qu'un chef, Vic est le modèle de Ronnie, Lem et surtout de Shane, prototype du redneck odieux, lâche et raciste.

Sauf que cette famille de remplacement est soudée par les crimes et les mensonges. Dès l'épisode pilote de la série, Vic et Shane commettent l'impensable : au cours d'une intervention contre un dealer, ils abattent froidement Terry, un de leurs coéquipiers infiltré dans la Strike Team à la demande de David Aceveda pour faire confondre Mackey. Désormais, Vic et Shane sont liés par un pacte de sang, un pacte qui fait trembler Shane, qui s'enfonce au fils des saisons du côté obscur, jusqu'à se lier en affaires, dans la saison 4 avec les pires gangsters de Farmington.

Dès l'épisode pilote, le téléspectateur se prend le meurtre de Terry comme un coup de poing en plein visage. Vic Mackey ne peut plus être sympathique et on se prend à souhaiter le voir tomber, mais il passe, systématiquement, entre les mailles du filet.
Dans la saison 1, les doutes du capitaine Aceveda, des inspecteurs Dutch Wagenbach et Claudette Wyms n'y feront rien. Le meurtre de Terry sera mis sur le dos du dealer abattu et Mackey et Shane sortiront blanchis mais ce meurtre continuera de les hanter et menacera la cohésion de la Strike Team quand John Kavanaugh, un inspecteur de l'IGS rouvrira l'enquête dans la saison 5.

A la fin de la saison 2, c'est le braquage du train de l'argent de la mafia arménienne qui renforcera encore un peu plus les liens de la Strike Team. Mis sur le compte des Mexicains, le braquage du train de l'argent par la Strike Team déclenche une sanglante vendetta dont Vic Mackey et ses complices portent la responsabilité directe.
Vic et la Strike Team doivent effacer les traces pour éviter que la brigade financière qui avait marqué les billets ne remonte jusqu'à eux.

A Farmington, il est bien difficile de garder les mains propres. Pour le capitaine David Aceveda, l'arrestation de Vic Mackey serait un coup d'éclat qui boosterait sa carrière politique. Car David Aceveda a une ambition : devenir maire de Los Angeles. Elu conseiller municipal de Farmington, Aceveda devient au fil des saisons une caricature de politicien fourbe, véreux et manipulateur.

Dans la saison 5, l'inspecteur Kavanaugh, de la police des polices, joué par un Forest Whitaker génial dans un rôle de flic tourmenté sera à deux doigts de faire tomber Mackey, mais son action l'entraîne de plus en plus loin, jusqu'aux menaces sur une petite droguée et au faux témoignage. Kavanaugh quitte Farmington au début de la saison 6 quand il comprend qu'il ne viendra pas à bout de Mackey sans y perdre son intégrité.

Comment rester intègre quand on travaille à Farmington ? Les agents Danny et Julian le sont à leur manière, même si Danny, qui admire Vic et a été sa maîtresse mettra longtemps avant de voir son vrai visage. Julian, son coéquipier, se ment à lui même et s'efforce de cacher son homosexualité pour ne pas remettre en cause sa foi qu'il a chevillée au corps et pour éviter les brimades des collègues.

L'autre lueur d'espoir du Barn, le commissariat de Farmington, vient des inspecteurs Dutch Wagenbach et Claudette Wyms. Enquêteurs hors pair, Dutch et Claudette sont capables de démêler les affaires les plus embrouillées. Dutch, qui est la risée de ses collègues qui se moquent de sa ringardise et de son manque d'assurance avec les femmes n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'agit de confondre les pervers, les violeurs ou les tueurs en série.
Aussi douée que lui, Claudette, une inspectrice noire admirable d'intégrité et qui n'a aucune illusion sur Aceveda et Mackey est promue capitaine au début de la saison 6.

Poussé vers la retraite anticipée, sous surveillance, Mackey pourra-t-il longtemps échapper à ses responsabilités ?  A Farmington, tout se paie et les mailles du filet pourraient se resserrer sur la Strike Team et dévorer Shane, qui suit l'exemple de Vic avec infiniment moins de talent, Ronnie et le grand Vic lui même. Aceveda sera-t-il élu maire ? Vic paiera-t-il enfin pour ses actes ? Restera-t-il en vie ? C'est là tout l'enjeu de la septième et dernière saison de The Shield, que l'on attend avec impatience en France dans quelques mois. 
Par David NOËL - Publié dans : Articles
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Vendredi 28 août 2009 5 28 /08 /2009 06:30
Robert Hue, l'ancien secrétaire national du PCF, était ce weekend aux ateliers d'été de l'Espoir à Gauche, un courant du PS animé par Vincent Peillon, aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Marielle de Sarnez et Christiane Taubira.

Bien sûr, Robert Hue ne représente que lui-même. L'ancien secrétaire national du PCF, favorable à la liquidation du Parti Communiste a rompu avec le PCF et annoncé en plein milieu du 34ème Congrès qu'il fondait son propre club, le Nouvel Espace Progressiste. Malgré tout, il est assez triste de voir l'ancien secrétaire national du PCF se prêter à ce type de rassemblement confusionniste avec des centristes, des écologistes qui se veulent au centre et des sociaux-démocrates.

Ce n'est pas tant la question de l'ouverture au MoDem qui interroge. Cette ouverture, nous l'avons acceptée à Hénin-Beaumont dans un contexte tout à fait particulier où il fallait faire l'union sacrée des partis républicains contre l'extrême-droite et pour redresser une ville en faillite.

Avant de répondre à la question "faut-il s'allier au plan national avec le MoDem ?", il nous faut d'abord voir d'où vient le MoDem et quel est le projet politique porté non seulement par le MoDem, mais par les Verts et les courants droitiers du PS.
D'où vient le MoDem ? Le MoDem est l'héritier direct de l'UDF. L'UDF de Giscard d'Estaing était une confédération de partis regroupant les Radicaux valoisiens, les Républicains Indépendants (libéraux) et le Centre des Démocrates Sociaux (CDS), lui-même héritier du MRP.
Les libéraux ont quitté l'UDF et ont créé Démocratie Libérale dans les années 90 sous la direction d'Alain Madelin avant de rejoindre l'UMP en 2002. Les Radicaux valoisiens ont fait de même et forment aujourd'hui un parti associé à l'UMP, dirigé par Jean-Louis Borloo. Enfin, en 2007, une grande partie des élus droitiers de l'UDF ont rejoint le groupe parlementaire du Nouveau Centre qui soutient la majorité de Nicolas Sarkozy.
Ne reste donc autour de François Bayrou et du MoDem que les militants les plus à gauche de l'ex-UDF historiquement issus du courant démocrate-chrétien. 
De fait, un courant démocrate-chrétien de centre gauche existe depuis longtemps en France. La Jeune République de Marc Sangnier a soutenu le Front Populaire dans les années 30. A la Libération, le MRP de Georges Bidault et Maurice Schumann a défendu le programme du CNR avec le PCF et la SFIO et était au gouvernement avec eux sur des bases progressistes.
Si le MoDem veut renouer avec l'héritage chrétien progressiste, pourquoi ne pas l'intégrer dans des coalitions locales, alors que nous acceptons le PRG et les Verts ? Si au plan local, le MoDem se met d'accord avec la gauche sur un programme progressiste, il n'y a pas d'objection de principe à avoir contre la participation du MoDem à une coalition de gauche. C'est la position que nous avons eue sur Hénin-Beaumont, où nous avions en plus à affronter une extrême-droite puissante qui aurait pu l'emporter.

Au plan national, c'est une toute autre affaire. D'abord, le programme que défend le MoDem reste très éloigné des idées antilibérales. Si l'histoire du MoDem peut rattacher le parti de François Bayrou à l'aile progressiste de la démocratie-chrétienne, son idéologie reste logiquement imprégnée de libéralisme économique.
En fait, il s'agit pour les promoteurs d'une recomposition politique PS-Verts-MoDem de construire une espère de pôle démocrate dans l'optique de la présidentielle de 2012 et au passage de rompre avec ce qui a fait l'histoire de la gauche et du mouvement ouvrier.  Rien à voir avec ce que nous avons réalisé à Hénin-Beaumont !
Fonder un Parti Démocrate, c'est bien là le projet politique à long terme du MoDem et de l'aile droite du PS. On rejoint là l'histoire ancienne puisque déjà en 1945, une partie des dirigeants du MRP et de la SFIO rêvaient tout haut d'une fusion donnant naissance à un Parti Travailliste à la française.
En Italie, dans un pays où le parti socialiste était groupusculaire et entaché de corruption, on a ainsi assisté il y a quelque temps à la fusion des Démocrates de Gauche (ex-communistes) et des démocrates-chrétiens de la Margherita au sein d'un Parti Démocrate, avec le succès que l'on sait : la gauche italienne a été écrasée par Berlusconi aux dernières élections. A l'évidence, la création d'un Parti Démocrate ou d'un Parti Travailliste français issu de la fusion du PS et du MoDem ne garantirait pas une victoire contre la droite.
C'est pourtant ce à quoi veulent aboutir non seulement des dirigeants du MoDem, mais aussi d'importants dirigeants du PS et des Verts. C'est le Parti Démocrate américain érigé en modèle, avec, comme en Amérique la perspective de primaires pour désigner le candidat de ce pôle démocrate, écologiste et social dont rêvent Daniel Cohn-Bendit et Vincent Peillon. Dans ce scénario, François Bayrou affronterait en primaire les Manuel Valls et autres dirigeants socialistes à l'ego démesuré et pourrait être investi candidat du pôle démocrate contre Nicolas Sarkozy à la  présidentielle de 2012.
Outre que ce scénario ne ferait qu'accentuer la présidentialisation de la Ve République, il y a fort à parier qu'une telle issue couperait durablement la gauche politique du mouvement social et du monde ouvrier.

Le débat politique s'est focalisé le weekend dernier sur la question des alliances avec le MoDem, mais la question est mal posée. Ce n'est pas tant les alliances avec le MoDem qui posent problème, puisqu'elles sont acceptables, au cas par cas et qu'il peut y avoir des situations qui nous contraignent à l'union sacrée ; l'interrogation porte d'abord sur le PS, son projet politique et sa volonté de se prêter à une opération de recomposition politique pouvant déboucher sur la création d'un Parti Travailliste ou d'un Parti Démocrate.
 
Depuis le congrès d'Epinay en 1971, le PS est un grand parti de gauche et il a porté, avec le PCF, l'espérance de tout le peuple de gauche pendant près de 10 ans. Depuis le tournant de la rigueur de 1983, que d'espérances trahies ! La transformation du PS en Parti Démocrate ou en Parti Travailliste diviserait pour longtemps la gauche française et ouvrirait un boulevard à la droite.

Pour le Parti Communiste, qui se refuse à entériner la division mortifère de la gauche entre un pôle démocrate et un pôle anticapitaliste protestataire, le scénario d'une coalition arc-en-ciel prélude à une recomposition politique autour d'un pôle ou d'un parti démocrate est à bannir.
Battre la droite implique l'affirmation d'un projet de société anti-capitaliste ; changer la société et briser le pouvoir des capitalistes suppose, et c'est déterminant, le soutien du mouvement social à un gouvernement de gauche.
Avec le Front de Gauche, le Parti Communiste est à l'initiative d'un rassemblement antilibéral à vocation majoritaire sur des bases claires. Loin des tractations d'appareils et des tentatives de recomposition éloignées des préoccupations populaires, le PCF et ses alliés du Front de Gauche proposent de s'attaquer réellement au chômage, aux suppressions d'emplois, à la baisse du pouvoir d'achat en rompant avec le système capitaliste. S'il y a un espoir à gauche, c'est bien celui-là !
Par David NOËL - Publié dans : Articles - Communauté : les anti-capitalistes
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